‹ Vie de S. Vincent de PaulChapitre 59 sur 115 · RÉCEPTION DES SAINTS ORDRES · texte numérisé non relu

RÉCEPTION DES SAINTS ORDRES

SECTION I

ïA' <iaA>n nKsoiw <^)i:'ir. v avait de tkwaïllku a la rkfoumatioîi

1)1- l/Mr\T KCCÎ.KSIXSIIQIE, LOIlS<,)lJlf: LtS EXERCICES DES OUDlNA^TS 0\T hTL COMMKNCKS 1»AU M. VnCEM'.

Nous avons vu au précédenl chapitre les abondantes bcnédictions (|'i*il a plu à Dieu de verser sur les missions de M. Vincentet deceoi de sa(]ongréfj:atiou. Les grands fruits qu'elles ont produits font assez connaître combien elles sont propres et efllcaees pour convertir les âmes à Dieu, les retirant de Tignorance et du péché, et les portant â la i)ialiipie des œuvres chrétiennes ; en sorte que Ton peut dire que, comme >'otre-Seii;neur Jésus-Christ a planté la foi et les autres vertus en Ions les endroits de la terre par les missions de ses Apôtres, qui o!ii i-\c les premiers et les grands missionnaires, selon que porte la si>;iîili<ation de leur nom, il veut aussi réparer le déchet que souffre eeiiiî nième vertu de la foi eu un très-'^'raud nombre d'àmcs, et mi>me i iii ^MKiili r et la rendre opérante et fructueuse, par les missions des Iioîiji! s ii;)osl().iqiies, tels qu'ont élo M. Vincent et ceux qui partiel pci.l (1 s.)U esprit.

Or (iuoi([ue cela soittrès- vérital)ie,si est-ce qu'il faut avouer qu'attendu la faiblesse rie la plupart des hommes et le peu de fermeté qu'ils ont dans le bien, il est fort dilïicile qu'ils conservent longtemps les lujniere>, il les bonnes dispositions ^lu'ils ont reçues par le moyen des niis>ions, s'ilb n'ont toujours auprès d'eux des pasteurs et des prêtres

i caltivent la terre de h^ur8 'àme^y et qui emploient leurs soins pour pe fructiCer cette bonîie semence.

C'est laraisoQ pourlaquelle M. Vincent souhaitait ardemment qu'il Lt à Dieu pourvoir à ce besoin ; il disait sur ce sujet que, comme les iquérants mettaient de fortes et bonnes garnisons dans les places 'iû avaient prises, pour les conserver; qu'ainsi les missionnaires, rès a voir retiré les âmes de la puissance de Satan, devaient aussi traillcr autant qu'il serait en eux, pour faire en sorte que les paroisses tsent remplies de bons curés et de bons prêtres, qui conservassent

peuples dans les bonnes dispositions qu'on leur avait procurées par

missions ; et que, faute de cela, il était presque inévitable que le ible, qui avait été chassé de ces lieux, n'en reprît possession, n'y ravaiit personne qui s'opposât à ses malheureux desseins. • Lit néan- )iiis Texpérience ne lui avait fait que trop connaître combien il se rayait peu de tels ecclésiastiques, ayant vu de ses yeux les désordres tî régnaient parmi le clergé dans la plupart des lieux où il avait été ivaiUer;et quand bien il n'en eût eu aucune connaissance par luième, il n'en eût été que trop persuadé par les diverses plaintes que i en faisaient souvent les personnes les mieux intentionnées, même osieurs grands et vertueux prélats.

Un ecclésiastique noble par sa naissance et célèbre par sa piété, qui ait chanoine d'une église cathédrale, lui écrivit en l'an IG4'2 en ces rmes : • £n ce diocèse ici le clergé est sans discipline, le peuple sans nÎDte, et les prêtres sans dévotion etsanscharité,leschaircssanspréicateurs, la science sans honneur, le vice sans châtiment; la vertu y st persécutée, l'autorité de l'Église haïe ou méprisée, l'intérêt partialler y est le poids ordinaire du sanctuaire, les plus scandaleux y sont spluspuissants,etlachairetle sang y ont comme su j planté TÉvanîle et l'esprit de Jésus-Christ. Vous serez, comme je m'assure, assez ollicité par vous-mêmes d'accourir au secours de ce diocèse, appreiot sa nécessité. Quis novil ulvnm ad regnum iddrco venehSj ni in iU tempore parareris? I/occasiou est digne de votre charité, si la rès-bumble prière que je vous fais d'y vouloir penser sérieusement evant Notre-Seigueur vous était agréable, comme venant d'un de vos remiers enfants. »

Tu bon prélat lui manda un jour qu'il travaillait avec ses grandsicaires, autant qu'il pouvait, pour le bien de son diocèse ; mais, disait- , c'est avec peu de succis, pour le grand et in<»xprimable nombre de rëlresignorauts et vicieux qui composent mon eiergé, qui ne peuvent e corriger, ni par paroles, ni par exemples. J'ai horreur quand je lensequedans mon diocèse il y apresque sept mille prétresivrogues^

ou impudiqnes, qui montent tous les jours à ranlel^eiqui n*ontavcune vocation. »

lin autre grand prélat lui écrivait sur ce sujet en Tannée 1643 : c

« La désolation extrême, lui dit-il, que je trouve dansleclergéde \t mon diocèse, ot rimpiiissance en laquelle je me vois d'y remédier, m'ont obligé d'avoir recours à votre zèle, duquel on ne peut ignorer les sentiments et les fortes inclinations pour restaurer la discipline ecclésiastique, dans les lieux où elle se trouve déchue, ou entièrement abattue. »

Un autre prélat lui écrivit entre autres choses ces paroles: « Excepté t le cbanoine théologal de mon église, je ne sache point aucun prêtre ts parmi tous ceux de mon diocèsequi puisse s'acquitter d*aucunecharge 1ecelésiastique : vous jugerez par là combien grande est la nécessité en t laquelle nous sommes d'avoir des ouvriers. Je vous conjure de me lais- r sir votre missionnaire pour nous aider en notre ordination. »

J)c ce> échantillons on peut juger du reste de la pièce, et inférer quel pouvait être Télat du clergé en la plupart des diocèses de ce royaume, et le grand besoin qu'il y avait de travailler eUicacement a sa réformation. C est pourquoi M. Vincent ayant bien reconnu, ainsi ► (lue nous avons remarqué au premier livre, que tous les autres • moyens auraient peu d'effet, si on n'appliquait le remède à la source du mal, en procurant que tous ceux qui se présenteraient dorénavant pour recevoir les ordres ecclésiastiques api)ortassent les dispositions nécessaires et convenables à ce grand sacrement, il s'est toujours dans cette vue employé aux exercices de l'ordination avec une affection tout extraordinaire. -Vous allons voir dans les sections suivantes la nianière en laquelle il s'y est appliqué avec les siens, et les fruits qui en sont provenus.

SECTIOiX II.

OtËLS Or^T ÉTÉ LES PREMIERS COMiMENCEMEnTS DES EXERCICES DES

ORDlKAr<iDS.

>'(ius avons vu au premier livre de quelle manière ces exercices si importants commencèrent à Beauvais, où 31. Vincent les lit pour la premiiTo fois au mois de septembre de l'année 10*28, sous les ordres de M. Augustin Potier, qui en était évùque ; ce qui réussit avec tant de bénédiction, que non-seulement ce vertueux prélat les lit toujours depuis continuer par l'aide de celui qui les avait si bien commencés pour l'avantage de son clergé, mais encore un très-grand nombre de prélats, tant de ce royaume que de diverses provinces étrangères, en

Mit après introdait Tasage dans leurs diocèses avec de très-grands hiits.

fit premièrement Monseigneur rarchevèque de Paris, M. Jean- François de Goudy, ayant su ce que H. Vincent avait fait à Beauvais, le résolut de lui faire pratiquer le même à Paris, ayant depuis ionglonps reconnu en lui de grands dons de Dieu, pour travailler trèsutilement au bien de son Église. Il lui envoya pour cet effet les nrdinands de son diocèse au commencement du carême de Tannée 1 63 1 , etce charitable prêtre les reçut dans le collège des Bous-Enfants, où M compagnie encore naissante était logée, avec laquelle il travailla si heureusement à ces exercices, que cette petite source a ensuite répandu 108 ruisseaux de tous côtés pour fertiliser le champ de TÉglise; car ce fut à Paris que plusieurs prélats et autres vertueux ecclésiastiques eommencèrent à connaître la valeur et Futilité de ces exercices des ordinandsjcequi les portaà les mettre eu usage en diversautres lieux. Toici ce que M. Vincent écrivit environ deux ans après sur ce sujet : « Monseigneur l'archevêque, conformément à la pratique ancienne de rÉglise, en laquelle les évêques faisaient instruire chez eux, durant plusieurs jours, ceux qui désiraient être promus aux ordres, a ordonné que dorénavant ceux de son diocèse qui auront ce désir se retireront, dix jours avant chaque ordre, chez les prêtres de la Mission, pour y faire une retraite spirituelle, s'exercer à la méditation si ■écessaire aux ecclésiastiques, faire une confession générale de toute leor vie passée, faire une répétition de la théologie morale, et particalièrement de celle qui regarde l'usage des sacrements, apprendre à Ken faire les cérémonies de toutes les fonctions des ordres, et enfin slnstmire de toutes les autres choses nécessaires aux ecclésiastiques. Us sont logés et nourris pendant ce temps-là, et il en résulte un tel fimit, par la grâce de Dieu, qu'on a vu que tous ceux qui ont fait ces exercices mènent ensuite une vie vraiment ecclésiastique, et même la ^apart d'entre eux s'appliquent d'une manière toute particulière aux oravres de piété, ce qui commence à être manifeste au public. »

En une autre occcasion, parlant à ceux de sa communauté, et leur remontrant comment les divers emplois ou ils étaient appliqués ne Tenaient point de leur propre choix, mais d'une destination toute particulière de la divine Providence : « Avions-nous (leur dit-il) jamais recherché remploi de faire faire les exercices auxordinands,qui est le plus riche et le plus précieux dépôt que TÉglise nous put mettre entre les mains? Mon, cela ne nous était jamais tombé dans l^esprit »

Il se fit en cette année 1 63 1 six ordinations à Paris, et à chaque or«

(liii«ùi(>}i M- Viiiroiil iviïït Ir- ordiiuwwîsen sa maison, )>()tjr leur faire l.iiiv ics fxi'niiv's. i'xlik yowwuu.ï de la iiîrmr ùmm jusqu'en Taniire '()'(.'), l'îi iaîîîH'lir >!.ur 1 ArclK'\i\jur jut^ca expédient de rotranciicr l'ni'ùiîi.iîivîu (k- la iiii caiViiK», sur ce qui lui fut représenlé par (TU\ (le si>u et).!.'! il (jU(î i'mii r\ii h: était Iropeourt entre chaque oixliiialion lîoiir y a;);i()rU'r loulcs les (iispo.silionseoîiveuablcs. Sur quoi il v^[ à rcni!;niuer ([ue justju'en i'ciunée 1038, on ret-evait seulement aux cMii'icis 'l's oriiiiitniils du (!i'K'(se<lvî l'aris. ^Iiiis tjuel(|ue.s dames ,!i* siniiui'n'io i ici/ v(>\;inî \v. elicjîiiïrniinl ii()i.i])!e qui paraissait dans les ecelesiasliqiiesde Paris qui avaient passé par ces exercices, proposorenl pour lors à M. Vineenl d*y admettre aussi ceux des autres diocèses qui viendraient recevoir les ordres à Paris ; et sachant bien qu'il n'en pouvait piis porter la dépense, une d'entre elles (c'était madame la présidente de Herse) s'ollVit de la fournir pour cinq ans, pendant lesquels elle lui envoya mille livres à chaque ordination. Elle eontril)ua encore, avec quelques autres dames de la Compagnie de la charité de Puris, au !(>;.:rui(nit et ameublement nécessaire pour les meuies ordinan:!s. Madame la marquise de Jîaijiuelet, sœur de Mj^^r l'Archcvèquede Paris, qui était une dame déliante piéie et chanté, et qui avait une estime particulière pour M. Vincent, a fait aussi du bieuùlamaison de Sainl-La/.are, pour l'aider à soutenir cette grande dépense des (U'dinands. Ht la reine, mère du roi, au commencement de saréli: i ce, ayant eu la dévotion d'assister a un entretien des ordinands ([île M. Perroehel, pour lors m>inmé à l'évéché de JJoulognc, faisait fi !iî- !'e|;:!ise du Collège des Hons-ljifauts,elleen fut touchée, et jugea eeiîe œuvre Tort utile à l'Ki^lise. l'^t (lueiques dames lui ayant dit que ceiii unriliiit bien nue fondation royale, elle lit espérer quelque assislaiieo [ioureela; et en elfel, les cinq années de madame de Herse éla!il «h'ja aehevées. Sa Majesté don.ia de sa gniee quelques aumônes duiar.t deux eu trois aus pour contribuer à la nourriture des ordinaiuls. y\d\^ depuis près de dix-huit aus toute cette dépense est tombée ^ur la maison de Sainl-i.azare, laquelle n'étant pas fondée pour fv)ur;.ir à la nourriture et autres frais nécessaires pour un si grand nombre de pejsonnes qui passent tous les ans par ces exercices, u'a pu (pie'le n'e.î ai! 'Ué fort i!UMJim::oilée, comme elle lest en effet; vu inê::.e ;;ue, depuis l'aiinée l(ii(), ou a encore oblige ceux qui devaient p ce Noir les quatre ordres moindres de passer par les mêmes exer- (•.;:>, aîin qu'avant de s'engager dans les ordres sacrés ils pussent eoiiii.itre avec plus de lumière s'ils) étaient vraimentappelésde Dieu, et apprendre à s'y mieux préparer.

Mais quoique celle charge surpassât de beaucoup les forces de la

maison de Saint-Lazare, on u'a pourtant jamais ouï sortir une seule parole de plainte de la bouche de M. Vincent de toutes ces grandes dépenses qu'il fallait faire pour la continuation de cette œuvre, et il ks a toujours portées en silence, s*abandonnant à la conduite de Dieu, dont il préférait incomparablement l'honneur qui lui en revenait et le lâende son Eglise à tous les intérêts temporels de sa compagnie»

Le nombre de ceux qu'on reçoit à chaque ordination est pour l'ordinaire de soixante-dix, quatre-vingts et quatre-vingt-dix et plus, lesquels sont logés à Saint-Lazare, nourris et entretenus de tout ce qui leur est nécessaire pendant onze jours à chaque ordination, qui font cinquante-cinq jours par an. On ne leur demande pas un sol pour cette dépense, afin qu'ils y viennent plus volontiers, voyant qu'on n'épargne rien pour les mettre en état de bien servir l'Eglise. Nons rapporterons ici le témoignage rendu par un ecclésiastique de très-grande vertu sur ce sujet. « Il n*est pas possible, dit-il, d'expri- ■er le soin qu'apportait M. Yincent afin que les ordinands fussent bien servis pendant le temps des exercices. Leur dépense ne lui sem« blaît rien, quoiqu'elle excédât beaucoup les forces de sa maison, qui ne peut qu'elle ne soit fort obérée pour ce sujet. Je me souviens que dunnt les troubles de Paris, quelques personnes considérables qui connaissaient combien il était diflBcileque M. Vincent pût alors soutenir cette dépense des ordinands, lui voulurent persuader de n'en point charger sa maison durant un temps si fâcheux ; mais il n'eut aucun égard à leur remontrance, et voulut, nonobstant la disette d'argent et de vivres où Ton se trouvait réduit, qu'on ne laissât pas de faire toutes les dépenses nécessaires pour leur réception et nourriture en sa naison pendant les onze jours que duraient leurs exercices : ne fainat aucun cas du temporel lorsqu'il s'agissait du spirituel, et n'estimant les biens périssables qu'autant qu'il les jugeait utiles à l'avancement de la gloire de Dieu. Que ne disait-il point à ceux de sa coflununauté touchant l'excellence du sacerdoce, toutes ,les fois que le temps de l'ordination approchait, pour les exhorter à rendre service et assistance aux ordinands, et à travailler de toutes leurs forces de corps et d'esprit pour l'avancement de l'état ecclésiastique dans la vertu ?Toutes ces paroles étaient connue autant de dards enflamloés qui pénétraient jusqu^au fond du cœur, et toutes très-dignes d'être bien remarquées et retenues, même par écrit ; et si on ne l'a pas lait, on peut dire que c'est une perte incomparable.

SKCTIOX m.

SOMMAIBE ni: CE (ilil S£ l'AlT EN CES EXERCICES , ET DES REGU- MENT8 QUI s'y OHS£nVE^T.

Ceux qui veillent recevoir le» ordres viennent en la maison des prêtres de la Mission dix jours avant le samedi auquel ils doivent être ordonnés. A leur arrivée on prend leurs noms, qualités, de^^és, etc. Plusieurs de la maison se trouvent pnHspour les recevoir et porter leurs hardes, les conduire en ii'urs chambres et autres lieux, les servir, lt« encoura^'iT, leur expli(]uer l'ordre des divers exercices on actions de la journée; comme aussi pour veiller que cet ordre soit ^ardé, et pour leur recommander le recueillement, le silence, la modestie et Texaetitude à tout ce qu'ils ont à faire; enfin pour les aider à tirer profit des exercices, et à se préparer dignement à la réception des ordres. Il y a un directeur de Tordination qui a une vue générale sur tous les oiliciers qui y sont employés, et sur tous les ordinands. Il est comme le chef (jui conduit cette cruvre, afin que tout s'y faae avec le même esprit.

On fait tous les jours deux entretiens différents aux ordinands : le premier se fait lo matin, sur les priucipaux chefs de la théologie morale, et d(*s choses de pratique dont la connaissance est plus nécessaire aux ecclésiastiques; l'autre entrelien se fait le soir, sur les vertus, qualités et fonctions propres à ceux qui sont dans les saints ordres.

On eu fait dix de chaque sorte; et pour ceux du matin, qui sont de la théologie morale, voici Tordre qu'on y observe :

Au premier jour, on leur parle des censures de TÉgliseen général.

Au second, des mêmes censures eu particulier, à savoir, de l'excommunication, de la suspension, et de l'interdit, auxquelles on ajoute l'irrégularité.

Au troisième, du sacrement de Pénitence, de son institution, de sa forme, de ses effets, et des conditions nécessaires au confesseur pour le bien administrer.

Au quatrième, des dispositions au sacrement de Pénitence, c'est i savoir, de la contrition, de la confession, et de la satisfaction, comme aussi des indulgences.

Au cinquième, des lois divines et humaines, et des péchés en général, dont ou explique la division, les circonstances, les espèces, les causes, les effets, les degrés et les remèdes.

Au sixième, on traite des trois premiers commandements duDécalogue, qui regardent les devoirs de l'homme envers Dieu, et en par-

ticulier on parle des trois vertus théologales, et de la vertu de religion et de ses actes.

Au septième, on leur explique les autres sept commandements de Dicn, qui regardent le prochain.

Au huitième, on leur parle des sacrements en général, de la Confirmation, et de r Eucharistie comme sacrement.

Au neuvième, on traite de TEucharistie comme sacriGce, de VEx" trëme-Onction et du Mariage.

Au dixième, on explique le Symbole des Apôtres, déclarant sur chaque article ce qu*un prùtre en doit savoir, avec les avis nécessaires pour renseigner utilement aux autres.

Pour ce qui est des entretiens du soir, voici Tordre quon y ob- ^ «Te :

Aus premier jour on parle de l'Oraison mentale, et on leur fait voir premièrement les raisons pour lesquelles il importe que les ecclésiastiques s'y adonnent ; puis on leur montre en quoi elle consiste, et la méthode qu'on y doit observer, avec les moyens de la bien faire. L'on commence par ce sujet le premier entretien, parce que durant ks exercices, on leur fait employer tous les jours quelque temps en cette sorte d'oraison.

Au second, on traite de la vocation à l'état ecclésiastique, et on leur fait voir combien il importe d'être bien appelé de Dieu avant que de se présenter aux ordres; eu quoi consiste cette vocation, et quelles en sont les marques, avec les moyens de la reconnaître, et d'y bien correspondre.

Au troisième, on parle de l'esprit ecclésiastique, et on leur montre l'obligation d'entrer en cet esprit : en quoi il consiste; ses marques, et les moyens de l'acquérir et de s'y perfectionner.

Au quatrième, on traite des ordres en général, de leur institution, nécessité, matière, forme, effets, différences, et des dispositions requises pour les bien recevoir.

Au cinquième, on les entretient de la tonsure cléricale, et on leur explique la doctrine de cette cérémonie, les obligations que contracte «:elui qui la reçoit, les qualités qu'il doit avoir, les dispositions qu'il y doit apporter, et l'on repond a plusieurs difficultés et objections sur cette matière.

Au sixième, on parle des ordres moindres en particulier, dont on explique la déliuition, la malière, la forme, les fonctions, et les vertus requises en ceux qui les ont reçus pour les bien exercer.

Au septième, l'on traite du sous-diaconat, et des vertus qui sont propres a cet ordre, et particulièrement de la charité.

Au lmilii»nî(.», du Ji.icoiial, et des vertus propres aux diacres, parliculu'.reiucul de ladiaRteté envers le prochain.

Au neuvième, de la prùlrise, et 1 ou parle particulièrement de la science nécessaire aux prêtres pour s'acquitter dignement des fooclions de leur ordre.

Knfin au dixième, on fait un entretien de la vie ecclésiastique, où Ton fait voir que ceux qui ont reçu les saints ordres doivent mener une vie bien plus sainte que celle des laïques, et on leur propose divers moyens pour les aider à mener une telle vie.

Tous les jours, immédiatement après chaque entretien, on assemble les ordinands par académies, dont chacune est composée de douze oa quinze personnes, ou environ ; et on met ensemble ceux que Ton voit à peu près être d*une égale capacité pour conférer entre eux, et avec un prêtre de la Mission qui se trouve en chaque académie, sur ce qui a été dit de pius considérable, afin que le souvenir et le fruit leur en demeure.

On leur fait tous les jours pratiquer TOraison mentale pendant une demi-heure ou environ, et ensuite on les fait assembler par académies pour en conférer, et pour montrer à ceux qui \ïy sont pas encore exercés la manière de s'y bien appliquer, comment ils doivent faire les considérations, exciter les aifections, et tirer des résolutions de pratique.

On les exerce tous les jours aux fonctions des ordres qu'ils doivent recevoir, principalement aux cérémonies de la sainte Messe, tant particulière que solennelle.

On leur fait réciter Toffice divin ensemble, et bien observer les poses et méditations.

On les dispose surtout à faire une bonne confession générale de toute leur vie, s*ils n'en ont jamais fait; ou au moins depuis le temps de leur dernière confession générale, s'ils en ont fait quelqu'une : et c'est pour cette raison que, dans les entretiens de théologie morale, on traite premièrement des matières dont la connaissance est particulièrement nécessaire pour cet clTet. Le lendemain de leur confes^ sion, qui est le jeudi, ils communient tous à la Graud'ftlesse.

On leur donne sept heures et demie de repos la nuit,et le jour deux heures de conversation sainte et honnête, c'est à savoir, après les repas, pendant lesquels ont leur fait lecture de l'Écriture sainte, et du livre de la Diyniié et SahUelè dew prêtres, par Noiina, chartreux.

£n un mot, on les niei dans un train de vie réglée, ni trop libre, ni trop austère, mais convenable aux ecclésiastiques, afin qu'ils s'y conforment le plus qu'ils pourront en leur particulier.

Le dimanche après rordination, ils s'en retournent chez eux, après avoir assisté à la Grand'Messe, et y avoir communié en action de grâces de leor ordination.

Yoilà en abrégé l'ordre des exercices de l'ordination qui ont été commencés, continués et établis par M. Vincent, et ensuite répandus dans l'Église par lui et par les siens.

n souhaitait fort, et recommandait soigneusement à ceux qui faisaient les entretiens de l'ordination, qu'ils suivissent les mémoires qu'il leur donnait à cet effet, où les matières étaient toutes digérées; nditfnt bien qu'ils n'en pouvaient traiter de plus nécessaires ni de plus profitables aux ordinands, ni même dans un ordre plus conveuble à la fin de ces exercices. (1 congratulait fort nosseigneurs les prélats, lorsqu'ils les faisaient, de ce qu'ils y procédaient comme les pères envers leurs enfants, les nourrissant de la plus solide doctrine, et leur insinuant la vie et les opérations de l'Esprit de Dieu d'une ■anière apostolique. « La simplicité, disait-il aux siens, édifie les ordinands ; ils s'en louent et ne viennent chercher ici que cela; les ^tés qu'on leur enseigne sont bien reçues sous cet habit, elles ont phtt d'eflicace avec cet ornement naturel. » Et un jour, quelqu'un faisant ces entretiens autrement que dans l'esprit de la Mission, M. Vincent se mita genoux devant lui, le priant avec instance de se servir d'un style plus simple et plus dévot.

SECTION IV

sonmiEnTS de m. vucgeiit toughaut ces exercices des ordih apids.

Avant que de parler du progrès et des firuits de ces exercices, il ne sera pas hors de propos de rapporter ici les sentiments que M. Vin- [ cnt en avait, et de quels termes il se servait pour exhorter ceux de ^ Il Congrégation à s'y appliquer de toute leur affection.

« S'employer pour faire de bons prêtres, leur disait-il un jour, ■ rt y concourir comme cause seconde efficiente, instrumentale, c'est Ure l'office de Jésus-Christ, qui, pendant sa vie mortelle, semble tidr pris à tâche de faire douze bons prêtres, qui sont ses apôtres; lyant voulu pour cet effet demeurer plusieurs années avec eux, pour ies instruire et pour les former à ce divin ministère. »

Et un autre jour, faisant une conférence avec ceux de sa coramu- ^uié sur ce même sujet, après qu'il en eut fait parler plusieurs, conelot en ces termes : « Béni soyez-vous, Seigneur, des bonnes choses Qu'on vient de dire, et que vous avez inspirées à ceux qui ont parlé. liais, mon Sauveur, tout cela ne servira de rien si vous n'y metUiT.

la main ; il faut que ce soit votre grAce qui o|H;re tout ce qu'on a dit, et qui uous donne cet esprit sans lequel nous ne pouvons rien. Qne savons nous faire, nous qui sommes de pauvres misérables? 0 Seigneur! donnez-nous cet esprit de votre sacerdoce qu*avaient les apôtres, et les premiers prêtres qui les ont suivis. Donnez-nous le véritable esprit de ce sacre caractère que vous avez mis en de pauvres pèebeurs, en desarlisans, en de pauvres gens de ce temps-là, auxquels, par votre gn\ce, vous avez communique ce grand et divin esprit. Car, | Seigneur, nous ne sommes aussi que de pauvres laboureurs et pay- j sans : et quelle proportion y a-t-il de nous misérables à un emploi si ' saint, si émineut et si céleste? 0 îlessicurs et mes frères ! que nous devons bien prier Dieu pour cela, et faire quelque effort pour ce grand besoin de TJ^glise, qui s'en va ruinée eu beaucoup de lieux par la mauvaise vie des priHres ; car ce sont eux qui la perdent et qui la ruinent: et il n'est que trop vrai que la dépravation de lélat ecclésiaslique est la cause principale de la ruine de TÉglise de Dieu. J étais ces jours passés dans une assemblée oii il y avait sept prélats, lesquels faisant réflexion sur les désordres qui se voient dans l'Église, disaieut hautement que c'étaient les ecclésiastiques qui eu étaient la principale cause.

• Ce sont donc les pr^^lres; oui, nous sommes la cause de cette désolation qui ravage l'Église, de cette déplorable diminution quelle a soufferte en tant de lieux, ayant été presque entièrement ruiuée daus TAsie et dans l'Afrique, et même dans une grande partie de l'Europe, comme dans la Suède, dans le Danemarck, dans TAngleUTre, Ecosse, Irlande, Hollande, et autres provinces unies, et dans une grande partie de rAUemagne. Kt combien voyons-nous d'hérétiques eu France? et voila la Pologne qui, étant déjà beaucoup infectée do l'hérésie, est présentement, par l'invasion du roi de Suède, eu danger d'être tout à fait perdue pour la religion.

« iNesemble-t-il pas, Messieurs, que Dieu veut transporter sou Église en d'autres pays? Oui, si uous ne changeons, il est à craïudiu que Dii u ne nous 1 ôle tout à fuit, vu |)rinei|)alemenl que nous voyous ces puissants ennemis de i' l'église entrer dedans a main forte. Ce redoutuhleroide Suède qui, enmoinsde quatre mois, a envahi une bonne partie de ce grand royaume, nous devons craindre que Dieu ne l'ait suscité pour nous punir de nos désordres. Ce sont les mêmes ennemis dont Dieu s'est ^ervi autrefois pour le même effet; cur c'est des Coths, Visigolhs et Vandales, sortis de ces quartiers-la, dont Dieu s est servi il y a douze ccuts ans pour affliger son Église. Ces commcucementSf les plus étranges qui aient jamais été, uous doivent

faire tenir sur nos gardes. Un royaume dune si grande étendue presque envahi en moins de rien, en l'espace de quatre mois! 0 Seigneur ! qui sait si ce redoutable conquérant en demeurera là? qui le sait? Enfin, ab AquUone pandetur omne inaliim, c^est de là que sont venus les maux que nos ancêtres ont soufferts, et c*cst de ceeôlé-là que nous devons craindre. Songeons donc à l'amendement de Tétat ecclésiastique, puisque les méciiants prêtres sont la cause de tous ces malheurs, et que ce sont eux qui les attirent sur TÉglise. Ces bous prélats l'ont reconnu par leur propre expérience, et l'ont avoué devant Dieu, et nous lui devons dire: Oui, Seigneur, c*c8t nous qui avons provoqué votre colère; ce sont nos péchés qui ont attiré ces ealamités. Oui, ce /ont les clercs etceux qui aspirent a l'état ecclésiastique, ce sont les sous-diacres, ce sont les diacres, ce sont les prêtres, nous qui sommes prêtres, qui avons fait celle désolation dans l'Église. Mais quoi. Seigneur! que pouvons-nous faire niaiulenant, si ce n'est nous en affliger devant vous, et nous proposer de changer de vie? Oui, mon Sauveur, nous voulons contribuer de tout ce que nous pourrons pour satisfaire à nos fautes passées, et pour mettre en meilleur ordre Tétat ecclésiastique; c'est pour cela que nous sommes ici assemblés, et que nous vous demandons votre grâce. Ah! Messieurs, que ne devons-nous pas faire? C'est à nous à qui Dieu a confié une si grande grâceque celle decontrihuer à rétablir l'état ecclésiastique. Dieu ne s'est pas adressé pour cela, ni aux docteurs, ni u tant de communautés et religions pleines de science et de sainteté ; mais il l'est adressé à cette chétive, pauvre et misérable compagnie, la dernière de toutes et la plus indigne. Qu'est-ce que Dieu a trouvé en nous pour un si grand emploi?oii sont nos beaux exploits? où sont les actions illustres et éclatantes que nous avons faites? où cette grande capacité? Jlien de tout cela ; c'est à de pauvres misérables idiots que Dieu, parsapure volonté,s'est adressé, pour essayer encore à réparer les brèches du royaume de son Fils et de l'état ecclésiastique. 0 Messieurs ! conservons bien cette gn\ce que Dieu nous a faite, par préférence à tant de personnes doctes et saintes qui le méritaient mieux que nous ; car si nous venons à la laisser inutile par notre négligence, Dieu la retirera de nous pour la donner a d'autres, et nous punir de notre infidélité, llélas! qui sera-C4)de nous qui sera la cause d'un si grand malheur, et qui privera l'Église d'un si grand bieii?Xe sera-ce point moi misérable? Qu'un chacun de nous mette la main sur sa conscience, et dise en lui-même : Ne serai-je pas ce malheureux? Hélas! il n'en faut qu'un misérable, tel que je suis, qui, par ses abominations^ détourne les faveurs du Ciel de toute une mai-

son, et y fasse tomber la malédiction de Dieu. O Seigneur, qai me voyez tout couvert et tout rempli de péchés qui m'accablent, ne privez pas pour cela de vos grâces cette petite compagnie ! Faites qu'elle continue à vous servir avec humilité et fidélité, et qu'elle coo[)ère aa dessein qu'il semble que vous avez de faire par son ministère un dernier effort pour contribuer à rétablir l'honneur de votre Église.

« Mais les moyens de cela, quels sont-ils? que devons-nous faire pour le bon succis de cette prochaine ordination? Il faut prier beancoup, vu notre insuffisance ; offrir pour cela, durant ce temps, ses communions, ses mortifications et toutes ses oraisons et ses prièa^ rapportant tout à l'édification de ces messieurs les ordinands, à qui il t faut rendre, de plus, toutes sortes de respects et de déférencos, ne faire point les entendus, mais les servir cordialement et humblement. Ce doivent être là les armes des missionnaires ; c'est par ce moyen que tout réussira ; c'est par l'humilité qui nous fait d^irer la confusion de nous-mêmes ; car croyez-moi. Messieurs et mes frères, croyez- moi, c'est une maxime infaillible de Jésus-Christ, que je vous ai souvent annoncée de sa part, que d'abord qu'un cœur est vide de soi-même, Dieu le remplit; c'est Dieu qui demeure et qui agit là-dedans, et c'est le désir de la confusion qui nous vide de nous-mêmes; c'est l'humilité, la sainte humilité ; et alors ce ne sera pas nous qui agirons, mais Dieu en nous, et tout ira bien.

« 0 vous qui travaillez immédiatement à cette œuvre; vous qui devez posséder l'esprit de prêtrise, et l'inspirer à ceux qui ne l'ont pas; vous à qui Dieu a confié ces âmes, pour les disposer à recevoir cet esprit saint et sanctifiant, ne visez qu'à la gloire de Dieu : ayez la simplicité de cœur vers lui, et le respect vers ces messieurs. Sachez que c'est par là que vous profiterez : tout le reste vous servira de peu ; il n'y a que l'humilité, et la pure intention de plaire à Dieu, qui ait fait réussir cette œuvre jusqu'à maintenant. Je recommande aussi les cérémonies, et je prie la compagnie d'éviter les fautes qu'on y peut faire. Les cérémonies ne sont, à la vérité, que l'ombre, mais c'est Tombre des plus grandes choses, qui requièrent qu'on les fasse avec toute l'attention possible, et qu'on les montre avec un silence religieux et une grande modestie et gravité. Gomment les feront ces messieurs, si nous ne les faisons pas bien nous-mêmes! Qu'on chante posément, avec modération ; qu'on psalmodie avec unair de dévotion. Hélas ! que répondrons-nous à Dieu quand il nous fera rendre compte de ces choses, si elles sont mal faites!

« Or sus. Messieurs et mes frères, leur dit-il une autre fois, nous voici donc à la veille de cette grande œuvre que Dieu nous a mise

entre les mains ; c'est demain, mon Dieu, que nous devons recevoir œax que votre providence a résolu de nous envoyer, afln de nous faire contribuer avec vous à les rendre meilleurs. Ah I Messieurs, que ▼oili une grande parole, rendre meilleurs les ecclésiastiques ! Qui pourra comprendre la hauteur de cet emploi ? c'est le plus relevé qui soit. Qn'y a-t>il de si grand dans le monde que Tétat ecclésiastique ? Les principautés et les royautés ne lui sont point comparables : vous savez que les rois ne peuvent pas« comme les prêtres, changer le pain •Q corps de Notre-Seigneur, remettre les péchés, et tous les autres avantages qu'ils ont par-dessus les grandeurs temporelles; et voilà néanmoins les personnes que Dieu nous envoie pour les sanctiner; qa*7 a-t-ii de semblable ? 0 pauvres etchétifs ouvriers, que vous avez peu de rapport à la dignité de cet emploi ! Mais puisque Dieu fait cet honneur à cette petite compagnie, la dernière de toutes et la plos pauvre, que de l'appliquer à cela, il faut que de notre côté nous apportions tout notre soin à faire réussir ce dessein apostolique qui tend à disposer les ecclésiastiques aux ordres supérieurs, et à se bien acquitter de leurs fonctions : car les uns seront curés, les autres chanoines, les autres prévôts, abbés, évoques, oui, évoques : voilà les personnes que nous recevrons demain.

« La semaine passée il se fit une assemblée d'évêqurs pour remédier à l'ivrognerie des prêtres d'une certaine province ; à quoi on est bien empêché. IjCS saints docteurs disent que le premier pas d'uue personne qui veut acquérir la vertu est de se rendre maître de sa bonche ; or la bouche maîtrise les personnes qui lui donnent ce qu elle demande; quel désordre ! Ils scmt ses serviteurs, ses esclaves ; ils ne sont que ce qu'elle veut ; il n'y a rien de si vilain, ni de si déplorable qoe de voir des prêtres, et la plupart de ceux d'une province, asservis à ce vice, jusque-là qu'il faille assembler des prélats, et les mettre tOQS bien en peine pour trouver quelque remc>de à ce malheur. Et le peuple, que fera-t-ii après cela? Mais que ne devons-nous pas faire, Messieurs, pour nous donner à Dieu, afin d'aider à retirer ses ministres et son épouse de cette infamie, et de tant d'autres misères où nous ne les voyons que trop ? Ce n'est pas que tous les prêtres soient dans le dérèglement, non, ô Sauveur ! qu'il y a de saints ecclésiastiques ! il nous en vient tant ici en retraite, des curés et autres qui viennent de bien loin exprès pour mettre bon ordre à leur intérieur. Et combien de bous et de saints prêtres à Paris ? il y en a grand nombre ; et entre ces messieurs de la conférence qui s'assemblent ici, il n'y en a pas on qui ne soit homme d'exemple, ils travaillent tous avec des fruits nonpareils.

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" Il y a aussi do méchants ecclésiastiques dans le monde, el je suis le pire, le plus iudi^nie, et le plus grand pécheur de tous, ilais aussi en ro\ anche il y en a (pii h)ucnt hautenuMil Dieu par la sainteté de leur vie. O quel bonheur de ce que noa-seulcment Dieu veut se servir de pauvres f^cns coninic nous, sans science el sans vertu, pour aider à redresser Us eciUsiasliques déchus et déréglés, mais encore à perfectionner 'iV.-s itoiis, comme nous \ oyons par sa grâce que cela se fait! Que hicn!jcureu\ èles-vous, Messieurs, de répandre par votre dévotion, douceur, ail'uhihlé, modestie et humiltlé, Tesprit de Dieu dans ces âmes, el dv^ scrur J)ieu en la personne de ses plus grauds serviteurs ! que >ou> êtes heureux, vous qui leur donnerez bon exemple, aux conférences, aux cérémonies, au chœur, au réfectoire et partout ! 0 qu'heureux serons-nous t(ms, si par noire silence, discrétion et charité, nous rcpoinlons aux intentions [lour lesquelles Dieu nous les envoie; usant d'une vigilance particulière à voir, à rechercher cl à leur apporter sans délai tout ce qui les [lourra contenter, et étaul iugénieux à pourvoir à leurs besoins et à les servir ! uous les cdilierons si nou.s faisons cela. Il faut bien demander cette grâce à Kotre- Scigiicur ; je prie les prêtres de dire la sainte Messe, et nos frères de renlcndrc à celle intention. »

« Voici l'ordination qui s'approche, dit-il une autrefois; uous prierons Dieu tpi'il donne son esprit à ceux qui leur parleront, et dans les entretiens, cl dans les conférences. Surtout, chacun tâchera d'édifier ces messieurs par riiumilité et par la modestie ; car ce n'est pas par la science qu ils .ve gagnent, ni par les belles choses qu'on leur dit ; ils sont plus sa\an(s que nous : plusieurs sont bacheliers, el quelques-uus licenciés en lhéo!(»gie, d'autres docteurs en droit, et il y eu a peu qui ne sachent la philosophie et une partie de la théologie; ils en disputent tous les jours, et prcs(|ue rien de ce qu'on leur peut dire ici uc leur est nouveau ; ils l'ont déjà lu, ou ouï ; ils disent eux-mêmes que ce n'est pas cela (|ui les touche, mais bien les vertus qu'ils voient praliiiucr ici. Tenons-nous bas. Messieurs, eu la vue d'un emploi taut honorable, comme est celui d aider a faire de bons prêtres; car qu'y a- t-il de plus excellent ? Tenons- nous bas en la vue de notre chétiveté, nous qui soniiiics |)auvres de setence, pauvres d'esprit, pauvres de eondilnm. lléias I comment Dieu nous at-il choisis pour une chose si grande? C'est (|ue pour l'ordinaire il se sert des matièreu les plus basNCs pour les opérations extraordinaires de sa gr&ce; coaimedaus les sacrements, on il luit servir l'eau et les paroles pour conférer ses plus grandes grâces.

lirions Uieu p(»ur ces messieurs; mais prioiui Dm lOOi^ afin

en éloigne toat ce qui pourrait être cause qu'ils ne reçussent les de i*esprit de Dieu, lequel il semble vouloir communiquera la ignie pour cet effet. Avez- vous jamais été en pèlerinage eu queleu de dévotion? Pour l'ordinaire en y entrant, on se sent le sortir hors de soi, les uns se trouvant tout d'un coup élevés eu, les autres attendris de dévotion, d*autres pleins de respect révérence pour ce lieu sacré, et d*autres ont divers bons seuls: d'où vient cela? C est que l'esprit de Dieu est là-dedans, rfait sentir en ces manières-là. Or, nous devons penser qu'il B même céans à Tégard de ces messieurs, si Tesprit de Dieu rén cette maison.

i leur faut rendre la morale familière, et descendre toujours le particulier, afin qu'ils l'entendent et comprennent bien; il oujours viser là, de faire en sorte que les auditeurs remportent » qu'on leur dit dans l'entretien. Gardons-nous bien que ce it esprit de vanité ne se fourre parmi nous, à leur vouloir parler loses hautes et relevées, car cela ne fait que détruire, au lieu ier : or ils remporteront tout ce qui leur aura été dit à Tentre- ;i on le leur inculque après, simplement, et qu'on les entretienne a souvent, et non d'autres choses, ainsi qu'il est expédient pour lurs raisons. »

Yinccnt congratula une fois un des frères de la maison, lequel, pportantson oraison, dit qu'il avait prié Dieu qu'il envoyât de prélats à l'Église, et prit de là sujet de dire ce qui suit : • Dieu >énisse, mon frère, c'est bien fait de demander à Dieu qu'il fasse as évèques, de bous curés, de bons prêtres, et c'est ce que nous vous tous demander : tels que sont les pasteurs, tels sont les es. On attribue aux officiers d'une armée les bons et les mauvais s de la guerre : et on peut dire dire de même que, si lesmiuise TÉglise sont bons, s'ils font leur devoir, que tout ira bien ; contraire, s'ils ne le font pas, qu'ils sont cause de tous lesdés- }. Nous sommi's tous appelés de Dieu à l'état que nous avons issé, pour travailler à un chef-d'œuvre : car c'est un chef-d'œu- I ce monde que de faire de bons prêtres, après quoi on ne peut r rien de plus grand ni de plus important. Nos frères mêmes lat contribuera cela par leur^ou exemple et par leurs emplois eors; ils peuvent faire leur office à cette intention, qu'il plaise idouuerson esprit à MM. les ordiuands; chacun des auires s la même chose, et tous doivent s'étudier à les bien édifier : • possible de deviner leurs iucliuaisons et leurs désirs, il ^fonir pour les contenter, autant que lou ço\iYmV.xiv

sonnabh^mofit. l'jifiii ceux qui auront le boiihoiir de leur parler, et qui assisteront à leurs conférences, doivent en leur parlant s'^lcfer à Dieu, [)our recevoir de lui ce qu'ils ont à leur dire. Car Dieu est une source inépuisable de sagesse, de lumière et d'amour ; c'est en lui que nous devons puiser ce que nous disons aux autres; noasdevDus anéantir notre propre esprit et nos sentiments particuliers, pour donner lieu aux opérations de la grAce, qui seule illumine et échauffe les coeurs ; il faut sortir de soi-même pour entrer en Dieu ; il faut le consulter pour aj^prendre son langage, et le prier qu'il parle luimême en nous, et par nous : il fera pour lors son œuvre, et nous ne gâterons rien. ?Jolre-Seigneur, conversant parmi les hommes, ne parlait pas de par lui-même : Ma science, disait-il, n'est pas de moi, mais de mon Père ; les paroles que je vous dis ne sont pas les miennes, mais elles sont de Dieu. Cela nous montre combien nous devons recourir à Dieu, afin que ce ne soit pas nous qui parlions et qui agissions, mais que ce soit Dieu. Il se pourra faire peut-être que, s'il plaît à Dieu qu'il réussisse quelque fruit, ce sera par les prières d'un frère ({ui n'approchera pas de ces messieurs : il sera occupé à son travail ordinaire, et en travaillant il s'élèvera à Dieu souvent, pour le prier ((u'il ait agréable de bénir l'ordination ; et peut-être aussi que, sans qu'il y pmse, Dieu fera le bien qu'il désire, à cause des bonnes dispositions de son cœur. Il y a dans les psaumes : Desiderium paiiperum exaudivil Douiinus. - M. Vincent s'arrêta ici, ne se souvenant pas du reste du verset, et demanda : Comment y a-t-il au reste du virscl? Alors son assistant l'acheva, disant: Prœparationem cordis eorum audivit amis tua. « Dieu vous bénisse, ^lonsieur, ■ lui dit M. Vincent, par un grand sentiment de joie, voyant la beauté de ce passage, qu*il répéta plusieurs fois avec des mouvements dévots et touchants, pour Tinculquer à ses enfants. « Merveilleuse façon de parler, ajouta-t-il, digne du Saint-Esprit, le Seigneur a exaucé le désir des pauvres, il a entendu la préparation de leur cœur, pour nous faire voir (|ueDieu exauce les âmes bien disposées avant même (m'elk's le prient ; cela est de grande consolation, et nous devons certes nous encourager au service de Dieu, quoique nous ne voyions en nous (jue misères et pauvretés. Vous souvient-il de cette belle lecture (le tîîble qu'on nous fit hier? Klle nous disait que Dieu cache aux humbles les trésors des grâces qu'il a mises en eux : et ces jours passes un d'entre nous me demandait ce que c'était que simplicité. Il 7)e connaît pas cette vertu, et cependant il la possède ; il ne croit pas l'avoir, et c'est néanmoins une àme des plus candides de la com- IKignie.

laesuns mont rapporté qu'étant allés travailler en un lieu leaucoupd ecclésiastiques, ils ont trouvé quHls y sont quasi les : ils disent leur bréviaire, célèbrent leur Messe, et encore rement, quelques-uns administrent les sacrements tellement it, et voilà tout: mais le pis est quHlssont dans le vice et dans *e. S'il plaisait à Dieu nous rendre bien intérieurs et recueil- K)urrions espérer que Dieu se servirait de nous, tout chétifs sommes, pour faire quelque bien non -seulement à l'égard , mais encore et principalement à l'égard des ecclésiastiques. lUS ne diriez mot, si vous êtes bien occupés de Dieu, vous les cœurs de votre seule présence. Messieurs les abbés de er, et ces autres messieurs qui viennent de faire la mission à .orraine, avec grande bénédiction, allaient deux à deux, en

I logis à Téglise, et de 1 église au logis, sans dire mot, et avec nde récollection, que ceux qui les voyaient admiraient leur

n'en ayant jamais vu de pareille. Leur modestie donc était cation muette, mais sieiBcace, qu'elle a peut-être autant et ribué, à ce qu'on m'a dit, au succès de la mission que tout « que Tœil voit nous touche bien plus que ce que roretlle t nous croyons plutôt à un bien que nous voyons qu'à celui

entendons : et quoique la foi entre par l'oreille, fides ex >anmoins les vertus dont nous voyons la pratique font plus ion en nous que cellesqu'on nous enseigne. Les choses physidutes leurs espèces différentes, par lesquelles on les distingue : imal, et l'homme même, a ses espèces, qui le font connaître u'il est, et distinguer d'un autre de pareil genre: de même iursde Dieu ont dos espèces qui les distinguent des hommes c'est une certaine composition extérieure, humble, récolligée f qui procède de la grâce qu'ils ont au dedans, laquelle porte ions en Tàme de ceux qui les considèrent. Il y a des personsi remplies de Dieu, que je ne les regarde jamais sans en être es peintres, dans les images des saints, nous les représentent 9 de rayons : c'est que les justes qui vivent saintement sur épandent une certaine lumière au dehors, qui n'est propre

II paraissaittant de grâce et de modestie en la sainte Vierge, iprimait de la révérence et de la dévotion en ceux qui avaient ir de la voir, et en INotre-Seigneur ii en paraissait encore a est de même par proportion des autres saints. Tout cela voir. Messieurs et mes frères, que si vous travaillez à l'acdcs vertus, si vous vous remplissez des choses divines, etsi a en particulier a une tendance continuelle à sa perfection,

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quand vous n'auriez aucun lalenl exIiTieur pour proflter à ces messieurs les onliuand«5, Dieu fera que voire seule présence portera des lumières en liMirs entendements, et qu'elle échauffera leurs volontés pour les rendre moillours. Plaise à Dieu nous faire celte grâce. C'est un oiivratresi dillieileet si élevé, qu'il n'y a que Dieu qui puisse y avancer (|!iel(juecli(»'ie: c'est (pourquoi nous le devons prier incessamment qu'il donne héné'liiiion aux pelils services qu'on tachera de leur ren<he , < l aux paroles cpi^on leur dira. Sainte Thérèse, qui voyait de son lem[)s le besoin que l'Kudise avait de bons ouvriers, demandaità Dieu qu'il lui pliit faire de bons prèlres, et elle a voulu que des filles d(» son ordre fussent souvent en |)rière pour cela ; et peut-être que le clianiîcmenten mieux quise trouve àcelte heure eu l'état ecclésiastique est (iii en partie à la dévotion de cette grande mainte: car Dieu a toajours cmplo>é de faibles instruments aux grands desseins. En Tinslitulion de IK^Ii-e n'a-t-il pas choisi de pauvres gens ignorants et ruslitîues? eependaîit, c'est par eux que Notre-Seigneûr a renversé l'idolâtrie, qu il a assujetti à l'Églie les princes et les puissants de la terre, et qu'il a étendu noire sainte religion par tout le monde. Il peut se s(rvir aussi de nous, chélifs, que nous sommes, pour aider à i'avanninenl de l'etal ecclésiastique à la vertu. Au nom de ^otre Seigneur, Messieurs et mes frères, donnons-nous à lui, pour y contribuer tous, par nos ser\ iees et par de bons exemples, par prières et par mortilicalions, etc. •

(les pcliUs vi |)atheti(pies (d)servations ne sont que des échantillons d'un grand nombre d'autres, que M. Vincent a fait* sur cette matière: elles peuvent faire voir d'un coté que I Eglise a un trfcs-graud besorn de bons prêtres, et qu'il im|)orle extrêmement de ne point entrer dans les ordres sans une bonne préparation. El d'autre part, l'ardeur que M. Vincent avait pour disposer ceux quiy prétendaient, et le soin (ju'il prenait d'ins|>irer celte même ail'cclion à sa compagnie, lui mar(iuanl les mo\ens propres [)oury réussir, tels que sont i'huniilile, la douceur, le respect, la [ïénitence, la prière, la vie intérieure el la pureté d'intention : à quoi il les portait eiUcacement par son exemple; car s'il était puissant eu paroles, il Tétait encore plus tu o'uvres.et il savait bien joindre la pratique à la persuasion, ce qui se \oit même en ces discours, où il s'huniilie lui-même, et portant les autres à la prière, il s'élève lui-même à Dieu, et les y attire suavement ; enliu il rectifie leurs intentions par la droiture et perfection des siennes.

SECTION V

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