CHAPITRE V
LBS SEBCIMAlREà.
. Le haint concile de Trente considérant combien il importe à la gloire élDii a et à rédilicatiou des lidèies que ceux qui sont promus aux or- 4r8 ecclésiastiques aient les dispositions et qualités convenables à la aiiite^é de cet^état, e: reconnaissant que, si la vertu, qui eu est une 4m pi iB nécessaires, n'est plantée de bouue heure dans le cœur des entet8| d y a sujet de craindre qu^cUe n'y jette jamais de profondes ra- VWSy et qu'eutraut après dau6 les béuelices et charges ecclésiastiques ttiecevant les saints ordres, ils n'y apportent pas les di^positious liquisc s, et qu'ensuite, au lieu d'édilier, ils servent de pierre de scandale par le mauvais exemple de leur vie; pour cette raison, il ordouua 99'en tous les diocèbcs on établirait des tîéminaires * pour y éîever eu kpiéti' et instruire aux sciences convenables les jeunes enfants dan» loqaels on remarquerait quelques disposilious pariicuiicres a la vertu et quelque inclination et aptitude a l'état ecclésiabtique, préféraut hienftfuts des pauvres, sans néanmoins exclure les autres; alin que lenn esprits étant ainsi soigueuseaieut cultives, ils fussent rendus «fables de produire quelque jour de bons fruits dans rEjjiise.
>iM» la» Mp. 18, Aê Reformât.
Or, quoique cela ait été très-sagement institué de la sorte, il «t néanmoins arrivé, par la corruption i^L la malignité du siècle, qa'od si sainte institution n a pas eu tout Teilet qu'on en pouvait espénr| car plusieurs {grands prélats du royaume, qui avaient assisté au coK cile, ayant, après leur retour en France, établi ces sortes de séminaiii en leurs diocèses, ou a vu dans la suite du temps qu'au lieu de fidi choix des enfants dans lesquels on reconnaissait comme les premîèM :emences des vertus ecclésiastiques, et de confier leurcouduited celle de ces séminaires à des personnes savantes, vertueuses et rea4 plies de Tesprit sacerdotal, on a fait tout le contraire, et l'intéiH temporel et particulier ayant prévalu, tout ce bon ordre a presqil dégénéré en brigues. D'un côté, les bourgeois des villes où l'on a im l)Li ces séminaires étant bien aises d'épargner les pensions qu*il cM l'iiUu payer dans les collèges pour faire étudier leurs enfants, ori tâché, par la faveur de leurs amis, de leur procurer l'entrée de m séminaires ; et ils les y ont fait recevoir à l'eiclusion des enfants dfl l^auvres, sans qu'on examinât même s*ils avaient inclination ou dît position pour l'état ecclésiastique; d'autre part, ou a donné la coiduile de ces séminaires, non aux plus capables, mais à ceux dont 11 brigue se trouvait plus forte; et aiusi on a vu que les saintes intentions du concile se sont trouvées éludées, et Tl^lise gallicane privé du secours qu'elle en pouvait tirer.
M. Vincent reconnaissant cet abus, dont il ressentait beancoap d déplaisir, avait voulu essayer d y apporter quelque remède, ayin donné commencement à un séminaire, à peu près selon les dessein du concile, dans le collège des iions-Jiut'ants, à Paris, pour y instroir et former a la vertu et aux sciences quelques jeunes enfants dans les quels ou remarquerait quelque inclination et disposition à Téll ecclésiai^tique. Mais lexperience lui ayant fait connaître que les fruil que cette sorte de séminaires pouvait produire étaient un pen tardifi a cause du long temps qui se passe avant qu'un jeune enfant ii atteint Tàge et acquis les sciences et les autres qualités néoessain pour être promu aux saints ordres, et avoir entrée dans ieministèi de 1 Eglise ; et, d'ailleurs, prévoyant bien que tous ceux qui seraiei élevés dans ces séminaires ne correspondraient pas toujoum à i'ei perauce qu'on en aurait conçue, et qu'il s'en trouverait même plo sieurs qui ii'auraicut pas vocation a Tetat ecclésiastique, desqud par coubéqueut i'i^jiise ne recevrait aucun soulagement dans le gran besoin qu elle a de bons et vertueux prêtres ; pour toutes ces conc dérations, il jugea qu'il serait très-uuie et même qu'il était en quel que façon nécessaire d'établir d'autres séminaires pour les
li d^ promos aax saints ordres, ou qui seraient dans le dessein ma la disposition prochaîne de les recevoir ; afin de les instruire lant quelque temps notable des matières les plus nécessaires de kéologie, principalement de celles qui regardent les mœurs et unistration des sacrements ; et pour les dresser aussi à toutes MMtions propres à leur condition, comme au plain-chant, aux Monies, à catéchiser, prêcher, etc., mais surtout pour leur faire iqoer les yertus conyenables à leur état, et leur apprendre à mené Tie bien réglée et digne du caractère qu'ils portent ; en sorte b ioient capables des emplois auxquels leurs prélats les voudront iquer, et qu'ils puissent rendre un service utile à l'Église. Et €6 que lui-même commença à faire au collège des Bons-Enfants, Be il a été dit au premier livre, sans quitter pourtant le sémie des jeunes clercs, qui fut depuis transféré en une maison dite liint*Cbarle8, près Saint- Lazare ; ayant jugé à propos de le coupr, tant pour se conformer toujours aux saintes intentions du iltty que pour ne rien omettre de tout ce qui pourrait servir, en Iqoe manière que ce fût, à procurer de bons prêtres à l'Église. Wf il a plu à Dieu donner une telle bénédiction à ce séminaire IL Yincent dressa pour lors en faveur des ecclésiastiques promus ordres, ou qui sont sur le point de les recevoir, qu'outre les Il qu'il a produits et qu'il continue tous les jours de produire, il mre donné occasion à l'établissement de beaucoup d'autres en p diocèses.
Mûnement c'était avec grande raison qu'un très- zélé serviteur IfÊn ', qui a travaillé fort utilement avec sa sainte communauté $. la réformation de l'état ecclésiastique, déplorait autrefois que idrmàt des académies pour la noblesse, où les jeunes gentilsiMea apprennent les exercices qui leur sont convenables ; et que IMBUétier, si chétif qu'il puisse être, obligeât ceux qui en veu- »laire profession à demeurer plusieurs années en apprentissage ■t que d'être passés maîtres ; et qu'il n'y eût que l'état ecclésias- M, destiné pour des fonctions très-importantes et pour des minis- • tout divins, dans lequel on entrât sans y apporter presque au- B préparation. Mais enfin il a plu à Dieu remédier à ce désordre le moyen de ces séminaires, qui sont comme autant d'écoles de ^ et de sainteté, où les ecclésiastiques peuvent apprendre la liée des saints ; et c'est pour cela qu'il a particulièrement suscité ■H daraien temps H. Vincent et ceux de sa Congrégation, afin
piètre de la comrounaulë dt Saint-Mcolai du Chaidonnct, VV%t\%
de travailler à une œuvre si sainte et si nécessaire avec une paitiâ lière bénédiction.
Voici de quelle façon, une fois entre autres, M. Vincent parh (d ce sujet aux prêtres de sa communauté : « Les missionnaires, teaj dit-il, sont particulièrement envoyés de Dieu pour travaillerai sanctilication des ecclésiastiques ; et Tune des fins de leur institut eil de les instruire, non-seulement aux sciences pour les apprendre, nui aussi aux vertus pour les pratiquer; car, leur montrer Fun sans l'ui' tre, c'est faire peu et presque rien. Il faut de la capacité et oiM bonne vie; sans celle ci, l'autre est inutile et dangereuse ; non) devons les porter également à toutes It^s deux, et c*est ce que Dieu dô* mande de nous. Au commencement nous ne pensions à rien moini qu'à servir les ecclésiastiques; nous pensions seulement à nous et atf pauvres. Comment est-ce que le Fils de Dieu commença? Il s*; cichait, il semblait qu'il ne pensait qu*à lui-même ; il priait Dieu, etiM faisait que des actions particulières ; il ne paraissait que cela : npiè il annonça l'Évangile aux pauvres ; mais ensuite il fit des apôtres, i prit la peine de les instruire, les avertir et les former ; et enfin il ta anima de son esprit, non pour eux seulement, mais pour tous ta peuples de la terre. Il leur enseigna aussi toutes les maximes pon faire des prêtres, pour administrer les sacrements, et pour s^acqidlté de leur ministère. Ainsi, au commencement, notre petite comp ignl ne s'occupait qu'à son avancement spirituel, età évangéliser les paft vres. En certaines saisons elle était retirée en son particulier, et a d'autres elle allait enseigner les peuples de la campagne. Dieuapec mis qu'en nos commencements il n*a paru que cela; mais, dàm I plénitude des temps, il nous a appelés pour contribuer à faire d bons prêtres, à donner de bons pasteurs aux paroisses, et à len montrer ce qu'ils doivent savoir et pratiquer. Oh ! que cet emph est haut ! qu il est sublime ! Oh ! qu'il est au-dessus de nous! Qt est-ce d'entre nous qui avait jamais pensé aux exercices dos ordi nands et des séminaires?jamais cette entreprise ne nous était tombé en Tesprit, jusqu'à ce que Dieu nous a signifié que son plaisir étai de nous v employer. Il a donc porté la compagnie à ces emplois, saa choix de notre part ; et partant, il demande de nous cette applioi tion; m lis une application sérieuse, humble, dévote, constante ( qui répoîideà rexcellcnce de l'œuvre. Quelques-uns, peut-être, di ront qu*ils ne sont venus en cette Congrégation que pour travaille à la campagne, et non pour s enfermer dans une ville au service d'à séminaire ; mais tous et chacun de nous sauront que les emplois qo nous devons exercer en la maison, à l'égard dei eodéaiastiques esifir
;, surtout des s^^minaires, ne doivent pas être négligés sous préteste des missions ; car il faut faire celles-ci et ne pas omettre les autres, puisque nous sommes presque également obligés par notre institut à nous acquitter de l'un et de l'autre; et que d'ailleurs la longue eipériencc a fait voir qu*il est bien difficile que les fruits que ]*on recueille dans les missions puissent longtemps se conserver sans iTaidedes pasteurs, à la perfection desquels les autres emplois de la compagnie ne semblent pas peu contribuer ; c*est pourquoi un chacun m donnera de bon cœur à Dieu pour les bien et dévotement exercer. C'est un grand ouvrage, il est vrai, de travailler h Tinstruction des fanvresgens; mais il est encore plus important dMnstruire les eccléliastiqneSf puisque, s'ils sont ignorants, il faut par nécessité que les peuples qu'ils conduisent le soient aussi. On eut pu demander au fîh de Dieu : Pourquoi èles-vous venu? n'est-ce pas afin d'évangé- •B»er les pauvres, suivant Tordre de votre Père éternel ? pour qui fboG faites-vous des prêtres ? pourquoi prenez- vous tant de soin de )e8 instruire et former? pourquoi leur donnez- vous pouvoir de conpcrer, de lier et de délier ? etc. A quoi ^olre-Seigneur aurait pu ré- (pndre qu'il est venu, non-seulement pour enseigner les vérités Béoessaircs à salut, mais encore afin de faire de bons prêtres, et meilhors que n'étaient ceux de l'ancienne loi. Vous savez qu'ancienne- ■ent Dieu rejeta les prêtres qui étaient poilus, et qui avaient profané tes choses saintes ; qu'il eut en abomination leurs sacrifices, et dit fu'il s'en susciterait d'autres qui, depuis le levant jusqu'au couchant, et depuis le midi jusqu'au septentrion, feraient retentir leurs îoix et leurs paroles : In omnem (erram exivU sonus eorum. Et par ffA a-t-il accompli cette promesse? Par son Fils Xotre-Seigneur, qui • fait des prêtres, qui les a instruits et façonnés, et par lesquels il a (lonné pouvoir a son Église d'en faire d'autres: Sicut misil me Pater, ef ego miito vos ; et cela pour continuer à faire par eux, dans tous les riècles, ce que lui-même avait fait sur la Cn de sa vie, à dessein de lanver toutes les nations par leurs instructions et par Tadministralion des sacrements. Ce serait donc une tromperie, et une grande tromperie, à un missionnaire qui ne voudrait s'appliquer à contribuer pour façonner de bons prêtres, et d'autant plus qu'il n'y a rien déplus grand qu'un bon prêtre : pensons-y tant que nous voudrons, nous ne trouverons pas que nous puissions contribuer ù rien de plus grand qu'à former un bon prêtre, à qui \otre-Seigncur donne tout pouvoir sur son corps naturel cl sur le mystique, le pouvoir de conipcrer et de remettre les péchés, etc. 0 Dieu ! quelle puissance ! oh ! fidie dignité I Cette considération donc nous oblige de servir l'éloit
fcclésiastique, qui est 8i saint et si relevé ; et encore plus celle de nécessité que l'Église a de bous prêtres, qui réparent tant dMgm rancc et tant de vices dont la terre est couverte, et pour lesquels 1 bonnes amos devraient pleurer des larmes de sang.
« On doute si tous les désordres que nous voyons au inonde ne do vent pas être attribués aux prêtres : ceci pourrait scandaliser quelque uns ; mnis le sujet requiert que je montre par la grandeur du mal Tin portance du remède. On a fait depuis quelque temps plusieurs conf renées sur cette question, laquelle on a traitée à fond pour décoavi les sources de tant de malheurs : mais le résultat a été que TEglise d point de pires ennemis que les mauvais prêtres; c*estd*eux que 1 hérésies sont venues. Nous en avons Texemple des dernières en c deux grands hérésiarques, Luther et Calvin, qui étaient prêtres ; c*( par les prêtres que les hérésies ont prévalu, que le vice a régné, et qi rignorauce a établi son trône parmi les pauvres peuples ; et cela par le propre dérèglement, et faute de s'opposer de toutes leurs forces, seh leurs obligations, à ces trois torrents qui ont inondé la terre. Qu sacrifice donc, Messieurs, ne faites-vous pas à Dieu, de travaillei leur reformation, en sorte quHls vivent conformément à la sainteté i leur condition, et que TEglise se relève par ce moyen de l'opprob et de la désolation où elle est.
- Le caractère des prêtres, dit-il une autre fois, est une particip tion du sacerdoce du Fils de Dieu, qui leur a donné le pouvoir de 8 crifier son propre corps, et de le donner en viande, afin que ceux q en mangeront vivent éternellement. C'est un caractère tout divin incomparable, une puissance sur le corps de Jésus-Christ que lésa ges admirent, et un pouvoir de remettre les péchés des hommes, q est pour eux un grand sujet d'étonnemcnt et de reconnaissance. Y a-t rien de plus grand et de plus admirable? Oh ! Messieurs, qu'un b prêtre est une grande ! Que ne peut pas faire un bon ecclésiastiqn quelles conversions ne peut-il pas procurer? Voyez M. Bourdoise,^ excellent prêtre; que ne fait-il pas, et que ne peut-il pas faire? I prêtres dépend le bonheur du Christianisme ; car les bons paroissie voient-ils un bon ecclésiastique, un charitable pasteur, ils Thonorc et suivent sa voix, ils tâchent de Timiter. Oh î que nous devons tàcl de les rendre tous bons, puisque c'est là notre emploi, et que le saci doce est une chose si relevée!
" Mais, mon Sauveur ! si un bon prêtre peut faire de grands biei oh ! qu'un mauvais apporte de mal quand il s'y adonne! ô Dieu ! qa' a de peine à le remettre en bon état ! 0 mon Sauveur ! combien de vent les pauvres missionnaires se donner à vous pour contribuer
ler de bons ecclésiastiqnetfy puisque c'est TouTrage le plusdifficile, lus relevé, et le plus important pour le salut des âmes et pour mcement du christianisme?
Si saint Vincent Ferrier s*animait à la perfection, en vue de ce Dieu susciterait un jour de bons prêtres et ouvriers apostoliques ' relever l'état ecclésiastique, et disposer les hommes au jugement lier, à combien plus forte raison nous autres, qui voyons de nos B Tétat ecclésiastique se remettre, devons-nous nous animer de en plus à nous perfectionner, pour coopérer à ce tant désirable Glissement? >
oilà quels étaient les sentiments de ce saint prêtre; voilà comme mmuniquait à sa compagnie le zèle que Dieu lui avait donné, pour er de rétablir l'esprit ecclésiastique en sa pureté et en sa splen- ' ; voilà comme il encourageait les siens à travailler aux séminaià disposer ceux qui sont appelés aux ordres et aux charges et ités de l'Eglise, pour l'esprit de Jésus-Christ, qui est nécessaire r les exercer dignement.
r, comme le zèle de M. Vincent était assaisonné d'une grande pruie, et que ses emplois lui avaient acquis une longue expérience, oi donnait beaucoup de lumière, il estimait que pour recueillir des Bd'un séminaire, il était nécessaire que les ecclésiastiques qu'on oevait y employassent un temps notable ; et son sentiment était D devait obliger tous ceux qui aspiraient aux ordres d'y demeurer * le moins un an avant que recevoir les ordres sacrés; pour traer pendant ce temps-là à se purger de toutes les mauvaises babi* B qu'ils pouvaient avoir contractées dans le monde, et à vider leurs ra de toute affection déréglée des créatures, pour s'avancer ensuite i la connaissance et dans l'amour de Dieu, au service duquel ils ent se dédier; pour bien pénétrer les vérités chrétiennes, et les imes évangéliques qu'il nous a révélées par son Fils, et pour éta- Bolidement dans leurs cœurs les principes de la sainteté et peron^ par de fortes résolutions de se rendre imitateurs de la vie et rertus de Jésus-Christ. Enfin il jugeait que ce temps était partiirement nécessaire pour apprendre à bien faire oraison, disant à ropos : Ce que Vépée est aux soldats^ Voraison resl à ceux qui se mt au service des autels ; puisqu'en effet une des principales fonci des prêtres est d'offrir des prières et des sacrifices à Dieu. Il ne ait pas qu'il fût expédient de dispenser d'entrer au séminaire aude ceux qui prétendaient aux ordres, non pas même les plus ver- X ni les plus capables : car outre qu'ils auraient occasion d'y augtar en capacité et en vertu, et de se rendre ainsi plus dignes d^
rëtat ecclésiastique, \h profiteraient encore beaucoup par leur présence à tous les antres, les faibles étant ordinairement enconragés par Texemple des plus forts, et marchant volontiers par le chemin où ils les voient passer ; et enfin que, la règle étant générale, on se délivre de beaucoup d'importunités de tous ceux qui prétendraient obtenir des exemptions, qui ne pourraient que leur être préjudiciables. H proposait pour cela rexemy)le de la conduite dont usait feu M. révoque de Cahors, qui a été un parfait modèle des prélats; car entre les maximes qu'il tenait sur ce point, une des principales était de n'accorder jamais aucune dispense d'entrer en son séminaire à qui que ce fût de son dîoc{»sc; obligeant tous ceux qui aspiraient aux saints ordres d\y demeurer un an entier avant que d'y recevoir le sous-diaconat, et ensuite, tout le temps qui restait jusqu'à ce qu'ils fussent prêtres : et cette fermeté lui servit beaucoup pour mettre son diocèse en très- bon état. De quoi il écrivit quelques années avant sa mort à M. Vincent en ces termes :
• Vous serirz ravi de voir mon clergé, et vous béniriez Dieu mille fois si vous saviez le bien que les vôtres ont fait dans mon séminaire, qui s'est répandu par toute la province, etc. •
Mais pour mieux connaître la grande utilité des séminaires, par la qualité et diversité des biens qui en arrivent, et combien M. Vincent avait de puissants motifs d'exhorter les prêtres de sa Congrégation à l'amour et à la fidélité de ce saint emploi, nous produirons ici deux petits recueils des fruits qu'en ont remarqués autrefois deux de ses prêtres qu*il avait établis pour la direction de deux séminaires, l'un à Paris, et l'autre en Bretagne, afin que par ceux-ci on puisse juger des autres.
Celui de Paris parle en cette sorte :
• I" On fait dans ce séminaire comme une mission perpétuelle, et on y voit à proportion les mêmes fruits qu'on voit aux missions des champs et des villes : par exemple, des bénéficiers et des prêtres s'y convertissent, après avoir vécu longtemps dans les désordres aux lieux où ils ont demeuré; et cela jusqu'à fondre en larmes dans leurs retraites, nous demandera faire des confessions publiques, et s'humilier en toute occasion: lorsqu'ils parlent dans les conférences, ils déclarent leur aveuglement passé, et félicitent leurs confrères de ce qu'ils ont moyen d'apprendre à loisir et de bonne heure ce qiii est de leurd«»voir. S'ils ont chez eux des inimitiés invétérées, ils se réconcilient par des lettres pleines d'humililé. Ils restituent de grosses sommes à l'Eglise, ou à qui il appartient. Les SS. Pères des premiers et des derniers siècles cités dans le droit Canon appellent souvent les
deras fDeorrigiblM ; mais, grâce à Dieo, lear amendement eet ordi- Daire dans les séminaires, quels qu'ils aient été.
« a» Il y en a qui, ayant possédé longtemps des bénéfices incompatibles, et aTee attache, fondés sur l'usage de lears provinces, se soumettent volontiers à quitter ceux qu*on veut.
« S"* 11 y est très-ordinaire que des prêtres, même âgés, soit bénéficiers, comme abbés, chanoines, prieurs et curés ; soit autres, comme eonseillers de parlements, ou de préridiaux, etc., fassent avec joie l'office de portier, d'acolyte, de thuriféraire, de chantre, etc., tant par inclination pour ces fonctions que par regret de ne les avoir jamais exercées, ou de les avoir négligées autrefois, comme peu convenables i leur qualité.
• 4* On y en a remarqué plusieurs qui, n'ayant jamaisinstruit leurs paroissiens, se mettent à les catéchiser, et qui font merveille en tout quand ils sont retournés chez eux ; déclarant quelquefois au peuple, même en chaire, qu'ils viennent d'apprendre leur devoir et qu'ils venlent commencer tout de bon à s'en acquitter.
• 5^ Plusieurs sortant de ce séminaire ont fait chez eux de petites communautés d'ecclésiastiques, quittant pour cet effet leurs maisons paternelles, même au lieu de leur naissance, afin de continuer ensemble leurs pratiques spirituelles, et d*en gagner d'autres à Jésus- Christ et à son Église.
« 6^ Nous avons eu plusieurs chanoines d'églises cathédrales et de collégiales qui, étant retournés chez eux, ont peu à peu sans bruit, mais avec grand fruit, su gagner leurs confrères, et faire de sages et de saintes liaisons, pour remettre ou soutenir la discipline de leur église. Et on sait avec quel zèle et quelle sagesse ils parlent en plein chapitre, et en particulier, de la discipline ecclésiastique et du bon ordre auquel on est obligé.
• 7« Qaelqiies-uns ayant conçu l'importance des petites écoles, se sont mis, tout riches qu'ils étaient, à les faire eux-mêmes par pure charité, avec grande bénédiction et édification des villes, qui les ont admirés dans cet exercice.
« 8<* On ne peut pas omettre ici que Dieu fait la grâce à la plupart, et presque à tous, de se maintenir dans la piété et dans l'exercice de leurs fonctions, et qu'on en rend de bons témoignages de tous côtés.
« 9" Mais ce qui est en quelque manière plus touchant, est Tinnocence de vie qu'on remarque en eux pendant leur séminaire , les confesscars ayant ordinairement de la peine à trouver en eux matière d'absolution. •
L'autre prêtre de la Congrégation de la Mission, qui avait le soin
d*QD séminaire en Bretagne, a décrit les biena qa'ii en a m réoiairi en ces termes :
« Entre les fruits qu'on a va réussir des exercices qai se pratiquent en ce séminaire pour l'instruction des ecclésiastiques, un des principaux est riustruction du peuple, à laquelle ceux qui y ont demeuré s'appliquent avec grand fruit : car comme on leur apprend la méthode de prêcher utilement et familièrement, cela a tellement multiplié les prédicateurs dans certains diocèses, qu'au lieu qu'on n'en pouvait avoir qu'un pour prêcher le carême en cinq ou six paroisses fort écartées, on en peut aisément fournir trois ou quatre; ce qui leur donne moyen, après avoir prêché, d'entendre plusieurs confessions, an grand soulagement du pauvre peuple de la campagne, qui auparavant, en certains lieux, n'avait pas quelquefois dans un carême trois ou quatre prédications.
• De plus, messieurs les ecclésiastiques se voyant ainsi occupés à prêcher, sont : 1"* plus portés à mener une vie exemplaire; 2oils sont obligés nécessairement à une plus grande application à l'étude ; ce qui les retire de Toisiveté, et par même moyen de quantité de désordres.
« Et parce qu'ils prêchent utilement et selon la portée du peuple, comme on leur a montré dans le séminaire, quand ils ont une station, on vient les entendre de cinq ou six paroisses circonvoisines.
« Nous voyons par expérience que messieurs les ecclésiastiques prennent dans le séminaire l'esprit de zèle pour le salut des âmes, et qu'étant dans leurs paroisses ils confessent assidûment non -seulement tous les dimanches et fêtes de l'année, mais aussi les jours de férié; ce qui était auparavant inouï. Une grande partie des curés de campagne, qui ont été dans le séminaire, tâchent d'avoir chez eux un prêtre, afin de pouvoir avec plus de facilité continuer les exercices de piété qu'ils ont pratiqués dans le séminaire, et par ce moyen persévérer plus aisément dans leurs bonnes résolutions.
• Il y a des diocèses entiers dans lesquels, avant l'établissement du séminaire, à peine se trouvait-il un ecclésiastique de la campagne qui fût habillé de noir, la plupart étant vêtus de gris, et travaillant affres leurs messes, comme des laïques; et depuis l'établissement du séminaire, à peine s'en trouve-t-il qui ne portent au moins une soutanelle, la plupart étant toujours en soutane, avec les cheveux courts, et le reste de l'extérieur dans la bienséance ecclésiastique.
• Nous en avons vu qui, ayant de bons bénéfices à charge d'âmes, les ont quittés, afin d'être plus libres pour aller catéchiser et confeascr dans les paroisses de la campagne, où il y avait plus grand besoin de .secours.
« Il j«n a d'aatres qui, sortant d'aa séminaire, travaillent prind-' paiement à inspirer ce même zèle aux autres prêtres de la campagne, qai sont en certains lieux jusqu'à cinquante et davantage dans une seule paroisse, et leurs demeures écartées d'une lieue et plus de Téglise : pour cela ils les attirent doucement à faire une fois la semaine quelques conférences spirituelles; d'où il revient un très- grand bien, uon-sealement auxdits ecclésiastiques, qui étaient fort grossiers, mais aussi aux peuples, qui en sont plus charitablement secourus dans leurs maladies.
« Nous avons vu quantité d'ecclésiastiques de la campagne qui, ajant vu le bon exemple de ceux qui étaient sortis de ce séminaire, ont fait des changements de vie très-considérables, et qui ont édifié tout on diocèse, quelques-uns étant venus de plus de vingt-cinq lieues exprès pour y faire retraite, afin de se mieux établir dans leurs bonnes résolutions.
« C'est aujourd'hui une chose ordinaire que les ecclésiastiques de la campagne s'assemblent la veille des fêtes, pour concerter les cérémonies de la sainte Église entre eux, afin de les faire avec plus de dévotion et d'édification pour le peuple, et même de nous écrire sur les di£Bcnltés qu'ils peuvent avoir là- dessus; ce qui fait voir l'affection qu'ils ont à bien faire le service divin depuis l'établissement de ce séminaire.
« Dans certains diocèses voisins il ne se faisait ci-devant aucun catéchisme; et l'on peut dire maintenant qu'il n'y en a quasi aucun où il ne se fasse exactement et très-charitablement. »
Avant que de finir ce chapitre, nous ne devons pas omettre une chose digne de remarque, qui est que M. Vincent ne se contentait pas de faire donner l'instruction et tous les secours spirituels à ceux qui étaient dans le séminaire des Bons-iilnfants, commis à la conduite de sa compagnie, mais outre cela il procura pendant les premières années, que quelques-uns qui n'avaient pas moyen de payer pension, et qui d'ailleurs témoignaient bonne volonté de profiter des exercices qui s'y faisaient^ fussent nourris et entretenus en partie aux dépens de sa compagnie, et en partie par les assistances et aumônes charitables- Cette charité de M. Vincent réveilla celle de quelques autres personnes de piété, qui envoyèrent quelques aumônes en d'autres séminaires, pour être employées^ à l'entretien et nourriture des plus pauvres : et entre les autres un ecclésiastique de condition et de vertu ' envoya pendant dix ou douze ans chaque année, au séminaire de l IL QwiMl, vloftiis BiMnl et offlcitl dt M. l'étéqae de.Saint-Flour.
Troycg en CbAmpagne, et à celui d'Annecy m SaToie, une sominc très-considérable, pour aider plusieurs bons ecclésiastiques à payer leurs petites pensions^ et procurer par ce moyen qu'ils y fussent instruits et rendus capables de servir utilement TÉglisedans ces diocèses. II n*y a point de doute qu'une telle aumôuc ne soit bien agréable à Dieu, et d'uutaut plus qu'ellt; peut produire de meilleurs effets, et de plus grands fruils pour sa gloire et pour le bien de son Église, un bou prèli c étant capable de faire beaucoup de bien : d'oil vient que M. Vincent disait quelquefois en s'écriant : « 0 qu'un bou prêtre est une grande chose ! Que ne peut-il pas faire? mais que ne fait il pas avec la grâce de Dieu? > |