‹ Vie de S. Vincent de PaulChapitre 53 sur 115 · GR · texte numérisé non relu

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uns à son imilalion ol excités par sou zèle, les autres conviés par les succès cl«* SCS m sMons, et peut-être quelques-uns par émulation. Mais ce irraïul scrxilciir <ie Dieu, animé d'une cliarité vraiment apostolique, approuvait, estimait et louait toujours hanlemcut tout cequi se faisait pour ie srrvice de Dieu; soit que cela se Ht à son imitation, ou par émulation, ou par (|uel(|ue autre motif que ce |)iit être, il ne lui importait pas, pourvu que Jésus-Christ fût annoncé, sou saint nom connu et ulorilîé, et les àmcs, raclutécs par sou sang, sanctifiées et sauvées.

sixrrroN ii.

HEL\TU)N DES FRUITS PLUS COîNSIDLKABLKS DK QUELQUES MlSSiOJIS PAUTICULlicUES FAITES EN DIVERS L1EU\ DE LA FRANCE.

§ 1. AiuUocêse (te Parh.

C'est de M. Vincent que nous avons appris un fruit fort considérable d'uiK* mission faite dans un village du diocèse de Paris, dont il fit lui-même le récit à la conmiunaulé pour l'exciter à en rendre grâces à Dieu.

« Je prie la compagnie, lui dit-il, de remercier Dieu des bénédictions qu*]l a données aux missions qu'on vient de faire, et parliculièremeul à celle de >., (|ui sont notables. Il y avait une étrange division en cette |)aroissc; les habitants avaient une grande aversion contre leur curé; et le curé, d'un autre côté, avait sujet de se ressentir du mauvais traitement (pfil avait reçu de ses paroissiens, ù raison de quoi il était en procès contre eux, et même en avait fait mettre en prison trois ou quatre des principaux, parce qu'ils en étaient venus si avant que d'user de mains mises dans l'église sur lui ou sur quelqu'un des siens. La plupart d'entre eux ne voulaient pas seulement ouïr la messe et sortaient de IVglise quand ils le voyaient aller à lautel; enfin le mal était grand, et je n'en ai pas encore vu nu pareil. Ils protestaient qu'ils n iraient jamais à confesse à lui, etqu'lls passeraient plutôt la fùte de PAcjues sans communier.

« Se \oyanL réduits en cet état, quelques-uns d'entre eux vinrent céans, il y a quelque temps, pour nous prier de leur allerfaire la mission, ^ous lavons faite, et par la miséricorde de Dieu, tous se sont mis en leur devoir. Mais ce qui nous doit davantage exciter à bénir et à remercier Dieu, c'est qu'ils se stml pirfaitemenî réconciliés avec leur pasteur, et (|u'iis se trouvent maintenant dans une grande paix et union dont ils oui un grand couleutement de part et d'autre, et une égale reconnaiftsauce, car dix ou douze soui céans ponr nous en remer-

cier de toute la paroisse, lesquels m'out dit laiiL de- bii'u de celle mission, que j*avais peine de les entendre.

« Qai est-ce qui a fait cela, Messieurs, sinon Dieu seul? Était il au pooToir des hommes de faire cette réunion? Certes, quand bien tuut un parlement se serait mêlé d'un accommodement si dilHcile, entre des esprits si fort aliénés, à peine en seraient-ils venus ù bout, pour ce qui regarde seulement la police extérieure. C*est donc Dieu qui est l'aotear de cette bonne œuvre et à qui nous en devons rendre jçrAces. Je vous prie. Messieurs, de le faire avec toute lalTection que vous pourrez, et outre cela de demandera sa divine bonté qu'elle donne à la compagnie l'esprit d'union et Tesprit unissant qui nest autre que le Saint-Esprit môme, afin qu'étant toujours bien unie en elle-mùme, . dlepuisse unir ceux du deliors; car nous sommes établis pour récon- I cilier les âmes avec Dieu, et les hommes avec les liommes. »

Voici le résultat d'une autre petite mission faite en la paroisse de >[ ., prophe de Paris, qui n*est que de trois cents conimuniauls, où il s'est fait neuf choses différentes, qui sont dignes de remarque, et qui serviront pour faire voir l'utilité des missions, lesquelles ordinairement sont les mêmes choses dans tous les lieux où les nuMues besoins se rencontrent.

• 1® Les marguilliers qui s'élisent deux par an, et qui depuis dix ou douze ans n*avaient rendu aucuns comptes, et retenaient entre leurs mains plusieurs sommes appartenant h l'éi;lise et à la fabrique, ayant été avertis de l'injustice qu'ils commettaient, ont rendu ieurs susdits comptes et entièrement payé tout ce dont ils étaient redevables.

« 2** Divers particuliers, qui retenaient depuis lonj^lemps plusieurs titres et papiers de ri-^jlise, les ont rapportés et rendus, et on les a mis dans un coffre fermant à trois clefs.

• 3" Divers concubinages ont cessé, et les coneubinaires ye sont séparés ou bien sont sortis hors de la paroisse.

• 4"* Tous les habitants, hommes, femmes et enfants, ont si bien reçQ la semence de la parole de Dieu et se sont rendus avec une telle a^Mduitéaux exercices de la mission, qu'ils n'ont perdu aucune prédication du soir, ni du matin, non pas même le catéchisme qui se t'ait après midi, où ils assistaient avec une attention merveilleuse.

• 5* Quoiqu'ils fussent pauvres, ils ont fait faire un tabernacle cl donné nn ciboire et un calice d'argent, celui duquel on se servait loparavant n'étant que d'étain.

• 6° Ils ont en partie rétabli leur église qui était menacée d'une ruine totale et prochaine, et même ont pris résolution de la réedilier lout-afiit, quoique tout cela leur diU coûter du moins douze mille livres.

•7* Ton» les procès etdifférends ont été accordé-, en sor\e \yv\\\v<\\

est pas resté un seul dont on ait eu connaissance, et ces accord faits si chrétiennement, que les personnes s'allaient demande] à genonx les uns chez les autres.

• S'^Tous les pauvres malades ont été visités, secourus et corporellement et spirituellement.

« 9"* Enfin chaque habitant ayant fait bonnement etlouabU confession générale et s*étant acquitté de ses autres devoirs le temps de la mission, est demeuré non-seulement bieninstru consolé en son intérieur, mais aussi dans une vraie disposition Intion de vivre chrétiennement à l'avenir. *

Nous ne rapporterons pas ci-après ainsi en détail les su antres missions, car cela serait trop long et sujet à beaucoup de Nous nous contenterons seulement de remarquer quelques cin ces principales, dont on a en connaissance par le témoignage sionnaires et autres personnes digues de foi.

S II. ilu diocèse de Saintes.

M. Vincent ayant envoyé des prêtres de sa Congrégation p vailler aux missions dans ledioràse de Saintes, environ Tann voici ce qu'une personne de grande piété en écrivit :

• Notre-Seigneur bénit plus qu'il n'est croyable la mission longe; il s'y fait quantité de conversion^ de mœurs et de i mais ce qui fait admirer le travail des missionnaires, c'est qi voir au peuple la beauté de la religion catholique selon leur : ordinaire, sans disputer: ce qui fait que plusieurs hérétiques vertissent. Madame de N. m'a dit qn'elle ne pense point à c missionnaires que comme aux ouvriers de la primitive Églist relation que lui en font ceux qui viennent de ces côtés-là , tan liques qu'hérétiques. •

Il y eut encore d'autres prêtres missionnaires envoyés dans diocèse de Saintes par H. Vincent, en l'année 1 640, à l'instan* M. de Raoul, alors évèque, et qui, avec son clergé, les a étal ladite ville, et il plut à Dieu donner bénédiction aux missio firent en ce diocèse, dont il réussit beaucoup de biens selon 1 gnage des ouvriers confirmés par plusieurs lettres de ce boi

• Nous sommes, dit un missionnaire dans une de ses lettre de notre mission de N., quia duré sept semaines. Je n'oseï mander les bénédictions que nous y avons reçues, de peur de satisfaire. C'e«t tout dire, que cette paroisse» qni était répuU perdue de toute la Saintonge pour les inimitiéSi les disooi meurtres et les autres abominations qui s'y oQVUMttiMDt, '€ tenant^ par la miséricorde de Dieu, to«l»l

réparatîou de tous les scandales qu'elle a douues. li se trouve un grand Goncours de personoes à toutes les actious de la missiou, même la petit catéchisme : les querelles s^apaiseut, les raucuues se dissipml, et les réconciliations se font même sans que nous nous en menons. Mous attribuons toutes ces grandes grâces à la seule bouté de Dieu et aux mérites de la très-sainte famille de >'otre-Seigueur, à laquelle nous avons dédié cette mission. Les habitants d*une paroisse éloignée d*unc lieue s*étaiit assemblés, se sont adressés à leur curé, et loi ont dit que puisqu'ils ne pouvaient avoir la mission chez eux, qa*ils désiraient et luidcmandaieui que tous les malins il leur apprit a prier Dieu et à le bien servir : ce que ce bon curé a commencé de faure a^ec beaucoup de fruit. »

Un autre, écrivant d'une mission faite en quelque autre paroisse du même diocèse : « Cette mission, dit- il, a reçu beaucoup de béuédictioDs, et par la grâce de Dieu lort extraordinaires ; il s'est lait des accords fort importants et très-dilliciles, desquels plusieurs persoimes r de grande considération, et même monseigneur 1 evêque, n avaient i pn venir à bout par le passé, les cœurs se trouvant fort aigris depuis longtemps et ayant des prétentions de grands intérêts et de grands dommages, qui avaient produit de très-iùcheux procès ; mais par la miséricorde de Dieu ils sont eniin terminés, et les pei-sonnes parfaitement réconciliées ; de sorte qu ayant trouvé a notre ai>ord cette paroisse toute divisée, nous l'avons laissée bien unie et en grande paix par la miséricorde de Dieu, qui lui a fait encore d'autres grâces siuiçuliëres pour de grands pécheurs et pécheresses publiques qui se sont convertis, pour de grandes et notables restitutions qui s'y sont laites Mcrètement et publiquement, et aussi pour quelques hérétiques auxquels Dieu a touché le cœur, et qui se sont convertis. »

Uu autre missionnaire, rendant compte à M. Vincent de ce qui s'était fait à la mission de Gémousat, du même diocèse, en l'anuée IG i7, loi manda qu'outre les fruits ordinaires et communs à toutes les missions, il y avait sept ou huit hérétiques qui avaient abjuré leurs erreurs, et ajouta que plusieurs autres avaient grandes dispositions à se convertir, notais qu'ils en étaient empêchés par rappreheusion d être surchargés de tailles, a cause que les principaux qui les imposent sont hérétiques ; et même que la plupart seraient très-aises que le roi les obligeât d*allcr a la messe, pour lever le respect humain qui les retient. • L'un de ces convertis est un vieillard, lequel nous a\ions exhorté plusieurs fois, mais inutilement ; et après avoir fait notre dernier effort, UD peu avant notre départ, voyant que nous ne pouvions rian gagner sur lui, nous eûmes la pensée de recourir a la sainte Vîefg9 et Ift Mipplier d'employer ses intercessions pour obVa\\t \;i

ooiiver-ioii decr fiauvre dévoyé. .>oiis alliâmes à celle iiileiitioii nous |)i-(>steriier à genoux et réciter les litanies, et voilà que les ayant achevées, nous voyous notre vieillard revenir u nous et nous avouer qu'il reconnaissait la vérité et qu^ilétail en volonté d*abjurer son hérésie; ce que nous lui l'inies faire, et ensuite sa confession générale, elpuii nous le reçûmes a la sainte communion, lli en nous disant adieu, i nous pria instamment de le recommander aux prières de tous ki callioli(|ii('s. »

Le supérieur de la maison delà mission de Saintes manda dans runi de ses lettres, qu'ayant demeuré un mois entier à travailler dausli bimvir de Déuiat, il se trouva tellement accablé, aussi bien que les au très missionnaires qui étaient avec lui, -de la grande foule du peupi qui venait de tous les lieux circonvoisins, qu'ils fureut contraints, s voyant tout à fait épuisés jusqu*à tomber de faiblesse dans le coufes sionnal, de cesser les exercices de la mission, et de laisser avec beau coup de regret un très-grand nombre de personnes qui accouraient d toutes parts, sans leur pouvoir rendre le service qu'ils désiraient.! ajoute que pendant cette mission il y avait eu plus de quatre cent réconciliations faites et plus de cent procès terminés; « et ces bonne gens, dit-il, avaient un tel désir de faire leurs confessions, que sacUau que nous ne recevions personne au bénéiice de l'absolution qui ne a fut auparavant réconcilie et qui n eût fait raisonnablement ce qui étai en lui pour terminer ses procès, ils allaient de maison eu maison ti clierclier les uns les autres à cet ell'et. Lu veille de notre départ, u grand nombre de [>eupte se trouvant eu l'église aux prières du suii comme M. lecuré eut uit tout haut que les missionnaires lui demau daieat sa bénédiction pour bc retirer le lendemain, et voulant de i prendre occasion de les exhorter de faire un bon usage des iustruc tionsqui leur avaient été faites pendant la mission, toutes ces bouut gens en furent exlrèmumeut touchés, et se mu'ent a cr.er et pleure en telle sorte, ({u il ne put jamais leur dire un seul mot qu'ils vouiuf sent entendre, et les luissiounaires eurent bien de la peine de n séparer d'eux, ne les voulant pas laisser partir. »

Jl arma presque de uicme dans un autre bourg appeié Usseac j)ro(*hc de la \iiie de Aiort, où, après avoir travaille un mois entiei les missionnaires étant tombés dans un semblable épuisement, et i pouvant plus se soutenir de faiblesse, lurent contraints à leur grau regret de linir leur mission, laissant un nombre pivsquu iuuombralij de personnes a confesser ; ce qu'ils demandaient avec tant li'instaaoi fondant en larmes et jetant de hauts cris, qu'il n'y avait point lie cgbc qui n'en fût touche, il s'y lit un grand nombre de reoottciiitttiuiu mais les missionnaires trouvèrent au comiaeiioeilieMllBiiCOiip den

sistauce, ayant voulu abolir des danses publiques (|ui se faipaient eu ce lieu- la aux ftHes de la Pentecôte, où il se eonimettuil heaucoup de déi^ordres, et incline des enliMements de lilles el îles assassinais. Kt ooairaeon eut priVlié eonlre eel abus le jour de la IV'nlecole, il y eu eut quelques-uns, lesquels en ili'nit du nniliraîeni- allèrent iawc leurs danses le soir de ce même jour : de (iitoi !e direelenr de la mission ayant été a\erli, et s'elant trans|K)rle sur le lieu a\ee d'autres eeelésiastiques, ious les dîiiiseur^ s'enfuirent : el îe lendemain a;, anl l'or- Urmeul parlé en e.banc sur ee sujet, elronifiu en prêsenee de tout le peuple^ qui elait eu très uraud luunbre, le violon dont on s'était servi, cela lit un tel effet par la ^ràce de Dieu sur les esprits, qu'après le lermon tuuseeux et celles (|ui avaient dan!^(*, viiirenl d'eux-mêmes le jeter à ses pieds, et demander piirdon de leur faute ; et tous les ha biiauts de ce lieu coneurent une telle horreur <les danses et des maux qui eu arrivaient, qu'ils les ont entièremenl bannies de leur paroisse.

Il se lit encore un autre bien en cette mission, qui lut une assemblée de plusieurs ecclésiastiques des environs, où il se trouva jusqu'à dix-sept curés, auxquels on lit quelques eonl'érences, donl ils furent grandeoieut touehés, el prireut tous une rêholuliou lie ixwwvr une viiiraimeut ecelésiastique, et d'en porter les marques extérieures a\ie l'esprit intérieur.

Luiiu, les misbious qui ont été faites dans ee diocèse on* vU\ aecom- IMlguées d'une telle benédictiim, et ont [/roduit de si ho is effets, que feu M.rêvèquede Samtes par une lettre ([u'il écrivit a M. Vincent en l'année 1042, lui mande que les peupk-h étaient allés pmirl'en remercier. Lt daus une autre lettre de la même année : • J'ai fait venir, lui dit-il, vos mishiouuaires eu celle ville poursy reposer quelques jours; car certes il y a six mois qu*ils travailleuL avec une telle assiduité, que je m eiouue qu'iis y aient pu fournir, el j'ai élé moi-même sur ks lieux pour les quérir. » Ll eu une autre leltre de 10)3 : « J'ai pas^é, dit-ii,la lèlede la iVnLei-ùleu\ec messieurs vos missionnaires, qui travaiileuL avec un merveilleux zèle, mais avec une grande eousolatiuu, vu la bénédiction que Dieu <ioiuie a leurs travaux ; je ne puis tous eu reuure ;;râees proportionnées a l'oiiiigalion, etc.

S m. UdiiS U'à dioCiSa ùi Mindi^ il de Suiul-Fioiu\

Le diocèse de Jieude uans les (ievenues se Irouvanl fort rempli d'hérétiques, M. Viuceut y a en\ojeentiiversesoeeahions plusieurs de aen uûssiouuaires, huit pour làelnr de ie.> ramener a la vente, ou bien pour fortiiier les cailioiiqueb et les empêcher de lomber dans l'erreur. £ioe digne supérieur des mibsiouuaircb prit résolution d'\ aller iui- )eiirailliéçl64«^. Il y avait pour lors un de ses preuves vv vWww^^

fort versé eu la connaissauce de la langue hébraïque et syriaque, auquel on voulait persuader de travaillera la version de la bible syriaque en latin; mais M. Vincent jugea qu'il ferait beaucoup mieux de le venir aider a lu mission qu*il voulait faire dans les Céveunes. Voici eo quels termes il lui écrivit : « Je vous prie, lui dit-il, de ne pas vous urrùlcr a la proposition qu*on vous a faite, de travailler à cette ver* sion. Je sais bien qu'elle servirait pour satisfaire à la curiosité de quelques-uns, mais non pas certes, comme je crois, au salut des âmes du pau\re peuple, auquel la providence de Dieu a eu dessein de toute clernilé de vous employer, il vous doit sufiire. Monsieur, que par la ^ràce de Dieu vous avez employé trois ou quatre ans pour apprendre i'iiébreu, et que vous en savez assez pour soutenir la cause du Fils de Dieu en sa langue originaire, et pour confondre ses ennemis en oe royaume, ileprésentez-vous qu'il y a des milliers d'àmes qui vous vendent les mains et qui vous disent : llélas! Monsieur, vous avez été elioisi de Dieu pour contribuer à nous sauver ; ayez donc pitié de nous, et nous venez donner la main pour nous tirer du mauvais état où nous sommes : voyez que nous croupissons dans Tignorance des choses nécessaires a noire salut, et dans les péchés que nous n'avons jamais confesses par houle, et que faute de votre secours nous sommes en yrand danger d'être damnés.

« :>iais outre les cris de ces pauvres âmes, que la charité vous fait eutenJie intérieurement, écoutez encore, s'il vous plaît, Monsieur, ce que mon cœur dit au vôtre, qu'il se sent extrêmement pressé du désir d'aller travailler et de mourir dans les Cévennes, et qu'il s'en ira, si vous ne vclcz bientôt dans ces montagnes, d'où monseigneur l'évèque crie au secours, et dit que ce pays, qui a été autrefois des plus ilorissauls en piété de tout le royaume, et maintenant tout en péché, et que le peuple y périt de faim de la parole de Dieu. »

M. Vincent envoya quelques années après d'autres missionnaires pour travailler en ce même diocèse, au sujet de quoi feu M. Marillac, qui en était évèque, lui écrivit en ces termes :

« Je vous assure, lui dit-il, que j'estime plus le travail que les vô- Ires tontu présent dans mon diocèse,que si on me donnait centroyauiiies; je suis dans une satisfaction parfaite de voir que tous mes diocésains se portent au bien, et que mes curés font de grands prolits dos conlerences que vos prêtres établissent avec succès et bénédiction. »

Lt par une autre lettre écrite Tannée suivante, qui était eu J643, le même prélat lui parle en ces termes. • Voilà, lui dit-il, messieurs vos missioiinaires qui s'en vont vous rendre compte de ce que nous ayons fait dans les Cévennes de mon diocèse, où j'ai fait ma visite

^uèrale,«t reçu trente ou quarante huguenots ù l*abjuratiou de leurs crrearB, tft laissé autant d*auf res en Télat de faire le même dans peu de joars. ^iousy avons fait solennellement la mission avec im profit incroyable. Kt comme ces biens viennent de Dieu, et de vos bonnes assistances, je ne puis employer personne pour vous en faire un plus fidèle rapport ni qui s'en acquitte mieux que ces bons prêtres. «

Eo Tannée 1 636, feu M. Tabbé Olicr, qui depuis a été fondateur et premier supérieur du séminaire de Saint-Sulpice, grand serviteur de Dieu, de très-haute vertu, et dont la mémoire est en bénédiction, ayant demandé à M. Vincent quelques prêtres de sa Congré;j:alion, pour aller faire des missions dans les terres de son abl)a}e de Peyhrac ta diocèse de Saint-Flour, il s'y achemina avec eux, et cfuelques autres vertueux et zélés ecclésiasti(]ues; ils llrcnt leur première mission â Saint-Ilpise, laquelle étant achevée, cet abbé admirant les effets de. la grâce qui avaient paru en cet emploi, écrivit la lettre suivante an mois de juin de la même année à M. Vincent et à messieurs les ecclénastiqaes de la conférence de Saint-Lazare, de laquelle il était :

• Je ne puis, leur dit-il, être plus longtemps absent de votre compagnie, sans vous rendre compte de ce qui s'est passé en ces lieux. On eommença la mission le dimanche d'après TAsecnsion, laquelle dura jusqu'au quinzième de ce mois. Le peuple venait au commencement selon que nous le pouvions justement souhaiter, c*est à savoir autant qae nous en pouvions confesser; et cela se faisait avec de tels mouvements de la grâce qu'il était aisé de savoir en quels lieux les prêtres confessaient, les pénitents se faisant entendre de toutes pirts parleurs soupirs et par leurs sanglots. Mais sur la (in le peuple y venait en si grande foule, et nous pressait avec tant d*ardeur, qu'il Dons était presque impossible lïy satisfaire. On les vovait depuis la pointe du jour jusqu*au soir demeurer dans l'église, sans boire ni manger, attendant la commodité de se conresser. Kt quelquefois en laveur des étrangers, nous étions obligés de continuer les catéchismes pins de deux heures, d'où néanmoins ils sortaient aussi affamés de la parole de Dieu qu*en y entrant; et il fallait nous servir de la chaire da prédicateur pour faire ce catéchisme, n*y ayant point de place dans Téglise à cause de la grande foule du peuple qui la remplissait UHite jusqu'aux portes et aux fenêtres, qui étaient toutes reni()lies et chargées d'auditeurs. Le même se voyait au sermon du matin et à Tinstruction du soir. Sur quoi je n'ai rien à dire, sinon que Dieu soir. béni, lequel se communique avec tant de mibéricordt et de libéralité'. :( sies créatures, et surtout à ses pauvres. Car nous avons renianiun que c'est particulièrement en eux qu'il réside, et [)4iur TassistauLO r. I. \î>

dcs(|ucls il demande la coopération de ses serviteurs. Me refusez pas. Messieurs, ce secours à Jésiis-Chrisl, l'honneur est trop grand de travailler sous iui, el de coutrti)uer au salât de ces àmcs, et à la gloire quil en doit tirer pendant toute réternité. Vous avez heureusement commencé, et vos premiers exemples m'ont fait quitter Paris, pour venir travailler en ces lieux. Continuez donc eu ces divins emplois^ étant vrai que sur la terre il n*y a rien de semblable. 0 Paris ! ta amuses des hommes, lesquels avec la grâce de Dieu pourraient convertir un nombre innombrable d*àmes. Hélas! combien dans cette grande ville se fait-il de bonnes œuvres sans fruit! combien de conversions en apparence! combien de saints discours perdus fauta do dis|)08itions en ceux qui les écoutent ! ici un mot est une prédicationi et tous les pauvres, avec fort peu d'instruction, se trouvent remplis de bénédictions et de grâces, etc. »

Et par une autre lettre du 10 février de l'année suivante, il parle en ces termes :

« La quatrième de nos missions se fit il y a quinze jours, dans laquelle il s'est fait plus de deux mille confessions générales, quoique nous ne fussions que six ouvriers, et sur la fin huit; nous étions accablés du peuple, qui y abordait de sept ou huit lieues du pays, nonobstaut la rigueur du froid et Tincommodité du lieu, qui est un vrai désert. Ces bonnes gens apportaient leurs provisions pour trois oa quatre jours, et se retiraient dans les granges; et là on les entendait conférer eusembic de ce qu'ils avaient ouï à la prédication et au oatécbisme. Ht à présent Ton voit ici les paysans et leurs femmes faire la mission eux-mêmes dans leurs familles; les bergers et les laboureurs chantirles commandements de Dieu dans les champs, et s'interroger les uns les autres de ce qu'ils ont appris pendant la mission. Enfin, la noblesse pour laquelle il semblait que nous ne parlions pas, nous ser* vaut d un langage si gi'ossier comme nous faisons, après s'être acquittée chrétiennement et exemplairement de son devoir, ne nous a p« laisser partir qu'en fondant tout eu larmes. Cinq huguenots ont abjiûré leur hérésie en cette dernière mission ; quatre desquels qui noua f uj aient auparavant, sont venus eux-mêmes nous y chercher } et cela, Slessieurs, pour nous apprendre, vous me l'avez souvent enseigné, que la conversion des âmes est l'ouvrage de la grâce, auquel nous mettons souvent empêchement par notre propre esprit; et que Bien veut toujours opérer, ou dans le néant, ou par le néant, c'est-à-dire en ceux et par ceux qui reconnaissent et confessent leur impoisBanceet leur inutilité. »

S iV. Dans les diocèses de Genève et de Marseille.

^008 ne pouvons apprendre les fruits que les missionnaires établis tiinecy ont produits avec la grâce de Dieu, par un témoignage plus hentique et plus assuré que celui de M. Juste Guérin, évèque de lève, qui en écrivit à M. Vincent au mois de juin I640yence8

Plût au bon Dieu, lui dit-il, que vous pussiez voir le centre de Il cœur; car véritablement je vous aime et honore de toute retendue non affection, et je me confesse le plus obligé de tous les bommes monde à votre charité, par les grands bienfaits et par les fruits que rieurs les missionnaires vos chers enfants en Dieu font en notre sèae, qui sont tels que je ne puis les exprimer, et ils ne sont pas râbles sinon à celui qui les voit. J'en ai été témoin oculaire, à i'oc- Mi de la visite que j'ai commencée après Pâques. Tout le peuple lime, les chérit, et les loue unanimement. Certes, Monsieur, leur fcrine est sainte, et leur conversation aussi ; ils donnent à tous une -grande édification par leur vie irréprochable. Quand ils ont achevé

mission en un village, ils en partent pour aller en un autre, et ic pie les accompagne avec larmes et pleurs, en disant : O bon Dieu, ferons-nous, nos bons pères s'en vont; et par plusieurs jours les t encore trouver aux autres villages. L*on voit des personnes des es diocèses venir pour se confesser à eux, et des conversions adibles qui se font par leur moyen. Leur supérieur a de grands dons Neu, et un merveilleux zèle pour sa gloire et pour le salut des

I. II prêche avec grande ferveur et avec grand fruit. Certes, nous mes extrêmement obligés a M. le commandeur de Sillery d'avoir rvu à leur entretien. Oh! combien admirable est la divine Provise, d*avoir inspiré suavement dans le cœur de ce bon seigneur, de I procurer ces ouvriers évangéliquesf C'est le bon Dieu qui a fait eelftySans qu'il y soit intervenu aucune persuasion humaine, ayant d à notre besoin, et au mauvais voisinage où nous sommes de la frable ville de Genève. •

t dans une autre lettre du mois d'octobre 164 1 : « Je me confesse, Kt-il, à jamais votre obligé, et à vos très-chers enfants, nos bons (leurs de la mission, lesquels vont toujours faisant de mieux en

II, et gagnant de plus en plus des Ames pour le ciel. Certes, Mon- % je ne cesserai d*admirer la conduite de la divine Providence sur luvre diocèse, nous ayant envoyé ces bons ouvriers i>ar votre émise. Aossi ne cesserai-je de l'en remercier, et vous semblablet; car je serais trop ingrat si je ne le faisais. Hélas! nous avoutn

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perdu a uolrc grand regi'el M. le commandeur deSiilery^ noire gruiid bienfaiteur, etc. >

Le même prélat écrivit encore une autre lettre à M. Vincent au mois d'août 1G4 i, en ces termes :

•i Vos missionnaire», lui dit-il, continuent de plasen plus d'enrichir le paradis des Ames qu'ils mettent en état de salut ; leur en enseignant le chemin, et leur fournissant les moyens d*Y arriver par leurs instructions, catéchismes, exhortations, prédications, et administralions des sacrements ; avec la bonne vie qu'ils mènent, et les bons exemples qu'ils donnent en tous lieux où ils font leurs missions. Il n'y a ({u'une seule chose que je regrette, c'est qu'ils se trouvent en si petit nombre, eu égard à la grande étendue de notre diocèse, qui contient cinq cent et quatre-vingt-cinq [>aroisses. Hélas! si Notre-Seignear me faisait la grâce devant que de mourir, de voir qu'ils eussent parcouru tous les lieux de ce dioctôc, je dirais véritablement de tout mon cœur, et avec une consolation toute particulière de mon àme : Nunc Himitlifi servum luiim^ Domine^ srcundum tstrbum tuum in pace,etc. • Pour ce qui est des missions faites à Marseille et dans la Provence, il y en a de deux sortes, les unes sur mer et les autres sur terre; les premières aux forçats des galères, et les secondes aux paysans de la campagne, et toutes ont reçu de grandes bénédictions de Dica.

r^es missions des galères commencèrent en l'an 1 G43, au grand coulentement de M. Jean-Baptiste Gaud, très-digne évéque de Marseille, i|ui mourut bientôt après en odeur de sainteté. Voici cequ'il en écrivit le sixième de mars à madame la duchesse d'Aiguillon qui 8*y était intéressée, à cause que M. le duc de Bichelieu, son neveu, était pour lors général des galères ; et pour ce sujet elle avait prié M. Y iuceut d*y envoyer de ses prêtres.

<< Lncore qu'il n'y ait pas longtemps, lui dit ce bon prélat, que je vous ai écrit à l'arrivée de messieurs de la Mission, qu'il vous a plu nous faire envoyer ici, pour travailler dans les galères, je ne puis néanmoins tarder davantage à vous rendre compte de ce qui s*y pasaCi de la consolation que reçoivent tous ceux qui sont employés en ce pénible travail, et moi avec eux ; je ne doute point qu'il n'en soit ainsi de votre part. iVous avons commencé en même temps à faire la mission dans sept galères, ayant fait venir huit missionnaires de ceux qui sont en Provence, pour travailler dans quatre, et nous avons distribué dans les trois autres ceux qui nous ont été envoyés de Paris; et je donne des aides aux uns et aux autres quand ils en ont besoin, notamment pour les Italiens qui sont en grand nombre dans les galères. Le fruit a surpassé absolument l'attente que l'on avait eonçue. Il est vrai qu'on a

ivé d'abord des cspritsnon-seulemeut ignoranU, ma» auâ^i endur lans leurs péchés, et qui ne voulaient point ouïr parler des choses Meo, étant aigris au dernier point contre leor misérableoondition.

I peu a peu la grâce de Dieu, par l'entremise de ces ecclésiastiques, lemeot amolli leurs cœurs, qu'ils témoignent à présent autant de rition, qu'ils avaient auparavant fait paraître d'opiniâtreté. Vous s étonnée, Madame, si vous saviez le nombre de ceux qui ont passé trois, quatre, cinq et dix années sans se confesser; et il s'en est véqui étaient demeurés en cet état l'espace de vingt-cinq années, ai protestaient de n'en vouloir rien faire, tandis qu'ils demeurent dans leur captivité. Hais enfin Notre-Seigneur s'est rendu le fe, et a chassé Satan de ces âmes, sur lesquelles il avait usurpé un Kîsaant empire. Je loue Dieu de ce qu'il vous a donné cette volonté : mue de ces missionnaires m'a fait entièrement résoudre à cette ion, laquelle peut-être j'eusse différée en un autre temps; et il est ûndre que cependant plusieurs d'entre eux ne fussent morts dans aavais état dans lequel ils étaient. J'espère que l'on recueillera les les fruits dans les autres galères. Je ne vous puis dire. Madame, bifn de bénédictions ces pauvres forçats donnent à ceux qui ont iuré un secours si salutaire pour leurs âmes. Je cherche les mojrens r faire en sorte que les bonnes dispositions où ils sont entrés puiscontinuer. Je m'en vais dec^ pas donner l'absolution à quatre hé- |oea qui sont convertis dans les galères; il y en a encore d'autres Mil le même dessein, car ces choses extraordiuaires les touchent idemeut. »

eux ou trois mois après, M. Vincent reçut une lettre du supér de ses missionnaires de Marseille, par laquelle, après lui avoir dé la triste nouvelle de la mort de ce saint évéque, il lui parle de mtinnation de cette mission en ces termes :

II nous reste encore une mission à faire sur une galère, et non pour cette année. Ce travail est grand ; mais ce qui nous aide

looup à le supporter, est le changement notable qu'on remarque loes pauvres forçats, qui nous donne toute la satisfaction possible. '.je catéchisai sept Turcs de diverses galères que j'avais fait venir •; Dieu par sa miséricorde veuille bénir cette entreprise, laquelle commande à vos saints sacrifices. Un autre Turc a été baptisé sur itère, étant malade. Et outre ces Turcs, il s'y est converti environ te hérétiques, qui ont tous fait abjuration. • t par une autre lettre du premier juin de la mt^me année 1643, e par le même à M. Vincent :

Hîor, lui dit-il, qui était le jour de la Très-Sainte-Trinité, on bap- M TAçIise cathédrale, nenf Tiirr/i, h la vue d<* tnu\e \h ^\\o Av

Marseille, les messe trouvant toates couvertes de moude qui eu bénissait Dieu ; aussi n'avions-nous pas intention de caeher cette action, afin d'émouvoir quelques autres Turcs qui semblent hésiter. Aujourd'hui deuiL nouveaux sont venus me trouver pour me dire qu'ils veulent être chrétiens ; ils étaient accompagnés d'un autre qui fut baptisé il y a environ dix jours. Nous continuons de leur faire le catéchisme en italien, deux fois le jonr, pour les consolider et affermir tant que faire se pourra ; autrement ils seraient au hasard de retourner aumahométisme. >

Depuis ce temps- là, M. Vincent a toujours entretenu des missionnaires à tlarseille, qui ont continué et continuent encore à faire des missions de temps en temps dans les galères, même depuis qu'elles ont été transférées à Toulon ; et elles produisent toujours de très-grands biens pour le salut des âmes de ces pauvres forçats.

Outre les missions des galères, les mêmes prêtres en font aussi en divers lieux de la campagne avec non moins de fruit. Voici ce qu'un d'entre eux a mandé de ce qui s'est fait en une de ces missions eu l'année 1647 :

« Nous sortons, dit-il, d'une mission qui nous a tenus l'espace de cinq semaines attachés aux confessionnaux, à la chaire et aux accommodements des procès, avec tant de succès et de fruit qpe je puis dire sans exagération qu'on n'en pent pas souhaiter davantage. On y a réhabilité neuf ou dix mariages clandestins; fait environ iringt-dnq ou trente accommodements de procès, où il y allait en quelques-unsde sommes fort notables, en d'autres de l'honneur, et en d'autres de la vie : ils se sont quasi tous faits de gré à gré, sans l'entremise de personne; quelques-uns même dans l'église, publiquement, et pendant la prédication, avec tant de sentiments et de larmes, que celui qui prêchait en était interrompu. Il arriva aussi qu'un homme de condition médiocre ayant par une émotion de colère répondu à quelqu'un des nôtres avec moins de discrétion, et ajouté h sa réponse un blasphème publiquement devant la porte de l'église, il en conçut un tel regret, quinze jours après, que de son propre mouvement, pour satisfaction de ce péché, il s'imposa lui-même de payer cent écus pour la réparation de Téglise devant laquelle il avait proféré ce blasphème. »

S V. Dam les diocèses de Reims, d^ Toitl et de Rouen.

Entre les missions du diocèse de Reims une des plus im|iorlantes est celle qui fut faite par Tordre du roi en la ville de Sedan, en Tannée 1 C i3 . Voici ce que le supérieur de la mission en écrivit à M. Vincent :

« Je voua dirai. Monsieur, que depuis qu'il a plu à Dieulde former

petite compagnie de la Mission^eile n'a point travaillé ni si utilent, ni si nécessairement qu'elle fait ici. Les hérétiques continuent s'édifier et d'assister aux prédications, desquelles ils se louent fort. pour les catholiques, il faut travailler avec eux comme l'on ferait 9e des gens tout nouveaux ; car depuis quatre ou cinq ans que la Sdication est libre en cette ville, on n'y a presque parlé que de converse, et très-peu des pratiques et des exercices de religion et de lé; il s'en est trouvé plusieurs qui avouaient franchement qu'ils iraient pas cru qu'il fût nécessaire de confesser tous ses péchés. I mêmes abus se commettaient dans l'usage de la sainte commu- Oy etc. En sorte qu'il nous fallut commencer de les instruire des miiers principes de la religion : il est vrai que ce n'a pas été sans lœonp de consolation, d'autant qu'ils écoutaient avec plaisir ce 'on leur disait, et le pratiquaient avec fidélité. Ils ne sauraient assez nirer la grâce que Dieu leur a faite, ni comment faire pour s'en idre reconnaissants au point qu'ils le désirent. » De ces grands besoins on peut juger quels ont été les fruits de c^tte Mion, qui furent en effet très-considérables, de quoi feu M. d'Éapes, pour lors archevêque de Reims, témoigna ses reconnaissant •, et rendit des remerclments fort particuliers par les lettres qu'il ivii sur ce sujet à M. Vincent.

L'on a fait, depuis, plusieurs missions en divers lieux du même leèse, et entre les autres le directeur de la mission qui se fit au irg de Sillery à l'issue des guerres, manda à M. Vincent qu il n\v ni trouvé que quatre-vingts habitants, tous \es autres étaut mon nécessité et de misère ; mais que ce petit nombre avait fait paraître A de bonnes dispositions, qu*il ne se pouvait rien désirer davanle; et en particulier parlant de celles qu'ils avaient apportées en pprocbant de la sainte table : « Us ont communié, dit-il, avec de si iiids ressentiments, que leurs larmes témoignent, d'une manière i ne se peut expliquer, la présence très-adorable de leur divin iveur, prenant possession de leurs cœurs sensiblement touchés; isei bien convertis qu'ils protestent hautement qu'ils veulent veseer à tout péché, mais souffrir avec patience et soumission tout fu*il plaira à Dieu, et le servir de la bonne sorte pour Tamour de aeol : c'est comme ils parlent eux-mêmes, répétant souvent : Kl pour Vamùur de Dieu. •

Le même, écrivant à M. Vincent du bourg de Ludes, où il faisait niMÎon quelque temps après : « Tout se passe ici, lui dit-il, selon re désir : c*est tout dire. Lu de nos fruits est qu'on a luis in dcrnmaîu pour achever ce qui muiquait a l'cailice de 1 eglue, ce 'eBn'anr&iijainais fait sans la mission. I.r«! cnharel^ f nv.l \\\V^tv\\\s

— -j-sr) —

au--*i Lirii qu.' lr> asscinl/lt't"^ il** iiuil;ou ne jun' plus, vl Von no prolVn^ qu'iiMr nu Irt'.; grand respect le très-saint nom de Dieu; on \a f^e mettre à g^Mioux dans les maisons pour demander pardon à reux que l'on a offensés. >■

I.L d'un antre lieu du même diocèse nommé rontaino, écrivant à M. Vin(?ent. il lui dit ces paroles :

» ])ieu qui a béni les missions précédentes semble augmenter ses «iràcis en eelle-f i ; car les eoricubinaf^es qui avaient duré des vingtcin(| ans sont abolis; tous les procès terminés; un très grand nombre (le pirsoiuies, tant de ce lioi: que des autres eirconvoisins, qui abusai(nî. des socnnienls depuis vingt, trente et trente-cinq ans, ont ncoiuui ei détesté leurs crimes; les babitants de ce lieu appellent et convient leurs uarenls des lieux les plus éloignés, pour venir participer au\ fruits d«/ la mission ;el les gentilshommes y viennent de sept, di\ et (juatorzi^ lieues du côté de Rélbel. •

Lfinn,ce bon missionnaire tra\aillant dans le bourg d*Aï, du même diocèse, dit «ians une de ses lettres au même M. Vincent :

• r.n arrivant iei,(iuelques-unsdes principaux nous voulaient fermer les portes, avant indisposé les peuples à l*égard de nos fonctions; mais après (|ueî(|ues j(»ursde patience. Dieu, qui nous avait envoyés en ce lieu p:ir Tordre de nos supérieurs, a teliemcntcbangc les cœurs, que jamais mi.vsion n*a mieux commencé; ils se confessent très-exactement avec toutes les marques d'une vraie contrition; ils restituent actuellenîent ; ils vont se demander pardon à genoux les uns aux autres; ils plient Dieu soir et matin, et témoignent être résolus de changer tout a lait de vie et d'en mener une vraiment chrétienne : ils ne se peuvent rassasier d'entendre ta parole de Dieu. Le ministre qui demeurait ici s'en est fui ; et le peu d'hérétiques de ce lieu, qui sont de pauvr/s vignerons extrêmement ignoiants^ ne perdeut aucune de nos prédications. »

l^lur ce qui est du diocèse de Kouen, SI. Vincent v a envoyé en diver^es occasions dis prêtres de sa Congrégation, lesquels ont fait dans leurs niissions, |>ar le s;.cours de la grâce de Dieu, les mêmes fruits que dans h.s autres diocèses. Wmv n'user de redites, nous nous contenlerons de raj»porter ici une lettre de Mgr. Tarchevêque de Itoueu, écrite à M. Vincent en Tannée It>ôG, qui fait voir la salisfaclion qu'il avait «les mi-'-sionnaires et de leurs travaux.

^ Je ne nie lasse point, lui dil-il, de vous donner de mes lettres, parce que vous ne vous ennuvez poii.t do nous faire du liien. Celui que mon diocèse a reçu par T«'ntreali^e de \os saints ouvriers, en est un témoignage tiès-certain. tl comme je remercie Motre- Seigneur de \o}r que son esprit est si abondamment répandu dans len prêtres que

VOUA formez par sagruce, je D*anrais aussi à souhuîtcr pour son ÉglUo, et pour la gloire de son sacré nom, sinon que tous les ecelésiastiques eussent la même capacité et la même ferveur. Je vous envoie donc le brave M. K. et sa généreuse troupe; ils ont combattu vaillamment contre le péché ; j^espëre qu'en d'autres rencontres ils ne se lasseront pas de continuer sous Tétendard du primat de ^'ormandie, qui estime leurs vertus, qui loue leur zèle, et qui est sans réserve, de leur illustre chef, le très-humble et tn>s, etc. »

Pour le diocèse de Toul, quoiqu'il eût été grandement désolé par le malheur des guerres, les missionnaires néanmoins établis on la ville de Toul, n'ont pas laissé de ressentir les bénédictions de Dieu sur les missions auxquelles ils ont travaillé. Voici en quels termes le supérieur écrivit à M. Vincent, en l'année 1G5G, d'une mission qu'il venait do faire lui troisième : « Je ne puis, lui dit-il, vous exprimer les bontés dcKotre-Seigneur en notre endroit. Nousavons entendu environ cinq cent confessions générales, sans trouver un seul jour de rclAche pendant un mois. Le temps f&cheux de l'hiver qui avait couvert les chemins de neiges de deux pieds de hauteur, n'a pu empêcher que les pauvres gens, riches en foi, et avides de la parole de Dieu, nonobstant les -vexations extraordinaires qu'ils reçoivent des gens de guerre, n'aient fait voir que le royaume des cieux est pour eux. Tout ce qui se peut désirer de bien s'y est fait, et nous avons sujet de dire que Jésus- Christ a pris plaisir de répandre extraordinairement en ces lieux la bonne odeur de son Évangile. »

Et dans une autre lettre écrite quelque temps après par le même : ■ Nous venons, dit-il, de faire mission dans une grosse bourgade Dommée Cliarme, où après avoir travaillé pendant cinq semaines, ooosen sommes revenus un peu falii>ués, mais les cœurs remplis de joie et de consolation, pour les bénédictions que IN'otrc-Seigneur nous y a données, et à toutes les personnes de ce lieu-ln, comme aussi à plusieurs paroisses ci reon voisines. M. le curé est fort zélé, et depuis lui jusque» au moindre de la paroisse, tous ont fait leurs confessions frénérales, sans qu'il en soit resté un seul qui v ait manqné : mais ces confessions ont été si bien faites, et dans 1rs sentiments d'une si véritable conversion, que je ne me souviens pas si de vingt-cinq missions ou j'ai assisté, j'en ai vu une où le peuple m'ait paru si fort touché, comme en celle ci ; où après avoir rendu à Dieu et au prochain olTcnsé toute la satisfaction que nous avons pu souhaiter, chacun s'elToree maintenant de suivre nos avis, pour se maintenir en la grâce de Dieu, il y a en ce même lieu un couvent de bons religieux, et ces IIR. Pères étaient tooa étonnés voyant tant de merveilles, et entre les autres le^iv lapfriear, qnî est un rrai Mint.

l'ous (>t> •glorieux Iroplices que .NotrcSeigucura remportés |Mir sa grAoe sur li\s cœurs de ceux qui avaient été rebelles à ses lois, et qui lui onl doiiiu'^ gloire par une véritable pénitence, nousoblîgent de lui en rendre do très-humbles remerciements, et moi particulièrement do travailler plus que je n'ai fait; reconnaissant par expérience que c'est le grand mo> en de profiter aux ûmcs. Je suis retourné de cette mission avrc celte pensée et ce désir. ■

S VI. En divers lieux de la Bretagne.

Tes missions de la Bretagne n'ont pas eu de moindres succès que celles des antres provinces. Le supérieur des missionnaires établis à St-Méen, an diocèse de St-Malo, écrivit à M. Vincent en l'année 1657, qnayanl fciit une mission à IMeurtuit, on y avait entendu en oonfession trois mille personnes; et que si on y retournait, on aurait besoin do pins de vingt confesseurs, pour pouvoir satisfaire au grand nombre do peiipie (|ui se présente. II dit, entre autres choses, qu'en cette mission une persoime de condition, à la sortie de l'église, se mit k genoux dans le cimetière, devant tout le monde, pour demander pardon à ren\ (\u\\ avait oiïensés, qui furent fort surpris de cette action; et qu'une antre, avant que de se présenter au tribunal de la confession, alla do son propre mouvement jusqu'à huit lieues loin, pour demander |)ardon à une personne qu'elle n'avait que très-légèrement offensée.

VA {lar une autre lettre de Tan 1658, il rapporte plusieurs ohoses fort remar(|uables qui se firent en la mission de Manron* « Il y avait, dit il, tons les jours, et mc^^me les ouvrables, plus de douze cents personnes qui assistaient au catéchisme : les principaux du lieu n'y manquaient non plus qn*à la prédication. Il s'est trouvé plusieurs serviteurs et servantes qui ont quitté leurs maîtres et leurs maitresses, parce qu'ils ne leur voulaient pas donner le temps d'y venir; aimant mieux perdre leurs gages qu'une si belle occasion de se faire insiruiro. On y a vu des mères, qui après avoir fait leur devoir eo cette mission, se sont mises en service à la place de leurs filles, pour leur donner moyen d'en faire autant; et d'autres serviteurs et servantes qui ont [)rié leurs maîtres et leurs maîtresses de leur permettre de venir aux instructions, et de rabattre sur leurs gages le temps qu'ils y emploieraient, et qu'ils ne pourraient travailler.

• I.C dimanche de la Quinquagcsime, et les deux jours suivants, il

y eut une si grande et si extraordinaire foule de peuple qui se présenta

pour nuMvoir la sainte lùicharislio, (pie l'on fut obligé de continuer

a donner la communion jusqu'à sept heures du soir. Et depuis que la

mission csl linie^ j'ai appris que d'un grand nombre de cabarets qu'il

eo oe licu-ltt, il ii*eu est pas resté on seul, parce qulls nous onï dire en quelques- udcs de nos prédications, qu'il était fort que les tavemiers se sauvassent en donnant à boire par excès, c'est la coutume en ce pays; et de plus qu'à présent dans les i qu'ils font les uns avec les autres, au lieu de mettre quelque our boire, suivant l'usage du pays, ils le donnent à la Goufré- . Charité, que nous y avons établie pour les pauvres malades »

nnée suivante le même écrivant ce qui s'était passé en une aulon: « Voilà, dit-il, notre mission de Plaissala achevée par la Dieu, sur laquelle il lui a plu de verser si abondamment sa ion, que tous ceux qui y ont travaillé tombent d'accord qu'ils point encore vue où il ait paru tant de bien. i remarqué un abord de peuple de dix -sept paroisses circon- , Plusieurs hommes m'ont dit en se présentant à la confession, ût le dixième jour qu'ils attendaient dans l'église, et je crois ème chose est arrivée à plus de cinq cents. Il s'est fait de trèsliens touchant les accords et particulièrement de la noblesse; I. le baron du Rechau nous a grandement aidés. Il a une maiette paroisse, où il était venu de Saint-Briant, qui est le lieu ) de sa résidence ; et ayant entendu notre première prédica- 008 vint voir avec madame sa femme au lieu où nous étions nous dit qu'il ne s'en retournerait point que la mission ne fût Je le priai en même temps de nous aider à terminer les difféisont ici fort fréquents, et à faire les accords principalement gentilshommes ; en quoi il a réussi avec une bénédiction tout inttre.

ours du carnaval se passèrent en exercices de piélé; il se fit ewion solennelle le lundi, en laquelle M. l'évi^que de Saintirta le Saint- Sacrement; et tout le peuple y assista avec tant km et de modestie, et avec un si bel ordre, marchant quatre p que, quoique pendant cette procession, qui dura près de ires, il plût presque toujours, il n'y eut pourtant personne donnât son rang. I^e même prélat donna la confirmation le îvantdans le cimetière, au veut et à la pluie, n'y ayant point dans l'église qui était toute remplie de communiants. » 'évèque de Tréguier fit faire une mission à Guingamp après Morlaix, en l'année 1G48, au sujet de laquelle écrivant à Ht: « Votre lettre, lui dit-il, nous a trouvés tous occupés «mission, de laquelle j'espère beaucoup; l'un de vos prêtres b soir admirablement et dévotement ; un autre fait le princià une heure après midi, où il se fait admirer Ci\ ^\mer

des |)t'l ils el dos grand*; ; un autre fait le petit cattH^bisme, et mon tbtologal pnVho le matin en bas-breton ; cnlin tout le inonde travaille, et on n*a pas mi^me voulu me laisser oisif, ear je proche deux jours la semaine. Nous commeneprons tous à confesser demain, Dieu aidant; les gens de ce pays sont fort étonnés n*étant pas accoutumés aux missions, chacun en dit son avis diversement, mais avec respect. J'e8p^^e (|n*avec la grâce de Dieu tout ira bien. »

Et par une autre lettre de l'année 1 650, écrivant à M. Vincent d'une autre mission, il lui parle en ces termes : • Je vous remercie, lui ditil, du ministère fidèle de messieurs vos quatre prêtres en ma mission de ce lieu. I^eur capacité, leur zèle et leur assiduité a prt^cher et confesser ont été si grands qu'ils ont été suivis d'un fort bon succès; je puis dire que tous les habitants de ce lieu, de tout Age, sexe et condition, se sont convertis, et j'ai grand sujet de louer Dieu de m'avoir doinié par votre moyen de si bons ouvriers. M. K. a une vigueur en chaire à laquelle rien ne résiste, je le retiens déjà pour la mission de >'. pour Tannée qui vient, etc. •

.S Vil . En divers lieux de la Bourgogne et de la Champagne^

M. Vincent ayant envoyé quelques prêtres de sa Congrégatioo, en rannée 1012, pour faire la mission en la paroisse de Saint- Cyr au diocèse de Sens, voici ce que le seigneur du lieu lui en écrivit lorsqu'elle fut achevée :

' Les soins, dit il, de messieurs vos prêtres, joints à Texemple de leur piété, ont fait un tel changement de vie dans mes paysans, qu'à peine sont - ils reeonnaissables de leurs voisins. Pour moi, j^avoueque je ne les connais plus, et je ne puis que je ne me persuade que Oieo m*a envoyé une nouvelle colonie pour peupler mon village. Ces Messieurs nont trouvé que des esprits rudes desquels le changement ne se pouvait faire que par la grâce qui accompagne vos ouvriers, et particulièrement, ceux-ci, à qui ^ous avez donné la peine de venir pour la conversion de ce peuple et la mienne. C est un effet de la miséricorde de Dieu, et une conduite de votre prudence de nous avoir envoyé des hommes conformes à nos besoins. Kt après les remerciements que je vous en fais, il ne nous reste qu'à offrir des ardentes prières à Dieo, à ce qu'il comble de ses bénédictions votre compagnie, que j*estime être une des plus utiles à sa gloire, qui soit aujourd*bui dans son Kglise. Je demeure pourtant dans la crainte que ces pauvres gens manquant d'un bon pasteur pour les entretenir dans les bonnes résolutions qu'ils ont prises eu cette mission (|ui leur a été si utile, ne Inmbeut facilement dans le péché d'omission, en oubliant ou négligeant demettre en pratique ce qui leur a été si jndieieu«ement enseigné ; pnisque

us ue leur avez poiut voulu donner un curé, je crois que les a^aul nouveau engendrés à Notre-Seigneur, vous êtes du moins oblige de ir eu procurer un par vos prières, comme je vous eu supplie de at mon cœur. •

Madame deSaiut-G}r ne fut pas moins reconnaissauleque monsieur a mari; voici comme elle parle dans une lettre qu'elle écrivit à . Vincent sur ce même sujet :

« Bien que je me reconnaisse incapable de vous pouvoir dignement mercier de tant d'bonneur et de biens que nous avons reçus par Ire moyen en notre paroisse, si est ce que je ne puis retenir cette rite prisonnière, qu*après Dieu vous êtes en quelque façon notre UTcur, par le moyen de ces lions Messieurs que vous nous avez enjés, qui ont fait des merveilles en ce lieu. I Is ont tellement gagné les leclionsdc M. de Saint-Cyrque je crains qu*il ne soit malade de sVn lir éloigné. Pour moi, je ne vous dis pas le ressentiment que j'en ai, int trop triste pour vous dire autre chose, etc. » 51. le Boucher, grand-vicaire de l'abbaye de Monstier Saint Jean, rivant à M. Vincent au sujet des missions qui se faisaient en Bourigne eu l'année 1644 : « Vous faites du bien partout, lui dit-il, et «s rendez de grands services à Dieu, à l'Église et à la sainte religion. (Viens de Tonnerre où j'ai vu vos chers enfants, les prêtres delà mis- DO, conduits par uu homme de Dieu ; il faut que j'avoue, Monsieur, le tous ces bons ecclésiastiques font des merveilles par leur doctrine .par leurs bons exemples; ils réconcilient beaucoup d'Ames avec Dieu ;avec leur prochain, etc. »

L*un des missionnaires qui travaillaicut en ladite province en Tauée 16o0, écrivant à M. Vincent : • Je dois vous rendre compte, lui it-il, du fruit que vos prières et saints sacrifices ont opéré, tant à Ngny qu'àLongron, où nous faisons maintenant la mission. Je n'ai len à dire de Joigny, si ce n'est que j'admire l'assiduité des habitants entendre les prédications et catéchismes, et leur diligence à se lever latin; car on a commencé quelquefois à sonner la prédication à deux eoresaprèsminuityCtnéanmoinsréglisese trouvait toute pleine, etc. » « Il faut pourtant que j'avoue franchement que je trouve encore las de bénédiction dans les champs que dans les villes, et que j*y seonnais plus de nuirques d'une véritable et sincère pénitence, et de première droiture et simplicité du Christianisme naissant : ces bon- Bi gêna ne se présentent ordinairement à la confession que fondant 1 lirmea ; ils s'estiment les plus grands pécheurs du monde et demanait de plus grandes pénitences que celles qu'on impose. Hier une BnoDne qai s'était confessée à un autre missionnaire, me vint prier I lui imposer une plus grande pénitence que celle qu\ \w\ vîbàV Kvi

donnée el de lui ordonner de jeûner trois jours la semaine pendant toute cette année; un autre, que je iui donnasse pour pénitence de niarclicr nii-pieds sur la terre pendant le temps de la gelée; et en la même journée d'l)icr un homme me vint trouver qui me dît ces parol(*s: Monsieur, j*ai entendu à la prédication qu'il n*y avait point de meilleur moyen pour ne plus jurer que de se jeter aussitôt à genoux Cil présence de ceux devant qui on avait juré; c'est ce que je viens de faire, car aussitôt que je me suis avisé que j*avais juré ma foi^ je me suis mis à genoux et j'ai demandé miséricorde a Dieu. »

lîinviron deux mois après, le mOme prêtre continuant de rendre eompteà M. Vincent de cequisepassaitdansles missions de Boui^ogne: H S*il est juste, lui dit- il, que celui qui a planté Tarbre ait le plaisir de lui voir porter le fruit, ilestjusteaussique vous sovez participant des l)énédiclions que Dieu a données en abondance à nos petits travaux. Je puis vous assurer qu'aux missions que nous avons faites depuiscelle de Joign y, je ne crois pas qu'aucun ait manqué de faire sa confession générale, et c'est merveille de voir combien ce peuple est touché; ce qui \a jusqu'à un tel point que je me suis vu en disposition de ne les entretenir que durant les premiers jours seulement, des sujets qui excitent il la pénitence, à cause de la grande tendresse de leurs cœurs ; car j'avais peur que cela ne fit tort à leur imagination. • Sur quoi il faut remarquer que ce prêtre missionnaire qui avait cette grâce de porter ainsi le peuple à la pénitence, était lui-même fort pénitent et faisait ce qu'il prêchait.

lùitre plusieurs missions qui se sont faites en Champagne, une des plus considérables a été celle de >'ogent au diocèse de Troyes, qui se fit en Tannée 1 057, où monseigneur Tévêque envoya ses deux grands- Aie lires, et lui- même y vint aussi et y travailla pendantquelques jours. I^lle dura six semaines ; et, avec la grâce de Dieu, elle fut accompagnée de grandes bénédictions, dont le peuple témoigna de grandes reconnais.<auces à son ])rélat ; car toutes les sortes de biens qni se peuvent faire dans les missions se firent en celle-ci. Et messieurs le^ grands- Aicairos en étant émerveillés, disaient que c'était un temps perdu aux ecclésiastiques qui ne s'employaient pas delà bonne sorte à travailler au salut des âmes ; et que le plus assuré moyen de faire du fruit était de prêcher et catéchiser selon la méthode de la mission. I^ peuple était si assidu aux prédications et aux catéchismes, que le curé du lieu disait n'avoir jamais tant vu de monde dans son église le jour de Pâques, comme il en voyait les jours ouvrables, pendant le temps de la mission.

Monseigneur l'évéque de Chi\Ions-sur-Marne ayant demudé à M, Vincent quclqncs-nm de ses prêtres, en Vannée 1658, pôat hite là

missionendiverslicuxdo son diocèse, obligea plusieurs de ses curesd*y assister pour apprendrcla manière de bien instruire leurs paroissiens. Voici ce qu'un de ces prêtres missionnaires en écrivit à M. Vincent :

• >'otrc mission de Vassy, lui dit il, a reçu toutes les béuédictious que Toa pouvait attendre : nous étions aidés par quatre cures et par un autre bon ecclésiastique, tous capables et vertueux : deu\ d*cnlre eux ont si bien pris la méthode de la compagnie dans leurs prédications, que quoiqu'ils eussent peu de disposition de parler en [)ublic, ils le font a présent aussi utilement et a^ec autant de facilité que je connaisse parmi les personnes de leur profession. Les catholiques que Thérésie avait noircis et infectés de plusieurs mauvaises maximes, les ont quittées et ont été confirmés dans les bons sentiments et mis dans an train de vie vraiment chrétienne, et non-seulement les habitants dndit lieu, mais ceux de quatre et cinq lieues ù la ronde en ont tiré un merveilleux profit, etc.

• Noos sommes maintenant occupés ù la mission de Holnioru, où il 7 a encore plus de bien à espérer, attendu le concours du peuple et l'affection de messieurs les curés qui est si grande, qu'aujourd'hui donie curés sont venus exprès de trois ou quatre lieues pour assister aux actions et apprendre la méthode d'instruire les peuples. »

S VIII. En divers autres lieux de la France.

Dès le commencement que M. Vincent envoya de ses prêtres pour travailler hors le diocèse de Paris, et dans les lieux les plus éloignés da royaume, un abbé fort célèbre lui en écrivit une lettre de co::gni> tnlation au mois de décembre 1627, oii lui parlant sur ce sujet : Je mis de retour, dit il, d'un grand voyage que j*ai fait en quatre ])rotioces ; je vous ai déjà mandé la bonne odeur que répand dans les provinces oiij'ai été l'institution de votre sainte compagnie, qui travaille pour rinstrnction et pour l'édification des pauvres de la campigne. En vérité, je ne crois pas qu'il y ait rien en TËglise de Dieu de pbs édifiant, ni de plus digne de ceux qui portent le caractère et Toidrede Jésus-Christ; il faut prier Dieu qu'il donne l'infusion de m e^irit de persévérance à un dessein si avantageux pour le bien des émeêf h quoi bien peu de ceux qui sont dédiés au service de Dieu s'appUqoMBDt oomme il faut. •

M. YÎDoent envoya deux de ses prêtres au diocèse de Montanban, aviimi l'année 1630, pour fortifier les catholiques en la pureté de la foif àcaoseque vivant parmi les hérétiques, ils étaient dans un conti- Boel péril de se souiller de leurs erreurs ; et au bout de deux ans d*un tmiU Matinnel» il lea rappela; mais quoiqu'ils eussent été princilà pour le secours des catholiques, lY\e^ \ev\t V\\.

)iraiiiuoiiis la grùce, peiidaut le séjour qu'ils y lireut, de couvertir vingt-qualre hérétiques.

Lit quelques années aprt» feu M. de Murviel,évèque de Montaul)au, écrivant à M. Vincent sur le sujet de plusieurs sorciers qui se rencontraient dans son diocèse, et de la peine qu'il avait de le purger de cette vermine, il conclut sa lettre par ces paroles :

« Les prêtres de la ftTission sont grandement nécessaires dans ce dio* cèse ; car dans les lieux où ils ont ci-devant travaillé, il ne 8*est trou- >é aucun sorcier, i:i sorcière. Voila le profit que les catéchismes et les confessions générales font partout, qui est de mettre les peuples en si bon état, que les diables ne puissent les abuser par des sortilèges, comme ils font h Tégard de ceux qui croupissent dans Tignorance et dans le péché. »

Kn Tannée 103^, 3[. Vincent envoya d'autres missionnaires travailler dans le diocèse de Bordeaux^ et ils lui mandèrent que le peuple accourait à leur mission des lieux les plus éloignés, avec tautd*ardeur,qu'il y en avait la plupart qui demeuraient des semaines entières dans le lieu où se faisait la mission, attendant qu'ils pussent trouver place pour faire leurs confessions ; quelques-uns se mettaient à genoux et déclaraient tout haut Ieui*8 péchés pour en avoir l'absolution; les antres disaient quMIs aimeraient mieux mourir que de s'en retourner sans faire leurs confessions générales.

En Tannée Ib.'iS, quelques prêtres de la Mission ayant été envoyés pour travailler au diocèse de Luçon par M. Vincent, voici ce que l'un d'eux lui écrivit trois ans après qu'ils s'y furent employés à faire des missions. « Il n'est pas imaginable, lui dit-il, combien maintenant nos travaux passés sont détrempés de consolations, que notre bon Dieu nous envoie pour nous donner courage. Ces âmes de Poitou qui semblaient dures comme des pierres, ont pris le feu sacré de la dévotion si fortement et avec tant d'ardeur, qu'il ne semble pas se pouvoir éteindre de longtemps. »

Un autre lui écrivant en l'année 1642 de la mission des fissarts, loi mande qu'on y avait converti sept hérétiques, et qu il s'y était fait des changements admirables parmi la noblesse et les oHicierâde la justice.

Un autre lui écrivant de la mission faite à Saint-Gilles sur le bord de la mer, dit qu'en ce lieu-là les dissensions et querelles avaient été éteintes, les coeurs divisés réunis, les procès les plus dillicilcs terminés, les biens d'autrui restitués, les pauvres soulagés, et les malades consolés et assistés par la Confrérie de la Charité ; et enfin les catholiques fortiliés dans la vraie religion.

l'cu M. de Mvel, évéquo de Luçou, écrivant a M. Vincent m l'aunéc 1 1^42, touchant les missions que les prêtres de sa compagnie fai-

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