‹ Vie de S. Vincent de PaulChapitre 55 sur 115 · JO · texte numérisé non relu

JO

id U Ur.: <li' n(»ii\* ]îi lit»* coiileroiitv, sans raccompagner de ces mar- <;m -, (i'ioi jUiHivs l'a'hlo'î, dii >i( rcsscnlimcnt que j'ai lu grand fruit (|:(' I'. ■ ï\\ r hin/c, di* !a ciiarilô que vous nous avez faile de nous (lo :ii 1 : ' \ )^ (K.\rii is. Ma cou^olalion pourtint sera toujours imparf.iiii , 'i'»:!-! iW. jii'^iiiranMjui» \ ous avez coniblé re bonheur qui n'est qii" ;• : î :• , i «iiî ■ ini'isioii stah.iî et permanente en cediocèse, qui vu :\ i> aiii .Mi|) pins hisoin (|ue 1rs autres. Quand je saurai que vous scu/ îii tiil <li' nous îUTonIfr colti' faveur, je travaillerai par-deçà à troikur .l's rnoMii»; «It* l'aire cet l'tahlissement, dont j espère que Dieu rci'. via I»: i-i;o:ij) <lr i;lj>irL», et l'F'UIise de grands avantages pour le sahii (i- s aniv s, qui o.^t la seule eliose que je sais que vous vous êtes jir«:; o-i'c |;oi;r h* but de toutes vos actions. »

(j-iiili-iluMul sunirquinzi^joursaprè-^d^uneautre qu'un yertnenx ne cvii-iifjîji' d\Vn';oulOnie écrivit à M, Vincent en ces termes : « Je mr.i \tii> |)ir>eiil(ini'nl monter à elieval pour porter à vos missioniiains <|iii traviilleiil a Fîiansac, les deniers que vous m'avez adressés jîoiii \r\[v> bisoiîîs. Permettez-moi, s'il vous plaît, de vous être dereelK.rini;iorhin, et de vous réitérer mes très-liumb!es prières en faveur de cî* {si'iM'e et déso'é dioeèse, qui vous demande des ouvriers stable*^ piiîir k; secourir dans ses nécessités spirituelles, qui sont qnasi cxlieiii'"^, et ipii ne seraient pas néanmoins sans remèdes, s'il s'y tro'.Nai: de< p( r>onnes qui eussent un /èle et une charité désintép. ->i-e, U .le <iue cou\ de la maison de Saint Lazare, pour en prendre le soin. Je lais Lien, Monsieur, que la Providence pourra se sirvir de ini! e autn s movens pour cela, quand il lui plaira; mais i] parait elaircnieul qu'elle a jeté les yeux sur vous, et qu'elle vous a choisi etjh;' piuMciirs nii liers, pour secourir non-seulement tous les pauvie- tr.iii'èsi- (le ce ntyaume, mais principalement ceux qui semblent clr^ eniniiie ab.indouués de tout le monde, etc. »

V, Il ''.!. «le Moiilehai, ar(hevé(|ue de Toulouse, écrivant à M. Vîni-rjiî en i an UiiO: - Je ne puis, lui dil-il, laisser partir ces deux missio:j.iair. s qui' \nusa\ez envoyés en ce p^ivs, pour aller revoir, sans \(.;i K '.iu leicr. eoinine je fai- de tout mon cœur, des grands services qî/.i-d. i lei.dn-^a Dieu tlans mon diocèse. Je ne vous saurais représe nier Us |n ir.e>qnils ont prises, ni les fruits qu'ilsy ont faits, dont je \i>n^; al une pai iii-uiiere ohlifiation, puisque c*estàma charge qu'ils >c sont ainsi v-mployés. l/un d'eux sVst rendu maître delà langue de ce i»"}'^j'î q'» iisc l'aire admirer de ceux qui la parlent, et s'est montré i;iKitii;ai>li »ians le travail. Quand ils se seront un peu rafraîchis, je ' <,.i>sn;<î)li<=rai de nous les reiivoyer, carje me dispose à faire faire les exer>'iecs des ordinants, et j'ai besoin de leurs secours encore pour ce

sajet; tout réussira à la g'oire de Dieu si vous nous aidrz, etc. »

En Tannée 1648, le supérieur de la mission de Richelieu écrivit ù H. Vinceût que trois missionnaires venaical de faire deux missions dans le Bas Poitou ; et qn*entre les grâces que Dieu avait faites par leur ministère, la conversion de douze hérétiques n'était pas des moindres.

Sur quoi il est bon de remarquer une circonstance assez considérable« qui est que ces conversions d*hérétiques dont nous venons de parler, et grand nombre d*au très qui se sont faites depuis les premières missions de M. Vincent jusqn*à présent, ont été opérées, non pas en disputant contre eux, ni en leur promettant secours, emplois ou autres avantages temporels, mais par une grâce particulière de Dieu, laquelle accompagnait les instructions et les bons exemples des mis* âonnaires, qui, leur faisant seulement voir les vérités chrétiennes dans leur pureté, les ont attirés à la religion catholique, d*une manière d'autant plus assurée, qu'elle est plus cloiguée de tout intérêt humain.

Environ ce temps-là, les mêmes missionnaires ayant fait mission en la paroisse de Sache, au diocèse de Tours, mandèrent à M. Vincent que, bien qu'il n'y eût que six cents communiants en cette paroisse^ il s'en était néanmoins trouvé douze cents à la communion générale; que celte mission avait été accompagnée de très-grandes bénédictions ie Dieu, qui avaient produit grand nombre de réconciliations, de restitutions, de véritables conversions, et autres fruits semblables; que H. le curé, son vicaire et cinq autres ecclésiastiques y avaient fait leurs confessions générales; et qu'un des plus riches de ce bourg, fort attaché à ses biens et qui ne faisait que fort rarement et fort petitement l'aumône, avait été tellement touché, qu'il avait fait dire au prône qu'il donnerait du pain trois fois la semaine à tous les pauvres qui se présenteraient à sa porte pour en demander.

Ensuite de cette mission^ il sen fit une autre au bourg de Villaine, do même diocèse, et la même bénédiction y parut dans le concours et l'assiduité des peuples, dans les conversions des pécheurs et dans les réconciliations des ennemis, entre le(|uclles il s'en fit treize ou quatorze pour des différends de con^(éq^cnce. La communion générale s'y fit avec grande effusion de larmes, et à la procession, où il y avait près de deux mille personnes, M. le curé, Agé de quatre-vingt-huit ans, dit, en pleurant de joie, qu'il était bien obligé de remercier Dieu de tant de grâces qu'il faisait aux âmes qui étaient sons sa conduite, n'ayant jamais vu un tel concours, ni une si grande dévotion dans ion ^lise qu'il voyait alors.

II le fit eacore une mission en rannee 1 650 au même diocèso de Toon, en h paroisse de Clicillv, en laquelle, outre les bcnédictione

ordinaires que Dieu verse par sa bonté en telles occasione quatre ou cinq accommodements et réconciliations très-consi( Tun entre M. le curé et un habitant qui l'avait outragé; Tau les marguilliers qui avaient eu le maniement des biens de !*< cinq années précédentes et celui qui était pour lors en charj accord fut au grand profit de Téglise qui était très^mal four uements; le troisième entre quelques officiers de justice, les puis six ou sept ans vivaient dans une grande inimitié ; le q entre deux gentilshommes qui étaient en querelle; et le c: entre un des principaux bourgeois et uu sien fermier, pour d tes dont ils étaient en contestation, qui allaient à la ruine de reur. Mous omettons ici une infinité de semblables fruits des qui ont été faites en un très-graud nombre d autres lie royaume, lesquels s'il fallait rapporter en détail, outre h continuelles et ennuyeuses, il faudrait y employer plusieurs Le peu qui a été ici rapporté suffira pour en servir comme tillon et faire voir les grandes grâces et ^bénédictions qu'i Bien de répandre sur tout ce royaume parle ministère de M et des siens; je dis, grandes grâces, si on les veut peser au sanctuaire et juger de leur valeur par le prix qu'elles on Jésus-Cbrist, lequel, pour nous faire connaître combien nou estimer la conversion des pécheurs, et par conséquent tous le qui peuvent y contribuer, a déclaré dans TËvangile, « qu' une réjouissance toute particulière parmi les anges dans U même qu'un seul pécheur se convertissait et faisait pénitei terre; » et l'on doit croire que ces esprits céleste?, si sages e rés, ne conçoivent pas de la joie'que pour un sujet qui le mé

SECTION III

AUTRES RELATIONS DES FRUITS DES MISSIOHiS TAVTES BJf

S I. En divers lieux aux environs de Rome.

Mous passerons de France en Italie, et nous accompagi missionnaires que M. Vincent, comme il a été dit en sa vi pour s'établir dans cette première ville de la chrétienté, où favorablement reçus par le souverain pontife Urbain VIII heureuse mémoire, ils ont trouvé occasion d exercer leur naire, suivant les ordres qui leur en ont élc donni^ de la | Sainteté, non- seulement dans renceintcdc Rome par les or conférences spirituelles, retraites, et autres diaritabies serv y rendent aux eociésiastîque?, mais aussi daas les missions

€onvi<^ de faire on iliViMft Iûmîx, tfiiit iU\^ cuviroii^ Je cvWt^ \t\\t\ e do reste de l'Italie.

Nouii parlerons premièremeutd^unc espèce de mission fort extraorloire, et autant difficile que charitable, & laquelle ils ont commencé troTailIfr depuis plus de vingt ans, et continuent encore mainteut : c'est à l*égard des pâtres ou bergers de la campagne. Et afin que ceux qui n'ont pas été à Rome conçoivent mieux ce que w avons à dire sur ce sujet, il faut savoir que cette grande ville est ■ne au milieu d'un petit désert, c'est-à-dire que, quatre ou cinq an à l'entour, il n'y a ni bourgs ni villages : ce qui procède nou du Eaat du terroir qui est a^^sez bon, mais de la qualité de l'air qui y ■lalMiin, à raison de quoi on ne peut trouver que diflSeilement des ■1 de travail pour le cultiver, d'autant qu'ils n'y peuvent pas vivre. qai fait que les terres demeurant incultes,il y a grande abondance pâturages pour le bétail, qu on y amène de toutes parts pour v wr l'hiver; et au printemps on le ramène dans le royaume de Na- » et dans les autres lieux d'où on l'a amené. De sorte que les hom* m qai les gardent demeurent cinq ou six mois dans ces campagnes KTtei^, sans entendre presque jamais la sainte Messe ni recevoir les Traients ; de quoi même ils ne se mettent pas beaucoup en peine, at pour la plupart gens grossiers et trèi( peu instruits des devoirs du rétien. Ils s'en vont tous les jours d'un côté et d'autre séparément, ar mener paître leurs troupeaux ; et la nuit il les renferment dans • parcs, auprès desquels ils dressent des cabanes portatives, où ils se tirent dix ou douze ensemble pour l'ordinaire, et quelquefois plus I cbacune.

Or, M. Vincent qui a toujours fait une profession particulière de Nirvoir aux besoins des ûmes les plus délaissées, sachant l'état dans qpiel ces pauvres pâtres passaient la plus grande partie de leur vie, Mit il avait connaissance, recommanda particulièrement aux prêtres fil envoya en Italie, de secourir et assister ces pauvres gens, et de ordonner la pîUure spirituelle, petidant qu'ils s'occupaient à donner eorporelle à leurs troupeaux. Il avait d'autant plus de compassion ar eux, et de désir qu'ils fussent assistés, qu'il honorait avec plus '■ dévotion en leurs emplois, quoique bas et abjects selon les homes, une des plus excellentes qualités du Sauveur du monde, qui se nme par excellence dans TÉvangile, le Bon Pasteur^ et qui a transit cette qualité en tous ceux auxquels il a conGé la conduite de son rcail, qui est l'Égiise, et particulièrement en celui qui est le premier le chef de tous les fldètes ; c'est à savoir le souverain l'ontife. Ces faons missionnaires ayant reçu une telle recommandation de la Mt de leor père, et y étant d'ailleurs assez portés par leur propre

zèlCj pensèrent par quel moyen ils pourraient travailler à Tinf de ces pauvres pâtres. Ils reconnurent bien d'abord qu*il n'y \ moyen de les assembler dans une église, pour les prêcher et ser, comme l'on fait dans les autres missions ; attendu qu'ils i raient jamais se résoudre de quitter leurs troupeaux, et qu'il i pas même raisonnable de Texiger d'eux, à cause des inconvén: en auraient pu arriver. Mais la charité leur suggéra en ce n le meilleur expédient, qui fut d'aller attendre tous les jours si ces pauvres pâtres lorsqu'ils retourneraient en leurs cabanes, e ser la nuit avec eux pour prendre occasion de leur parler et c struire, à quoi le temps du carême leur sembla aussi le plus pour obtenir d'eux une plus facile audience. Suivant donc ce lution, s*étaut partagés pour faire plus de fruit, ils s'en allère chaque cabane, où ils les attendaient le soir à leur retour, et chaient de s'insinuer doucement dans feurs esprits, leur disant qu'ils ne venaient pas pour leur rien demander, mais plu leur faire du bien, et les priaient ù cet eiïet d'agréer qu'ils pi la nuit avec eux : pendant qu'ils apprêtaient leur souper, ilsL tenaient des choses nécessaires et utiles à leur salut, les ini des principales vérités de la foi, et des dispositions requises ; cevoir dignement les sacrements, particulièrement ceux de tence et de TEucharistie, comme aussi de la manière de bien de s'acquitter de toutes les obligations d'un chrétien. Et quau< de prendre le repos était venue, ils les faisaient prier Dieu, e ils se couchaient auprès d'eux sur quelques peaux de brebis vent à plate terre. Après avoir continué à diverses reprises ces lions, les voyant suflBsamment préparés, ils les recevaient au sa de Pénitence, et leur faisaient faire de bonnes confessions gén sait ou de jour, selon leur commodité. Et lorsqu'ils avaient même office de charité dans toutes les cabanes des environs, il semblaient tous un jour de fête, ou de dimanche, en la plus pi chapelle, y en ayant quelques-unes dans ces vastes campagn ils célébraient la sainte Messe, leur faisaient une exhortation donnaient à tous la sainte communion ; après quoi ces pau très, à l'imitation de ceux qui vinrent adorer Jésus-Christ crèche, s'en retournaient louant et glorifiant Dieu, et le rei des grâces que sa miséricorde leur avait faites, par l'entremi bons missionnaires, qui continuent encore de temps en tem] rendre cette charitable assistance.

Quoique ces exercices de charité envers ces pauvres pâtres tous les autres emplois que la ville de Rome fournit aux missîo emportent une grande partie de leur tempS| cela pourlaat ne

i d'étendre leur zèle en tous les lieux de la campagne de Borne Kèses voisins, et même en plusieurs diocèses plus éloignés, ; fait des missions qui n'ont pas produit de moindres fruits \ de France. Nous ne prétendons pas ici parler de toutes, ni la vingtième partie de celles qui s'y sont faite», mais seule- |uelques-unes des plus remarquables, pour donner aux lec- Iques légères idées dts avantages spirituels que les peuples de nces ont nçus et reçoivent encore tous les jours, avec le sela grâce divine, du zèle de M. Vincent et des travaux de ses pirituels.

inée 1642, le supérieur des missionnaires de Rome écrivant cent sur ce sujet : ^ Kous avons fait, lui dit-il, une mission u, dont nous supprimerons le nom, qui est un bourg fermé, de trois mille âmes ou environ, sur le passage de Rome à Pendant un mois que la mission a duré, nous avons trouvé "es et des désordres épouvantables. La plupart des bommcs ornes ne savaient point ni le Pater ni le Credo, et encore autres choses nécessaires au salut; il y avait quantité d'inivétérées : les blasphèmes y étaient très communs; mais c'é- \ blasphèmes qui faisaient horreur. Plusieurs personnes de tes d'états vivaient en concubinage: il y avait plusieurs femiques et débauchées qui corrompaient la jeunesse; et avec BOUS avons trouvé de grandes oppositions et résistances, elle irit nous a donné de violentes attaques, du côté même de devaient davantage nous appuyer. EnCn cette mission a été TraDce presque continuelle pour nous : il n'y avait poijit Squi pût gagner le cœur de ces gens-là; car ils estimaient ait de leur honneur de se laisser instruire et de se converi*j avait point moyen de faire paix avec eux qu'en cessant retde confesser. Néanmoins, après quinze jours de patience févérance dans nos exercices et fonctions ordinaires de mispeuples ont commencé d'ouvrir les yeux et de connaitre rdres, etsur laCn lagràce de Dieu y a produit de grands biens ; lit quantité de réconciliations ; les inimitiés ont été éteintes, phèmes ont ceshé. Quatre filles débauchées se sont converitre les coucubinaires, un des plus obstinés, qui vivait dele ans dans hon adultère public, et causait beaucoup de m sa famille et de scandale dans le bourg, s'est converti^ u léché, et en a retranché l'oecasion.

itre grand fruit, entre tous les autres qui se reeueillent orii- . aux missions, est de leur avoir fait quitter un péché ubolid ne se nomme point, auquel ils éUueul QxU^otà^m^e.-

nunt sujet. 1^ communion générale s^cst faite avec de grandes dispo- «itions, cl tous ont clc fort touchés d'entendre les pleurs et les gémissements, et de \oir les larmes des âmes converties. Et enfin, malgré tous les elTorts du malin esprit, cette mission 8*est achevée avec, grande bénédiction. »

Un autre prêtre delà même mission de Rome écrivit à M. Vincent en Tannée I6i>4 une lettre en laquelle, après avoir parlé de plusieurs missions faites au diocèse de Sarsina en la Roma<;ne, et de tout ce qui s'v était passé de plus notable, il ajoute ce qui suit :

« Dans la dernière mission, dit- il, laquelle fut sur les plus hantes montagnes de TApennin, nous trouvâmes un désordre général, lequel, bien qu'il soit commun à la Roniagne, est néanmoins beaucoup plus îrrand en ces lieux écartés : c'est que toute la jeunesse, garçons et filles, sVutretiennent en de vaines et folles amourettes, et cela souvent sans aucun dessein de se marier : de quoi pour l'ordinaire ils ne se confessent point, et beaucoup moins des mauvais effets qui s'en ensuivent, qui sont des entretiens dangereux, à quoi ils passent souvent une partie des nuits; ce qui arrive particulièrement les veilles des fêtes; et avant ces mauvaises attaches les uns envers les autres, ils ne portent aucun respect aux églises, où ils ne vont qtie pour se voir et s'entretenir d œillades et de gestes immodestes. Outre les mauvaises pensées et autres desordres intérieurs, cela est quelquefois suivi de grandes chutes fort scandaleuses, qui pourtant ne rendent pas les autres plus retenus, ni les parents plus avisés pour en éviter de pareilles.

« Ayant donc par occasion appris cet abus et toutes ces fâcheuses et dangereuses suites, nous parlâmes dans nos prédications le plus fortement qu'il nou^^fut possible pour l'abolir; mais le mai semblait incurable, et on ne manquait point de raiï^ons pours*y flatter: ce qui nous donna beaucoup de peine. Mais enfin, avec la grâce de Dieu, nous y apportâmes remède en déniant Tabsolution à tous ceux que nous ne voyions pas bien réso.us de renoncer absolument à toutes ces folles amourettes : ce qui les toucha grandement et fut cause que presque tous se rendirent. Je leur fis lecture publiquement en italien d'un chapitre du livre de Philothée qui traite de ce défaut, et qui leur découvrit évidemment les fautes qu'ils commettaient, comme si l'auteur l'avait fait exprès pour cnx. Plusieurs témoignèrent avec larmes le regret du passé et leurs bonnes dispositions pour Tavenir. Dieu veuille leur donner la persévérance.

« lilnfin. Monsieur, quoique du commencement les curés de ces

lieux- ià nous tinssent pour des espions, et qu'ils nous eussent fait

passer dans i 'esprit des peuples pour des genssnspects, Toyant néan^

Doîos la sioipliciti^ de uolre procédé, l'honneur que nous leur défiions, la façon que nous tenions en nos inii^sions, et principalement laenousétions nans aucun intérêt, ils nous sont restés tous affectionif-^ et je puis dire que nous avons emporté leurs cœurs : ce que plui ^v< même ont témoigné avec larmes.

« Je ne puis ici omettre une chose arrivée dans on lieu de ces enrironft, où il y avait un prêtre fort débordé en sa vie, lequel s*était nnté publiquement de n*étre point venu à aucune de nos prédicaions; et peu après il arriva, pur un juste jugement de Dieu, qu'il fut lisérablemcut tué au même lieu où il avait fait cette vanterie, par m autre méchant prêtre qui m avait donné de bêles paroles pour le faire croire qu*il voulait changer de vie, mais sans aucun effet. »

S IL Dans les ivichis de VUerbcy de Paleslrine el autres Ktux.

Ud prêtre de la mission de Rome, écrivant à M. Vincent, au mois le décembre de l'année 1655, touchant ce qui s*était passé en une rinion faite dans Tévêehé de Yiterbe : « M. le cardinal Braneavio« St-il, nous ayant fait l'honneur de nous appeler a Vitcrhe, dont il Btévéque, il nous envoya a Velralle qui est un gros bourg de son liocèse à deux journées de Rome, où étant arrivés, quoique plusieurs liflicullés aient traversé nos petites foruiions, nous y axons |>ourtant Btendu dix sept cents personnes de confession générale, qui nous ont éoKNgné être bien touchées et bien pénitentes. Ce qui me semble ivoir plus contribué à émouvoir ce pi*nple, est ce qui en apparence Irvait avoir moins deffct; c'est à savoir, T Texplication de Texer* m du chrétien que nous faisions tous les matins à l'issue de la pretàisre messe; 2** rinstructioii familière qui se faisait ensuite sur les noripaux mystères delà foi, et sur la manière de se confesser; i^Texamen général que nous faisions tout haut avec les prières ordi* Mires* le soir immédiatement après notre prédication. Mais ce que je VMS qui fit la plus forte impression sur leurs esprits, fut une pui- ■ale srmonce que leur fit notre prédicateur à la fin de son exhortaioDà la préparation à la communion, leur disant de la part de Dieu |ae personne ne fût si hardi que de s'approcher de la sainte Table, ao8 auparavant s*étre réconcilié avec ses ennemis. Et je crois que eUe dénonciation animée comme elle Tétait de l'esprit de N<»trecîgneor, a plus opéré que tout le reste, particulièrement ù l'égard des éeonciliations entre ceux qui se haïssent à mort, et des restitutions lotables qui se sont faites, parce que depuis cette prédication on n'a n et on u'a entendu presque autre chose que des accords qui se failîcDtet des pardons qu'on se demandait les uns aux autres les larmes n yOTi^noa-seulemeut dans les maisons, mais cncoTe ù^\v&\^

rues, et paiticulièrcmenl dans Téglise devant tout le monde. On en faisait de mùinc pour ce qui est de restituer le bien mal acquis^ et de pay( r les vieilles dettes abandonnées, et cela publiquement et courap;euseiiient, sans se soucier de sa propre réputation.

« Si je ra()|)ortais ici tous les cas particuliers que nous avons vos et cnlendus sur ce sujet, j*aurais trop de choses à dire; j*en toucherai seuleiiient trois ou quatre des principaux. Le premier arriva pendant la procession, eu laquelle un de nos prôtres rangeant les hommes deax à deux pour les faire marcher avec ordre, la Providence divine disposa les choses en telle sorte, que deux habitants du lieu qui avaient une haine fort enrciciiiée lun contre Tautre depuis plusieurs années^ se trouvèrent fortuitement rangés ensemble, et chemiuèrent même quelque temps à côté Tuu de Tautre, sans qu'aucun d'eux s'en aperçut ; mais s'élanl enfin reconnus, Dieu leur toucha le cœar si fortement <|uVn un instant leur grande haine se trouva changée en une sincère aniilié, et leurs cœurs se trouvèrent en telle disposition, que fondant en larmes, ÏU s'embrassèrent et s'entre-demandèrent pardoo Tun a Tautre devant toute Tassistance, mais avec des paroleasi oor* (liales, que chacun eu fut ravi d^admiration et de consolation.

» Le second cas fut un certain habitant du même lieu, qui dépoli Ion<itempr^ devait quatre cents écus à un autre, et n'avait jamais voulu le pa>er, (|noi(|u il en eût été souvent pressé par la voie de la justÎMi et même par sentences d'excommunication; en sorte que son créan* cier ne s*v attendait plus : il fut néanmoins tellement changé tootà coup, qu'a riietire même il lui paya les quatre cents écus, et depuis ce temps- là ils ont été bons amis.

« Le troi^iènie fut un riche avaricieux, qui depuis fort longtemps était redevable do cent écus à un pauvre homme, qui avait cnGn perdtt toute espérance d'en pouvoir jamais être payé ; néanmoins étant too^ ché de Dieu, et sans être requis d'aucune personne, il fit presque comme Zaeiiée, car il rendit à ce pauvre homme trois ou quatre tom plus qu'il ne lui devait, lui donnant une maison et une pièce de vignes qui accommoda grandement sa petite famille.

« Enfin le quatrième fut d'un |)ère, lequel ayant conçu et retenu eu son cœur depuis environ trois ans une haine mortelle contre un certain qui avait voulu tuer son iils, et l'avait en effet blessé à un braS| dont il était demeuré estropié; ayant outre cela déboursé uuesomuM d argent assez considérable pour le faire panser; il fit, nonobstant le ressentiment qu*il en avait, deux actions dignes d'un vrai chrétien: Tune est qu'il pardonna de bon cœur à cet ennemi qui avait assassiné son iiis; et l'autre qu'il lui quitta et remit volontairement tous lis frais et dépens qu'il pouvait prétendre, quoiqu'auparavant cette mis-

lernu se fassent souvent employés pour les réconcilier et acrsans y avoir pu réussir.

one partie des fruits de cette mission, que l'on peut bien vérité être les effets de la main toute-puissante de Dieu ; les [ui y travaillaient n*étaat pas (*^pablesd*opérer ces merveilles oyens si faibles que ceux qui ont été ci-dessus rapportés. Et li me donne sujet de dire, comme autrefois ceux qui voyaient illes que Moïse fait^ait en présence de Pharaon, digilus Dei ist le doigt de Dieu qui opère ces choses si admirables, et non uence, ui la science, ui la sagesse, ni la puissance des hommes, eut-être pour cela que la Providence divine n'a pas voulu s grand prélat et éminentissime cardinal ait assisté à notre insi qu'il nous l'avait fait espérer, une roue de son carrosse iropue lorsqu'il se fut mis en chemin pour y veuir, car s'il fait cet honneur, on eût peut-être attribué à sa préhence kutorité la gloire de ces merveilles, que Dieu s'est voulu réni seul. •

ae prêtre missionnaire raconte le succès d'une autre mission nois de janvier de Tannée suivante^ dans uue de ses lettres e en ces termes :

I mission que nous venons de faire à Breda, nous avons rejne grande assiduité du peuple à nos sermons et catéchisquels ils assistaient avec un si grand désir d'en profiter, que y entendaient faisait une vive impression dans leurs cœurs; ju'on les voyait après s'instruire et 8*e\horter les uns lésante la matinée du jour de la communion se passa en réconci- \i embrassements qu'ils se faisaient les uns aux autres; en voyait manifestement la force' de la grâce de Dieu ; car les irentsdu lieu, tant hommes que femmes, mutant bas tous is humains, ne faisaient poi ut difficulté de s'humilier devant pauvres, et leur demander pardon des fautes qu'ils avaient là leur égard. Mais quand ce vint à la prédication qui se fit ;ement devant lacommunion, les cœurs s'attendrirent dételle B peu s'en fallut que plusieurs ne tombassent évanouis. Et prêcha fut contraint d'interrompre par deux fois son disde cesser de parier, pour arrêter le cours des larmes et des le ce bon peuple. La prédication étant achevée, un prêtre du ança vers le grand autel, où s'étant prosterné en terre, il de* Mutement pardon de la vie scandaleuse qu'il avait menée, iment à Dieu, et ensuite au peuple, lequel étant extraordiit touché don tel exemple, se mit à crier tout haut : Miêi'»

— :uu) —

" l.e diablo, eiw ieax di? Iciil de bous succès, s'efforça de les traverser en troublant le bon ordre et la bonne disposition de ce peuple dans la prowssion qui se lit après les vùpres, au sujet de la préséance qui était réciproquement prétendue par quelques confréries de pénitents établies en la paroisse. Mais Dieu par sa bonté empêcha ce désordre, en ce que pendant la contestation quelqu'un ayant avancé que le prédicateur avait dit que la préséance appartenait aux pénitents Têtus de b anc, le grand respect qu'un chacun avait pour tout ce qui venait de cette part, fit que tous acquiescèrent à cette parole, sans en faire une plus grande discussion; et par ce moyen la procession se lit avec grande piété, et avec une singulière édification d'un chacun.

« Je crois ne devoir pas ici omefire une chose, qui est qu'ayant exhorté le peuple d'acheter une croix d'argent pour servir à leur église, il n'y en eut aucun qui ne voulût avoir part àc(*tte bonne œuvre ; en sorle que chacun ayant fait ses petits efforts pour y contribuer, la somme qui fut recueillie se trouva monter à cent éeus, qui était plus qu'il ne fallait. »

Pour ce (|ui est de Tévéché de Palestrine, la relation des missions qui s y sont faites en l'année 1057, porte que la première se fit dans un gros bourg de douze ccutscommuniants, tous remplis d'inimitiés, et s'il faut dire ainsi, tous ensanglantés des fréquents homicides qui s\yconmiettaicnt,que Ton comptait jusqu'au nombre de soixante-dix depuis trois ans. Ce peuple, bien que cruel et adonné à ces crimes, goûta néanmoins la parole de Dieu, se rendit exact aux actions de la mission qui dura un mois, et en fit un si bon usage, que presque tous firent leurs confessions générales, et se réconcilièrent parfaitement avec Dieu et avec leurs ennemis. On en a vu plusieurs qui étaient demeurés dix et quinze ans sans se vouloir parler, qui l'ont fait de bon cœur en cette occasion. Une veuve dont le mari avait été tué, et qui avait refusé la paix â ses ennemis, quelque instance qui lui eût été faite de la leur accorder, môme par M. le cardinal Colonne, seigneur dudit lieu, fut tellement touchée par une prédication, que, sans autre semonce, elle fit a{)peter M. le curé et le notaire, et fit cet accord en donnant le pardon avec grande joie.

l^ne autre veuve qui s'était montrée aussi fort difficile à pardonner à un homme qui avait tué son mari, lui pardonna de même fort volontiers en cette occasion, disant qu'elle n'avait jamais ressenti une telle consolation en tout le temps de sa vie. Après quoi quelques-uns de ses parents lui ayant voulu remontrer qu'elle nedevait pas si facilement ni si promplement pardonner, pour témoigner davantage son amour vers son défunt mari, elle leur répondit qu'elle Toalait sauver

son âme, et que 6i la chose u'était point faite^elle la ferait cucoretrès- To'ontiers.

Un jeune homme qui avait eu un bras coupé par un sicu ennemi qu'il ne voulait point voir. Tayaut rencontré a l'issue d'une prédication dans la place publique, se mit à genoux devant lui, et puis s étant levé, l'embrassa avec tant d'affection et de cordialité, que son exemple et sa parole servirent grandement pour en exciter plusieurs autres à pardonner les injures qu'ils avaient reçues.

Hais la plus importante de toutes les réconciliations faites en celte ■issioQ, et où Ton reconnut plus manifestement l'effet particulier de la pàcede Dieu, fut celle que l'on procura entre deux des principales bmillea du bourg, les personnes de Tune desquelles en avaient tué un de Tautre famille, et blessé grièvement son frère; ce qui avait telle- ■CDt animé les autres frèresqui restaient et qui étaient gens fort cruels, qffiis avaient résolu d'exterminer cette famille, dont quelques-uns avaient commis ce meurtri*; et l'un de ces frères, pour venger la mort fnn autre, avait tué depuis trois ans dix personnes innocentes. Cette rto>Dciliation était fort difficile à faire, tant a cause que les offenses étaieot récentes, que parce que ceux qui voulaient commettre ce ■eorlre, battant tout le long du jour la campagne, de peur d*ctrc pris pur la justice, ne retournaient chez eux qu'à la nuit ; de sorte quel rèsdifficilement pouvait on leur parler; étant d'aillenrs tellement animés fa'iln'jr avait pasapparencede pouvoir (lechirleurseœurs : Tund entre cax même dihait qu il ne serait point content jusquà ce qu*il eût tué looaceux de l'autre famille. Néanmoins, nonobstant toutes ces dillicollés et après diverses tentatives, il plut à Dieu faire réussir cette hoone œuvre par un effet tout singulier de sa gràec. Le prédicateur de kvisftioo étaut allé trouver en un lieu écarté ceux qui voulaient faire cesmeurtrcH, et leur ayant parlé pendant un demi-quart d'heure, les applia au nom de Notre-Seigneur Jésus- Chri.>t, eu les embrassant cor^ dialement, de pardonner et de faire la paix ; et aussitôt le princi^ al d'entre eux étant vivement touché par ses paroles ôta son chapeau, et levant les yeux au ciel tout baignés de larmes, lui dit : - Je promets û > Dieu et a votre révérence la paix, et je la veux faire. » Et ayant dit cela, il se retira pour pleurer avec plus de liberté. Ensuite de quoi on fant*urad accord de la conclure le lendemain : il y survint néanmoins de nouveaux obstacles et si grands que l'on croyait l'affaire rompue ; Mais l'on a'avisa d'avoir recours a la très-sainte Vier^^e, par les puis* Mintcs intercessions de laquelle tous cescjipèehemenls furent surmouléa; et cette paix fut conclue avec tant de béuédiclion, que la plupail dea babitants étant venus à l'égiise pour admirer uuc si belie action^ {Jeoraientdejoie, béoisaaxil Dica de ce quils voyaicu\.\c^ o\iviv^^ vX

offenseurs s embrasser avec tant d'affection. Un vieillard d'entre eux dit à un jeune homme du parti contraire, qu'il haïssait auparavant à mort : « Je veux dorénavant vous tenir pour mon Gis ; • à quoi Tautre répondit : « Et moi je vous tiendrai pour mon père. »

Il serait trop long de raconter par le menu tous les accommodements et toutes les réconciliations qui se firent en cette mission, la division des cœurs étant presque générale en ce lieu- là, à cause que Toffense faite à un particulier 8*étend à tous ses parents, et leur inimitié réciproquement vers toute la parenté de celui qui a offensé, en sorte qu'ils ne se parlent, ni ne se saluent plus les uns les autres. Néanmoins parla miséricorde de Dieu on n'a point su, lorsqu'on a fini la mission, qu'il fût resté aucune personne en inimitié, tous s'étaut vraiment et sine^Tcment réconciliés les uns avec les autres.

Une autre bande de missionnaires étant allée travailler dans Ias paroisses dépendantes de Tabbaye de Subiaco, on y fit quatre missions, auxquelles Dieu donna de très-grandes bénédictions, tant à raison des réconciliations par les^quelles plusieurs inimitiés furent éteintesi que par les remèJes qu*on apporta aux mauvaises amitiés, et à plusieurs scandales publics. Pour n*user de redites, nous rapporterons seulement ici ce qui aiTiva en Tune de ces paroisses, en laquelle trois femmes débauchées demandèrent publiquement pardon dans Téglise à toat le peuple, du scandale qu'elles avaient donné par le passé. Pour le blasphème qui régnait beaucoup dans ce même lieu, tousse résolurent fortement d'éviter ce malheureux péché, et plusieurs s'accordèrent entre eux, que quiconque proférerait quelques blasphèmes dans le jeu, perdrait la partie, ou bien paierait une certaine somme qui serait di>tribuée aux pauvres. Mais d'autres se résolurent de quitter entièrement le jeu, ce qui est le meilleur et le plus sûr; et parce que les jours de lèles le peuple demeurait la plupart du temps oisif sans savoir à quoi s*applii|uer, ils acceptèrent avec beaucoup de docilité etd'affectiun le conseil qui leur fut donné, de faire acheter un grand psautier et un anliphonuire ponrciianter les vêpres dans leurs églises les jours de téU*s et dimanches; et de plus quelques livres spirituels, à savoir la Vie dos Sainls, les Œuvres de Grenade, et autres semblables, pour faire en ces jours là, étant assemblés dausTéglise, une heure de lecture spirituelle.

Enfin dans une autre relation envoyée parle supérieur des prêtres de la Congrégation de la Mission de Rome, oiiil est dit, en parlant des dernières missions qu'ils avaient faites en des lieux qu'il ne nomme point, que Dieu y a répandu ses bénédictions ordinaires, que les scandales ont cessé, les concubinages ont été ôtés, les femmes publiqaes se sont converties, les occa&ioxv^ des ^hés déshonnètes, qui

es- fréquents en ces lieux-là, ont été retranchés, et qu'il s y ne telle quantité d^accoinmodement» de dliférends, et de proivils que criminels, qu'en une seule de ces missions, un nointelligent fut occupé six j.)urs durant à écrire les accordsqui tt faits. On 7 a fait aussi cesser certains contrats usuraires, ler quelques aliénations du bien de l'Église, qui avaient été istement. Et non-seulement les Yices et les désordres ont été Ss, mais aussi l'affection de la vertu y a été plantée dans les ; toutes sortes de bonnes œuvres, particulièrement celles de iy y ont été mises en usage; en voici deux ou trois exemples. Q de l'une de ces missions, le médecin d'un des lieux où elles faites, porté d'un mouvement de charité, s'offrit de ne rien durant trois ans de toutes ses vacations, à condition que le de blé que chaque maison du bourg était ob.igée de lui doutes ans, serait mis ensemble durant lesdites trois années, pour m Mont-de-Piété d'environ cent setiers de blé qui serviraient ter aux pauvres, ce qui fut arrêté du consentement des

e même lieu, un officier voyant que les enfants étaient mal faute d'une personne capable de leur faire l'instruction, 8*0donner tous les ans une bonne partie de ses gages, qui servi- Jaire pour un bon maître.

imunaulé des habitants du même lieu fit élection de deux proies pauvres, l'office desquels devait être d*empècher que lesrea ne fussent taxés injustement, pour certains dommages que endu seigneur prétendent quelquefois leur être faits. Kt oucm députa encore un dépositaire des meubles des pauvres que lis emportent dans leurs exécutions, lesquels meubles par le iee dépositaire étaient presque tous perdus pour les pauvres. un petit échantillon des excelleuts fruits que M. Vincent a «dans l'Italie par le ministère des prêtre!) de sa Congrégation Bome. Nous n'avons parlé que de ce qui est arrivé en huit ou lions, quoiqu'il y en ait eu plus de deux cents qui s'y sont fai- • vingt deux ans qu'ils sont établis en cette ville capitale de chrétienté. Mais nous avons jugé que cela sufiisnit pour faire s l'abondante grâce que Dieu se plaisait de répandre sur tous iif(de8onfidèleserviteur,etsur les travaux et emplois de ceux 1 avait mis sous sa conduite. Nous conclurons ce chapitre rail d'une lettre que M. le cardinal Spada écrivit de Itome leeiit eu Tannée 165 i , où il lui parle en ces termes : llttQt de la Congrégation de la Mission dont vous êtes le foa-

dulcur cl le chef, acquiert tous les jours de plus eu plus du crédit et de la réputation eu ces quartiers; j'eu ai reçu {rrand service dans ma ville, et dans tout le diocèse d'Alhane, où j'ai vu des fruits extraor* dinaires sur ces peuples, envers les(|ueisces bons prêtres ont travailic avec tant d'application, de charité, de désintéressement et de prudence, que chacun en est demeuré extri>menient édifié. C'est ù moi de vous en remercirr, comme je fais, en vous assurant que j'en ai un ressentiment très-particulier, et que je ne manquerai de le put>lier pour le bien et propagation de ce saint institut, toutes les fois que roccasion s'en présentera, etc. »

SECTION IV

nES MISSIOINS FAITES EN l'ÉTATDE GÉ.NES.

Nouf^ ne saurions mieux commencer à parler de ces missions, qu'eu rapportant letémoip:na^equ*en a rendu >l. le cardinal Durazzo, trèsdigne archevêque de Gènes, dans une lettre qu'il écrivit à M. Vincent au mois d'août Hilo, en ces termes :

« Ces mois pa^^sés M. N. pa^^sant par ces quartiers, j'appris qu'il était delà Congrégation de la Mission ;et je me suis prévalu de son minislèreen divers lieux de mondi<»cë<e,oii ila travaillé avec grand fruit et bénédic tiun pour le service de Dieu, pour le salut des âmes, et pour ma satisfaetion particulière. Kt néanmoins m'ayant dit que pour obéir à ses supéiieurs, il devait se rendre à Paris, j'y ai consenti, pui*iquc vous avezenvoyed'aulresprètres pour continuer ce qu'il a si lirureusement commencé. Il y a espérance d'y établir un si pieux institut h la plus grande gloire de sa divine Majesté. J'ai voulu vous faire part de noire consolation spirituelle sur ce sujet. »

31ais pour faire voir plus en particulier les effets de la grâce de Dieu dans ces missions, nous rapporterons ici tout simplement les extraits de quelques lettres des missionnaires, lesquels y ont été employais par M. Vincent.

Un prêtre missionnaire écrivant au supérieur de la maison de Gènes pour lui rendre compte de ce qui s*était passé dans les missions où il a\ait travaillé : - Dieu donne grande bénédiction, lui dit- il, à nos missions, et principalement à cette dernière du lieu appelé Cliiavari; parce que, outre les finit? ordinaires et outre les réconciliations des particu.iers qui ont été en grand nombre, trois paroisses entières se sont réconciliées qui étaient auparavant en grande désunion, etc. •

Ledit supérieur de la mission de Gènes rapportant les succès d'une autre mission, dont il ne nomme pas le lieu, dans une lettre qu'il vcrhUàiL Vioa^nt au moisdc juillet I64G : • ?îousavoQsétc,dit-il,

jutiqu'à dix-buil couiVsseurs : il s'esl fait plus de trois mille contes ttoos gi-nérales, et un grand nombre de réconciliations de trës«grande importaacey par lesquelles on a terminé des différends qui avaient causé \iugt-lrois ou vingt-quatre meurtres. J.a plupart de ceux qui > avaient trempé^ ajaut obtenu le pardon et la paix par écrit des parties offensces, pourront obtenir la grâce du prluce, et être mis en leur premier état. ^

Le même ajoute dans une autre lettre qu il écrivit à M. Vincent en- \iruu ce même temps-lacune particularité qui mérité d*ètre observée:

• Lorsque je vous écrivis, dit-il, Tordre de nos missions, j'oubliai de vous dire ce que nous luisions pour l'iustruclion du peuple, et pour le soulagement dus conlcsseurs. Mous avons deux jeunes ecclésiastiques, lesquels, boi> le temps du euieeliisme, enseignent les mystères à tous ceux qui veuicnl se conte bcr; et lorsqu'ils sont hulîisaminentinslruits, ils leur douiieai un petit billel imprimé pour cet effet, et les pénitents le présentent u leur cunl'e^seur, lequel pur ce nio^en est assuré, lorsqu'un peuiienUient luire sa conl'ession, qu'il est suilisamment instruit des vérités chrétiennes, et ainsi il n'est point en peine de les en interroger : ce qui luit ^uc les conl'esseurs avancent davantage, et ne fout pas laut alleudre ceux qui sont autour de leurs confessionuaux. »

L'ar une autre lettre du 0 mai 10^7, le même supérieur écrivit:

• Sou» voici de retour de ia iniaMon de A . tUe eonipreiiuit cinq paroisses, outre le concours du voisinage. 11 s'y est luit un très-grand nombi-e de cou\erMons ci de eonlessions générales, nonobstant la dureté du peuple, lequel était tiesdiliicile à émouvoir, si bien que nous perdions presque courage au commencement. 31aisMotre-Si'igneur nous ii\oulu con&oierhur laliiide la mission, touctiunt ces cœurs endurcis, cl répandant sur eux des giùees si abondantes, que eeux qui au cornmeueeuieul ne \ouluicnl punit nous écouler, u la lin de lu mission ne pouvaient eon!>eiiiir a se sepurer de nous, hn sorte que le jour de notre départ, etani allea a légliae pt)ur recevoir la benediiîlion de M. le curé, tout le peuple vinla 1 église, et se nul a pitaier eta erier miséricorde, comme fri en nous en allant nous lui eusMonsote la \ie; tellement que nous eûmea bien de la peine â nous échapper. U y a eu quantité de iHjiKcsse de la vibe ue (jènes qui e.^t \enne en ce lieu, et qui a assisté aux actions de la niL^sion, dont elle a ete lort ediliee. M. le cardinal a.i:iicvéque de Gènes y est venu donner la conlirniation; ensuite de 4.ioi, comme il prenait sarc|■ectiona^ec le.'>mis.^ionnaire.s,et quelques genliibbommes qui à avaient aeconipagné, un seigneur du voisinage lui a\aul envoyé uu preatut, il s excusa de le pieuuie, disant que les

— 30G — iinssiounaires avaient pour règle de ue rien recevoir en missioU| elle renvoya. -

Par une leltrc du 16 décembre 1047, le même écrivant à H. Vincent d'une autre mission, dit qu'entre autres choses sept bandits y avaient été convertis; et qu*un Turc qui servait un gentilhomme da lieu avait demandé le baptùme, qu'on ne lui avait pas voulu néanmoins conférer qu'après Tavoir bien instruit, et bien éprouvé sa foi.

Kt dans une mission suivante, plusieurs autres bandits ayant semlilablement été convcTtis, obtinrent le pardon et la paix dec^ux dont ils avaieuttué ou le père, ou les frères, ou les enfants; et quelques uns de ces bandits s'étant jetés à genoux aux pieds des offensés, eu avaient été reçuj^ et accueillis avec grande charité, et avec abondance de larmes répandues de part et d'autre. C'était au bourg de Sestri que se faisait cette mission, dont le peuple, après avoir apporté une assiduité et une docilité très-grande à toutes les instructions, exhortations et prédications qui s'y étaient faites, témoigna sur la fin une telleaffection envers les missionnaires qui leur avaient rendu ces offices de charité, que sachant qu'ils étaient prêts de s'en aller, ils tinrent leur maison comme assiégée pendant deux ou trois jours, ne pouvant du tout consentira leur départ; en sorte qu'ils furent contraints, pour s'échapper d'eux, de sortir pendant la nuit.

Kt par une lettre du 10 décembre de l'année 1648, il mandequedans la mission de l' Avagne il y avait eu encore plusieurs bandits conTcrtis et reçus à gnlce et pardon.

Dans une autre mission faite en janvier de Tannée 1650, quoique les habitants du lieu fussent extrêmement pauvres, néanmoins la proposition leurayant été faite d'établir en leurparoisse la Confrérie delà Charité pour les pauvres malades, ces bonnes gens firent un tel effort pour contribuer à une œuvre qu'ils estimaient si bonne et si sainte, qn*à la première quête l'on trouva cinq cents livres d'argent, et, outre cela, srpt cents livres en fonds et en obligations.

11 s'y est encore établi une anlri; confrérie ou compagnie pour les hommes, qui est nommée de la Doctrine Chrétienne, dont l'emploi est d'enseigner le Pater et l'AvCj et les principes de la foi à ceux qui ne les savent point, et d'aller par la paroisse chercher les enfants pour les faire assister au catéchisme.

L'un des anciens prêtres de la Congrégation faisant voyage de Paris en Italie, et s'etant trouvé a une mission que ceux de Gênes faisaient à Castiglione au mois de décembre 1650, il en écrivit à M. "Vincent en ces termes :

« J'ai vu tous les exercices de la mission qui se fait en cette paroisse,

ettoot ememble à huit oa neuf autres voisines. Les peuples se rendent fort assidus aux sermons et aux catéchismes, et occupent continuellement les confesseurs. Il faut avouer qu'ils ne cèdent en rien à ceux des autres pays, mais plutôt qu'ils les surpassent en quelque chose. Deux Goncubinaires publics portésd'un mouvement de pénitence ont fait une amende honorable publiquement dans l'église au milieu du sermon^ en présenced'une très-grande assemblée de peuple. Plusieurs usuriers se sont obligés par écrit passé par-devant notaire de restituer tout ce qu'ils ont injustement exigé des pauvres gens auxquels ils avaient prêté leur argent. La Confrérie de la Charité a été établie en cette panriase et en toutes les autres susdites. Le supérieur de cette mission lait tous les lundis une conférence à dix ou douze curés des environs; j'ai assisté à Tune de ces conférences, le tout s'y passa fort bien, on CD peut espérer beaucoup de profit pour eux et pour leurs peuples. »

Le supérieur de la maison de Gènes, dans une lettre qu'il écrivit à M. Vincent le 6 février 1659 :« Mous venons, lui dit-il, de faire deux petites missions auxquelles Dieu a donné beaucoup de béné* diction, et particulièrement à la première.

■ La paroisse n'était que de deux cent quarante communiants en an lieu fort écarté; et néaumous ù la communion générale, il se trouva plus de sept cents personnes qui étaient venues des lieux circonvoiûs bieu éloignés. Entre les réconciliations, il s'est fait une paix fort considérable d'un père, duquel le fils aîné avait été tué en dormant et uns aucun sujet, depuis peu de temps. Plusieurs personnes de condition s'étaient employées sans effet pour le porter à pardonner ix celui qui avait commis ce meurtre, et le jour précédent même il me l'avait refusé lorsque je lui voulus faire la même prière, et m'avait prié de ne lui eu parler jamais. Mais Dieu fit par sa grâce ce que les tiomnies n avaient pu faire par leurs remontrances et exhortations; car m'étant encore hasarde le jour suivant de le conjurer derechef avec prières et avec larmes, de donner ce pardon et cette paix pour Tamour de Kotre-Seigneur, ii fut tout d'un coup changé, et m'accorda ce que je lui demandais, avec des sentiments vraiment chrétiens qui tirèrent les larmes de tous ceux qui furent présents. »

£t dans une autre mission de la même année, il se fit une autre réconciliation d'un fils de qui on avait tué le père, âgé de soixantedix ans, lequel n*ayaut pu pendant tout le temps de la mission surmonter les violents ressentuuents qu'il en avait, et donner la paix et le pardon qu'on lui demandait pour celui qui avait l'ait ce meurtre, ii le lit uéaumoins après la Un de la mission et le départ des missionnaires : la semence de ia parole de Dieu qui a\ail lilè td^^vÀM^ dans son woirpârles exhortations et les prédicalious (\>a?i\ \iN^\\. ^v^*

tendues, ayant eufin rapporté son fruit, quoiqu'un peu tard, asse;z t6t néanmoins pour faire voir un effet signalé de la divine miséricorde eu son endroit.

SECTION V

DES MISSIONS FAIT£S EN L*iLE DE CORSE.

Cette île est située en la mer Méditerranée et fait un petit royaume qui appartient à la république de Gènes, dont les principaux magistrats, sachant les besoins spirituels, demandèrent en Tannée 1652 à M. \incent quelques prêtres de sa Congrégation pour y aller faire des missions, et leur eu ayant accordé sept, ils furent travailler en divers lieux de cette île, assistés de quatre autres ecclésiastiques et de quatre religieux que M. le cardinal Durazzo, archevêque de Gènes, leur donna pour les aider.

La première mission se fit à Campo-Lauro, où réside ordinairement i'évùqued'Alleria. Mais pour lors le siège épiscopal vaquant, le diocèse était gouverné par deux vicaires-généraux, Tun nommé de la pari de la congrégation de propagandû (ide^ et l'autre du chapitre de l'église cathédrale. Or, comme ces deux grands-vicaires ne convenaient pas ensemble en leur conduite, et se trouvaient souvent fort opposés en leurs sentiments, en sorte que l'un défaisait ce que l'autre avait fait, et si Tun excommuniait, l'autre relevait de cette excommunication : pour cela le clergé et le peuple étaient dans une grande division qui causait beaucoup de désordre dans tout le pays.

La seconde mission se lit dans un lieu nommé II Gotone.

La troisième à Corte qui est au milieu de Tile.

VA la quatrième et dernière à Kiolo.

Pour comprendre quel a été le fruit de ces missions, il faut savoir qu'outre Tignorauce qui est fort grande parmi le peuple, les vices plus ordinaires qui régnent dans le pays sont l'impiété, le concubinage, Tinceste, le larcin, le faux témoignage, et sur tous les autres la vengeance, qui est le désordre le plus général et le plus fréquent : d'où il arrive souvent qu'ils s'entre-tuent les uns les autres comme des barbares, et ne veulent point pardonner ni entendre parler d'aucun accommodement, jusqu'à ce qu'ils se soient vengés; et non-seulement ils s'en prennent à celiû qui leur a fait injure, mais aussi pour l'ordinaire à tous ses parents jusqu'au troisième degré inclusivement; de sorte que si quelqu'un eu a offensé un autre, il faut que tous ses parents se tiennent sur leurs gardes, car le premier qui sera ren(X>ntré, quoiqu'innocent, et [Hiut-ètre ne sachant rien du mal qui aura été fait, sera néanmoins traité comme s'il en avait été complice. De là

vient qae les habitants de cette lie portent tous lc8 armes, et se piqnent tellement d'honneur que pour la moindre parole qui les fâche fls s'entre-tuent les uns les autres ; ce qui est cause que ce royaume de Corse, qui est un beau pays et bien fertile, n'est pas néanmoins beaucoup habité.

Or il se fit en ces missions, ayec le secours de la grâce de Dieu, des biens très-considérables.

Premièrement par les conférences en manière d*exercices spirituels que les missionnaires firent faire aux chanoines, aux curés et aux autres ecclésiastiques ; et cela tous les jours, les assemblant dans Téglise iprès que le peuple s'était retiré. Le supérieur de la mission leur fainît des exhortations sur les obligations et devoirs des ec/clésiastiques, et leur marquait les sujets de leur méditation ; et les ayant ainsi disposés à faire des confessions générales, ils remédièrent par ce moyen à plusieurs scandales passés, et prirent une bonne résolution de s'acquitter soigneusement à l'avenir de leurs obligations envers Dieu et envers leurs peuples, auxquels même quelques-uns d'entre eux, fortement touchés du regret de leurs fautes, demandèrent pardon publiquement pour les mauvais excmplesqu'ils pouvaient leur avoirdonnés. Il 7 eut plusieurs curés qui firent cette satisfaction publique, et un diapitre entier la fit aussi par la voix d'un de leurs chanoines, qui parla au nom de tous les autres.

Secondement, par le grand nombre d'accommodements et de réconciliations qui se firent en tous les lieux : l'un pardonnant la mort de son frère, l'autre de son père, de son enfant, de son mari, de son parent, etc. Les autres pardonnaient les fausses accusations et les faux témoignages qu'on avait portés contre eux eu justice, remettant même toutes les réparations d'honjicur et d'intérêts quoique fort considérables, et embrassant cordialement ceux qui avaient voulu leur faire peindre ou la vie ou l'honneur ; et ce qui est bien remarquable en ce sujet, est que ces réconciliations importantes ne se com[)taient pas par trois ou par quatre, mais par cinquantaines et quelquefois par centaines en chaque lieu.

Troisièmement, par la cessation et abolition entière dos concubinages qui étaient fort fréquents, et par la pénitence publique do quantité de filles et femmes débauchées qui demandèrent pardon publiquement de leurs désordres, lesquelles furent suivies de plusieurs autres personnes, qui, étant touchées de leurs exemples et ressentanl en leur conscience quelque reproche d'avoir causé quelques scandales par leurs péchés, se levaient du milieu de la presse et demandaient hautement miséricorde â Dieu et pardon à tout le monde; et comme elles accompagnaient lenrs paroles de plusieurs marques extérieures

d*ane véritable pénitence, cela tirait les larmes de toute rassemblée.

Enfin, par rétablissement des Confréries de la Charité, lesquelles non-seulement ont procuré l'assistance spirituelle et corporelle des pauvres malades, mais de plus ont donné lieu à Texercice de plusieurs autres bonnes œuvres, que les personnes qui étaient de ces confréries ont pratiquées : ce qui a également contribué et au soulagement des pauvres, et à la sanctification de ces personnes- là, comme aussi à rédificatiou de leurs familles, et des autres qui voyaient leurs bons exemples.

Mais pour faire encore mieux concevoir la grandeur et TimportaDce des fruits de ces missions, sur lesquels il semble que la grâce que Dieu avait mise avec plénitude en M. Vincent se soit répandue avec une particulière abondance, nous rapporterons ici un peu plus au long ce qui s>st passé en la dernière, selon le récit qu'en a envoyé celui qui était le supérieur de cette mission, en la manière suivante:

• Kiolo, dit-il, est une vallée d* environ trois lieues de long et une demi-lieue de large, entourée de montagnes dont les accès et les chemins pour y aborder sont les plus difficiles que j^aie jamais vus, soit dans les monts Pyrénées ou dans la Savoie, ce qui fait que celui-là est comme un refuge de tous les bandits et mauvais garnements de rile, qui, ayant cette retraite, exercent impunément leurs brigandages et leurs meurtres, sans crainte des officiers de la justice. Il y a dans cette vallée plusieurs petits villages, etdans toute son enceinte environ deux mille habitants. Je n'ai jamais trouvé de gens, et je ne sais s'il y en a en toute la chrétienté qui fussent plus abandonnés qu'étaient ceux-là. Nous n'y trouvâmes presque point d'autres vestiges de la foi sinon qu'ils disaient avoir été baptisés et qu'il y avait quelques églises, mais très- mal entretenues. Ils étaient dans une telle ignorance des choses de leur salut, qu a grand'peine eùt-on pu y trouver cent personnes qui sussent les commandements de Dieu et le Symbole des Apôtres. Leur demander s'il y a un Dieu ou s'il y en a plusieurs, et quelle des trois personnes divines s'est fait homme poumons, c'étoitleur parler arabe. Le vice y passait pour vertu, et la vengeance y avait un tel cours, que les enfants n'apprenaient pas plutôt à marcher et à parler qu'on leur montrait à se venger quand on leur faisait la moindre oITonse ; et il ne servait de rien de leur prêcher le contraire, parce que l'exemple de leurs ancêtres et les mauvais conseils de leurs propres parents touchant ce vice avaient jeté de si profondes racines dans leurs esprits qu'ils n'étaient pas capables de recevoir aucune persuasion contraire. Il y en avait plusieurs qui passaient les sept et huit mois sans entendre la Messe, et les trois, quatre, huit et dix ans sans se confesser; on trouvait même des jeunes gens de quinze et seize ans qui

nes'étaieQt ericore jamais cou fessés, et avec tout cela il y avait quau- * tité de vices qui régaaieat parmi ces pauvres gens. Ils étaient fort endins & dérober; ils ne faisaient aucun scrupule de manger la chair le carême elles autres jours défendus ; ils se persécutaient et molestaient les ans et les autres comme des barbares ; et lorsqu'ils avaient quolqtic ennemi, ils ne faisaient aucune difficulté de lui imposer faussement quelque grand crime dont ils Taceusaient en justice et produisaient autant de faux témoins qu'ils en voulaient. D*autre part, ceux qui étaient accusés, soit qu*ils fussent coupables ou non, trouvaient des personnes qui disaient et soutenaient en justice tout ce qu'ils voulaient pour leur justification; d'où provenait que la justice ne se rendait point et qu'ils se la faisaient eux-mêmes, s'entre-tuant facilement les ODS lesautres en toutes sortes d'occasions. Outre tous ces désordres il V avait encore un très-grand abus parmi les habitants de cette ile touchant le mariage : ils le célébraient rarement qu*ils n'eussent auparavant habité ensemble; et pour l'ordinaire lorsqu'ils étaient fiancés ou qu'ils s'étaient seulement donné parole, la fille allait demeurer dans la maison de son futur mari, et persévéraient dans cet état de concubinage deux et trois mois, et quelquefois deux et trois ans, sans se mettre en peine de s'épouser. Ce qui est encore pis, une grande partie de ces mariages se faisaient entre des personnes parentes, sans se faire dispenser de l'empêchement de c-onsanguinité, et demeuraient dans cet état les huit et dix ans, et même quinze et plus : cependant ils avaient plusieurs enfants, lesquels, s'il arrivait que l'homme vint à mourir, étaient abandonnés comme bâtards, et la femme se remariait à un autre qui était encore quelquefois son parent. On en a vu qui ont eu jusqu'à trois maris avec lesquels elles ont vécu en concubinage et en inceste. Il arrivait même que si les personnes ainsi mariées venaient h se dégoûter l'un de l'autre, encore qu'ils eussent des enfants, ils ne laissaient pas de se séparer et de chercher parti ailleurs.

« Il 7 avait encore un autre grand abus, qui est que les parents pour la plupart marient leurs enfants avant Tdge nubile; il s'en est trouvé qui les ont mariés dès l'^^ge de quatre ou cinq ans; et il y en a en un entre les autres qui avait marié sa fille dès Tàge de un an, à un enfant de cinq ans. De ce désordre il en provenait un autre, qui est que bien souvent ces enfants n'ayant jamais eu d'affection l'un pour l'autre, ne se pouvaient voir ni souffrir, et même que plusieurs faisaient divorce, et en venaient jusqu'à des inimitiés, des attentats et des meurtres les uns contre les autres.

• Dans cette seule vallée nous y avons bien trouvé six vingts concabinaireSi desquels quatre-vingts ou environ étaient aussi inces-

taeux; et entre ceux-ci il y en avait environ quarante qui avaient été déclarés et dénoncés excommuniés pour ce sujet, lesquels nonobstant 1= cela ne laissaient pas de traiter et converser avec les autres habitants, aussi librement que s'ils ne Teussent point été. De sorte que presque tout ce quartier-là se trouvait embarrassé de ces censures, et la plus grande partie des habitants excommuniés pour avoir communique et traité avec ces gens- là.

t Voilà le déplorable état où se trouvait tout ce pauvre peuple, lorsqu'on y envoya des prùtres pour y faire la mission. Voici de quelle ' façon nous avons agi pour apporter quelques remèdes à tant de dés- ^ ordres.

« Premièrement nous avons usé de la plus grande diligence qull nous a été possible, pour instruire le peuple des choses nécessaires à salut; à quoi nous employâmes environ trois semaines.

« 2<> Nous fîmes séparer les concu])iiiaire8, au moins tous ceux dont nous eûmes connaissance, et qui demeuraient sur le lieu; et au jour de la fôle de saint Pierre et saint Paul, patrons de IVglise où nous : étions, tous ces concubinaires étant bien convaincus du mauvais état dans lequel ils avaient vécu, et touchés d'un -vrai sentiment de pénitence, s'étant mis à genoux à la fin de la prédication, demandèrent publiquement pardon du scandale qu'ils avaient donné, et promirent avec serment de se séparer; et s*étant en effet séparés, se présentèrent au tribunal de la confession.

« 3'' L'on lit aussi séparer ceux qui étaient excommuniés, lesquels s'étant présentés avec toutes les marques d'un cœur vraiment ctfntrit et humilié à la porte de l'église pour être absous, après leur avoir fait une remontrance sur la censure qu'ils avaient encourue, ils s'obligèrent tous l'un après l'autre par un serment public de demeurer séparés, et de n'entrer jamais dans la maison l'un de l'autre, pour quelque occasion ou raison que ce put être, et ensuite furent absous publiquement; puisonles reçutà la confession, et quelque tempsaprès à la communion. Comme il y avait quelques ecclésiastiques qui fomentaient ces désordres par leurs mauvais exemples, et qui commettaient des incestes et des sacrilèges avec leurs nièces et parentes, il plut à la miséricorde de Dieu de leur toucher le cœur, tant par Ks remontrances charitables qui leur furent faites que par le moyen des conférences spirituelles auxquelles ils assistèrent, en sorte que tous firent leurs confessions générales avec tontes les démonstrations d'une vraie pénitence, y ajoutant les réparations publiques du scandale qu'ils avaient causé.

« Mais le plus fort, de notre travail fut notre emploi pour les récon-

ciliations; cl je puis dire que hoc o/)us, hic labor, parce que la plus grande partie de ce peuple vivait dans rinimitic. Nous fûmes quinze jours sans y pouvoir rien s^ai^ner, sinon qu*un jeune homme pardonna à un autre, qui lui avait donné un coup de pistolet dans la l<?le. Tous les autres demeuraient inflexibles daus leurs mauvaises dispositions, sans se laisser émouvoir par aucune chose que nous leur puissions dire: ce qui n'empêcha pas pourtant «pie le concours du peuple ne fut toujours fort jçrand aux prédiciUions que nous continuions tous les jours matin et soir. Tous les hommes venaient armés à la prédication, l'épée au coté et le fnsil sur l'épaule, qui est leur équipage ordinaire. Mais les bandits et autres criminels, outre ces armes, avaient encore deux pistolets et deux ou trois dagues a la ceinture. Et tous ces gens-là étaient tellement préoccupés de haiuc et de désirs de vengeance, que tout ce qu'on pouvait dire pour les guérir de celte étrange pns>ion, ne faisait aucune impression sur leurs esprits : plusieurs même d'entre eux, lorsque Ton parlait du pardon des ennemis, quittaient la prédication ; do sorte que nous étions tous fort en peine, et moi encore f)lus ipie tous les autres, comme étant plus pacticulicrement obligé de traiter ces accommodements.

• ËoGn la veille de la comminiion générale, comme j'achevais la prédication, après avoir exhorté derechef le peuple à pardonner. Dieu m'inspira de prendre en main le crucifix que je portais sur moi, et de leurdireque ceux qui voudraient pardonner vinssent le baiser; et sur cela je les y conviai de la part de Notre Scii^nenr cpii leur tendait les bras, disant que ceux qui baiseraient ce crueilix, donneraient une marque qu'ils voulaient pardonner, ettpi'ils étaient près de se réconcilier avec leurs ennemis. A ces paroles ils eouimcncèrent à sVntreregarder les unsles antres ; mais comme je vis que personne ne venait, jefissi'uiblant de me vouloir retirer, et je cachai le crucifix, me plaignant de la dureté de leurs cœurs, et leur disant qu'ils ne méritaient pas la grâce ni la bém^diction que Notre Seii!:neur leur oiTrait. Sur cela un religieux de la réforme de Saint-Franeois s'etant levé, commença de crier : 0 >iolo ! ù Molo î tu veux donc èlre mau lit de Dieu? tu ne veux pas recevoir la j^ràce qu'il t'envoie par le moyen de ces missionnaires qui sont venus de si loin pour ton salut. Pendant que ce bon religieux [>rolVrait ces paroles et autres semblables, voilà qu'un curé, de qui le neveu avait été tué, et le meurtrier était [uéscnt à cette prédication, vient se prosterner en terre, et demande a baiser le crucifix, et en même temp^ dit a hante viiix : Qu'u!! tel s'approche (c'était le meurtrier de son nc^veu , et que j'.? l'embrasse. Ce (pfavant fait, un aulreprêirc en i!l di ;.{r- ;>!'■".';.• ! î'^ .ii"'(jM-'". !::: ■! • e- <-i!m PiJ «

qui étaient présents, et ces deux furent suivis d^uue grande multitude d'autres. De façon que pendant Tespace d'une heure et demie, on ne vit autre chose que réconciliations et embrassemeuts; et pour une plus grande sûreté, les choses les plus importantes se mettaient par écrit, et le notaire en faisait un acte public.

« Le lendemain, qui fut le jour de la communion, il se fit une réconciliation générale, et le peuple, après avoir demandé pardon à Dieu, le demanda aussi à leurs curés, et les curés réciproquement au peuple, et le tout se passa avec beaucoup d'édification ; après quoi je demandai 8*il restait encore quelqu'un qui ne se fût point réconcilié avec ses ennemis; et incontinent se leva un des curés qui dit qu'oui, et commença d'en appeler plusieurs par leurs noms, lesquels s*appro(*hant adorèrent le très-saint Sacrement qui était exposé, et sans aucune résistance ni difficulté s'embrassèrent cordialement les uns les autres. Oh! Seigneur, quelle édification à la terre, et quelle joie au ciel de voir des pères et des mères qui pour l'amour de Dieu parJonnaieîit la mort de leurs enf.tnts, les femmes de leurs maris, les enfants de leurs pères, les frères et les parents de leurs plus proches, et enfin de voir tant de personnes s'embrasser et pleurer sur leurs ennemis. Dans les autres pays c'est chose assez ordinaire de voiF pleurer les pénitents aux pieds des confesseurs, mais en Corse c'est un petit miracle.

« Le lendemain de la communion, nous reçûmes lettres qu'il fallait nous rendre à la Bastide, où une galère envoyée exprès par le sénat de Gènes nous attendait. Nous tardî^mes néanmoins encore deux jours, qui furent employés fort utilement à faire quelques accommodements qui restaient; et le mardi se fit une prédication de la persévérance, ou il y eut un si grand concours de peuple, qu'il fallut prêcher hors de l'église. Là se renouvelèrent les promesses et protestations de vouloir mener une vie vraiment chrétienne, et y persévérer jusqu'à la mort; et les curés promirent hautentent d'enseigner le catéchisme, et de se rendre plus soigneux de leur devoir. La pluie qui survint à la fin de la prédication, nous empêcha de partir ce jour-là ; et le soir je m*en allai en un lieu distant d'une petite lieue, pour parler à âeux personnes qui n avaient point voulu assister à aucune prédication, de peur d'être obligés de pardonner à leurs ennemis qui avaient tué leur frère, et toutefois ayant été priés par leur curé de suspendre au moins l'effet de leur vengeance jusqu'à ce qu'ils m'eussent parlé, ils le firent, et il plut à Notre-Seigrieur de leur toucher le cœur par sa grâce, en sorte qu'ils pardonnèrent la mort de ce frère ; et le mercredi matin, après les avoir confessés et communies, nous partîmes tous ensemble et fûmes accompagnés de plusieurs ecclésiastiques et autres principaux du lieu, lesquels en signe de réjouissance, et pour une

marque de leur reconnaissance pour les petits services que nous leur avions rendus, tirèrent quantité de coups de leurs fusils, et autres à feu, à notre embarquement. >

SECTION VI

DES HISSIONS FArTES UAIVS LE PIÉMONT.

D 86 fit une mission au mois d avril de Tannée 1 656, dans un gros boarg nommé Scalenghe, près de Pignerol, de laquelle le supérieur de lamaison delaMission de Turin, écrivant à M. Vincent : « Leconcours, lui dit-il, a été de quatre à cinq mille personnes ; et ce qui m'a grande- ■lent édifié, est raffection universelle que tous ont témoignée pour la parole de Dieu. L'on a vu ordinairement une cinquantaine de curés et tatres ecclésiastiques, fréquenter tous les jours les exercices de la misâon. Tous les gentilshommes des environs y ont pris part, avec une déTOtion extraordinaire; et le menu peuple y accourait avec une telle ardeur pendant que la mission a duré, qui a été d'environ six ^emaiiies,que cela faisait bien connaître qu*il y avait un vrai désir d*en profiter. Il s'en est trouvé plusieurs qui, ayant apporté un peu de retard, ont demeuré huit jours et huit nuits entières dans l'église, ou auprès de l'église, pour avoir aÀ^ès au confessionnal. Tout cela fait voir la bonne disposition de ce peuple, et le grand fruit qu'on y pourrait fairep s'il y avait nombre d'ouvriers, vu qu'étant si peu, et si pauvres et si chétifs comme nous sommes, la volonté de Dieu ne laisse pas de le servir de nous pour en tirer beaucoup de biens : je dis si pauvres et si chétifs, parce que je ne saurais assez m'étonner comme ces bonnes gens ont la patience de me souffrir, étant plulùt capable de les rebuttT, qoede lesattirer. C'est Dieu qui opère par sa pure grûee, et qui opérerait sans doute avec plus de plénitude, si je n'y mettais point d'empêchement par mon ignorance, par mou peu d'esprit, et par mes autres misères. »

Et par une autre lettre du vingt-quatrième juin suivant : « Nous venons, dit-il, d'achever une mission près de Luzerne, où il se trouva bien huit ou neuf mille personnes à la communion gif nérale ; ce qui nous obligea de prêcher hors de l'église, au milieu de la grande place, sur an petit théâtre, où il arriva un accident qui lit paraître l'eUet de la parole de Dieu et la force de sa grâce : ce fut qu'un des assistants, homme de faction et d'armes, selon Tusage de ce pays-!à, où presque tous les habitants portent toujours sur eux trois ou ({uatre pistolets, et plusieurs dagues avec leurs épées: c^lui-ci donc étant fort attentirà la prédicalioD, appuyé contre une muraille, reçut un coup de brique

incoiisidérdment par un autre, qui lui blessa la tôle avec grande effusion de sang:; et néanmoins ayant reçu un lel coup, il ne lui sortit autre chose de la bouche, sinon : 0 juste Dieu ! si ceci m'avait été fait en un autre temps! El comme quelqu'un s*étonnait de sapatienoBi il répondit : One voulez-vous, mes péchés méritent cela et bien davantage! Lt puis s^étant retiré pour faire panser sa plaie, il revint la tète bandée entendre le reste de la prédication, avec autant de tranquillité comme s'il ne lui fût arrivé aucun accident; ce qui est bien extraordinaire aux gens de ce pays, qui sont extrêmement prompts, colères et fort enclins à la vengeance.

«< A la fin de cette mission l'on nous fit de très-grandes instances pour aller pacifier les habitants d*un gros bourg éloigné d'une lieue et demie de celui ci, qui était dans une étrange division depuis dix oa douze ans, d'où s'était ensuivie la mort de plus de trente personnes; et Ton nous dit que depuis quelques jours ce bourg était tout en armes, divisé en deux factions, qui mettaient tout le peuple en danger de s'entre'tuer les uns les autres. J'avais sujet de craindre que notre entreprise ne réussît pas, d'autant que nous ne pouvions pas faire en ce lieu-lcà une mission entière : on nous pressa néanmoins si fortement, que nous crûmes être obligés de faire ce qu'on désirait de nous, en laissant le sucées à la disposition de la divine Providence. Nous y demeurâmes deux jours, pendant lesquels il plut à Dieu dispose! tellement les esprits, qu'ensuite de quelques prédications, et particulièrement d'une du jour de la Fête-Dieu, en présence du très-saint Sacrement, il se fit une réconciliation générale avec solennité, et les parties les plus intéressées s'étant approchées de l'autel, jurèrent sur les saints Évangiles qu'ils se pardonnaient d'un bon cœur les uns aux autres; et pour une marque^ de celte réconciliation ils s'embrassèrent avec cordialité, en présence de tout le peuple, et passèrent par devant notaires une transaction publique d'accord et de paix. Ensuite de cpioi nous chantclmes le Te Deum laudamus en action de gràci's : ce qui a donné beaucoup de consolation à tout ce peuple, qui n'avait vu depuis plusieurs <innées que des meurtres et du sang de leurs plus proches répandu au sujet (le ces querelles. »

Voici un extrait d'une autre lettre liu même, du 3 février 1657, qui fait mention du succès d'une autre grande mission:

« Nous sommes, par la miséricordede Dieu, retournés de la missioi de Raconi, où il a plu à sa bonté de nous conserver en assez bonm disposition pendanlsixseraainesde travail continue!, au sortir d'uue autre mission qui nous avait déjà fort fatigues. Nous n'eussions pas o» entreprendre cette seconde en un heu qui est le plus peuplé de tout li

- :îi7 —

Piémont, si monseigneur rare]ie\t*t|u.' ilrTciriii uv nousleùlonluimé, sur les grandes instances que lui eu avaient l'ailcs le cierge et le peuple. Et quoique nous ayons été srrourus pour les confessions par quatre bons ecclésiastiques de la ville et par plusieurs vertueux religieux qui onttravaillcavecnous,nous n'avons pu néanmoins satisfaire pleinement à la dévotion de tout ce peuple, qui nous pressait tellement, qu^il ne nous laissait pas un moment de repos. Leconcours aux prédications et aux catéchismes a été continuel, et le désir de se confesser si grand, qu'ils venaient nous éveiller dès minuit pour recevoir de nous ce service. 11 8*en est trouvé qui ont demeuré plusieui*s jours et plusieursnuits pendant la rigueur de ce temps d'bivcr sans retourner en leurs maisons, pour avoir la commodité de se confesser. Les bons effets et les fruits ont correspondu, par la grâce de Dieu, à toutes ces bonnes dispositions, par le moyen de quantité de restitutions et réconciliations qui se sont faites. Le clergé môme, composé d'environ quarante prêtres et clercs, a donné Texemple au peuple; nous leur faisons une eonférence toutes les semaines, et ils ont pris résolution de les coutinuer toujours. Nous y avons établi la Confrérie de la Charité pour les pauvres malades, et les personnes qui la coni|)oseut ont commencé avec grande ferveur à s*appliquer à leur rendre service. »

Et en la même année, travaillant au mois de juin à la mission de Savigliano, il en écrivit en ces termes : Nous sommes mainieuaut au plus fort de cette mission, qui est une des plus grandes que nous ayons encore faites en ce pays, à laquelle Dieu donne une particulière bénédiction, nonobstant la pauvreté des ouvriers et leur jjetit nombre. A'ous avons sur les bras un grand lieu, dont les habitants ne traitent présentement d autre chose que de faire pénitence et de se convertir; et ce qui m étonne davantage est que presque tous les religieux de cinq ou six couvents assistent aux predicatious, tous les prêtres font leurs confessions générales, et toute la noblesse, qui est fort. nombreuse, ne pense à autre chose qu*a se mettre dans une sincère disposition dune véritable pénitence. J)e sorte que nous avons été obligés de prier tous ces bous religieux de nous aider a confesser et même dappeier pour la même lin du secours de la ville de Turm. La providence de IJieu nous a envoyés en ce lieu en u.i temps auquel les soldats, qui y a\ aient fait leurs quartiers d'hiver, devaient en partir pour aller a 1 armée ; ce qui leur a donné moyen avant leur départ, et particulièrement à plusieurs capitaines et so.dats français, dassister aux [irédicatious et catéchismes pendant une semaine. 11 y en a eu un assez grand nombre qui ont fait leur confession générale, avec des sentiments tout extraordinaires, devant que de s'aller exposer aux dan j^ersde la guerre.

Il faut que je confesse que je ne me souviens point aTOir ea en ma fil ^ un telle consolation, que celle que jai ressentie voyant des gens de cette • profession, qui, depuis plusieurs années, n'avaient point approché des ' sacrements, fondre en larmes aui pieds de leurs coulesseursi et prendre des résolutions vraiment chrétiennes et fort extraordinaira à des personnes qui portent les armes. Ce sont des effets tout siugu- < tiers de la miséricorde de Dieu, dont j'espère qae vous aurez Ut cba- • rité de nous aider a lui rendre grâces. » A la lin de cette mission le même écrivit en ces termes :

• Je vous ai mande comme dès le commencement de notre mission il a plu a Dieu de toucher le cœur des soldats; nous avons, depuis, toujours coutume nos prédicatious, catéchismes et autres foneùow ordiuaires, où il y avait un tel concours de peuple, que l'église, qui est fort grande, se trouvait toujours remplie, et cela en un temps auquel la saison donnait d'ailleurs hien de i'occupatiou à un chacun pour ses allaires domestiques. Par ordre de ceux qui avaient le gouvernement public, toutes les boutiques se fermaient pendant i'ueure de la prédication et du grand catéchisme; et les jours de marché l'eu désistait de négocier pendant ces mômes heures, dliu que tous eussent la commodité d entendre la parole de Dieu. Les religieux et leseeelésiastiques s'y trouvaient en grand nombre, la plupart desquels ont fait leur conlessioii générale, même les religieux qui la faisaieut Tuu à l'autre. Les restitutions et les réconciliations y uni été taitee avec la même bénédiction que dans les autres lieux. La couclubioude la mission se ht en une grande place de la viile, où se trouva plus de duuie mille assistants, ^ous avons fait pendant tout le temps delà mission des coulereuces aux ecclésiastiques qui s'y tiou valent jusqu'au iioi»bre de cent et plus à chaque absemblee.

« Or, il arriva qu'un des ouvriers que nous avions appelés de Turin pour nous aider, qui était un très-bon ecciésiasuque, après avoir travaille quelques jours au coniesaionnal, tomba malade et euuu mourut avec dus sentiments extraordinaires depiete. 11 n'avait autre choseeu la bouclie eu mourant, sinon : Humilité, humilité, sans humuité je suis perdu. A peine fut-ii decede que les habitants du heu vinrent eu corps nous en faire leurs condoléances, et, pour marque de leur alTection et reconnaissance, ils voulurent lui laire des luuerailles trèssolennelles, où ils assistèrent en très-grand nombi*e, ayaut des flambeaux et cierges a la main : tous les ordres religieux s'y trouvèrent, et la sépulture lut des plus honorables qui se pût faire en ce lieu.

« (;e bon peuple, ayant tort goûte les services que nous avons tâché de lui rendre, conçut un grand désir d'avoh: des prêtres de notre Cou-

gr^gationqoi demeurassent avrr eux, el ils nous ont fait des offres les plus avantageuses c|u'ils ont pu pour nous y retenir; et voyant que nous nous en excusions sur le petit nombre des ouvriers, ils ont résolu de faire une fondation pour l'eutritien de quatre ou cinq pnMres, et eut eu recours à M. le marquis de IManezze pour les obtenir, lui ayant allégué des raisons si persuasives, qu*à notre retour il nous exhorta grandement d*accepter cette fondation, ce que pourtant nous lui avons déclaré, avec tout r#*specl, que nous ne pouvions pas faire. »

Vers la (in de cette même année, il se lit une mission dans le lieu de Bra qui fut accompagnée de grandes bénédictions, lesquelles nous ne Murions mieux faire counaitre queu rapportant ici Textrait de trois lettres du même supérieur à Al. Vincent, par lesquelles on verra en quel ctat se trouvaient les habitants avant la mission, et les effets qu'elle a produits avec la grâce de Dieu.

Dans la première, qui est du 27 octobre l(>57 : « Je crois, dil-il, qa*il faudra remettre à un autre temps la mission que Madame Uoyale Doas a commandé de faire à Bra qui est à elle, a raison que le feu de la division s'y est tellement accru, qu a présent les rues sout barricadées, les maisons pleines de fusiliers et de gens armés ; ils s'entre-tuent jusque dans les églises, et sont tellement acharnes les uns contre les autres, qu'ils escaladent môme les maisons pour y entrer de foree,et chacun tâche de se fortifier dans la sienne en telle sorte qu'il soit eu état de repousser son ennemi, et même de lui ôtcr la vie s'il pa^se par devant. Ou avait espéré que par le moyen de quelque traité ion aurait pu faire quelque suspension d armes, et obtenir sûreté les uns pour les autres, pcudaiit le teiu^)s de la mission, et que par ïg.^ prédications, exhortations, et remontrances publiques et partieulières, on aurait pu adoucir leurs esprits et les dis()oser a quelques réeonciliati(ms; mais ib en sont si fort éloignés, que Madame lioj^ale y ayant envoyé pour cet effet des principaux ministres de cet Ltat, ils u y ont pu heu faire; de aorte que ce serait une entreprise non-seulement inutile d'aller faire mission en un lieu où personne ne pourrait se trouver aux prédicatious ni aux autres exercices, mais même téméraire et prejudi* ciabiea ceux qui se hasarderaient d\y assister. 11 ne nous manque pas d'autres lieux où nous puissions maintenant travailler, etc. •

Mais dans une lettre écrite de ce lieu-la, du 0 février 1658 : • 11 j auumois, dit-il, que nous travaillous au lieu de Bra, où il a plu k Dieu de disposer les habitants a se réconcilier les uns avec les autres. Jls y ont été portes premièremenl par le ressentiment que sou Altesse a témoigné de leur désunion ; et puis par le moyen de la injssiou qui a achevé de les y disposer entièrement; les personnes de Fuu et de l'au^ V^^ 8*étant trouvées ensemble à nos prédicaUoiv^el tn^m^^t»

de la uiissiou daus uuo iiicme église, ce que ï'ou jugeait au commeu- ^ cernent furt diflicile et même liasardeux ; mai» aussi, auparavant que '^ de les assembler a légiise, on leur a persuade aux uns et aux. autres ^ de quitter les armes qu ils avaient toujours portées jusqu'alors en tous i lieux. Leur assiduité aux prédications et catéchismes, avec les seuti- ments qu il a plu à Dieu leur donner, les a parfaitement réunis, en sorte qu'ils se sont tous embrassés les uns les autres en présence du très-saint Sacrement, s'étant réciproquement demai\(ié pardon, et : même quelques-uns des principaux l'ayant fait publiquement aux rencontres dans la grande pla^e du lieu, ce qui s'est l'ail avec tantde satisfaction de part et d'autre qu'il y a grand sujet d'e8|)érer que cette réconciliation sera stable et de durée. Tout le peupie est extrêmement consolé de voir ces personnes, qui au[)aravant se eberehaient pour h*eiilre-tuer, se IVéquciitcr iiLaintcnant, se proniciier cl s'entretenir ensemble avec autant de cordialité que si jamais ils. n'avaient été en discorde. Jis marchaient auparavant dans les rues tous chargés d'armes, et a présent, par ia gràcii de Dieu, on n'en voit plus, et chacun ne pense plus à autre chose, sinon à se bien réc(»neilier a sa divine Majesté par le moyen d une bonne pénitence. Madame fioyale ayant appris ces bonnes nouvelles a bien daigné nous témoigner par une de ses lettres In satisfaction qu'elle en a reçue ; comuke aussi M. le marquis de IManezze qui eu a reçu des sentiments de consolation tout extraordinaires. >ous sommes mainlenant occupés aux confessions, et il se présente une si grande foule de pénitenU que, quoique imus ayons prié tous les prêtres et religieux du lieu, qui sont eu bon nombre, de nous aider, je ne sais quand nous pourrons avoir achevé. • Lniin, dans une troisième lettre du U mars suivant : « Kous voici, dit-ii, soriis deiiolie mission de Bra, où ii a plu a Dieu de verser des grâces en abonaance bur ces pauvres j\mes, qui etaieut depuis si longtemps dans 1 elai aepiorabie que je \ous ai lait savoir par mes prticedenlcs. xNousy avons empâO}i; sept semaines eulières ; et tout le temps dont le nionae emploie oruinairemeni une partie aux folies du carnaval, a ete pour les habilanls de vs heu un temps de péniieuoe, et comme une iéie coutinueiie de très- grande dévotion. 11 s y est fait environ ueul ou dix mille confession» générales, avec une tcLe ferveur que plusieurs, pour pouvoir aborder le conlessionual, passaieut les journées entièicd ci une bonne ^Ju4ue de ianuit ai église, nonobstant ia très-grande ligueur du iroiu qu on a ressenti pendant ce lemps-lâ. il a plu a Dieu par ce moyen répandre la paix et ta charité dans les cœurs, avec une telle pleniiude, que les habitants sont étouuétf de voûr une reconcdiation si parfaite, en sorte qu'ils ne se scavitumeut pas d'à voir jamais vu une leile union et cordialité. Ils eu oatdpnotfeax-

inèmeB avisa Madame Royale, à qui j'allai hier rendre compte de tout ce qui s'y était passé, et de Tespérauce qu'il y avait d'uue totale per- Bévérance : elle en ressentit tant de joie et de consolation, que son cœur en fut tout attendri, et les larmes lui en vinrent aux yeux ; et pour mettre le comble à tout ce bien, et effacer entièrement la mémoire dn passé, elle leur a fait grâce, et leur a donné une abolition entière de tous les crimes et de tous les excès commis pendant leurs divisions.

■ Mais comme une miséricorde et une grâce en attire ordinairement une autre de la bonté de Dieu, il a plu à cette divine bonté étendre la ■éme bénédiction qu'il'avait communiquée au lieu de Bra, sur un autre qui en est assez proche, où depuis quarante ans la discorde et la division avaient fait un tel ravage parmi les habitants, que tout le lien en restait presquedétruit ; un grand nombre ayant été tués de part et d*BUtre, plusieurs maisons abattues et détruites, et une bonne partie des habitants obligés d*aller demeurer ailleurs. Le sénat du Piémont s'était plusieurs fois employé pour les réconcilier, mais sans aocun fruit, et tous les autres moyens dont on s'était voulu servir pour cette fin ont été inutiles. £nflu, le seigneur de ce lieu, qui est l'un des principaux du Piémont, et d'ailleurs très-vertueux et très-sage, jugea à propos après la mission deiîra, aux fonctions de laquelle quelquesuns de ce lieu-là avaient assisté, de les convoquer tous, tant d'un parti que d'autre, et de voir s'il n'y avait point moyeu de les porter à la réconciliation, par l'exemple de leurs voisins. Kous y fimes seulement pendant trois ou quatre jours quelques prédications et exercices de la mission, et il plut à Dieu de leur toucher le cœur en telle sorte, qu'en présence du très- saint Sacrement, et d'un grand nombre de peuple du voisinage, ils s'embrassèrent les uns les autres, et s'ctant réciproquement pardonné, ils jurèrent sur les saints Évangiles une paix perpétuelle; et en témoignage de cela, ils se sont conviés les uns les autres, et ont mangé ensemble avec une telle union et cordialité, comme s'ils étaient frères. Son Altesse a eu la bonté de leur accorder la même grâce et abolition qu'à ceux de Bra, afin qu'ils puissent retourner habiter leurs maisons abandonnées, et cultiver leurs terres. »

Le 26 de mars suivant, il se fit une autre mission au l)Ourg de Gavai Maggiore, composé de quatre ou cinq mille conmiu uiants, dans lequel (comme parle le même supérieur en une lettre qu'il écrivit à M. Vincent), « quoiqu'il n'y ait pas de si grands désordres que dans les autres lieux de nos missions passées, il y a toutefois ul le si grande qmintité de différends et de procès, qu'ils ne nous laissent pas un seul moment de repos. La confiance que Dieu a donnée à 191 is ces bons T. I. 21

habitants envers nouA, fait qu'ils nous remettent entre les mains tous les intérétb de procès el tous leurs différends tant civils que criminels. Nous espérons avecla grâce de Dieu les terminer pendant le carême. »

£t par une autre lettre du 6 juillet : « Noos sortons, dit-il, deFossano, petite \ille extrêmement peuplée, où nous avons fait la mission: il a plu à Dieu d*y donner beaucoup de bénédictions à proportion des grands besoins qui s*y sont trouvés. Le concours a été tel, que l'église, quoique de grande étendue, n'était point suffisante poar contenir le peuple qui venait pour profiter des prédications et des autres actions de la mission ; et non-seulement les séculiers, mais le clergé et les religieux y ont encore pris leur part.

« Outre les mauvaises pratiques secrètes et publiques qui ont été abolies, les haines éteintes, et autres fruits ordinaires des missions, on y a établi quelques bonnes œuvres pour Tavenir. l"* Les prières publiques du soir que nous avions commencées se continuent en l'église des Pères de TOratoire de Saint-Philippe de Néri, où quantité de peuple se trouve tous les soirs. 2*" MM. les chanoines ont pris résolution, pour maintenir le peuple dans les sentiments de piété où il est, de faire de trois en trois mois une communion générale en leur église. 3* Ces MM. les chanoines, et tout le clergé, se sont déterminés de continuer toutes les semaines la conférence spirituelle que nous leur avons faite pendant le temps de la mission, qui pourra, s'il plaît à Dieu, être grandement utile pour rétablir et conserver parmi eux, le véritable esprit ecclésiastique, à quoi plusieurs de ces messieurs, qui sont personnes d*csprit et de vertu, semblent être grandement portés. Eaûn ce lieu parait à présent tout renouvelé dans une vie yraiment chrétienne. Plaise à la bonté de Dieu les com^erver en ce bon état, par la continuation et augmentation de ses grâces ! >

Par une autre lettie du 12 mars 1659, il parle encore de quelques missions faites près delaville de Mondovi, dont le principal fruit a été la cessation des meurtres et des homicides qui s'y commettaient trèsfréquemment. Dans un seul de ces lieux de fort petite étendue, les missionnaires y trouvèrent quarante bandits, lesquels aussi bien que le reste des habitants furent disposés à se mettre en état de pénitence, et tén loignèrent la conversion de leurs cœurs par l'abondance de leurs lari nés, et par d'autres signes assez extraordinaires du regret qu'ils avaie ut de leur vie passée, en la présence du saint Sacrement, et inimédid temeut devant que de recevoir la sainte communion.

£nfin, d ans une lettre du 12 juillet de la même année l()59 : ■ Noos voici tousy dit- il, de retour de la campagne ; la mission de Cherasco a été un peu plus longue que les autres, pour le concours extraordi-

^ udre qncDoas y avons ea de tous les lieaic circonvoisins ; de sorte que !k pour donuer satisfaction au peuple, nous eussions eu besoin d'une vingtaine de bons ouvriers , qui auraient pu y trouver abondamment de remploi pour deux mois et davantage. Il a plu à Dieu de nous donner toute la bénédiction qu'on peut désirer en telle occasion : ■i grand nombre de différends et de querelles ont été apaisés, et entre '^ tatres il y avait nn gros bourg prochain, dont les habitants étaient dans one telle division et si fort animés les uns contre les autres, qa*il y en avait eu quatre de tués la veille du jour que nous y arrivâmes; et néanmoins, par la miséricorde de Dieu, la paix y a été rétablie; ce qui ne s*est fait pourtant qu'avec grande difficulté, puisque ce B*a été qn'après quarante jours de prédications et de négociations; mais aussi à la fin tout s*est terminé avec beaucoup de consolation, et Bème d'édification de tout le peuple, en la présence du très-saint Sacrement, qui avait été exposé exprès pour cet effet. Et ce qui est le principal, est que ces personnes ensuite de leur réconciliation se sont présentées au sacrement de pénitence avec de très-*bonnes dispositions. >

Jusqu'ici sont les extraits de ces lettres écrites à M. Vincent. Que s'il fallait rapporter par le détail tous les autres semblables fruits que kt missions seules du Piémont ont produits, avec le secours de la grâce divine, il y aurait de quoi remplir un volume, et Ton serait obligé d'oser de beaucoup de redites. Ce peu que nous en avons ici rapporté snfini pour donner moyen au lecteur de juger tout le reste, et pour tai suggérer un motif de remercier Dieu de toutes les grâces qu'il lui a plu communiquer à ces peuples. Sur quoi il est à remarquer, pour b plus grande gloire de sa divine Majesté, que pour faire toutes ces conversions, récoucilialious, et autres œuvres si grandes et si admirables, il n a voulu se servir que de quatre prêtres missionnaires, M. Vincent n'ayant pu en envoyer davantage pour les missions de cette province, tt en cela Dieu a fait d'autant plus paraître sa puissance, que les instruments qu il a voulu employer semblaient être plus disproportionnés à la grandeur de Teffet; ayant opposé une troupe si petite et si faible en apparence aux yeux de Tenfer, ets*cn étant servi pour chasser le prince des ténèbres de tous ces cœurs, où le péché avait régné un si longtemps, et pour y rétablir Tempire de son Fils iésufr-Christ. A lui seul eu soit à jamais rendu louange et bénédiction.

SECTION VII

DE CE QUI s'est PASSE DE PLUS REMARQUABLE DANS LES MISSIONS

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