FRANCE
Le premier témoignage que nous produirons ici sera du même M. Vincent, dans une lettre qu'il écrivit à un prêtre de sa compagnie qui était à Rome en Tannée iei55, où il lui parle de Tabondance de son cœur, des bénédictions que Dieu versait sur ces exercices des ordinands dès leurs premiers commencements.
« Il faut que vous sachiez, lui dit-il, ce que je pense ne vou<? avoir pas encore écrit, qu'il a plu à la bonté de Dieu donner une bénédiction toute particulière, et qui n'est pas imaginable, aux exercices de «Mordinands ; elle est telle que tous ceux qui y ont passé, ou la plupart, mènent une vie telle que doit être celle des bons et parfaits eeclesiastiques.il yen a même plusieurs qui sont considérables pour leur naissance, ou pour les autres qualité.s que Dieu a mises en eux, lesquels vivent au^si réglés chez eux que nous vivons chez nous, et sont autant et même plus intérieurs que plusieurs d'entre nous, n'y eftt-il que moi-même. Ils ont leur temps réglé, font oraison mentale, célèbrent la sainte messe, font les examens de conscience tous les jours comme nous: ils s'îippliquent à visiter les hôpitaux et les prisons, où ils catéchisent, prêchent, confessent, comme aussi dans les eolléges, avec des bénédictions très-particulières de Dieu. Entre plusieurs autres, il y en a douze ou quinze dans Paris qui vivent de la sorte, et qui sont personnes de condition; ce qui commence à être connu du public. Or, ces jours passés, un d'entre eux, parlant de la manière de vie que menaient ceux qui avaient passé avec lui par les exercices des ordinands, proposa une pensée qu'il avait eue de les lier ensemble par manière d'assemblée ou de compagnie, ce qui a été fait avec une satisfaction particulière de tous les autres. Et la lin de cette assemblée est de vaquer à leur propre perfection, à moyenner que Dieu ne soit point offensé, mais qu 11 soit connu et servi dans leurs faniillesi et îi procurer sa gloire dans les personnes ecclésiastiques et parmi les pauvres : et cela sous la direction d'une personne de céans, où ils doivent s'assembler tous les huit jours. Et parce que Dieu a béni les retraites que plusieurs curt^ de ce diocèse ont faites ici, ces messieurs ont désiré faire le même, et ont en effet commencé. Or, il y a sujet d'espérer de grands biens de tout ceci, s'il plaît à Kotre-Seigneur donner sa bénédiction à son œuvre, que je recom- Bande particulièrement à vos prières. >
Voilù quels ont été les premiers fruits des eiLercices des ordinands que M. Vincent a eu la consolation de recueillir des premiers servioes qu'il leur a rendus, qui ont eu des suites si avantageuses à l'Égiise que ces exercices ont toujoura continué depuis ce temps-là, uou-sculement à Paris, mais aussi en plusieurs autres diocèses, tant de France que d'Italie, et mèmeù Rome, où il y a des prêtres de la Congrégation de la Mission, lesquels, animés de l'esprit de leur saint fondateur et instituteur, et dressés de sa main, travaillent avec la même bénédiction pour procurer que TËglise soit remplie de bons prêtres; ce ([ui s'est même répandu en beaucoup d'autres lieux où les prêtres de la Mission ne sont point encore établis, et où messieurs les prélats font faire les exercices de l'ordination, à Texemple et sur le modèle de ceux que M. Vincent a commencés et que les siens continuent en tous les lieux où ils travaillent.
Nous joindrons au témoignage de M. Vincent celui de quelques autres ecclésiastiques.
Alessire Henri- J.ouis Chastaigner de la Roche-Pozay, évêque de Poitiers, ayant envoyé ses ordinands à Richelieu, où les prêtres delà Mission leur firent faire les mômes exercices qu'à Paris, le supérieur de Richelieu en écrivit à M. Vincent au mois de juin 1642 en ces termes : « Kous n'avons, dit-il, que quarante-trois ordinands, dont la modestie commence à donner une merveilleuse édification, en sorte que les peu pies qui les voient à rofûce divin ne peu vent retenir leurs larmes (le tendresse, voyant Tordre, la décence, la dévotion avec laquelle ils y assistent; si bien qu'il semble à ces bonnes gens de voir, non des hommes, mais des anges de Paradis. A Dieu seul en soit la gloire, et à M. le cardinal de Richelieu, qui nous a établis ici, le mérite et récompense ; et à nous, la honte et la confusion devant les puissances célestes et terrestres, d'être employés à nu si haut ministère. »
Au mois de décembre de l'année suivante 1643, M. Vincent reçut une lettre de la part de monseigneur Tévèque d*Angoulême, par laquelle, entre plusieurs autres considérations, pour le porter à consentir a rétablissement des prêtres de sa Congrégation dans son diocèse, il lui représente la bénédiction que Dieu avait donnée aux i;xereiccs dis ordinands qu'ils y avaient commencés le même mois, laquelle bénédiction il dit avoir été si grande, qu'il n'y avait personne dans la ville d'Angoulême qui n'en louât et b'^init le saint nomde Dieu, et qui ne souhaitât la continuation d'un si grand bien.
En la même année 1643, M. Éléonor d'Estampes, archevêque de Reims, ayant désiré que M. Vincent lui envoyât de ses prêtres pour faire les mêmes exercices aux premières ordinations qu'il devait te-
nir en ce diocèse, où il était nouvellement établi, lui écrivit après en ces ternies : • Je ne saurais assez vous remercier de la faveur que vooB m'avez faite, de m* envoyer de vos missionnaires pour faire faire ksexerd<^ & mes ordinands. Je vous assure que j'en avais un trèsgrand besoin, et ils ne pouvaient aller en lieu où ils fussent plus né- 0688aires. Us vous feront eux-mêmes le rapport des grands fruits ^*ils y ont faite. »
En la même année 1643, les mêmes exercices des ordinands ayant été commencés par les prêtres de la Mission en la ville de Moyon, les eedésiastiques de la conférence de cette même ville en écrivirent à M. Vincent en ces termes : « Si les actions de grâces doivent correspondre à la grandeur des bienfaits reçus, la compagnie ne peut qu'elle le demeure court dans les devoirs qu'elle est obligée de vous rendre pour l'édification singulière qu'elle a reçue de vos prêtres en la coudnite et instruction des ordinands. Il y a bien longtemps que nous loabaitions cette bénédiction de votre part; mais maintenant que la compagnie eu a ressenti les effets avantageux, elle les estime et les cbérit en un si haut point, qu'elle manque de paroles pour vous en exprimer ses sentiments. »
Et un très- vertueux ecclésiastique de cette même conférence, dans mie lettre particulière qu'il écrivit à H. Vincent sur le même sujet : • Je voudrais, lui dit-il, pouvoir trouver des termes qui fussent suffisants pour exprimer la consolation et l'édification qu'ont reçue, non-seulement les ordinands, mais encore messieurs de la conférence, des entretiens que nous a faits M. N. de votre compagnie, il a tellement touché les cœurs, que ces messieurs ne se sauraient lasser d'en parler. £t, parmi les ordinands, il y en avait plusieurs, lesquels Ihchéè de ce qu'on les assujettissait à faire ces exercices, s'étaient proposé, avant que d'y entrer, de ne point faire du tout de confession générale, et d'autres de ne la point faire à vos prêtres; mais après avoir entendu les entretiens, ils en ont été si fortement touchés, qu'ils ont avoué et déclaré tout haut, en la présence des autres, leurs mauvaises intentions, et ensuite la résolution contraire qu'ils avaient prise de faire leur confession générale, et même de la faire aux propres missionnaires, ce qu'ils disaient tous, fondant eu larmes, tant ils étaient touchés. Je vous rends donc des actions de grâces infinies de votre grande charité envers nous, tant de ma part que de celle de ces messieurs, qui m ont chargé de vous écrire pour vous témoigner la satisfaction qu'ils eu ont reçue. •
Au mois de mai de l'année 1644, M. Vincent ayant envoyé deux prêtres de sa Congrégation à Chartres au sujet des mêmes exercices T. I. 1^
que messire Jacques Lescot, qui en était pour lorsëirëque, défirut que l'on fit ù ses ordiiiands; ils y travaill(;rent avec tant de bénédiction, que ce graud prélat lui en fit des remercimenispar lettres en ees termes : « Les deux missionnaires que vous m'ares fait Thonneur d€ m'envoyer ici, pour les ordres de la Pentecôte, sont des ecclésiasiVc^aei très-honuétes, sages, capables, soigneux et sélés : aussi ont-ils fait, grâce à Dieu, de très-grands fruits, dont je \ous suis infiniment obligé, avec tout ce diocèse, que je trouve assez porté au bien ; mais il nous faut de Tassistauce, que j'attendrai, s'il tous plaît, Monalear, de votre charité, qui est si générale et si grande que vons ne la refusez à personne. •
Au mois de mars 1645, Mgr Tévôque de Saintes écrivant à M.Vincent pour le remercier des prêtres de sa Congrégation qu'il lui avait envoyés pour les mêmes exercices: « Mos ordinands, lui dit-il, vont avec une merveilleuse bénédiction, et il y a maintenant autant de presse pour être reçu à ces exercices qu^il y avait ci-devant de dificulté dans les particuliers pour les y faire entrer. >
11 faudrait des volumes entiers si Ton voulait rapporter en détail tous les bons effets que ces exercices ont produits en tous les lieax où ils ont été mis en usage, et toutes les grâces et bénédictions qu'ont reçues ceux qui n'y ont point mis empêchement» lesquelles ont para même à l'extérieur, après leur ordination, dans le changement de leur vie, et dans la pratique de toutes les vertus ecclésiastiques : il nous suflira de dire qu'ils ont été tellement approuvés et goûtés par les prélats de ce royaume, qu'il a été impossible à M. Vincent, faute d'ouvriers, de satisfaire à tous ceux qui lui en ont demandé pour travailler à ces exercices daus leurs diocèses, et qu'une approbation si générale de ce bien est une marque évidente de son excellence et de son utilité.
SECTION VI
LES MÊMES EXEUCIGES DES OUDir^AlN'DS AYANT ÉTÉ PBATIQUÉS E.^ ITALIE Y 0!^T AUSSI PRODUIT DE TBÈSGBANDS FfiUlTS.
Comme c'est le propre du bien de se communiquer et de se i^pandre, il ne faut pas s'étouner si cette pratique des exercices de l'ordination, qui élait si bonne et si utile, s'est répandue hors de France, et a été introduite avec facilité en Italie et en d'autres pays, où elle a eu un même succès et une même bénédiction. Kous ne rapporterons ici que ce que Ton a mandé de deux grandes villes, dont on ponrra juger ce qui est arrivé en d'autres.
re est la ville de Gènes, où M. le cardiiuil Durazzo, qui iqae, ayaut fait un établissement des prêtres de la Coula jyission, pour s'en servir non-seuitmeut à l'instrucleuple, mais aussi à la réformation de son clergé, il a les fois qu'il tenait les ordres dans sou diocèse, que ces »ent les exercices aux ordinands ; d'où s'en est suivi un fruit dans les ecclésiastiques qui ont participé a cette eque le supérieur de la Mission de Gènes écrivit aH. Yin- |et d*une ordiuation, d*où Tou pourra inférer ce qui est tes les autres :
dioation, lui dit -il, a été médiocre en nombre, mais bénédictions, Dieu y ayant communiqué ses grâces avec règlement a été observé exactement; un grand silence exercices, et une telle modestie, principalement pendant L réfection, qu'il semblait que les ordmands eussent été 3 élevés dans notre maison. Mais la grâce de Dieu 8*est tage manifestée dans T oraison et dans les conférences it ensuite : je ne sais si l'on peut vaquer a ce saint exer- \ de ferveur qu'ils faisaient : on en voyait qui pendant 'oraison fondaient en larmes, et même pendant la con- Taisou; d'autres remerciaient hautement Dieu de leur grâce d'entrer dans les exercices, et d'y recevoir une iere pour bien connaître l'état qu'ils embrassaient, et ce it faire pour correspondre aux desseins de Dieu, et pour tables ecclésiastiques, il y en eut un eutre autres qui, i de moi a la lin des exercices, me dit avec une voix eusangiots, qui ne l'empêchaient de se bien exprimer, qu'il i lui envoyer plutôt mille morts que de permettre qu'il i l'olleuser. Ce qu'ayant rapporte nier a M. le cardinal levèque, il se mu a pleurer de joie et de satisfaction, son fàixi couteuii' les sentiments qu'il avait des bénédictions it versées sur cette ordination* • ; ville est celle de Jdome, en laquelle les prêtres de la de la 3iissiou ayant été reçus par le souverain pontife » d'heureuse mémoire, et établis en Tannée 1542, ils t dès l'année suivante à recevoir en leur maison ceux it de leur propre mouvement pour se disposer à recevoir res j eu quoi ayant réussi avec bénédiction pendant plu- , et le fruit qu'ils y faisaient ayant été rapporté a 8a r publia, au mois de novembre Idô'J, un mandemeot de l-vicaire,par lequel il obligeait tous ceux qui aspinûeat
aux ordres sacrés de se retirer chez les prôlrcs de la Mission, pour se préparer à les n'covoir, en assista'it à ces exercie<»s; ce qui s'exécata par Tordre même de notre Saint l*ère le pape Alexandre VU.
Lorsque la première publication de ce mandement fut faite, le supérieur de la maison de la Mission de Rome en écrivit à M. Vincent en ces termes : « Nous allons, dit-il, nous préparer selon notre chétiveté à servir messieurs les ordinands : notre confiance est en Dieu, qui se montre d*autant plus l'auteur de cette œuvre, que Ton ne sait comment cette résolution a été prise, ni qui en est le promoteur. De sorte que je puis dire que, à Domino factum est istud^ et ainei il y a lieu d'espérer que, qui cœpit^ ipse perficiet. »
Si M. Vincent fut consolé de voir de son vivant Tusage de ses saints exercices, auquel Dieu avait voulu qu'il donnât le premier commencement, établi dans cette maîtresse ville de toute la chrétienté, il le fut enoori' d^ivantage de ce que ceux de sa compagnie étaient choisis pour y servir, sans qu'ils eussent non plus recherché cet emploi en Italie que Ton avait fait en France.
Cette première ordination se fit en décembre 1659, et la providence de Dieu vonlut que messieurs les abbés de Ghandenier, neveux de M. le cardinal de la Bochefoucault, étant allés à Rome en ce tempslà, se trouvèrent logés chez les i)rètres de la Mission lorsque les ordinands y furent reçus ; Dieu en ayant ainsi disposé, afin que ces deux vertueux ecclésiastiques contribuassent par leurs saints exemples i rédification de tous ceux qui étaient présents en ce lieu, comme ite firent d'une façon excellente; étant véritable que l'on n'eût pu choisir deux modèles de modestie plus accomplis, pour faire voir à ceux qui aspiraient aux ordres comment ils devaient être composés extérieurement. L'aîné célébrait tous les jours la Grand'Messe dans la chapelle de la Mission, en la présence de tous les ordinands, avecla gravité, la dévotion et le recueillement qui lui étaient ordinaires, et monsieur son frère avait l'humilité d'y faire les offices d'acolyte et de thuriféraire. Deux prêtres italieus de la Congrégation de la Mission firent les entretiens du soir et du matin ; et tout se passa si bien, que le rapport en ayant été fait ù notre Saint Père le pape, Sa Sainteté témoigna, daus un consistoire qui fut tenu bientôt après, qu'il était extrêmement content des exercices de l'ordination : de quoi le supérieur de la Mission ayant été averti par M. le cardinal de Sainte- Croix, il en donna avis à M. Vincent, lequel sur cela lui fit quelques demandes dont voici la réponse, du 16 février 1660 :
• Vous m'ordoiniez. Monsieur, de vous mander comment l'ordination dernière s'est passée, et si on a reconnu du profit dans les ordi-
natioQâ depuis les exercices. Pour ce qui est des exercices, et de toutes les parties du règlement qu'on y observe en France, nous avons tâché et tâchons de les faire observer en la même manière qu*à Paris, nous réglant jour pour jour, et heure pour heure, sur les mémoires que nous en avons reçus de Saint-Lazare. Messieurs les ordinands ont témoigné en être fort contents; et non -seulement nous, mais aussi diverses personnes du dehors ont reconnu le fruit que plusieurs d*entre eux, par la miséricorde de Dieu, ont remporté de ces exercices. Nous en avons de ceux-là mêmes en cette seconde ordination, en la< quelle nous travaillons maintenant, qui est la première de ce carême, lesquels ; donnent grand exemple aux autres; et il semble que Dieu par son infinie bonté veuille donner bénédiction à ces exercices, et communiquer ses grâces par cette voie aux ecclésiastiques de ce pays, comme il a fait ailleurs. »
Ce supérieur mandait toujours à M. Vincent, à la fin de chaque ordination, de quelle façon elle avait réussi ; nous rapporterons ici seulement quelques petits extraits de ses lettres, par l'une desquelles il parle en c«s termes :
« Pour ce qui est du fruit des ordinations passées, il y en parait par la miséricorde de Dieu. Plusieurs de ces messieurs qui ont fait eéans les exercices nous viennent voir de fois à autres, pour nous témoigner qu'ils persistent toujours dans les bons sentiments qu'ils en ont remportés; et l'un d'entre eux, qui est une personne de condition, lequel a assisté aux exercices de trois ordinations, vint hier céans célébrer sa première messe, ayant encore fait auparavant quelques jours de retraite pour s'y mieux disposer. »
Dans une autre lettre, le même supérieur parlant à M. Vincent d'une autre ordination, lui mande que « quelques-uns de MM. les cardinaux et autres prélats étaient venus entendre les entretiens, et qu'entre les ordinands il y avait diverses personnes de qualité et de mérite, et entre autres un chanoine de Saint-Jean de Latran, neveu de M. le cardinal Mancini, et un autre de Saint- Pierre, nommé le comte Marescotti, et autres personnes de marque; le pape tenant ferme, et ne voulant exempter aucun d'assister à ces exercices. »
Il dit dans une autre : « Les ordinands que nous eûmes au commencement du carême, et ceux que nous avons présentement, sont si exacts à tous les exercices, et les fout avec tant de dévolion, que nous en sommes étonnés. Je puis dire que, pour ce qui regarde la modestie et le silence, il me semble qu'il n'y a rien, ou bien peu à désirer davantage ; et par cela Notre- Seigneur veut nous faire connaître seiiûblemeut que c'est lui seul qui est Tauteur de tous ces biens-la. >•
Par une aalre lettre il dit : « Nous eûmes dans I*ordination dernière un gentilhomme espagnol qui est du diocèse de Placentia, dont l'évèque est présentement en cette cour ambassadeur extraordinaire du roi d*£spagne. Ce bon gentilhomme ayant eu dessein de recevoir les saints ordres, vint avec grande affection pour assister aux exercices ; mais ayant entendu les entretiens, et reconnu de quelle importance il était de ne se pas ingérer dans les ordres sacrés si on n'y était bien appelé de Dieu, et d'ailleurs ayant aussi considéré les grandes obligations que Ton contractait en recevant les saints ordres, il fut touché d'une grande crainte, et ressentit beaucoup de difficulté à se résoudre de les embrasser : ce qu'il fit néanmoins enfin avec de très- bonnes dispositions, dont la marque assurée a été le grand changement qui a paru en lui, aussi bien qu'en beaucoup d'autres, après l'ordination.
« Au sortir des exercices, il en fit le récit à Mgr son évéque, qai a désiré nous parler ; et nous ayant fait avertir, nous avons été ce matin chez lui, où nous avons trouvé un prélat plein de zèle, qai a fait quantité de missions dans son^ diocèse presque en la même manière que la compagnie, si ce n'est qu'il les fait un peu plus courtes. Il prêche, il confesse et fait lui-même le catéchisme ; mais cette invention de travailler à faire de bons ecclésiastiques le ravit; il veut venir céans durant la prochaine ordination, et demande si, lorsqu'il s'en retournera en Espagne, nous ne lui pourrons pas donner quelqu'un des nôtres ; et toujours, en attendant, il veut envoyer en son diocèse une instruction de ce que nous faisons en l'ordination, pour commencer à le faire pratiquer. »
Ce bon prélat ne manqua pas d'aller en la maison au commencement des exercices de l'ordination suivante ; et non content d'en savoir la théorie, il en voulut voir la pratique, et se trouver à toutes les actions des exercices, pour faire exercer le même en son diocèse.
M. Vincent ayant reçu cette nouvelle, eut appréhension que ses prêtres de Rome ne s'avançassent trop envers ce bon prélat espagnol touchant l'envoi de quelque prêtre de sa compagnie en Espagne, ayant toujours été fort éloigné de la pensée d'étendre par aucnns moyens humains sa Congrégation et ses emplois; il leur en fit un avertissement par lettres : ce qu'on apprend par la réponse que lai fit le supérieur de la maison de Rome, en ces termes :
« Pour Mgr Tévèque de Placentia, ambassadeur d'E pagne. Dieu nous a fait la grâce, selon votre désir. Monsieur, de ne point retourner chez lui depuis qu'il nous fit prier d y aller pour avoir les mémoires de Tordiaation; et selon votre ordre, nous ne ferons rien en
MtLy ni en aucune antre chose, Dieu aidant, pour chercher de rem* ploi on pour nous pousser de nous-mêmes; et même si on nous en pmaaity nous remettrions toujours le tout à votre réponse et résolntioBy comme nous ne pouvons point faire autrement. »
Or, comme les meilleures et les plus saintes entreprises sont ordinairement les plus exposées à la jalousie et à la contradiction, il arriva que les grands fruits que ces exercices produisaient, et les bniits avantageux qui s'en répandaient dans la ville de Rome, donnèrent de l'émulation à quelques personnes religieuses, qui crurent bire service à Dieu d'attirer ces exercices en leur compagnie, et de ks Ater aux prêtres de la Mission. Voici ce que le même supérieur en éeriviti M. Vincent au mois de mai 1660 :
• Je crois vous devoir donner avis, Monsieur, de quelque opposition qui s*est faite depuis peu de temps à la continuation des exercices k Fordination. Premièrement, il y a quelque temps que BIgr le cardinal-vicaire me fit Thonneur e me dire qu'une autre communauté ifait demandé de faire ces exercices, et qu'on lui envoyât les ordinnds, et non pointa nous; ce que son Éminence leur avait absolu- ■eut refusé. J 'avais déjà été averti par quelque autre personne de cette Mllicitation, qui m'avait aussi déclaré quelle était cette communauté. Ensecond lieu, on m'a encore donné avis que, dans le dernier examen qni se fit pour les ordres sacrés, le révérend Père N. avait dit que, puisqu'il se présentait quantité de personnes de condition pour recelOir les ordres à Rome, l'on ne pouvait pas continuer à les obliger d'aller ans exercices de la Mission, et qu'on en parlerait au pape. Or, fai su qu'on lui en a parlé et qu'on a fait ce qu'on a pu pour lui permader de ne plus obliger les ordinands à venir céans, et que Sa Siinteté, qui était fort bien informée de ce qui se faisait dans les exercices des ordinands, n'avait point voulu avoir égard à toutes ces remontrances et était demeurée ferme dans ses premières résolutions. Voilà, Monsieur, comme nous avons la grâce de dépendre visiblement de la protection du Notre-Scigneur et de sa sainte Mère. »
On a fait encore depuis ce temps-là de nouveaux efforts pour abolir eei exercices. On s'est plaint au pape et aux cardinaux de ce qu'on kg faisait plutôt chez les prêtres de la Mission qu'ailleurs, et qu'il semblait que ceux qui les appuyaient ne faisaient estime que des exercices qui se font chezcux, au mépris des autres : mais tout cela n'a fait aocnne impression sur l'esprit du pape et n'a pas empêché qu'il ne se ioit encore rendu plus inflexible pour faire observer le contenu de ion premier bref; en ayant fait publier un second en l'an 1062, par lequel de son propre mouvement il approuve et confirme tout ce qui a
mm
— 45fi —
été fait sur c^ eojetjet oblige Don-sealement tous ceux qui recevra les ordres €a la ville de Rome, de quelque oation et diocèse qui soient^ mats aussi ceux des si^ én^cbés ses sufTragaats qui voudront ètrr ordounéseu leur diocèse, d'assister à ceg exercices avant que d "^ trc promus aux saints ordres. Eu quoi ît témoigne taot de ^èle pour procurer par ce moyen la perfection des ecclésiastiques, qu*il se reserve a lui seul le pouvoir d'en dispenser; et il tient si ferme pour n'en exempter personne, qu'il oblige même ceux h qui iL donne dispense de recevoir les ordres ear^ra temporay de faire auparavant une retraile spirituelle chex les prêtres de la Mission.
On peut avec raison attribuer toutes ces faveurs et ces gràc^ à la grande confiance que M. Vincent a toujours témoigné avoir en la protection de Dieu et à cette pureté d'iutentiou toute singulière qui animait tous ses t>ons desseins : ce qui faisait qu'il ne se mettait pa^ fort en peine de tous les orages qui s'élevaient contre; reconnai^i^ni que cet emploi leur ayant été donné de Dieu, il était assez puissant et assez bon pour les y maintenir autant de temps qu'ils seraient iidèl^ à leurs règles : ce qui n'empècbait pas qu'il ne jugeât que si sa cou pagnie venait k négliger les dons de Dieu, il était juste qu'elle en I dépouillée.
Mais tant s'en faut que toutes ces émulations et entreprises aientap* porté aucune diminution ou aucun décbet aux fruits de ces exercices de rordination, qu'au contraire il semble que cela ait attiré de nouvelles béoédictions pour les étendre encore davantage; car on a su qu'un seul ordinand du royaume de Naples ayant assisté à ces exercices, et étant retourné chez lui, a persuadé à son archevêque de faire passer par les mêmes exercices tous ceux de son diocèse qui désireront recevoir les ordres sacrés.
Et Mgr le cardinal Barbarigo ayant ouï parler des grands fruits de ces exercices de Tordination, a appelé des prêtres de la Mi.^-^ion de Rome en la villedeBergame, qui est dans Tétatde Venise, dont il était pour lors évèque, où il a commencé à y faire par eux ces exercices des ordinauds, avec résolution d'en procurer la continuation, en ayant reconnu Timportance et Futilité, Et étant retourné de Bergame a Borne en l'année dernière, 1663, il a eu dévoUond'y faire lui-même quelqu'un des entretiens des ordinands, où assistèrent plusieurs cardinaux ; en quoi il réussit avec tant de bénédiction, que non-seulement les ordinands en furent sensiblement touchés, mais encore les cardinaux présents en furent grandement édifiés. Et quelque^^-unsd entre eux en ont fait ausd à sou exemple aux ordinatious suivantes, khavoir, Mgr le cardinal Âlbici, et depuis Mgr le cardinal de Mainte-Croix.
roQ et l'autre avec rapplaudissement d'un bon nombre de cardinaux, d'évéqaefl, de prélats, de généraux d'ordres, et d autres personnes considérables qni s'y trouvèrent.
Le même supérieur a encore remarqué en plusieurs de ses lettres éerites depuis cette année, que, par la grâce de Dieu, Ton voit de bons effets de ces exercices pour la perfection du clergé, et que même ks fruits s'en répandent hors de Rome, parce qu'entre les ordinands 3 V en a, outre ceux d'Italie, plusienrs autres de diverses nations.
Yoilà quelques petits exemples des suites très-heureuses de cet ouvrage commencé et établi dans l'Église par le zèle universel de I. Vincent, et par la bénédiction singulière que Dieu y a donnée pour 8a plus grande gloire.