‹ Vie de S. Vincent de PaulChapitre 71 sur 115 · T* IL · texte numérisé non relu

T* IL

feu mouseigueur le cardinal de Retz, alors évéque de Paris Cii uée 162*2, d'accepter cet emploi et de prendre soin de la ( ces vertueuses filles.

Cette vénérable mère, leur fondatrice, expérimenta bientôt i personne de endigue supérieur la valeur du présent qw Dieil avait fait, pour lequel elle conçut une telle estime, qu'elle nei presque conseil que de lui pour le bon ordre et le progrès dsi institut, non plus que les autres supérieures qui lai ont saceédé;li quelles ont toujours suivi la direction de ce vertueux supérieor,! chercher ailleurs d'autres lumières; et les autres religieuses i fait le même, il s*en est suivi de grandes bénédictions de Diei,! pour la conservation de l'union et de la régularité que pour l'i cernent intérieur et la multiplication extérieure des religieuses ettaj maisons de leur institut.

Le premier monastère en forma bientôt après un aeeoDdytttf^ suite un troisième : celui-là fut établi au faubourg Saint-iae^ et celui-ci en la ville de Saint-Deuis, et tous sons la oondoiltè M. Vincent, par laquelle il a plu à Dieu leur communiquer lasak* mes grAc.es qu^il avait faites au premier. Depuis quelques annéesk monastère de Saint-Jacques en a encore produit un autre dansPMtl qui a été établi en la rue Montorgueil, et qui, ayant aussi eu M. Tii^ cent pour son premier supérieur, a ressenti pareillement lesefelsA ses bons avis. De cette sorte, il a été chargé du soin et de la condril de ces quatre maisons jusqu'à la mort, ayant ainsi employé trenle-lui ans au service de ce saint institut, avec tant de bénédiction etde iM* ces, que des deux premières maisons de Paris il en est sorti médirii' ment ou immédiatement environ une vingtaine d'autres en divem villes du royaume et ailleurs, où les filles d'un si sage père spiritMl sont allées répandre l'odeur de leurs vertus, et communiquer l'espi de leur bienheureux instituteur, et, par ce moyen, attirer d*aaM filles au parti de leur céleste époux.

Le bienheureux François de Sales ayant connu, dans Parie, et M quenté fort particulièrement M. Vincent, disait qu'il ne eounaislri point d'homme plus sage ni plus vertueux que lui ; de quoi' fiei M. Coqueret, docteur eu théologie de la Faculté de Paris, de la fflii son de Kavarre, qui l'avait ouï parler de la sorte, a rendu un fidèl témoignage. Ce bienheureux prélat ayant ainsi confié à H. Viocen la conduite de ses chères Filles de la Visitation, dans la première vill du royaume, s'en alla bientôt après au ciel, très-consolé d'avoir ml en si bonne main l'ouvrage de sa piété, qu'il chérissait très-partiiM lièrement entre tous les autres.

ar ce qui est de la vénérable Mère Ibodatrke, elle a survécu le vingt années au bienheureux inatitutenr de son ordre; et comme Stait obligée d'aller et de venir en divers lieux pour la nécesles affaires et pour le bien général de sa congrégation, elle comiquait souvent par lettres avec M. Yincent| sur le sujet de sa ohejntérieure particulière et de celle de son institut; et elle en jours reçu beaucoup de lumière et de consolation. Au mois de Bbrede Tannée 1627, pendant qu'il travaillait à quelques mis- , elle lui écrivit une lettre touchant la disposition de son inté- , laquelle témoigne assez la conflanoe toute particulière qu'elle en ce sage supérieur, et que nous rapporterons ici pour Tédion du lecteur chrétien.

ITous voilà donc, mon très-cher Père (lui dit-elle), engagé à traar dans la province de Lyon, et par conséquent nous voilà pride vous voir de longtemps. Mais à ce qne Dieu fait, il n*y a rien ire, ains à le bénir de tout, comme je fois, mon très-cher Père, liberté que votre charité me donne de vous continuer ma con- B et de vous importuner; je le ferai tout simplement. J'ai donc |uatre jours d'exercices, et non plus à cause de plusieurs affaires B§ sont survenues ; j'ai vu le besoin qne j*ai de travailler à Tbué et au support du prochain, vertus que j'avais prises l'année le, et que Motre-Seigneur m'a fait la grâce de pratiquer un peu ; c'est lui qui a tout fait, et le fera encore, s'il lui plait, puisqu'il donne tant d'occasions. Pour mon état, il me semble que je laos une simple attente de ce qu'il plaira à Dieu faire de moi; il ni désirs, ni intentions, chose aucune ne me tient que de Mf laisser faire Dieu ; encore je ne le vois pas, mais il me semne cela est au fond de mon âme : je n'ai point de vue ni de sénat pour l'avenir, mais je fais à l'heure présente ce qui me semble aécesëaire a faire, sans penser plus loin. Souvent tout est révolté r partie inférieure, ce qui me fait bien souffrir, et je suis là, sai que par la patience je posséderai mon âme. De plus, j'ai un XMt d'cunuis pour ma charge ; car mon esprit hait grandement 4^D, et me forçant pour agir dans la nécessité, mou corps et mon il en demeurent abattus; mon imagination, d'un autre côté, me B grandement en tous mes exercices, et avec un ennui assez grand. B-2)eigneur permet aussi qu'extérieurement j'aie plusieurs difkésy CM sorte que chose aucune ne me plaît eu cette vie, que la I volonté de Dieu, qui veut que j'y sois. Et Dieu me fasse mi&éiltt, que je vous supplie de lui demander fortement, et je ne manai pas de le prier, comme je fais de tout mou cœur| qu'il vous 10 pour la charge qu'il vous a donnée. •

i:t pur iiiu' autre luirie, écrite une antre l'ois sur divers sujets, dk nnnniencr ainsi : « Quoique mon C4L'ur, mon très-cher Père, soit insensible a toute autre chose qu'à la douleur, si est ce que jamais il n'» hliera la charité que vous lui fîtes le jour de votre départ ; car, moi 1res- cher l'ère, il s'est trouvé soulagé dans son mal, et même fortifié dans les occasions qui se trouvent et qui viennent de part etd'aatre; et je me proslcrne en esprit à vos pieds, vous demandant pardon de la peine que je vous donnai par mon immortiCcation, de laqœUi j'aime et embrasse chèrement Tabjeclion qui m'en revient. Maisàqm puis- je faire voir et savoir mes inlirmités, qu a mon très-unique Père, qui les saura bien supporter? J'espère de votre bonté qu'elle ne s'en lassera point, etc. ■

Pendant le séjour que eette vénérable Mère fit à Annecy, elle eut quelque espi^ranee d'v voir .M. Vincenl, auquel elle en écrivit en œs termes : « Jlélas! mon vrai et très-cher Père, serait-il bien possible que mon Dieu me fit cette grâce de vous amener eu ce pays ! Ce serait bien la plus grande consolation que je puisse recevoir eu ce monde, et il m'est avis que ce i-erait par une spéciale miséricorde de Dieu sur jnon àme, qui en serait soulagée uonparcillement, comme il me semble, en quelque peine intérieure que je porte il y a plus de quatre ans, qui me sert de mariyre, etc. "

M. Vincent faisait la \isite de Ichips en temps dans ces maisons de Paris et de Sainl-S)i iiis, pour prendre connaissance de leur état en général et de chaque religieuse eu particulier, afin de les relever des déchets auxquels notre nature est sujette, et pour les encouragerais perfection : en quoi il se comportait avec tant d'humilité, de recueillemeut, de prudence et de charité, qu'elles le voyaient tout plein d€ l'esprit de Dieu, par lequel il agissait si prudemment en leur endroit, qu'elles ont estimé que cette sainte ardeur qui l'animait était une opération du Saint-Esprit, qui rendait ses visiles fructueuses, et qui leur donnait toujours un succès très- notable. La communauté restait tout embaumée de sa dévotion, et remplie du dé ir de se perfectionner, mais d'un désir ferme et effectif, qui paraissait par la ferveur en ions les exercices des religieuses. 11 les portait toutes à une grande estime de leur vocation, et â mener une vie conforme à Pesprit de leur saint institut; il leur inspirait une estime toute particulière des maximes de l'Évangile, et des préceptes de leur bienheureux instituteur, contenus dans leurs règles et constitutions. C'est où il faisait tendre les bous avis qu'il leur donnait et les pratiques qu'il leur reeommandait, sachant qu'en cela consistait la perfection dé leur état, tl louait fort les autres écrits de leur bienheureux fondateur et de ienr digne Mère fondatrice, pour leur en donner une grande estime ;

it lai-mômc les estimait à un tel point, qu*il ne les pouvait lire sans Éi aToir le cœur attendri ; et on lui a vu verser des larmes en lisant è livre des réponses de cette vénérable Mère fondatrice, de laquelle ions ajouterons encore ici l'extrait d'une lettre, écrite d'Annecy, à m cher supérieur, au mois de septembre de Tannée 1 63 1 :

« Vous êtes toujours admirable, lui dit-elle, en votre humilité, font je reçois une très-grande et très-particulière consolation, mais spécialement de la satisfaction que vous dites avoir reçue en la visile |ae vous avez faite de notre maison du faubourg. Ma Sœur la supcieare m'écrit aussi qu'elle et toutes ses Filles en ont reçu un très- ^nd contentement. Dieu soit béni, loué et glorifié de tout, et veuille lonner à mon très-cher Père une grande couronne pour les peines 5t charités qu'il exerce envers nos bonnes Sœurs. Hélas ! mon trèssher Père, que vous m'êtes toujours bon ! je le connais par cette pc- Sle parcelle de larmes que vous avez jetées, voyant en gros nos dernières réponses, etc. »

Après ces lettres de la vénérable Mère fondatrice, nous mettrons ici les témoignages rendus par les plus anciennes et principales reli- ^euses des monastères de ce saint ordre qui sont à Paris, lesquelles ont plus particulièrement connu M. Vincent : < Kous pouvons assurer avec certitude, disent-elles, que plusieurs fois il nous est arrivé des choses presque miraculeuses dans le temps de ses visites, ou bientôt après. Dès le commencement qu'il nous rendit ce charitable office, il délivra presque en un instant nue de nos Sœurs d'une peine d'esprit qui était si violente qu'elle redondait sur ^on corps, et la rendait incapable de rendre aucun service au monastère ; ce qui faisait g;rande compassion h ceux qui la voyaient. Kt néanmoins, depuis sa gnérison, eUe a exercé avec grande béuédiction les charges de muitresse des novices et de supérieure durant plusieurs années ; et enfin, par la grâce de Dieu, elle est morte saintement. D'autres fois plusieurs religieuses, qui souffraient des peines et des tentations fâcheuses, 8*en trouvaient entièrement délivrées en les découvrant à ce charitable Père ; et d*autres faisaient un changement notable de mœurs par la communication de la grâce abondante qui résidait en loi. Enfin, toutes se renouvelaient à chaque visite, et marchaient plus gaiement que jamais en la voie de la perfection ; et nous ne pouvons omettre que même ses bénédictions se sont étendues jusqu'aux choses temporelles ensuite de ses visites.

- Cet humble serviteur de Dieu a fait voir, en plusieurs autres rencontres, la grâce très-particulière qu'il avait reçue de Dieu, pour éclairer, consoler et fortifier les âmes, et pour rendre le calme aux

pluA aflOifsées, et entre tontes à la défnnte Mère Hëlène-Angélifll T/Huillier, qui était conduite de Dieu par de grandes aouffranoesîi* lérieures, qu'on pouvait nommer agonies, pressures de ccaar etaigoisses extrêmes : elle ne pouvait trouver consolation, après Dica, qu'en ce cher Père, lequel se portait avec grande affection an mcours de ces personnes angoissées ; et dans une occasion où l'i gnait de lui donner trop de peine, il dit qu'il n'avait point d\ qu'il estimât si importante que celle de servir une àme en cet étit. Il disait à ces personnes affligées des choses agréables, et des motsdc récréation par une sainte gaieté pour divertir leur tristesse et leor douleur.

" Sa charité pour le soulagement du prochain lui donnait nnescfr- .. sible peine, quand ses propres infirmités ne lui permettaient pasd'iiler voir et de consoler les religieuses malades qui le souhaitaient. D ne se contentait pas de compatir aux personnes souffrantes de corp ou d'esprit, mais il faisait tous ses efforts pour les soulager. Un joar une bonne Sœur domestique, de laquelle il estimait beaucoup la verta, étant fort malade, et avec une grosse fièvre, lui dit qu'elle eât étj bien aise de mourir. 0 ma sœur (répliqua-t-il}, il n'est pas encore temps. £t s'approcbant d'elle il lui fit une croix de son pouce sur k front, et à l'instant la malade se sentit guérie, et depuis elle n'eutni lièvre ni douleur.

« Comme il avait expérimenté en lui presque tous les états de k vie humaine, d'infirmités, d'humiliations et de tentations pour eon* soler ceux qui étaient inquiétés de quelques peines semblables, il leur disait pour l'ordinaire qu'il en avait eu de pareilles, que Dien l'en avait délivré, et qu'il leur ferait la môme grûce ; Ayez patience, leur disait-il, conformez-vous au bon plaisir do Dieu, et useï de td et tel remède. Une bonne Sœur domestique lui disant un jour qu'elle avait l'esprit trop grossier pour s'appliquer aux choses spirituelteif parce qu'étant en sou pays elle avait été employée ù garder les bestiaux de son père, il lui dit : Ma Sœur, c'est là le premier métier que j'ai fait, j'ai gardé les pourceaux ; mais pourvu que cela serve à nom humilier, nous en serons plus propres au service de Dieu : courage!

« Une autre Sœur lui découvrant une tentation qui la travaillait, elle lui donna sujet de lui dire que Dieu l'avait exercé de la même peine pendant plusieurs années, sans avoir eu matière de se confesser sur ce point ; faisant ainsi connaître à cette fille que sa tentatiou n'était pas péché, et qu'il ne fallait pas s'en troubler comme elle faisait, puisque son consentement en était bien éloigné. U lui recommanda le secret de ce qu'il venait de dire de soi-même, parce quuD

lads soins était de cacher les grâces que Dieu lai avait faites, a parler jamais, s*U n'y allait de l'édification d'une àme, H cette rencontre ici.

I jogeait pas qu'il fût utile, ni même expédient, que les reliussent de trop fréquentes et familières communications avec leurs ; et quand quelqu'une voulait lui parler, s'il n'y voyait écessité, il la faisait attendre longtemps, pour l'obliger à ir ce qu'elle avait à dire.

sait qu'une chose était grandement à craindre et à éviter : ionner lieu aux inférieurs de faire de certaines petites intri- Ire le gouvernement des Mères supérieures ; que c était ce ; nui à plusieurs, et gâté beaucoup de maisons : c'est pour- Bqu'une ou plusieurs religieuses se plaignaient a lui de la su- , il en examinait hien la cause, et jugeait avec poids si iv mouvement de nature, ou par un bon zèle ; et connaisiste sujet de leur mécontentement, il y apportait remède, et correction en particulier à la supérieure ; mais il ne se métis du côté des mécontentes contre leur Mère, tâchant plutôt iser, autant qu'il pouvait justement, pour la maintenir en en autorité, sachant que cela est nécessaire pour une bonne •

commandait sur toutes choses à ces maisons de Paris, et à lies qu'elles avaient fondées, de prendre garde que les ecclés qui fréquenteraient chez elles ne fussent pas infectés des nouvelles : Car, disait-ii, ceux qui sont dans une mauvaise ne cherchent qu'à la répandre ; et néanmoins ils ne se dé* as d'abord ; ce sont comme des loups qui se coulent douce- LS la bergerie, pour la ravager et pour la perdre. it par son avis que la défunte Hère Hélène- Angélique L'Huilérieure du premier monastère de Paris, refusa une somme ]u'une dame de haute condition offrait à sa communauté, permettre de s'y retirer, et pour souffrir que quelques jauni vinssent parler quelquefois à la grille, que quelque religieuse ou plusieurs ensemble lui deman- . bénédiction, il se mettait à genoux, et se récolligeait pour r en la vue de son néant et de la majesté de Dieu, ce qu'il rec des paroles fort dévotes et touchantes, y ajoutant touelque souhait de bénédiction pour leurs emplois et pour ■sonnes, avec quelque mot d'encouragement, iqu'il eût une douceur nonpareille, il était pourtant ferme à *e les manquements de conséquence ; et néanmoins sa pru-

denrc lui faisait attendre le temps propre, afin que la coirtclion ett un bon elTet. Vu jour on lui proposa de mortifler une fille ponr qnd- ((ue défaut quVlle avait ; à quoi il fit cette réponse : On ne donne pas miVIecine sans faraude nécessité à ceux qui ont la fièvre. Para que IVsprit de cette personne D*était pas pour lors disposé à reeevoir cv reminle. Il donna cette méthode aux supérieures, de faire leon avorlissenicnts avec grande circonspection et charité, afin quMlsprtH ritn«<sent. Kt pour lui, il en apportait tant, quand il était obligé de donner des pénitences, qu*il faisait assez voir qu'il aurait en moini de peine h les faire, qu'à les imposer.

<< n trouva un jour quelques religieuses, qui, sons ombre de l'esprit de sainte liberté, trouvaient à redire à celles qui étaient plv exactes et de meilleure observance; mais il les tira bientôt de cet abus, leur faisant voir que ce n'était pas la l'esprit de sainte liberté, laquelle ne se trouve que dans la parfaite mortification, qui rend 11 personne maîtresse de ses passions.

* II avait une adresse merveilleuse pour humilier les âmes bantaines, et cela comme en se récréant, et sans qu'elles y pensaseent; mais où il montrait un zèle plus vigoureux, c'était contre celles qoi avaient désobéi en chose d^importance ; car il les réprimait d'âne manière si humiliante, que cela les anéantissait, et leur faisait penser ce (lue ce serait quand Dieu les reprendrait au jour de son redoatable jugement, puisque la parole d'un homme les abattait et humiliôl si puissamment.

" Il était incomparable au support des infirmités d'autrui, tant de l'esprit que du corps ; et quoique sa présence portât à un grand rttpcc't, ce respect, néanmoins, au lieu de resserrer les cœurs, les onvi'iiit, et il n y avait personne qui donnAt plus de confiance que lui à manifester les pensées les plus secrètes et les faiblesses les plus diffiriles à dire; il les supportait et les excusait, comme fait une mère bien tondre celles de son enfant. »

t -ne des Mères supérieures des plus éclairées et des plus capables (le tout Tordre s'exeusant de parler de M. Vincent, sur ce que déjà sa mais(m en avait donné quelques mémoires, Ta fait en cette sorte : '^ Comme ces choses, dit-elle, qu'on a écrites sont à peu près celles que je pourrais dire, je confesse que j'ai peine à faire des redites, ne pouvant me résoudre i\ dire des choses générales, quoique admirables, et que sa profonde humilité n'a pu cacher à toute la terre ; et ([uant aux choses particulières, je suis certaine que nous les avons mandées. C'est pourquoi je tâcherai d'honorer ici le silence que je lui ai tant vu garder en mille rencontres, qui nous a tenues dans

L'admiration. Ponr moi j'ai admiré souvent la profondeur de son BBprit, ne sortant guère d'avec lui qu'avec un sentiment de la petitesse du mien, qui avouait intérieurement ne pouvoir pénétrer jus- ^*où il me semblait que le sien allait ; et ainsi, par la grandeur des lumières que j'apercevais en lui, sans qu'il les découvrît tout à fait, il me semblait que j'étais la plus pauvre et la plus incapable du monde.

« Il imprimait dans les cœurs une très- grande confiance de lui découvrir les choses les plus pénibles, et cette confiance n'empêchait IM» que l'on ne ressentit pour lui un très-profond respect ; ses paro- In faisaient un merveilleux effet dans les âmes, soit pour les calmer dans leurs troubles, soit pour les mettre dans nu doux recueillement. « Son support était extrême pour les défaillantes, et nous a toujours été fort remarquable, sans pourtant que la fermeté de son zèle en fût intéressée ; il tenait la balance bien juste quand il fallait corriger quelqu'une; et quand elle penchait d'un côté plus que de l'autre, c'était toujours de celui de ces deux grandes vertus les plus chères de son cœur, l'humilité et la charité. Je me suis échappée insensiblement à tomber dans les redites que je voulais éviter, et cela de l'abondance de mon cœur, qui conserve pour ce saint Père plus d'estime, d'amour et de respect qu'on n'en peut exprimer ni s'imaginer. •

M. Vincent n'avait aucun respect humain ; il tenait ferme pour les intérêts de Dieu et pour le bien spirituel des maisons religieuses, quelque mépris ou préjudice temporel qui lui en pût arriver. C'était particulièrement au sujet des entrées, dont il se trouvait souvent importuné par des dames de la plus haute condition, même des princesses, qui ayant la curiosité de voir au dedans ces saintes communautés, ou bien ayant la dévotion d'aller passer un bon jour avec elles, ou plusieurs mauvais, auxquels les grands comme les petits sont sujets par les accidents de la vie, pensaient que cela leur devait être accordé ; mais il s'en excusait généralement et généreusement envers toutes celles qui n'avaient aucun droit de le prétendre, avec respect néanmoins, tâchant de leur faire agréer son refus par de bonnes raisons, même de conscience. Et parce qu'il y en avait quelques-unes qui avaient acquis ce privilège, il assembla plu^tieurs fois, en divers temps, les supérieures et principales religieuses des monastères, pour voir quelles dames étaient les fondatrices et bienfaitrices, à qui il était juste d'accorder quelquefois l'entrée ; et en ayant convenu, on les mit en écrit, et on prit résolution d'en exclure toutes les autres ; et il le désira ainsi, tant afin de dire dans les occasions qu'il ne pouvait pas aller contre, que pour obliger les religieuses à ne se laisser

pas Tâincre de lear côte, parce que, quand elles ne tenaient pas fene, il semblait à ces grandes dames qu'il leur faisait tort de leur résilier. Il craignait extrêmement que l'esprit du monde ne se glissât en on maisons, et que les Filles, après l'avoir quitté, n*en reçussent qodquc nouvelle atteinte parla vue et la conversation de ces personnel séculières, qui souvent portent sur elles la vanité en triomphe joi* que dans les lieux et parmi les exercices de pi»>té. Il s'est même eonporté avec fermeté envers la reine, mère du roi, sans manquer poortant au respect qui était dû à Sa Majesté, pour lui faire trouver boa qu'une de ses dames d'honneur ne fût point reçue dans le premier aïonastère, comme Sa Majesté avait témoigné le désirer ; et quand il était question de faire de tels refus, il ne renvoyait jamais aux religieaso pour s'en décharger sur elles, mais il répondait et pour lui et pour elles en ces occasiunslà, ce qu'il ne faisait pas toutefois en d*autra; car il y a ceci de remarquable en sa conduite, qu'il ne permettait ci nordonnait rien d'extraordinaire et qui fut de quelque conséquence, qu'il n'en l'ùt pris auparavant l'avis des supérieures, et quelquefois des conseillères, désirant en toutes choses, autant quUl le jugeait raisonnable et possible, agir de concert avec elles et dans une confo^ mité de sentiments. Mais elles ont remarqué qu'il était encore ploi soigneux de consulter l'oracle de la vérité, et qu'il était fort absorbé en Dieu quand elles lui parlaient, parce que, pour répondre auK choses qui étaient proposées, il en demandait conseil à son divin Elprit au dedans de lui-même : de sorte que, le voyant revenir de ee saint recueillement, elles recevaient les avis qu'il leur donnait comme des lumières envoyées du Ciel. Aussi commençait-il souvent ses réponses par ces paroles : In nomine Domini, qui lui étaient fort familières et ordinaires.

S'il fallait rapporter ici en détail tout ce qui est écrit dans les mémoires de ces bonnes Mères, à la louange de leur digne supérieur, ce chapitre aurait une étendue excessive. C'est pourquoi nous nous contenterons d'ajouter à ce que nous venons de rapporter, quelques remarques plus particulières, faites par les religieuses du monastère de Saint-Denis.

a Sa conduite, disent-elles, nous a toujours paru extraordinairement désintéressée» ne regardant jamais que les seuls intérêts do la gloire de Dieu dans toutes les affaires quHl traitait.

" Dès le moment qu'il reconnaissait les ordres de Dieu et ses volontés, il s'y attachait indispensablement, disant, en ces rencontres, avec une suavité merveilleuse, qu'il côtoyait en toutes choses la Providence.

« Dans les conseils qu'il donnait sur les propositions qui lui étaient fuites, nous avons remarqué qu'il agissait avec une grande prudence, •t un jugement si profond et si clair, qu'aucune circonstance n'échapliait à ses lumières. Cela nous a paru dans quelques affaires fort obscares et embrouillées qui avaient été consultées à plusieurs Pëi*es de religion fort éclairés, et à des docteurs très-savants, qui furent assez loiiglerops sans en pouvoir donner la décision : ayant recours à ce digne Père, il nous en écrivit avec tant de clarté et de solidité, pénétrant le fond de cette affaire, qu*il nous donna moyen d'en sortir heureusement, sans intéresser notre communauté ni la charité du prochain. Ce qui fit avouer à plusieura que véritablement il fallait qu'il eût l'esprit de Dieu pour faire un discernement si équitable et si judicieux : aussi a-t-on remarqué que jamais il ne donnait de condosion en quelque affaire que ce fût, qu*on ne le vit auparavant centrer en lui-même , comme invoquant la grâce du Saint- ^prit.

• Nous avons toujours reçu une entière satisfaction de sa digne eoodaite, reconnaissant en lui une grande plénitude de Dieu et de l'esprit évangélique, par un zèle suave, puissant et embrasé de la gloire de Dieu ; une fermeté douce, mais inébranlable à maintenir l'observance de nos règles ; s'enquérant toujours de ce qui y était marqué) et des sentiments de notre bienheureux Père et de notre digne Mère, pour les faire suivre exactement; nous faisant autant peser les plus petites observances que les plus importantes. Jamais il ne s'est servi de son autorité pour y apporter aucun changement, mais plutôt pour les confirmer et pour les établir.

« Nous en avons un exemple mémorable qui nous a extrêmement édifiées dans la fermeté qu'il a eue à préférer l'observance exacte de notre clôture à toutes les considérations humaines et à ses intérêts particuliers, refusant constamment l'entrée de notre maison à des personnes puissantes dont la qualité et les biens lui eussent pu servir, et a nous aussi^d'un grand appui temporel, préférant l'incomparable bonheur do notre solitude à toutes les vaines espérances du siècle.

« Dans ses visites il n'épargnait ni soin ni peine pour les rendre utiles, faisant toutes choses avec grande exactitude, paix et attention. 11 avait une bénignité qui ressentait tout à fait l'esprit de Dieu, écoutant avec une égale patience la dernière novice de la maison comme il eût fait la plus ancienne. Lorsqu'il reprenait des défauts, il préparait et disposait les esprits avec tant de charité et de douceur, que l'on ressentait plutôt l'onction de ses paroles que l'amertume de la correction, tant il avait de vertu pour porter les âmes à Dieu.

• Pour connaître et remarquer nos défauts, il nons faisait entrer en jugement avec Dieu et avec nous-mêmes (c'était son terme); il nous (lisait que les fautes les plus légères étaient grandes, eu égarl aux desseins et à Tattente de Dieu sur nous.

« >'ous avons remarqué que, bien que ces répréhensions fussent toujours accompagnées d'une extrême charité et support, lors toal^ fois qu'il reprenait les manquements que Ton commettait à l'office divin, il semblait reprendre un nouvel esprit, et, s'cuflammant d*oi saint zèle, il parlait avec tant de vigueur et de force, qu*il imprimait dans nos cœurs la crainte et le respect de la majesté de Dieu, comme un caractère qui y demeurait à jamais ineiTaçable : il voulait qu'on j observât jusques aux moindres cérémonies marquées et disait qoc Dieu recommandait à son peu pie de garder les cérémonies et les commandements; et qu*il a fulminé des malédictions aussi bien contre ceux qui manquaient aux cérémonies que contre les infracteurs de ses lois. 11 nous ordonnait souvent de lire nos règles et nos directoires, vi tout ce qui est de notre institut; et il voulait que nous le fissions dans les dispositions des Israélites lorsqu'après leur captivité ils fondaient en larmes de contrition, entendant la lecture de la loi de Dieu, voyant les manquements qu'ils y avaient commis.

e 11 nous recommandait fréquemment dans ses visites l'union avec nos supérieures; mais, disait-il, l'union des cœurs, et la déférence à leurs sentiments, m{^me en choses indifférentes; le respect et la condescendance entre nous, et surtout de déférer aux avis des anciennes, dans lesquelles il voulait que Ton honorât TAncien des jours. Quand il reprenait de quelque défaut contraire à la charité, il invoquait sur nous Tesprit de douceur de notre saint fondateur. 11 nous enseignait que notre silence devait honorer celui du Verbe divin sur la terre, et nous disait de nous donner à lui par la pratique d*une parfaite obéissance à Dieu, à nos règles et à nos supérieurs, et que, faisant vœa d'obéissance, nous avions quitté notre propre conduite.

« Il voulait qu'après les visites Ton fît un petit extrait des choses plus utiles qui s'y étaient passées, et que Ton en fit lecture de temps en temps dans le chapitre : Cette lecture, disait-il, attire grâce : et en effet, selon ses desseins, elle avait toujours la bénédiction de nous renouveler dans les dispositions de ferveur, d'exactitude et de recueillement où elles nous avaient mises.

• Il conduisait les maisons qu'il gouvernait à un grand dénùment et parfaite abnégation, enseignant d éviter tout ce qui pçrte à Téclat, à l'estime des créatures, et à tout ce qui peut exposer et engager les religieuses à la communication des séculiers. Il nous faisait fort goù-

Asr le boiilieur que nous avons d'être hors de Paris^ et séparées du commerce du grand monde, nous portant à mortifier toutes curiosités, comme les livres et la communication des personnes spirituelles loi pouvaient être soupçonnées des opinions dangereuses du temps; iloas conseillant de tenir nos esprits renfermés dans les écrits de note bienheureux Père, pour lequel il avait une vénération toute parficnlière.

« Dans cet esprit d'abnégation il nous fit faire un cordial refus aux névérendes Mères Ursulines, proches voisines de notre monastère, l'oser de la permission qu'elles avaient obtenue de monsieur leur Uipérieur d'entretenir quelques-unes de nos Sœurs leurs parentes, et le voir notre communauté, lorsque le mur mitoyen qui nous séparait bt abattu, nous disant que les religieuses sont mortes au monde, et le doivent plus reconnaître de parents sur la terre.

« Il nous parlait peu, mais nous avons remarqué qu'une seule de tes paroles faisait plus d*effet que des sermons entiers, par refficace le l'Esprit de Dieu qui parlait en lui, et par les solides fondements |ae sa vie donnait à Testime que l'on avait de sa sainteté. Et une keur nous a dit qu'ayant eu le bonheur de se confesser à lui, il lui lit en quatre mots ce qu'elle avait le plus de besoin, sur un état de peine où elle était; mais si à propos, qu'elle en demeura autant Slonnée que satisfaite.

• 11 dit à une autre, lui conseillant l'exercice de la présence de Dieu, que depuis qu'il s'était donné à lui, il n'avait jamais rien fait dans le particulier qu'il n'eût voulu faire dans une place publique : Parce que, disait-il, la présence de Dieu doit avoir plus de puissance sur notre esprit que la vue de toutes les créatures ensemble.

« Pour ce qui est de sa charité, entre un très-grand nombre d'exemples que nous en pourrions rapporter, nous l'avons vu exposer sa santé et son temps, qui était si cher et si précieux ; prenant la peine, sur la fin de sa vie, lorsqu'il était accablé d'aifaires et de maux, de venir plusieurs fois céans pour détourner une pauvre fille que nous avions pour tourière du dehors du dessein qu'elle avait de se faire relever de son vœu pour se marier : ce saint homme croyant qu'en ce changement il y avait du péril pour son salut, il lui parlait avec ies raisons si touchantes, qu'elles eussent été capables d'amollirun XEur d*acier.

• 11 traitait avec tant de circonspection les matières qui regardent a charité, que jamais il ne disait la moindre parole qui la pût en lacune façon intéresser. Et lorsqu'il était nécessité de découvrir quellUiB défaat da prochain pour s'assurer de la vérité^ dès le moment

qu'il l*avait découverte, il avait une sainte adresse qui lui faisait k- (')icrchcr et manifester les avantages de cette personne, pour en Acer entièrement les impressions du mal.

• L*on avait une suavité nonpareille à le voir agir dans les alTaireis il donnait tout le temps nécessaire pour les traiter h fond; son égaliti inaltérable lui donnait une présence d^esprit à tout, mëmcè dÎTcrtir ceux avec qui il agissait, surtout les malades et les personnes afBigétt, pour lesquelles il avait une charité incomparahie ; sonbonoœur s'accommodait n toutes leurs faiblesses, tant du corps que de l'esprit; pouvant véritablement dire avec saint Paul : Je me sais fait tonti tous pour les gagner tous à Dieu.

• Sa déférence et son respect pour toutes sortes de personnes élait admirable, et Tattention quil avait à en dire du bien aussi grandeqse celle qu'il a toujours eue à se mépriser, à se publier pécheur, et à iV vilir en toute rencontre, à la très-grande gloire de Dieu et à i'édilcation du prochain. »

Voilà ce que ces vertueuses religieuses de Sainte-Marie ont témoigné de leur L^ère supérieur; au moins c'est le principal de ce qoi • été recueilli de leurs mémoires. Nous omettons pour abréger pin* sieurs autre.-) avis spirituels contenus en ces mêmes mémoires qie M. Vincent a donnés en diverses occasions h ces chères Filles, tant en général qu*en particulier, touchant la pratique des vertus qui leor étaient les plus convenables, et spécialement de funion et charité qu'elles devaient avoir entre elles, de l'obéissanee envers celles qai sont chargées de leur conduite, delà fidélité aux observances, de II collection intérieure, de l'oraison, de la préparation aux saeremeati, de la pureté d'intention, de l'amour de la pauvreté, de la nécessiléde la mortification, de la persévérance, et autres semblables.

Comme M. Vincent avait un cœur tout embrasé de charité envcn le prochain, il ne pouvait qu'il ne communiquât quelque étincelle de cette ardeur à ses chères Filles, et qu'il ne tes porti\t, autant que leur condition leur pouvait permettre, â procurer le salut et la consolation des ûmes, non -seulement par leurs prières, mais aussi par dsi assistances effectives ; ce qu'il croyait être conforme à Tesprit de leor institut et aux intentions de leur bienheureux Père et instituteur : de sorte qu'il n\'stimait pas que ce fi\t assez qu'elles exerçassent lear charité seulement entre elles; mais il souhaitait que la lumière et ti chaleur de ce feu divin qu'il tâchait d'allumer daus leurs cœurs, sor^ tit même au dehors de leur monastère, pour se communiquer a d'autres, et y procurer l'ordre, la régularité, l'union et toutes sorM d'autres bieus spiirHuets. C'est ce qui a fait que ce etaaritaUe Supé-

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rieur a toujours porté les religieuses de Sahile-Marie à ejnLi asser les occasions qui se sout présentées d'aller établir la réforme en divers monastères qui en avaient besoin : nous nVn produirons ici qu'un aeol exemple, qui suffira pour faire connaître les saintes dispositions de ce diaritable Père spirituel, et de ses vertueuses Filles sur ce sujet. 11 y a déjà plusieurs années que, par la piété et par les bienfaits tic fea madame la marquise de Maignelay, dont la mémoire est en bénédiction, et par Tentremise de quelques autres personnes vertueuses et cliaritables, Ton fonda le monastère de Sainte-Magdeleine près le Temple, à Paris, pour servir de retraite aux flltes et aux femmes, lesquelles, ayant vécu dans le désordre, auraient dessein de s'en reti- TCf, et de se convertir véritablement à Dieu. Or comme dès le commencement de cette fondation l'on reconnut que la principale partie nanquait, qui était une bonne conduite au dedans de la maison, les personnes qu'on y avait reçues n'ayant ni l'expérience, ni les autres qualités requises pour cela, l'on pensa aux moyens de suppléer à ce défaot, et dès lors on conçut le dessein d'y mettre des religieuses de la Visitation, et de les charger de la conduite de ce nouveau monastère, dont on les jugea plus capables que d'autres, à cause de l'esprit do leur institut, qui les oblige de faire une profession particulière de charité et de douceur, qui étaient des vertus propres pour gagner l'alTecUon de ces pauvres créatures pénitentes, et les attirer avec des liens d'amour à Jésus-Christ. On en parla même au bienheureux évèque de Genève, qui prédit que cela se pourrait faire un jour, mais que le temps n'en était pas encore venu. £nlin quelques années après, la proposition en ayant été faite à M. Vincent, et ayant considéré devant Dieu l'importance de cette œuvre, il fut entièrement persuadé que les religieuses de Sainte-Siarie la devaient embrasser : c'est pourquoi il en parla à la Mère Hélène-Angélique L'Huillier, supérieure du premier monastère, et la disposa avec sa communauté, nonobstant l'appréhension qu elle et ses iilles avaient d*une si difficile entreprise, de s'y engager, les y ayant encouragées par le mérite de l'œuvre, et par le^asbislauces qu'elles devaient espérer de Dieu.

Ce fut en l'année 102Uqu*il destina quatre religieuses de ce premier monastère de la Visitation pour aller eu celui de Sainte- iMagdeleine, dont les premières charges, comme de prieure, directrice, portière, ete., leur furent données par Tautoritéde Mgr. l'archevêque de Paris ; et de temps en temps ou les a changées pour les soulager du grand travail qui s'y rencontre. Or leur conduite a été accompagnée de tant de bénédictious, qu elles out établi un très-bou ordre daiiê celle grande oomciunauté ; en sorte que depuis plus de trente ana,

toul k\v est passé avec édificalion ; et même ce monastère de Samt^ Alagdeleine eu a produit deux autres, Tuu à Boueu, et lautre à Bordeaux : ù quoi M. Vinceut a beaucoup contribue par ses sages conseils, vl par SCS soius cliarilables, allant, ou écrivant souvent eu cette maison, cl lui procurant de vertueux coufesseurs qui pussent contribuer à y maintenir la paix, robcissance et le bon ordre de tout ce qui coo* cernait le service de Dieu.

i:t parce qu*au commencement il y eut de grands obstacles à Veié^ culionde ce bon dessein, et beaucoup de choses à régler, M. Vinceoti usant de sa prudence ordinaire, procura diverses assemblées de docleurs et autres personnes d'iusigne piété, pour aviser aux moyens de lever les difficultés et résoudre les doutes, aliu d'agir avec plus grande sûreté daus une affaire de cette importance, qui regardait la décharge et rédificationdu public, et le bien spirituel de tant de pauvres créatures, lesquelles par ce moyen sont tirées du uaufrage, et amenées es ce lieu comme daus un port de salut.

Klles sont pour Tordiuaire cent ou six vingts^ dont les unes font lei trois vœux solennels de religion; les autres ne les font pas, et y demeurent toutefois de leur bon gré,ct y mènent une vie réglée. Il y en a encore quelquelois d'au 1res qu'on y mène par force, et qui sont retenues malgré elles; et néanmoins Dieu, qui est riche eu miséricorde, a fait la grâce ù quelques-unes de passer de ce troisième état au second, et du second au premier, par les charitables soius qu'en prennent les religieuses delà Visitation ; lesquelles out eu sans doute beaucoup ù souilrir, et du dedans et du dehors, depuis qu'elles out été chargées de cet te conduite : mais D ieu leur a fait la grâce de surmonter par leur humilité, douceur et patience, toutes les contradictions, persécutions et calomnies que le diable et le monde ont suscitées contre elles ; à quoi elles ont été beaucoup aidées par M. Vincent, qui leseacuurageuit toujours à la persévérance, leur remontrant combien leur patience et leur charité rendaient de gloire à Dieu, et leur acquéraient de mérite, et même attiraient de bénédictions sur tout leur saint ordre ; que c'était un grand honneur pour elles de faire ce que les Ai)6tres ont fuit, et ce que Jéhus-Christ même est venu faire sur la terre, qui est de convertir les unies a Dieu. Voici ce qu*il écrivit uu jour sur ce sujet à la mère Anne-Marie Dollaiu, qui a été la première bupérieure envo} éeen ce monastère de Saiute-Magdeleine, où elle a travaillé plusieurs années avec grand fruit.

• ?iolre-)Seigneur, lui dit-il, qui nous appelle au plus parfait, aura plus agréable la continuation de vos services à !àainte-3Iagdeleine, qu'il n'aurait ailleurs. La grâce de la persévérance est la plus impor-

tante de toutes, et qui couronne toutes les autres grâces; et la mort qui nous trouve les armes à la main pour le service de notre divin Maître est la plus glorieuse et la plus désirable. jNotre -Seigneur a fini comme il a vécu : sa vie ayant été rude et pénible, sa morta été rigour^nfie et pleine d^angoisses, saus mélange d'aucune consolation humaine. C'est pour cela que plusieurs saints ont eu cette dévotion d*aimer à mourir seuls, et d*ètre abandonnés des hommes, dans la confiance qu'ils auraient Dieu seul pour les secourir. Je suis îi. t^uré, ma chère Sœur, que vous ne cherchez que lui seul, et qu*eiilre les bonnes actions qui se présentent à faire, vous préférerez toujours celles où il y aura plus de sa gloire et moins de votre intérol. «

Outre les considérations précédentes pour lesquelles M. Vincent portait avec tant d^affection ces bonnes Filles de la Visitation a persister dans cette entreprise charitable, comme elles ont toujours fait depuis, et le font encore présentement, nonobstant les peines et traverses quVlies y ont souffertes, il y eu avait encore une qu'il u*estiinait pas moins importante que les autres : c'était la crainte qu'il avait que, si eeê religieuses s'en retiraient et quittaient cette conduite, on ne fit couler en cette maison le venin des nouvelles erreurs qu'on tâchait de répandre partout. Il disait qu'outre le préjudice qu'en recevait la foi et la religion, c'était une zizanie très-dangereuse, et une source de division pour les communautés que l'ennemi semait secrètement, lorsqu'on n'y prenait pas garde, comme l'expérience ne l'avait que trop &it connaître.

Avant que de finir ce chapitre, nous avons encore jugé expédient, pour l'édification du lecteur, d'y insérer deux pièces qui ont été trouvées écrites de la propre main de M. Vincent, touchant deux grandes servantes de Dieu de ce saint institut de la Visitation, qui feront connaître quelques grâces remarquables et extraordinaires qu'il a plu a Dieu faire à son fidèle serviteur, et manifesteront aussi de plus en plus la sainteté du bienheureux François de Sales, instituteur de ce saint ordre, et de la vénérable mère Jeanne- Françoise Fremiot, qui eu a été la fondatrice. Voici comme il parle à la première.

• Il plaît à la bonté de Dieu d'opérer parfois des miracles par ses saints, pour témoigner leur sainteté. J'en mettrai ici un dont je suis témoin, arrivé en la personne de sœur M. M., religieuse de la Visitation de Sainte-Marie, au monastère du faubourg Saint-Jacques, à Paris.

« Le fait est qu'il y a environ six ans que ladite religieuse était travaillée d'une horrible tentation d^aversion contre Dieu, contre le Saint Sacrement et contre tous les exercices de la sainte religion ; de

sorte qu'elle blasphémait contre Diea, et le maudissait autant da Mi qu'on lui disait qu elle le louAt, ou bien qu'elle Tentendait louer pè par les autres religieuses; et, étant an chœur, on InieDteadaltpraH^^ rer assez haut et distinctement des blasphèmes et des malédktioÉi étranges contre Dieu. Et comme sa supérieure lui Toalait falrettti quelque acte pour s'offrir à Dieu, elle lui répondait qu'elle nUM i point d'autre Dieu que le diable. En un mot, elle sentait tant de fmà et de rage en elle-même contre sa divine Majesté, qu'elle a été pla- |î sieurs fois sur le point de se tuer, pour être plus tôt, disait-elle, enfer» où elle se désirait, pour avoir mojen de maudire Dieu éteriid- i lement à son souhait, et que c'était là toutes ses délices. Or, la léfé^ rende mère supérieure l'ayant fait voir i des prélats et à des PènrfdB religion et autres personnes entendues aux choses intérieures, et, pé . leurs avis, l'ayant même fait voir à des médecins, par l'ordomuniè desquels elle lui fit user de quantité de remèdes, et le tout en nii| enfin, cette bonne Bière, pleine de confiance que si elle lui appliquait un peu du rochet du bienheureux évéqne de Genève, elle en gain rait, fit en effet cette application, d'où la guérison suivit peu de jooii après en un instant : en sorte que l'esprit qui était ainsi tronblédfe^ vint tout à coup tranquille ; le corps qui était affaibli reprit ses forcer comme aussi l'appétit et le sommeil qu'elle avait perdus ini revh' rent, et tout cela se fit en un moment; tellement qu'elle a tonjoail eu depuis l'esprit aussi bon et aussi fort, et le corps à proportiea^ comme si elle n'avait eu aucun mal par le passé, dont il n*a rien part depuis; et elle s'est trouvée en tel état, qu'elle a eieroé avec béii^ diction les principales charges du monastère, et est encore aiqoiB^ d'hui maîtresse des novices.

• Or, ce qui me fait croire que cette guérison est miraculeuse et qu'elle s'est ensuivie de l'application du rochetdubienheureuxévèqoe de Genève, c'est que les remèdes humains ne lui ont de rien servi ; qm son mal augmenta après l'application du rochet, ce qui arrive oÂBnairement aux guérisons miraculeuses ; qu'elle a été guérie en m inslaut, selon la parfaite confiance de la Mère supérieure; etqu'dlemème croit aussi certainement, comme si elle le voyait ou le toachait, que Notre-Seigneur lui a fait celte miséricorde par les mérites de ce bienheureux évoque, et par l'application de son rochet. Ce que j'atteste pour avoir parlé à la religieuse pendant son grand mal et après sa guérison, et en avoir appris les particularités de la Mère supérieure et de la même religieuse bientôt après sa guérison, qui arriva le jour que je faisais la visite dans le monastère, de l'autorité de Monseigneur l'illustrissime et révérendissimearchevéqoo de Faiik >

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Quoique après l'atteatatioD de cet hamble serfiteiir de Dieu il o'jr ait aucun lieu de douter de cette guérisoD extraordinaire et niiraculease, arrivée par les mérites du bienheureux év6que de Genève, inatitutdur de Tordre de la Visitation, qui a depuis opéré tant d'autres niraclesy et qu^il soit juste que ce saint éTôquc en soit reconnu le vélîtable auteur après Dieu^ qui eu sera d*autant plus honoré et glorifié en son saint, il y a néanmoins quelques circonstances considérables qui ont accompagné ou suivi cette guérison miraculeuse, qui regardent M. Vincent, et qui font connaître que Dieu a voulu qu'il eût part à ce bien.

Il faut donc remarquer, en premier lieu, qu'il a plu à Dieu faire cette grâce à ce digne Supérieur, que les visites qu'il a faites de temps <n temps dans les maisons de la Visitation, selon le témoignage nème des religieuses, ont ordinairement produit en elles quelques grâces particulières, et, entre les autres, que plusieurs des religieuses qui souffraient de très-grandes peines et qui étaient travaillées de tentations très- fâcheuses s'en trouvaient entièrement délivrées, et quelquefois même en un instant, lorsqu'il leur avait parlé.

2. La visite dont il parle en cet écrit était la première de celles qu'il a faites dans le second monastère de la Visitation de Paris, qui fut environ Tan 1 623, du temps qu'il demeurait encore chez feu M. le général des galères, quelques années avant la fondation de la Congrégation de la Mission.

3. Ayant vu en cette visite cette bonne religieuse obsédée de la sorte et travaillée d'une peine si effroyable, il en fut touché d'un grand lentimcnt de compassion ; et, par un particulier mouvement de charité, il se mit à (aire oraison pour elle. Ensuite de quoi celte religieuse fut soudainement délivrée ; de sorte qu encore, comme il a été déjà dit, qu'après Dieu, la principale gloire de cette guérison miraculeuse appartienne au bienheureux François de Sales, évéque de Genève, par les intercessions duquel il y a tout sujet de croire ((ue Dieu a délivré cette bonne religieuse de ses horribles peines et tentations ; néanmoins, sans déroger a Thonneur qui en est dii à ce saint prélat, ou peut dire aussi que reutrcmise de M. Vincent, dont il avait grandement estimé et chéri la vertu pendant sa vie, l'a pu inviter, d'une manière plus particulière, d*employer ses intercessions auprès de Dieu, pour favoriser celui qui lui rendait un si fidèle et si agréable service en la personne de ses chères filles.

Le second écrit contient les paroles suivantes : « Nous, Vincent de Paul, supérieur-général très indigne de la Congrégation de la Mis* aîon, certifions qu'il y a environ vingt ans que Dieu nous a fait le

grâce d'être connu de défunte notre di^ne Mère de Chantai, fondatrice du saint ordre de la Visitation d<' Sainte Marie, par des fréquentes communications de paroles et par écrit, qu*il a plu à Dieu que j'aie eues avec elle, tant au premier voyage qu'elle fit en cette ville, il y a environ vingt ans, qu'aux autres qu'elle y a faits depuis, et tous lesquels elle m*a lionoré de la confiance de me communiquer son intérieur ; qu'il m'a toujours paru qu^elle était accomplie en toates sortes de vertus, particulièrement qu'elle était pleine de foi, quoiqu'elle ait été toute sa vie tentée de pensées contraires; qu'elle avait une très- grande cou fiance en Dieu, et un amour souverain de sa divine bonté; qu'elle avait l'esprit juste, prudent, tempéré et forteo un degré très-éminent; que l'humilité, la mortification, robéissance, le zèle de In i^at.etineation de son saint ordre, et du salut des Ames do pauvrepeuple, étaient en elle en uusouvcraindcgré; en un mot,qoe je n'ai jamais remarqué en elle aucune imperfection, mais un exercice continuel de toutes sortes de vertus ; et que, quoiqu'elle ait joui en apparence de la paix et de la tranquillité d'esprit dont jouissentles ûnii s qui sont parvenues à un si haut degré de vertu, elle a néanmoins souir<Tt des peines intérieures si grandes, qu'elle m*aditet écrit plusieurs fois qu'elle avait l'esprit si plein de toute sorte de tentations et d'abominations, (pu; son exercice continuel était de se détourner du lo^ard de soii intérieur, ne pouvant se supporter elleniùme en la vue de son àme si pleine d'horreur, qu'elle lui semblait 1 image de l'enfer ; et que, quoiqu'elle souffrit de la sorte, elle najamais perdu la sérénité de son visage, ni ne s'est relâchée de la fidélité que Dieu demandait d'elle dans l'exercice des vertus chrétiennes et religieuses, ui dans la sollicitude prodigieuse qu'elle avait de son saint ordre ; et que de là Tient que je crois qu'elle était une des plus saintes âmes que j'aie jamais connues sur la terre, et qu'elle est maintenant bienheureuse au ciel. Je ne fais pas de doute que Dieu ne manifeste un jour sa sainteté, comme j'apprends qu'il fait déjà en plusieurs endroits de ce royaume et en plusieurs manières^donten void une qui est arrivée* à une personne digne de foi, laquelle j'assure «prelie aimerait mieux mourir que de mentir.

û Cette personne ayant eu nouvelle de l'extrémité de la maladie de notre défunte, se mit à genoux pour prier Dieu pour elle; et la première pensée <iui lui aîiiI en l'esprit fut de faire un acte de contrition des péchés quille avait commis et qu'elle commet ordinairement; et, immédiatement après, il lui parut uu petit globe, comme (le l'eu, qui s'élevait de terre et s'alla joindre eu la supérieure région de l'air à un autre globe plus grand et plus lumineux, et les deux

réduits en un s'élevèrent plus haut, entrèrent et se répandirent dans UDe autre globe infiniment plus grand et plus lumineux que les antres ; et il lui fut dit intérieurement que ce premier globe était l'àme de notre digne Mère, le second de notre bienheureux Père, et Fautre l'essence divine; que Tàme de notre digne Mère s*était réunie à celle de notre bienheureux Père, et les deux à Dieu, leur souverain principe.

« De plus, la même personne, qui est un prêtre célébrant la sainte Messe pour notre digne Mère, incontinent après qu'il eut appris la nouvelle de son heureux trépas, et étant au second Mémento j où Ton prie pour les morts, il pensa qu'il ferait bien de prier pour elle; que peut*étre elle était dans le purgatoire, à cause de certaines paroles qu'elle avait dites il y avait quelque temps, qui semblaient tenir du péché véniel ; et en même temps il vit derechef la même vision, les mêmes globes, et leur union : et il lui resta un sentiment intérieur que cette Âme était bienheureuse, qu'elle n'avait point besoin de prières : ce qui est demeuré si bien imprimé dans l'esprit de ce prêtre, qui lui semble la voir en cet état toutes les fois qu'il pense à elle.

• Ce qui pourrait faire douter de cette vision, est que cette personne a une si grande estime de la sainteté de cette âme bienheureuse, qu'il ne lit jamais ses réponses sans pleurer, dans l'opinion qu'il a que c'est Dieu qui lui a inspiré ce qu'elles contiennent, et que cette vision par conséquent est un effet de son imagination : mais ce qui fait penser que c'est une vraie vision, est qu'il n'est point sujet à en voir, et n*a jamais eu que cette-ci. En foi de quoi j'ai signé la présente de ma main, et scellée de notre sceau. •

Cette déclaration de M. Vincent est de l'année 1642. C'est de luimême qu'il parle en tierce personne quand il parle de la vision des globes; c est à lui que Dieu amanifesté la béatitude des saints fondateurs de ce dévot institut de la Visitation : mais avant que d'en écrire et d'en parler à personne, il eut recours à feu M. Tarchcvêque de Paris, auquel il raconta la chose, et lui dit tout simplement comme elle s'était parâée pour en avoir son avis, afin de n'y pas être trompé. Il en communiqua aussi avec le R. P. dom Maurice, Bamabite, qu'il trouva au monastère de Sainte-Marie du faubourg Saint-Jacques, le lendemain qu'on apprit la mort de la Mère de Chantai, et lui demanda s'il se pouvait assurer qu'il n'y eût point de tromperie du diable; et tous deux lui ayant dit qu'il y avait toutes les marques qu'on pouvait souhaiter pour juger que c'était l'esprit de Dieu qui lui avait révélé ce secret, et qu'il s'en pouvait assurer, il crut qu'il devait pour lors faire part de cette consolation à quelques religieuses de ce même ordre qu'il voyait sensiblement touchées de la perte de leur bonne Mère, leur ayant

pour ceit fait le rëdt des particolaritéft de cette Timon, qftll mit ifrii par écrit pour en conseryer la mémoire.

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