MALADES
Kous ne répéterons point ici ce qui a été dit an premier livre toaelKint l'origine de la compagnie des Filles de la Charité destinées an service des pauvres malades, et l'occasion dont Dieu voulot se senir pour la faire naître, et commentM. Vincent, sans avoir contribaé à cet établissement sinon une fidèle correspondance aux desseins de Dieu, lorsqu'ils lui furent manifestés, se trouva, presque sans y penser, Tauteur de cette charitable entreprise et le père spirituel de ces vo^ tueuses filles.
?ïous rapporterons seulement en ce chapitre quelque chose digne de remarque dont il n'a point été parlé an premier livre, tondiaiit cette dévote communauté, laquelle a été érigée en compagnie onoon- ^Tégalion et société particulière par l'autorité de feu H. rarchevèqoe de Paris, dont les lettres d'érection portent les termes suivants :
« Et d'autant que Dieu a béni le travail que notre très-aimé Yînceat de Paul a pris pour faire réussir ce pieux dessein, nous lai avons confié et commis par ces présent es, confions et commettons la conduite et direction de la susdite société et communauté, sa vie durant; et après lui, à ses successeurs les supérieurs généraux de ladite Congrégation de la Mission, etc. » Ensuite, il plut au roi donner des lettrespatentes pour autoriser et confirmer cet établissement, qui forent >érifiées et enregistrées au Parlement.
M. Vincent, se voyant chargé de cette conduite par un ordre 8 exprès de la divine Providence, crut quïl devait employer ses pensées et ses soins pour confectionner l'ouvrage que Diea lai avtit fait la grâce de commencer. Pour cet effet, avant toateBdiOMtf|.ilfi«piM«
ces vertueuses filles pour maxime fondamentale de se considérer <x>aime destinées par la volonté de Dieu pour servir Notre-Scigneur Jésus-Cbrist corporellement et spirituellement en la personne des malades, tant hommes que femmes et enfants, soit honteux ou nécessiteux ; et, pour se rendre dignes servantes d*un tel Seigneur dans un emploi si saint, de travailler soigneusement à leur propre perfection ; faisant tous leurs exerdees eu esprit d'humilité, simplicité, charité, et en union de ceux que Notre-Seigneur Jésus-Christ a faits sur la terre, et pour la même fin, qui exclut toute vanité ou respect humain, et tout amour- propre et satisfaction de la nature.
Il leur a aussi fort particulièrement i^ecommandé quelques autres vertus qu'il a jugées les plus nécessaires à leur état, comme l'obéis sauce à leurs supérieurs et à messieurs les curés; l'indiflerence aux lieux, aux emplois et aux personnes; la pauvreté, pour s'affectionner à vivre pauvrement cx)mme servantes des pauvres ; et la patience, pour souffrir de bon cœur et pour Tamour de Dieu les incommodités, contradictions, moqueries, calomnies et autres mortifications qui leur arrivent, même pour avoir bien fait ; se remettant en esprit que tout eela n'est qu'une partie de la croix que Notre-Seigneur veut qu'elles portent après lui sur la terre, pour mériter de vivre un jour avec lui dans le ciel.
11 n'est pas nécessaire d'entrer plus avant dans le détail de leur règlement, qui n'est que pour elles, et qui les porte à la pratique de l'oraison mentale, à la fréquentation des sacrements, aux retraites annuelles, aux conférences spirituelles entre elles, à l'union et charité mutuelle, à l'uniformité de vie, d'habits et d'actions, et à nue modestie toute singulière.
Outre ce règlement qui est commun pour toutes, M. Vincent leur en a laissé d'autres qui regardent chaque emploi et chaque office particulier; leur marquant ce qu'elles ont à faire en tous les lieux où elles «e trouvent, dans les villes et dans les villages, tant à Tégard des dames et autres personnes qui les emploient, qu'à l'égard des pauvres qu'elles servent, et qu'elles instruisent ; et ces règlements particuliers sont au nombre de six, tous différents : le premier pour les sœurs qui assistent les malades des paroisses ; le deuxième pour celles qui tiennent les écoles ; le troisième pour celles qui ont soin des enfauts trouvés; le quatrième pour celles qui aident les dames à servir les pauvres de l' Hôtel-Dieu de Paris; le cinquième pour les sœurs qui sont à l'hôpital des galériens ; le sixième pour celles qui servent ka malados dans les autres hôpitaux du royaume : et ces règlements leur marquent particulièrement les occasions dangereuses qu'elles
ont à éviter, les prëoBUtions dont il leur faut oser, les Tnes difltfrenti*fi qu'elles doivent avoir, eufiu tout ce qu'elles ont à faire ou àdift, jusqu'aux moiudres circonstances, pour bien nourrir, panser, méficamenter, nettoyer, édifier, consoler et admonester les pauvres, pelili et grands, nains et malades.
Ou pouvait bien dire que les règlements qui sortaient des mains de de M. Vincent étaient comme en leur perfection, parce qu'il ne u bâtait jamais de les donner : il voulait que Dieu seul en fût l'anteori et que IVsprit humain n*y eût autre part que celle de la pratique : aussi ceux-là ont été dressés sur une longue expérience, et par concert avec mademoiselle Le Gras, très-éclàirée, et toujours appliqoée au service de toutes sortes de pauvres.
Ces règlements font que ces lilles s'acquittent de leurs petits devoin avec bénédiction, et au contentement d'un chacun : ce qui fait qu'ei les demande de toutes parts. Plusieurs villes du royaume en Teulat avoir, même des principales, sans parler de quantité de seîgneon et de dames qui désirent les établir en leurs terres : et on espère de leur en fournir à mesure que cette petite compagnie se multiplicn, comme elle fait. Dieu merci. C'est une belle occasion aux filles et alii veuves qui veulent se retirer du monde, pour assurer leur salut pu deswuvresdc charité; et surtout à celles qui voudraient être religieuses, et qui nont pas une dot suffisante ; car elles peuvent entrer dans cette compagnie sans aucune dot. On ne leur demande que ce qui est nécessaire pour leur premier babit, et principalement une bonne disposition de corps et d'esprit pour répoudre à la grAoe d'une si sainte vocation, qui est plus grande que les personnes peu charitables ne peu veut comprendre, et que M. Vincent a exprimée en peu de paroles :
« Une iille de la Charité, dit-il, a besoin de plus de vertu que les religieuses les plus austères. 11 n y a point de religion de filles qui ait tant d'emplois qu'elles en ont : car les filles de la Charité oiit presque tous les emplois des religieuses, ayant premièrement à travailler à leur propre perfection, comme les religieuses Carmélites, et autres semblables; deuxièmement au soin des malades, comme les religieuses de illôlel Dieu de Paris et autres hospitalières; troisièmement à rinstructioii des pauvres filles, comme les Ursuliues. »
Voici ce que porleut quelques articles des règles particulières que M. Viuceut a données aux sœurs qui servent les pauvres maladep dans les paroisses : • £lles considéreront qu'encore qu'elles lie st^epl pas dans une religion, cet état n'étant pas convenable wf, jflWlçJI de leur vocation, néanmoins parce qu'elles jBoat tiWiM§J 0i^
\ qu« leb religieuses doitrées et grillées, n'ajant pour monasèra qae les maisons des malades ; pour cellule, quelque pauvre iiambre, et bien souvent de louage; pour ciiapeile, l'église paroisôale; pour cloitre, les rues de la ville; pour clôture, l'obéissance; ^ur grille, la crainte de Dieu ; et pour voile, la sainte modestie. Pour toutes ces considérations, elles doivent avoir autant ou plus de tertu que si elles étaient professes dans un ordre religieux. C est pourquoi elles tâcheront de se comporter en tous ces iieui-là du noius avec autant de retenue, de réoohection et d'édificatiou que fout les vraies religieuses dans leurs mouaslères. £t pour obtenir de Dieu cette grâce, elles doivent s*étudier à racquisition de toutes les vertus qui leur sont recommandées par leurs règles, et particulièrement d'une profonde humilité, d'une parfaite obéissance et duu graud détachement des créatures; et surtout elles useront de toutes les précautions possibles pour conserver parfaitement la chasteté du corps et du cœur.
m Elles penseront souvent à la fin principale pour laquelle Dieu a voulu qu'elles fussent envoyées en la paroisse où elles se trouvent, qui est île servir les pauvres malades, non-seulement corporellemeut en leur administrant la nourriture et les médicaments, mais encore spirituellement, en procurant qu'ils reçoivent de bonne heure les sacrements. £n sorte que tous ceux qui tendront a la mort partent de ce monde en bon état, et que ceux qui guériront fassent une bonne résolution de bien vivre à l'avenir, iit pour mieux leur procurer ce secours spirituel, elles y contribueront autant que leur petit pouvoir et le peu de temps qu elles ont pour cela leur permettront, et selon que la qualité et condition des malades le requerront. Or le secours qu'elles tâcheront de leur donner sera parliculièremeut de les consoler, encourager et instruire des choses nécessaires à salut ; leur faisant faire des actes de foi, d'espérance et de charité envers Dieu et envers le prochain, et de contrition; les exhortant de pardonnera leurs ennemis, et de demander pardon à ceux qu*ito ont offensés; de se résigner au bon plaibir de Dieu, soit pour souffrir, soit pour guérir, soit pour mourir, boit pour vivre, cl autres semblables actes, non tous a la fois, mais un peu chaque jour, elle plus succinctement qu'il leur sera possible, de peur de les ennuyer.
• Surtout elles se douueront à Dieu, pour les disposer à faire une bonne confession générale de toute leur vie, particulièrement s'ils sont pour mourir de leur maladie; leur représentant l'importance qu'il yadehLbicnfaire, et leureustiguant la manière delà bien faire; leur disant, entre autres choses, quils ne rendront pas seulement
compte des pochés commis depuis leur dernière confession , mais encore de tous les autres qu'ils ont jamais faits, tant confessés qu*oal)liés ; que s'ils ne sont pas en état de faire cette confession de toute tour vie, elles les exciteront à concevoir du moins une contrition générale de tous leurs péchés, avec un ferme propos de vouloir plutôt mourir que de les plus commettre, moyennant la grâce de Dieu.
• Si les malades reviennent en convalescence, et puis retombent une ou plusieurs fois, elles auront soin de les exhorter à receToir derechef les sacrements, même celui de TExtrème-Onction, et de leur procurer ce grand bien. Si elles se trouvent à leur dernier passage, elles les aideront à bien mourir, en leur faisant faire quelquesuns des actes ci-dessus rapportés et priant Dieu pour eux.
• Kt s'ils guérissent, elles redoubleront leurs soins pour les exciter n profiter de leur maladie et de leur guérison, en leur représentant (|ue Dieu les a faits malades du corps pour guérir leurs âmes, etqu'il leur a re^loiiné la santé corporelle pour la bien employer à faire péiiileiice et ù mener une bonne vie; et partant qu'ils doivent faire de i'urtes résolutions d'accomplir tout cela, et renouveler celles qu'ils ont faites au fort de leur mal; leur conseillant quelques petites pratiques selon leur portée, comme de prier Dieu à genoux soir et matin, se confesser et communier plusieurs fois Tannée, fuir les occasions du péché, et semblables, le tout brièvement, simplement et humblement.
(c Et de peur que ces services spirituels qu'elles leur rendent ne préjudicient aux corporels qu'elles leur doivent, ce qui arriveraitsii [)our s'amuser trop longtemps à parler à un malade, elles faisaient souffrir les autres, faute de leur porter de bonne heure la nourriture ou les médicaments nécessaires, elles tâcheront de bien prendre en cela leurs mesures, réglant leur temps et leurs exercices selon que le nombre et le besoin des malades sera grand ou petit. £t parce que leurs emplois du soir ne sont pas ordinairement si pressants queceux du matin, elles pourront prendre ce temp8*là pour les instruire ou exhorter en la manière qui a été marquée, particulièrement lorsqu'elles leur portent les remèdes.
« Eu servant les malades, elle ne doivent considérer que Dieu, et partant ne prendre non plus garde aux louanges qu'ils leur donnent qu'aux injures qu'ils leur disent, si ce n'est pour en faire un bon usage, rejetant intérieurement celles-là, en se confondant dans leur néant, et agréant celles-ci pour honorer les mérites faits au Fils de Dieu en la croix par ceux mêmes qui en avaient reçu tant défaveur» et de grâces.
« Elles ne recevront aucun présent, tant petit soit-il, des pauvres qifelles assistent, se gardant bien de penser qu*ils leur soient obligés pctar le service qu'elles leur rendent; vu qu*au contraire elles leur en doivent de reste, puisque pour une petite aumône qu'elles font, non de leurs biens propres, mais seulement d*un peu de leurs soins, elles se font des amis dans le ciel, qui ont droit de les recevoir un jour dans les tabernacles éternels; et même, dès cette vie, elles reçoivent, au sujet de ces pauvres qu'elles assistent, plus d'honneur et de vrai contentement qu'elles n'en eussent jamais osé espérer dans le monde, dont elles ne doivent pas abuser, mais plutôt entrer en confusion, dans la vue qu'elles en sont indignes. »
Yoilà les principaux règlements que M. Vincent a donnés à ces vertueuses (il les, par lesquels on peut connaître dans quel esprit il les élevait, et à quel degré de perfection il les portait ; et, à plus forte raison, de quel esprit il était rempli lui-même, et combien abondantes étaient les grâces et les lumières dont Dieu avait comblé son Ame, et qu'il répandait avec tant de bénédiction sur les antres.
Il leur a encore donné en diverses rencontres plusieurs bons avis pour se bien comporter à l'égard de quelques personnes particulières, par exemple, envers messieurs les ecclésiastiques des paroisses oii elles seraient résidentes : « Il leur reconunandait d'un côté un grand respect envers eux, et d'un autre de ne les visiter, ni leur parler qu'au confessionnal, sans nécessité; de n'aller jamais seules chez eux, ni les recevoir de même chez elles dans leurs chambres; dans les maladies, ne les traiter ni leur fournir des remèdes; ne se charger du blanchissage des surplis, aubes et autre linge d'église, ni de la netteté et ornement des églises et des autels, ni du soin et entretien de la lampe, et autres semblables occupations; lesquelles, quoique saintes, ne sont pas conformes à leur institut, parce qu'elles les détourneraient du service des pauvres.
« Et a l'égard des laïques et séculiers, de quelque condition qu'ils soient, il leur recommandait de ne les pas visiter non plus sans nécessité, ni perdre le temps et se familiariser trop chez eux ; de ne se charger, quand ils sont malades, du traitement de leurs personnes ni de leurs enfants, serviteurs ou domestiques; et enfin de ne s'occuper de leurs affaires, ménages, remèdes, etc. ; tout cela n'étant point de leur institut, qui les applique au service des pauvres malades, et non pas des riches. Et il leur recommandait toutes ces choses comme plus importantes qu'elles ne paraissaient d'abord, vu que ces occupations étant ordinairement plus faciles, plus agréables et plus honorables selon le monde, elles s'y adonneraient plus volontiers
selon rinclinationdela nature, et ainsi peu à peu elles s'éloigneraiiSt de ce que Notrc-Seigneur demande d*elles, et de la lin pour laquelle notre petite compagnie a été instituée. ^
Outre les paroisses dans lesquelles ces bonnes filles travaillent poar le service des pauvres malades, il y a encore cinq hôpitaux dans Vùrn où elles sontemployées pour le niùmo clTet: l'^ celui ds THôtel-Diiu, où ellesaideut Us dames qui vont visiter les malades; 2" celui des Fofar.ts-Trouvés, où leur charité trouve un très grand exercice, ne se passant aucune année sans qu'on ne leur apporte trois ou quatre ceits de ces enfants qu'elles nourrissent et élè> eut avec unsoin admirable; 3'' celui des criminels condamnés aux gblères, où elles exercent le$ œuvres de miséricorde en un très- haut de^ré, puisque c'est à l'égard (1rs plus misérables au corps et en iàmc qu'on ne saurait presque s'imaginer; c'est pourquoi les sœurs qui y sont employées ont bestiin d'une grâce extraordinaire de Dieu : et AI. Vincent leur a aussi prescrit des pratiques conformes à ce besoin ; i** celui des Petites-Maisons, où elles ont soin de la nourriture, entretien et netteté^ des pauvres aliénés d'esprit qui y sont en grand nombre, de Tun et dt l'autre sexe, qu elles servent tant en santé qu'eu maladie, et traiicat avec une grande douceur et charité. 3IM. les administrateurs de cet hùpital ( nt rendu témoignage que ces bounes illles avaient retranche quantité de dé/ordres qui alldient à l'offense dcDieu,àlaruinedes biens de la maison, et à faltération de ces pauvres insensés, en sorte qu'on a été tr^ éditié et satisfait de leur conduite; 5^ enlin il y a Thùpital du Nomdc-Jésus, où (.iusieurs tant hommes que femmes en âge sont servis, acrommodéset assistés en toutes façons par ces charitables lilles.
Outre ces cinq hôpitaux quiles occupeutdans la seule ville de Paiis, et toutes les paroisses où elles sont employées, tant eu la même ville qu'en plusieurs lieux de la France, il y a encore beaucoup d'autk'es hôpitaux où elles reudeut service aux pauvres, comme Angers, Chartres, Chùleaudun, Uennebou, Saint-Jb'argeau, t'ssel, CaborSi Gex, etc., et même jusqu'en Pologne, en la ville de Varsovie, en te os lesquels lieux elles rendent service aux pauvres avecgraude bénéd'.ction. Nous rapporterons ici sur ce sujet une lettre que M. Vincent écrivit à mademoiselle Le Gras lorsqu'il fut question d'envoyer tnds de ses iiiles travailler en Poitou :
« Je prie Kotre-Seigneur, dit-il, qu^il donne sa sainte bénédictio là nos très-chères Sœurs, et qu'il leur lasse part de l'esprit qu'il adonne aux saintes dames qui raccompagnaient et qui coopéraient avec lui h l'assistance des pauvres malades et a l'iustruetion des enfants. U b m Dieu! quel bonheur à ces bonnes filles d'aller contiaoer au lieu où
dtefl sont envoyées la charité qne Notre- Seigneur a exercée sar la serre ! Oh ! que le ciel se réjouira de \oir cela ! et que les louanges y^'elles en auront en Tautre vie seront admirables ! mais avec quelle lûnie confiance paraitront-elies au jour du jugement, après tant de niâtes œuvres de charité qu'elles aurout exercées ! Certainement il me pemble que les courounes et les empires de la terre ne sont que de la boue, en comparaison du mérite et de la gloire dont il y a sujet d'espérer qu*elles seront un jour courounées.
« Il ue reste sinon qu^elles se comportent dans l'esprit de la sainte Yierge en leur voyage et en leurs emplois, qu'elles la voient souvent des yeux et de l'esprit, et qu'elles fassent toutes choses ainsi qu'elles •e représeuterout daus la peusée que pourrait faire cette très-sainte Dame. Qu'elles considèrent surtout sa charité et sou humilité. Qu'elles Mieut bien humbles à l'égard, de Dieu, cordiales entre elles, bienfai- •antes a tous, et à édiiicatiou eu tous lieux. Qu'elles fassent leurs exercices de pieté tous les matius ou avant que les coches partent, ou sur les chemius; qu'elles diseut leur chapelet et porteut avec elles quelque petit livre dt; pieié pour le lire ; qu'elles contribuent auxentretieus qui se feront de Dieu et uullemeut a ceux du moude, et moins encore aceux qui seraient trop libres ; euliu, qu'elles soient des rochers contre les faïuniarUes que les hommes voudraient prendre avec elles. « Etant arrivées au terme de leur voyage, elles iront d'abord saluer leTrefi-Saint-Sacremeui, verront M. le curé, recevront ses ordres, et tâcherout de lee accomplir a l'égard des malades et des eufants qui irout ai' école. Elles leroutce qu'elles pourrouL pour proliter aux âmes pendant qu'elles traitc-rout les corps des pauvres malades; elles obéiront aux oUicières de la Charité, et les auimerout as all'ectiouner à la pratique du règlement; elles se confesseront tous les huit jours, etc. EL coutiuuaut de la sorte, il se trouvera devant Dieu qu'elles auront nieue une vie fort sainte, et que, n'étant que de pauvres lilles sur la terre, elles deviendront de grandes reines dans le ciel. C'est ce que je demande a Dieu, etc. »
Or comme daus lous ces hôpitaux il y a souvent un grand nomre de malades a servir, et qu'elles sont ordinairement en petit nombre eu chaque hôpital, cela est cause qu'elles se trouvent assez souvent lort surchargées. C'est ce qu'une des sœurs qui avait été envoyée ea on hôpital représeuta un jour par lettre à iM. Vincent, en ces teroiee :
« Monsieur, nous sommes accablée;) de travail et nous y succom-
heroiM û nous ue ^omiUvis secourues : je suis coutraiute de vous tra-
riw Ipeade ligues la nuit eu veiliaut les milalvîs, i\'d^«v\\\. ^m^nxw
roMclic le jour ; et en vous écrivant, il faut que j*exhorte deux moribonds. Je vais tantôt à l'un, lui dire : Mon ami, élevez votre cœur à Dieu, demandez-lui miséricorde; cela fait, je reviens écrire une on deux lignes, et puis je cours à Tautre lui crier : Jismj Maria ! mon ])ieu,j*cspère en vous; et puis je retourne encore à ma lettre; et ainsi je vais et viens, et je vous écris à diverses reprises, et ayant l'esprit tout divisé. C'est pour vous supplier très-humblement de nous envoyer encore une Sœur, etc. •
M. Vincent, lisant cette lettre, admira Tesprit de cette fille dansée trait de son éloquence naturelle, qui était très-puissant poar exprimer son besoin, et pour le persuader d*y apporter remède et loi envojxT du secours.
Mais ce qui met le comble à la charité de ces bonnes filles est le grand travail qu^elles ont entrepris par obéissance, et avec ane sincère affection, non-seulement dans tous les lieux dont nous avons parlé, mais jusque dans les hôpitaux des armées, où le zèle de lear charitable supérieur les a envoyées, avec les précautions nécessaires pour y prendre le soin des soldats blessés et des autres malades, comme à l'hôpital de Réthel pendant le dernier siège, et depuis i Calais durant le siège de Dunkerque, où il y en eut deax qui consumèrent saintement leur vie dans cet office de charité.
M. Vincent recommandant un jour aux prières de sa communauté ces bonnes filles, dit les paroles suivantes, que nous avons cm devoir insérer en ce lieu :
« Je recommande, dil-il, à vos prièn^s les Filles de la Charité que nous avons envoyées à Calais pour assister les pauvres soldats blessés ; de quatre qu*elles étaient, il y en a deux décédées, qui étaient des |)lus fortes et robustes de leur compagnie ; cependant les voilà qui ont succombé sous le faix. Imaginez-vous, Messieurs, ce que c'est que quatre pauvres filles à l'entour de cinq ou six cents soldats blessés et malades. Voyez un peu la conduite et la bonté de Dieu de s'être suscité en ce temps une compagnie de la sorte : pourquoi faire? Pour assister les pauvres corporeLlement et môme spirituellement, en leur disant quelques bonnes paroles qui les portent à penser à leur saint; particulièrement aux moribonds, pour les aider à bien mourir ; leur faisant faire des actes de contrition et de confiance en Dieu. En vérité. Messieurs, cela est touchant ; ne vous semble-t-il pas que c'est une action de grand mérite devant Dieu que des filles s'en aillent avec tant de courage et de résolution parmi des soldats, les soulager en leurs besoins, et contribuer à les sauver; qu'elles aillent s'expoer à de si grand travaux, et môme à de fâcheuses maladies^ et enfin
à la mort, pour ces gens qui se sont exposés aux périls de la guerre pour le bien de l'État?
« Nons voyons donc combien ces panvres filles sont pleines de zèle de 8a gloire et de l'assistance du prochain. La reine nous a fait l'honnear de nous écrire pour nous mander d'en envoyer d'autres à Calais, afin d'assister ces pauvres soldats; et voilà que quatre s'en vont partir aujourd'hui pour cela. Une d'entre elles, âgée d'environ cinquante ans, me vint trouver vendredi dernier à l'Hôtel-Dieu, où j'étais, pour me dire qu'elle avait appris que deux de ses sœurs étaient mortes à Calais, et qu'elle venait s'offrir à moi pour y être envoyée à leur place, si je le trouvais bon. Je lui dis: Ma Sœur, j'y penserai : et bier elle vint ici pour savoir la réponse que j'avais à lui faire. Voyez, Messieurs et mes Frères, le courage de ces filles à s'offrir de la sorte, et s'offrir d'aller exposer leur vie, comme des victimes, pour l'amour de JésusCbrist et le bien du prochain : cela*n'est-il pas admirable? Pour moi, je ne sais que dii^ à cela, sinon que ces filles seront mes juges au jour du jugement. Oqi, elles seront nos juges, si nous ne tommes disposés comme elles à exposer nos vies pour Dieu, etc. C!omme notre Congrégation a quelque relation à leur compagnie, et que Kotre-Seigueur s'est voulu servir de celle de la Mission pour donner commencement à celle de ces pauvres filles, nous avons aussi obligation de remercier Dieu de toutes les grâces qu'il leur a faites, et de le prier qu'il leur continue par sa bonté infinies les mêmes bénédictions à l'avenir.
« Vous ne sauriez croire combien Dieu bénit partout ces bonnes filles, et en combien de lieux elles sont désirées. Un évêque en demande pour trois hôpitaux, un autre pour deux ; un troisième en demande aussi, dont on me parla encore il y a trois jours, et on me pressa de lui en envoyer. Mais quoi? il n'y a pas moyen, nous n'eu avons pas assez. Je demandais l'autre jour à un curé de cette ville, qui en a dans sa paroisse, comment elles faisaient ? Je n'oserais vous rapporter le bien qu'il m'en a dit. Il en va ainsi des autres, qui plus, qui moins. Ce n'est pas qu'elles n'aient des défauts ; hélas ! qui est-c^ qui n'en a point? mais elles ne laissent pas d'exercer la miséricorde, qui est cette belle vertu de laquelle il est dit que le propre de Dieu est la miséricorde. Nous autres, nous l'exerçons aussi, et nous la devons exercer toute notre vie; miséricorde corporelle, miséricorde spirituelle, miséricorde aux champs, dans les missions, en accourant aux besoins de notre prochain ; miséricorde à la maison, à l'égard des exercitants qui sont en retraite chez nous, et à l'égard des pauvres, et en tant d'autres occasions que Dieu nous présente. Enfin
nous devons toujours Otre gens de niiséricordCy si nous voulons faire en tout et partout la volonté de Dieu, etc. »
^^ous ne devons pas omettre ici une chose di^nc de remarque, qiii est que, comme les premières missions que M. Vincent a faites dûu les paroisses dos villages ont donné occasion à la naissance d'une Congrégation de missionnaires, de mùme aussi les Confréries de la Charité qu'il a étahlii's dans les paroisses ont produit une Compagnie de Filles de la Charité, sans aucun dessein prémédité, mais par an ordre secret de la divine Provideiice#l)e sorte qu*aprcsDieu, Imstitution de ces deux compagnies, leur accroissement, leur utilité, leurs règlements et leurs prati(|ues viennent du zèle, de la prudence et de la piété de ce sage instituteur, qui les a vues éclore de ses travaux, et qui les a cultivées par sa douce conduite, soutenues et affermies sur des appuis et sur des fondements infaillibles, tels que sont ceux de TÉvangile, et qui les a enfin consacrées toutes deux a l'amour de Dieu et du prochain, mais à un amour elTectif et de pratique, qui embrasse toutes les œuvres de miséricorde, spirituelles et corporelles. (^Vst à quoi il s*est lui-môme dédié et consumé ; c'est le chemin qu'il a frayé à Tuu et à l'autre sexe, pour parvenir assurément à leur perfection. VA pour faire voir la sainte convenance qae ces deux com|)agnies ont entre elles et avec les chrétiens de la primitive Kglise, je rapporterai ici ce que lui-même en a remarqué dans une lettre qu'il a écrite à un prêtre de sa Congrégation, lequel lui avait fait cette objection : Ponnpioi les missionnaires, qui ont pour règle de ne î-e point clijrger de la conduite d'aucunes religieuses, ont néanmoins la direction des Filles de la (Charité? A quoi il lit la réponse suivante, qui est considérable sur ce sujet. Elleestdu7 février IGCÛ.
<* Je rends grâces à Dieu des sentiments qu'il vous a donnés sur ce que je vous ai écrit touchant les religieuses; j'en suis fort consolé, voyant que vous avez connu riniportauce des raisons que la Congrégation a eues de s'éloigner de leur serAice, pour mettre empêchement à celui que nous de\ons au pauvre peuple.
« lu parce que vous d.'sire/. être édairci du sujet qui nous a fait prendre le soin dos LMles de la Cliarilé, en demandant pourquoi la Congrégalio:i, (jui a |)i)ur m ixime de ne s'occuper à la direction des reîigieuNes, se nuM-.j jiéanniolns de ces fuies là?
« 1" Je vous dirai, Monsieur, que nous ne blâmons pas F assistance dc'yy reli^ieu-^es : a-i oritraire, nous louons ceux qui les servent, co.nnc les ép.)u>Lvs dj AolreSji^UMir, <iui ont renoncé au monde cl a ses vanités pour s'unir à leur souverain bien : mais tout ce qui est loisible aux autres prêtres n'est pas expédient pour nous.
« 2* Qoe les Filles de la Charité ne sont pas religieuses, vwb des ties qui vont et vienuent comme des séculières. Ce sont des persones de paroisses sous la coudait^ de M tf . les curés oii elles sout étalies. Et si nous avons la direction de la maison où elles sont élevées, est parce que la conduits de Dieu, p^ur donner naissance à leur lelite compagnie, s'est servie de la nôtre : et vous savez que des a^mes causes que Dieu emploie pour donner Tètre aux choseSi il *en sert pour le leur conserver.
« 3* Notre petite Congrégation s*est donnée à Dieu pour servir le Muvre peuple corporeltement et spirituellement, et cela dès son ommcnoement : en sorte qu*en même temps qu'elle a travaillé au alat des âmes par les missions, elle a établi un moyen de soulager es malades par les Confréries de la Chanté, et le Saint-Siège a ap- >ronvé cela par les bulles de notre institution.
« Or, comme la vertu de miséricorde a diverses opérations, elle a [K>rté la Congrégation à plusieurs et difféi entes manières d'assister les pauvres. Témoin le service qu'elle rend aux forçats des galères et aux M-^laves de Barbarie. Témoin ce qu'elle a fait pour la Lorraine et sa ^.inde désolation; et depuis pour les frontières ruinées de Champa- ^e et de Picardie, où nous avons encoro nn des nôtres insessam* HK-nt appliqué h la distribution des aumAnes. Vous è'ei) vous-même :émoin, Monsieur, du secours qu'elle a apporté au peuple des environs de Paris, acciblé de famine et de maladie, ensuite du séjour des innées. Vous avez eu votre part à ce grand travail, vous en avez )ensé mourir, ainsi que beaucoup d'auti es qui ont donné leur vie )our la conserver aux membres souffrants de Jésus-Christ, leqnelen »I maintenant leur nksompense, et un jour il sera la vôtre. Les Dancs de la Charité de Phris sont encore autmt de témoins de la gi*âce le notre vocation, poui contribuer avec elles à quantité de bonnes eovres qu'elles font, et dedans et dehors la ville.
« Cela posé, les Filles d.'^la Charité étant entrées dans l'ordre de la Providence, comme un mo} en que Dieu nous donne de faire par leurs nains ce que nous ne pouvons faire par les nôtres, en l'assistance corporelle des pauvres malad3s, et de leur dire par leur bouche que!lue mot d^instruction et d'encouragement pour leur salut, nous avons lussi obligation do les aider à leur propre avancement en la vertu, }onr se bien acquitter de leurs exercices charitables.
« Il y a donc celte différence entre elles et les religieuses, que la )bipart des religieuses n'ont pour fin que leur propre perfection , au ien que ces filles sont appliquées, comme nous, au soulagemen t du irocbain. Et si je dis avec nous, je np dirai rien de contraire à l'Évan-
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gile, mais fort conforme à l*usage de la primitive Église; car Notre- Scigneur prenait soin de quelques femmes qui le suivaient; etnoQS voyons dans les Actes des Apôtres qu'elles administraient les vivres aux fidèles, et qu elles avaient relation aux fonctions apostoliques.
« Si Ton dit qu'il y a danger pour nous de converser avec ces filles je réponds que nous avons pourvu à cela, autant qu'il se peut faire, en clablisKaiit cet ordre eu la Congrégation, de ne les visiter jamais diei elles, dans les paroisses, sans nécessité et sans permission expresse du supérieur. £t elles-m(>mes ont pour régie de jfaire leur clôture de leur chambre, et de n'y jamais laisser entrer les hommes.
« J'espère, Slousieur, que ce que je viens de répondre à votre difficulté vous satisfera, etc. »
M. Vincent faisait des conférences spirituelles à ces filles, où se trouvaient celles qui sont dans les paroisses et hôpitaux de Paris, au nombre de quatre-vingts ou cent, qui s'assemblaient pour cet effet en la maison où réside leur supérieure, selon Tavis qu'on leur donnait auparavant ; et on leur envoyait même par écrit le sujet qu'on y devait traiter, sur lequel elles s'appliquaient dans l'oraison. Il en faisait ordinal rement parler plusieurs, tant pour leur ouvrir l'esprit aux choses spirituelles que pour faire part aux autres des bonnes pensées que que Dieu leur avait données, et pour leur faire mieux considérer Timportance de la vie chrétienne et parfaite, à laquelle il voulait les élever : et lui-mùme, pour conclure, leur faisait chaque fois pendant une demi-heure, et quelquefois une heure et plus, un discours si conforme à leurs besoins et à leur portée, si net et si persuasif, qu'elles eii retenaient et emportaient la meilleure part, et devenaient par la pratique de ces saints enseignements plus intérieures et spirituelles. Elles ont même recueilli plus de cent de ces entretiens de leur bon Père, ([u'elles lisent et relisent encore tous les jours en leur maison maternelle, pour s'en nourrir en attendant qu'on les fasse imprimer, afin que celles qui sont plus éloignées participent aux fruits de cette bonne lecture.
CHAPITIU: X,
LES ASSEMBLEES DES DAMES I)B LA CHARrTK DE PARIS.
Comme nous avons parlé assez amplement dans le premier livre de origine et du progièsdecette dévote assemblée des Dames de la Cha
i de Paris, qui ont toajoars reconnu H. Vincent pour celui qui, es Dieu, en a été le premier auteur et le très-sage directeur, ce pitre servira seulement d'un petit supplément des chosesqui n'ont été dites, et qu'on a jugé à propos de ne pas omettre. St premièrement il est à observer que ces dames ayant été assem- » pour secourir les pauvres de i'H6tel-Dieu, leur charité ne s'est lK)rnée à cette seule bonne œuvre ; mais par une grâce toute sinière qu'elles ont reçue de Dieu, par l'entremise de leur sage direcr, elles ont entrepris, sous sa conduite et par ses avis, plusieurs res choses très-importantes pour la gloire de Dieu, pour le service son Église et pour le salut des âmes. Car outre ce qu'elles ont fait Hôtel-Dieu pour le service des malades et pour le bon ordre de aaison, elles ont encore pris le soin de la nourriture et de l'éduca- I des pauvres enfants trouvés de la ville et des faubourgs deParis,qui ent auparavant dans un étrange abandon, et qui sont obligés à leur rite non-seulement de la vie qu'elles leur ont sauvée, mais aussi des re assistances spirituelles qui leur sont données, pour mener une chrétieiine et pour faire leur salut.
Test par leur moyen que la maison des Filles de la Providence a été iïnée pour y recevoir, instruire, occuper et mettre en assurance sieurs honnêtes filltp » qui sans ce lieu de retraite seraient en grand iger, pour n'avoir aucun établissement, ni condition ou refuge 18 Paris.
)iea s'est aussi voulu servir des mêmes dames pour poser comme premiers fondements de l'Hôpital-Général, ainsi qu'il a été dit dans premier livre; et celui qui a été établi à Sainte-Bcine, où l'on fee tant d'œuvres de miséricorde, est aussi beaucoup redevable ù r charité.
Elles ont encore notablement contribué à l'entreprise et à l'entre- 1 de plusieurs missions dans les pays étrangers, comme aux îles brides, à Madagascar, etc.; et leur zèle a fait ressentir son ardeur que dans les régions les plus éloignées des Indes, où elles ont par irs bienfaits facilité Tenvoi de plusieurs missionnaires; et outre a elles ont encore dé[>loyé leurs libéralités pour contribuer aux frais voyage que MM. les évéques d*Héliopol s, de Bérite et de Métel olis ont entrepris, avec la bénédiction du £iaint-Siége ecclésiastique, Tunquiu et à la Chine, pour aller en cif vastes provinces travailà la conversion des infidèles et à l'accroissement du royaume de IM-Christ.
Enfin elles se sont employées avec une charité infatigable, et avec I danses incroyables, à secourir et assister pendant tout le temps
des guerres passées la Lorraine, la Ghampagae, la Picardie, et quantité d'autres Hou\ qui oiitcté les plus arfligés de ce flé-iu, ainsi qu'il se verra d.ius lo chapilro suivant .
El toutes ces «xraniliîs entreprises et ces saintes œuvres se sont faites par ces vertueuses clames, avee un ordre, une humilité, une digerélion, un zèle et une persévérance admirable, sous la sags conduite de M. Vincent, (|ni animait cette dévote compagnie de son esprit, et lui inspirait la même ferveur et charité dont il était rempli; et pour le faire connaître comme dans un tableau raccourci, nous rapporterons seulement ici ce (|ni s'est passé en un entretien fait par ce sage et zélé directeur, en une assemblée générale et extraordinaire de eesdames tenue chez madame la duchesse d' Ai|;uillon qui en était la supérieure' : il fut secrètement recueilli , en même temps qu'il le prononçait, par le missionnaire qui l'accompagnait. Le lecteur sera consolé d'y voir d'un côté la prudence et la piété de M. Vincent pour insinuer tri'S à propos dans l'esprit de ces dames divers sentiments de vertu, et, d'un autre, la diversité et la multitude des biens qu'il a faits avec elles, dont la va!eur est inestimable.
Après avoir invoqué le Saint- Ksprit par l'antienne, Fewt, Saneie Spiritus, à genoux, et chacune desdamesayant pris sa séance, il lear ])arla en la manière qui suit :
« Mesdames, le sujet de cette assemblée regarde trois fins : la première est pour proeéilcr à une nouvelle élection d'oflicières, s'il est jugé à propos; la seconde, pour donner connaissance à la compagnie des œuvres que Dieu lui a fait lagri^ce d'entreprendre; et la troisième, pour considérer les raisons que vous avez, Mesdames, de vous donner à sa divine bonté, afin qu'il lui plaide \ous faire la grâce de soolenir et de contenir ces œuvres commencées.
« Pour l'élection, on en parla vendretli dernier en l'assemblée ordinaire, laquelle est compo-^ée des ofllcières et de quelques autres dames : les nril-iiTcs faisuîit instancîi (fifon en élise de nouvelles, et les antres étant d'avis qu'on les prie de continuer leurs charges jusqu'à Pàque»;; et p:iree que vous, Mesdames, avez voix délil)érative sur ce sujet, non^ Ic"; prendrons à la lin de ce discours, pour savoir si les officières doivent continuer, ou si vous procéderez & une nouvelle élection.
• Quant h l'état des affaires, nous commencerons s'il vous plaît par riIHcl-Dicu, qui adonnésujetà la naissance de la compagnie; c'est le roulement sur lequL'l il a plu à Dieu d'établir les autres œuvres qu'elle a entreprises, et c'est la source des autres biens qu'elle a faits. •
* Ce fut l€ Il juillet i«5:.
Il prit après en main l'état de la recette et de la mise, dont il fit la lectare tout haut, et il se trouva que la dépense de la collation que Ton avait portée aux pauvres malades tous les jours, depuis un an ou environ que s'était faite la dernière assemblée générale, se montait à 5 ,000 livres, et la recette à 3,500; de sorte, qu'il se trouva plus de dépensé que de reçu, 1,500 livres. ^
#£t reprenant son discours : « Gela, leur dit-il, a pu provenir de ce qu'il est décédé nombre de dames qui étaient de l'assemblée, et qu'il ne s'en remet pas d'autres : c'est pourquoi. Mesdames, vous avez été en partie assemblées pour voir les moyens de faire subsister cette bonne œuvre, laquelle a été commencée et continuée depuis tant d'aunes par des manières imperceptibles à d'autres qu'à Dieu, et avec tant de bénédiction de sa part, qu'il y a grand sujet de Feu remercier.
« O Mesdames, que vous devez bjcn rendre grâces à Dieu de l'attention qu'il vous a fait faire aux besoins corporels de ces pauvres malades : car l'assistance de leur corps a produit cet effet de la grâce, de vous faire penser à leur salut en un temps si opportun, que la plupart n'en ont jamais d'autre pour se préparer à la mort; et ceux qui relèvent de maladie ne penseraient guère à changer de vie sans les bonnes dispositions oii l'on lâche de les mettre. »
11 lut ensuite la dépense des frontières de Champagne et de Picardie, qui porte que, « depuis le 15 juillet 1650 jusqu'au jour de la dernière assemblée générale, on a envoyé et distribué aux pauvres trois cent quarante-huit mille livres; et depuis la dernière assemblée générale jusques aujourd'hui, dix-neuf mille cinq cents livres, qui est peu au prix des années précédentes.
Ces sommes (dit-il, continuant son discours) ont été employées pour nourrir les pauvres malades, pour retirer et entretenir environ huit coûts enfants orphelins des villages ruinés, tant garçons que filles, que Ton a mis en métier ou en service, après avoir été instruits et habillés; pour entretenir nombre de curés dans leurs paroisses ruinées, lesquels auraient été contraints d'abandonner leurs paroissiens, pour ne pouvoir vivre avec eux, sans celle assistance ; et enlin pour raccommoder un peu quelques églises qui étaient dans un si pitoyable état, qu'on ne le peut dire sans frémir d'horreur.
« Les lieux où l'argent a été distribué sont les villes et les environs de Reims, Réthel, Laon, Saint-Quentin, Haut, Maries, Sedan et Arras.
• Sans comprendre les habits, draps, couvertures, chemises, aubes, chasubles, missels, ciboires, etc., qui mouleraient à des som-* Loonsidérables, si cela était supputé.
« Certes, Mesdames, on ne peut peuser qu'avec admiration an grand nombre de ces vêtements, pour des hommes, des femmes et des enfants, et aussi pour des prèlres ; non plus qu*aux divers ornements pour les églises dé[)ouillées, et réduites à une telle pauvreté, qu'il se j)cut dire que sans cette charité la célébration des saints mystères en était bannie, et que ces lieux sacrés n'auftiient servi qu'à des usages profanes. Si vous aviez été chez les dames chargées des bardes, voAs auriez vu leurs maisons tMre comme des magasins et des boutiques de gros marchands.
" Boni soit Dieu, Mesdames, qui vous a fait la ijràce de couvrir Nolre-Seij;iieur en ses pauvres membres, dont la plupart n'avaient que des haillons, et plusieurs enfants étaient nus comme la main. La nudité des (illes et des femmes était môme si grande, qu'un homme qui avait tant soit peu de pudeur n'osait les regarder, et tous étaient pour mourir de froid dans la rigueur dts hivers. 0 combien vous êtes obligées à Dieu de vous avoir donné l'inspiration et le moyen de pourvoir à ces ^Tauds besoins ! Mais à combien de malades n'avez-vous pas sauvé la vie? Car ils étaient abandonnés de tout le monde, couchés Kin- la terre, exposés aux injures de l'air, et réduits à la dernière ex* tréniité par les gens de guerre et par la cherté des blés. A la vérité il y a quelques années que leur misère était plus grande qu'elle n'esta cette heure, et alors on envoyait jusqu'à seize mille livres par mois- On s'animait à donner, à la vue du danger où étaient les pauvres de périr s'ils n'étaient promptement secourus, et on s'échauffait les un» les autres en charité pour les assister ; mais depuis un an ou deux, le temps étant un peu meilleur, les aumônes ont beaucoup diminué. 11 y a néanmoins encore près de quatre-vingts églises en ruine; et les pauvres gens sont obligés d*aller chercher une Messe bien loio. Voyez où nous en sommes î On a commencé à y faire travailler, par la jjrovidence que Dieu a sur la compagnie.
« Or, Mesdames, le récit de ces choses ne vous attendrit-il pas le cœur? n'ètes^vous pas touchées de reconnaissance envers la bonté de Dieu sur vous et sur ces pauvres affligés ? Sa providence s'est adressée a quelques dames de Paris, pour assister deux provinces désolées; cela ne vous parait-il pas singulier et nouveau? L'histoire ne dit point que chose semblable soit arrivée aux dames d'Espagne, d'Italie, ou de quelque autre pays ; cela était réservé à vous autres. Mesdames, qui êtes ici, et à quelques autres qui sont devant Dieu, où elles ont trouvé une ample récompense d'une si parfaite charité. Il en est mort huit de votre compagnie de[»uis un an. Et à propos de ces damesdéfuntes, ù Sauveur! qui leur aurait dit, la dernière fois qu'elles s'assemblèreuty que Dieu les ««^nellerait avantlaprochaioe assemblée?
quelles réflexions n'auraient-elles pas faites sar la brièveté de cette vie et sur Timportance de la bien passer? Combien auraient-elles estimé la pratique des bonnes œuvres ? Et quelles résolutions n'auraient-elles pas prises pour s'adonner plus que jamais à Tamour de Dieu et du prochain, avec plus de ferveur et plus d'effets ? Donnons-nous à Dieu pour entrer dans ces sentiments. Elles jouissent maintenant de la gloire, comme il y a sujet d'espérer; elles éprouvent combien il est bon de servir Dieu et d'assister les pauvres ; et au Jugement elles entendront ces agréables paroles du Fils de Dieu : Venez, les bien-aimées de mon Père, posséder le royaume qui vous a été préparé ; parce qu'ayant eu faim, vous m'avez donné à manger ; ayant été nu, vous m'avez habillé ; étant malade, vous m'avez visité et secouru, etc. Belle pratique. Mesdames, de vous offrir à Dieu, et moi avec vous, pour nous rendre dignes, tandis que nous en avons l'occasion, d*ètre un jour de ce bienheureux nombre, et nous proposer le bien que nous voudrions faire, si nous étions persuadés que ce sera peut-être ici la dernière assemblée où nous nous trouverons. En voilà huit en un an. Otezen autant pour chacune des années passées, vous trouverez le nombre de la compagnie beaucoup diminué. Il allait du commencement à deux et à trois cents, et pré^ntement il est réduit à cent cinquante. Je recommande à vos prières ces chères défuntes.
« Venons aux enfants trouvés, dont votre compagnie a pris le soin ; il se voit, par le compte de madame de Bragelonne, qui en est la tré- Borière, que la recette pour la dernière année monte à 16,248 livres, et la dépense à 17,221 livres.
• Et après avoir lu le nombre des enfants, tant de ceux qui sont encore aux nourrices des champs et de la ville, que des petits qui sont sevrés, et des grands qui sont en métier et en service, ou qui restent à Tbôpital, il s'en est trouvé trois cent quatre-vingt-quinze. « On a remarqué que le nombre de ceux qu'on expose chaque année est quasi toujours égal, et qu'il s'en trouve environ autant que de jours en Tan. Voyez, s'il vous plaît, quel ordre dans ce désordre, et quel grand bien vous faites, Mesdames, de prendre soin de ces petites créatures abandonnées de leurs propres mères, et de les faire élever, instruire, et mettre en état de gagner leur vie et de se sauver. Avant que de vous en charger, vous en avez été pressées, deux ans durant, par HM. les chanoines de ]Sotre-Dame. Comme l'entreprise était grande, vous y vouliez penser, et enfin vous y avez donné les mains, croyant que Dieu l'aurait très-agréable; ainsi qu'il l'a fait voir depuis. Jusque là, nul n'avait ouï dire, depuis cinquante ans, qu'un enfant trouvé eût vécu -, tous périssaient d'une façon ou d'autre «
C*était à vous Mesdames, que Dieu avait réservé la grâce d*eii hm vivre quantité, et de les faire bien vivre. En apprenant à parler, ils apprennent à prier Dieu, et peu à peu on les occupe, selon l'usage et la capacité d*un chacun; on veille sur eun pour les bicnréglef en leurs petites façons, et corriger de bonne heure en eux leurs maa* vaises inclinations, lis sont heureux d'être tombés en vos mains, et seraient misérables en celles de leurs parents, qui pour l'ordinaire sont gens pauvres ou vicieux. 11 n*y a qu*à voir leur emploi delà journée, pour bien connaître les fruits de cette bonne œuvre, qui est de telle importance que vous avez tous les sujets du monde. Mesdames, de remercier Dieu de vous Tavoir coniiée.
« Heste a vous dire quelques motifs qui obligent la compagnie de renouveler sa dévotion pour ces diverses œuvres de charité, que la miséricorde de Dieu u conduites au point que nous venons d'entendre, et dont les fruits ne se verront parfaitement que dans le ciel ; qai vous obligent, dis-je, vous toutes qui vous rencontrez ici, enrôlées en cette buintc milice, de continuer et augmenter votre première ferveur, et celles qui ne sont pas encore de la compagnie, a contribuer ce qu'elles pourront pour houlenir et accroître ces œuvres-là, qui ont tant de rapport a celles que Notre-Seigneur a faites et recommaudéei en faveur des pauvres.
a Le premier motif est que votre compagnie est un onvrage de Oieo, et non pas nu ouvrage des hommes. Je i*ai dit autrefois, les boaunes n'} bauraieiil atteindre ; Dieu donc s'en est mêlé : toute bonne action vient de Dieu, il est Fauteur de toutes les samtes œuvres ; il les faut toutes rapporter au dieu des vertus et au Père des miséricordes. Car à quoi doit-on référer la lumière des étoiles, qu'au soleil, qui en est l'origine? Et à quoi faut- il référer le dessein de la compagnie, qu aa Tere des miséricordes et au Dieu de toute consoiation, qui vous a choisies comme personnes de consolation et de miséricorde? Jamais Dieu n'appelle personne à un emploi, qu'il ne voie en elle les qualités propres pour s'en acquitter, ou qu'il n'ait dessein de les luiaonuer. C'est donc lui qui, par sa grâce, vous a appelées et unies ensemble; il a fallu que son mouvement \ous ait portées à ces trois sortes ds biens j ce n'est pas votre propre volonté qui vous les a fait embrasser, mais la bonté qu'il a mise en vous. Cela mérite bien que nous ^uscitlonsi'e^prit de charité entre nous en toutes ces manières. Quoît c'est Dieu qui m'a fait l'honneur de m'appeler, il faut donc que j*é* coule sa voix; c'est Dieu qui ma destinée aces exercices charitableSy il faut donc que je m'y applique. Il n'a pii voulu, MâsiameSi qae v(»^euxaientTal6urs>auveur|Commeoeud8iiiittSiiBéDa;maiail '
▼eot qoe tous entendiez sa voi\ pour aller oil il vous appelle, sinon aveuglément, comme saint Paul, du moins avec joie et tendresse : car deTentendre et de n'y pas répondre, ce serait vous rendre indignes de la grâce de votre vocation. J'ai vu naitre l'œuvre, j'ai vu que Dieu Ta bénie, je Tai vu comnicMicer par une ^imple collation que l'on portait aux malades, et maintenant j'en vois les suites, et des suites si avantageuses à sa gloire et au bien des pauvres. Ah ! il faut donc que je m'y porte. Quelle dut été de cœur, s'il y in avait quelqu'une qui négligeât de contribuer à la manutention de si grands biens que ceux-là !
■ Le second motif est la crainte que vous devez avoir que ces œuvrcS'Ià ne viennent à iondre et à s'anéantir en vos mains. Ce serait sans doute un grand nia;heur. Mesdames, et d'autant plus grand, que la grâce que Dieu vous a faite de vous y empto}er, est plus rare et extraorduiaire. Il y a huit cents ans, ou environ, que les femmes Q*ont point eu d'emploi public dans l'Eglise ; il y en avait auparavant qu'on appelait diacouet^ses, qui avaient soin de l'aire ranger les femmes dans les églises, et de ies instruire des cérémonies qui étaient pour lors en usa^c. Mais vers le temps de Gbar.emagne, par une conduite secrète de la divine Providence, cet usage ctssa, et voire sexe fut privé de tout emploi, sans que depuis il en ait eu aucun ; et voilà que cette même Providence s adresse aujourd hui à quelques- unes d'entre vous pour suppléer à cequimanquaitaux pauvres malades de Ttiôtel- Dieu. Elles répondent a sou desseiu et bientôt après, d'autres s' étant associées aux premières, Dieu les établit les mères des entants abandonnés, les directrices de leur bôpilal, et les dispensatrices des aumùues de Paris pour les proviuces, et priucipalement pour les désolées. Ces bonnes âmes ont répondu a tout cela avec ardeur et fermeté, par la grûce de Dieu. Ali ! Mesdames, bi tous ces biens venaient à foudre en vos mains, ce serait un sujet de grande douleur. Oh ! quelle désolation, quelle boute I 3iais que pourrait-on penser d'un tel désarroi? et (loù pourrait-il provenir? quelle en serait la cause? Que chacune de vous se demande dès a présent : Est ce moi qui contribue a faire déchoir cette saiule œuvre? qu y a-t il en moi qui me rende indigue de la souteuir? suis-je cause que Dieu ferme sa main à ses grâces? Sans doute, Mesdames, que si nous nous examinons bien, uous craindrons de n'avoir pas fait tout ce que nous avons pu pour le progrès de cette œuvre; et si vous en considérez bien 1 importance, vous la chérirez comme la prunelle de vus yeux et comme i instrumealde votre salut; et vous luteressaut, seiou Dieu, a sou avauce- > etj^lectiooi vous y porterez ies dames de votre connaissaaca*^
autrement on vous appliquera le reproche qne l'Évangile fait à un homme qui a commence un édifice, et qui ne Fa pas achevé. Yov avez établi les fondements d'une œuvre, et puis vous Tavei laisséeli. Cela, sans doute, est pressant, surtout si vous ajoutez que Totre édifice est un ornement à TÉglise, et un asile pour les misérables. Si donc par votre faute il vieut à dépérir, vous ôterez au public an sujet de grande édification, et aux pauvres un grand soulagement.
« Le Frère qu'on a employé pour la distribution de vos charités me disait : Monsieur, voilà les blés qu*on a envoyés aux frontièra, qui ont donné la vie à un grand nombre de pauvres familles ; elles n*cn avaient pas un grain pour semer, personne ne voulait leur cb prêter; les terres demeuraient en friche, et ces contrées-là s'en allaient désertes par la mort et par la retraite des habitants. On a employé jusqu a vingt-deux mille livres en un an, en semences, pour les occuper Tété et les nourrir Tbiver. Voyez, SIesdames, par lesbieni que vous avez faits, combien serait grand le malheur, s'ils venaient à manquer.
« Le troisième motif que vousavez pour continuer ces saintes œuvres, c'est rhouneur que Kotre-Seigneur en retire. Comment œhT Parce que c'est Tbonorer que d'entrer en ses sentiments, de les estimer, de faire ce qu'il a fait, et d'exécuter ce qu'il a ordonné. Or, ses sentiments les plus grands ont été le soin des pauvres, pour les guérir, les consoler, les secourir et les recommander .-c'était là son affection. Et lui-môme a voulu naître pauvre, recevoir en sa compagnie des pauvres, se mettre à la place des pauvres, jusqu'à dire que te bien et le mal que nous ferons aux pauvres, il le tiendra fait à sa personne divine. Quel plus tendre amour pouvait-il témoigner pour les pauvres; et quel amour, je vous prie, pouvons-nous avoir pour lui, si nous u aimons ce qu'il aime? Tant y a. Mesdames, c'est Taimer de la bonne sorte que daimer les pauvres; c'est le bien servir que de les bien servir, et c'est l'honorer comme il faut que de l'imiter. Gela étant, oh ! que nous avons sujet de nous animer à la continuation de ces bonnes œuvres, et de dire dès à présent dans le fond de nos cœon : Oui, je me donne à Dieu pour avoir soin des pauvres, et pour maintenir les exercices de la charité à leur égard ; je les assisterai, aimerai, recommanderai ; et, a Texemple de IN'otre-Seigneur, f aimerai eeox qui les consolent, et porterai respect à ceux qui les visitent et qui ks soulagent. Or, si ce débonnaire Sauveur se tient honoré imitation, combien plus devons-nous tenir à grand 1 rendre en cela semblables à lui.'^ Ne vous ses que voilà un motif très-puissant pour ranoi
ur. Pour moi, je pense que nous devons nous offrir ausa divine Majesté, afin qu*elle ait agréable de nous animer té, en sorte que l'on puisse dire désormais de vous toutes i charité de Jésus Christ qui vous presse, issez de motifs pour les âmes qui aiment le bon Dieu. 11 me vous nie dites aussi: Monsieur, nous sommes toutes péril est important de continuer les biens commencés, qu'il i fin qui couronne l'œuvre, et que non-seulement il faut et soulager les pauvres, mais de plus qu'il faut tâcher de e. Il ne resle qu à nous en donner les moyens, puisque, u, sous soniuics résolues et disposées de les employer pour ter les œuvres et continuer nos assemblées, micr moyen donc que je vous présente, Mesdames, est i all'ection intérieure et continuelle de travailler à votre t spirituel, et de vivre dans toute la perfection qui vous le; d'avoir toujours la lampe allumée au dedans de vous; i un désir cordial, ardent et persévérant de plaire à Dieu et r; eu un mot, de vivre en vraies servantes de Dieu. Celles ns ces dispositions attirent assurément les grâces de Dieu, îigneur nicme en leurs cœurs et en leurs actions. Vivant , vous obtiendrez la persévérance dans les bonnes œuvres, e Seigneur des miséricordes habitera en vous. Et d'autant Limes du monde ne s'accordent pas à cela, et que rien ne tant de l'esprit de Dieu que de vivre mondainement dans . que plus on est dans le faste, plus on se rend indigne de isus-Clirist, les Dames de la Charité se doivent éloigner de u monde, comme d'un air mlecté ; il faut qu'elles se déclarti de Dieu et de la charité. Je dis entièrement; car qui hérer tant soit peu au parti contraire, ce serait gâter tout lieu ne peut souiirir uu cœur partagé, il le veut tout, oui, il t. J'ai consolation de parler a des âmes qui sont toutes a ;es de tout ce qui peut les rendre désagréables à ses yeux, mtre celles qui se présentaient pour entrer en la compa* sait le choix de celles qui ne fréquentaient pas le jeu, ni ni d'autres passe-temps dangereux, et qui ne faisaient les en voulant taire les dévoles. 11 faut donc aïoir cette m ne verse ses grâces qu*en celles qui se séparent du grand B'approcheut de Dieu, et qui se récolligent pour s'unir à laits, par prières et par de saintes occupations, eu sorte ^nde sache qu'elles font profession de servir Diea. 1 y aora-t-il beaucoap de monde sauvé? Il y a devv^
portes pour aller en l'autre vie, l'une étroite et l'autre large : ii y ena peu qui passent par la première, et beaucoup par la seconde. Les Saints entendent par la porte large la liberté des mondains qui, se donnant carrière, suivent leurs appétits déréglés : et, pour ceun-là, ils n'ont autre part que la colère et la malédiction de Dieu, conformément à ce que dit saint Paul ; Si vous vivez selon la cbair, vous mourrez. O Sauveur, quelle menace ! Nous avons sujet de craindre que nous ne soyons de ce grand nombre qui va à perdition. Oui, si nous ne marchons par le chemin étroit.
« Les dames qui se donneront à Dieu pour vivre en vraies chrétiennes, e:i l'observance des commandements de Dieu, et s acquitteront des règles de la justice ; les mariées, en Tobéissance des maris ; ies veuves, en vivant comme veuves; les mères, eu prenant soin de ienre enfants; les maîtresses, de leurs serviteurs et servantes; et qui enfin ajouteront à ces devoirs ce que le bieuiieurcux évéque de Genève leur conseille, a savoir, d entrer dans les compagnies et confréries qui font profession particulière de vertu, et qui, recommandant quelque exercice extérieur de piétj et de miséricorde, portent aussi a la mortification des passious et a Tamour de Dieu : ces dameb-là marcheront par la bonne voie qui conduit en la vie. Entrez donc en cette compagnieou confrérie. Mesdames, vous qui n'y êtes pus encore euiùices, puisqu'elle fait son capital de n'avoir de cœur que pour Dieu, uide voloulé que pour l'aimer, ni de temps que pour le servir. 2Si on a de la cofflplaisance pour Je mari, c'est pour Dieu ; du soin pour les eufantf 0 e.-^t pour Dieu; de L'appiicatiou pour les allaires : c'est ainsi quou passe par la porte étroite du salut, et qu'on bc sauve.
n Kotre-Seigaeur avait all'aire a trois sortes de gens, aux Àpùtra aux uisciples et au peuple. Celui-ci le suivait quelque temps; luais après avoir goùié ses paroles de vie, il se relirait , ce qui obhgea Aotre* seigneur de dire a ses disciples : Lt vous, ne voulez-vous pas auKsi m abaudonnei ? il v a des personnes, Mesdames, qui, voyant que piuhieuit» d entre vous suivent conslauiineut >iulre-beigueur, par cechemin viioit Ue 1 exercice et du procliaiu, vou(ii*dieul hieu faire de même; cela leur parait beau; le trouvant néanmoins dilliciiCy elles ue uemeurent pus. Entre ceux qui furent n rme» u buivie iNolre-Scigueur, il se trouva des femmes aub»i bien que aes nommes qui le suivirent jusqu a ia croix: riies n eiuieni pus apùires, mais elles composaient unniojienétat, dont i'otlice lui depuis d adaiiuibirer auxÂpôlrea IfiWf* vivres, et de contribuer u leur saint miuiaiere. il est a souiia^tecaM ies Dames de la Churitc i*egarUent ces dévotes Jw modèles. 11 n'y a condition au monde qui ajig
que la vôtre : elles allaient d'un côlé et d'autre pour subvenir aux besoiuSy non-seulement des ouvriers de l'Évangile, mais des fidèles nécessiteux. Voilà votre office, Mesdames ; voilà votre partage. Bénissez Dieu de vous avoir appelées à ce bienheureux état, et vivez comme ces saintes femmes. Ayez tendresse et dévotion pour la bienheureuse Jeanne de Cusa et pour les autres dont il est parlé en saint Luc; ce faihaut, vous passerez par la porte étroite qui mène à la vie ; et, au dire de saiut Thomas, vous serez toutes sauvées, parce que, dit-il, personne ne se peut perdre dans l'exercice de la charité. Enfermous-nous donc dans l'enceinte de cette vertu ; tenons-nous aux pieds de Kotre-Seigueur et prions-le qu'il répande lumière, mouvement et chaleur eu votre esprit de plus eu plus, pour continuer jusqu'à la liu ce que vous avez commencé ; car, de ne pas faire demain de même qu aujourd'hui, ce serait reculer. £u la vie spirituelle il faut toujours avancer, et ou avance quand ou ne délaisse pas les bonnes pratiques. Piaise a Dieu de vous conserver dans les vôtres et de vous faire vivre comme les vraies mères qui n abandonnent jamais leurs eul'auts. Or, vous éles les mères des pauvres, obligées de vous comporter comme ^otie-^^eigneur qui eu est le père, qui s'est fait sembiauie a eux, cl qui e^l \euu pour les lUblruire, les soulager et nous lett recommduder. Laites de même, et fréquentez les lieux saints, coiiime boai les uopiuux, ei les peisouucs vertueuses, telles que sont et'lies ae votre coiapciguie : ce sera une marque de votre predestina- Uoii ; ce sera un moyeu pour vous avancera la vertu, un bon moyeu pour j eu attirer a autres, et le moyeu Ues moy eus pour couser\er et taire Ueuiir la coai^d^uie, a la gloire de Dieu et a i edilicatiou du public.
« tiu autre moyeu pour la conservation de votre compagnie est de modérer ses exercices, car, seiou le proverbe, qui trop embrasse mal eii'ttiU. il est arrive a d'autres compagnies ou coulreries, a plusieurs communautés, et même a des religions entières, que, pour s'être cliai'gcco au-aeia ue leuis iorces, Cileo ont succombe sous le faix. La vertu &e tâoavo outre ay^as. vioea o^^ij^es, qui sont le défaut et i'exceb ; par exemple, qui voudrait, sous prétexte de cnarite, se charger Ue tous les ucsoius d autrui, uo laïa^er rieu passer du uieu qu on verrou a laire, teiie per&onue tomuerait dans un vice j comme celle qui im vuudidit exercer aucune vertu, m jamais faue les foucujus Otf âa ti>^tf*>«| lumuerait dans un auu-e. Les théologiens estiment ^Mi iPill aussi dangereux d excéder eu la pratique des vermâouttcr î et ic dtauiey pour i ordinaire, tente les MtM a'^MéUer ta leurs bonnes œuvreS| sa^;
chant que Wt ou tard clleB succomberont. N'avez-vous jamais va des hommes qui, étant trop chargés ou trop pressés d'aller, tombent sous leurs charges ? H pourrait arriver que la compagnie succomberait aussi sous la sienne, si elle en prenait trop. On reconnaît déjà cela dans l'emploi des quatorze dames de la compagnie, lesquelles vont deux par jour à l'Hôtel Dieu pour y visiter et consoler les pauvres malades ; elles y fout de grands biens, pendant que d'autres portent de petits rafraîchissemeuts tous les jours h de pauvres malades ; elles se divisent pour aller consoler et instruire les pauvres femmes et filles malades dans les lits où elles sont couchées : et on a déjà beaucoup de peine à soutenir celle entreprise et y supporter les difficultés ; et cet établissement fait qu'on trouve peu de personnes qui s'y veuillent appliquer. L'assistance des frontières et des provinces ruinées est fort grande. C'est une chose presque sans exemple que des dames s'assemblent pour assister des provinces réduites à l'extrême nécessité, en y envoyant de grandes sommes d'agent, et de quoi nourrir et vêtir une infinité de pauvres de toute condition, de tout âge et de tout sexe. On ne lit point qu'il y ait jamais eu de telles per« sonnes associées qui, d'oflicc comme vous, Mesdames, aient fait quelque chose de semblable. Il est donc à craindre qu'en se surchargeant encore de nouvelles œuvres on laisse dépérir les plus utiles, et qu'enfin toutes ne viennent à se perdre : c'est ce qu'une personne me disait dernièrement. Dieu est tout-puissant, mais nous sommes faibles. Nous constituons la vertu où elle n'est pas, elle ne se peut trouver dans le trop. Le Fils de Dieu n'a fait que peu ; les Apôtres ont fait davantage. Saint Pierre convertit cinq mille personnes en une prédication, et Notre-Seigncur a prêché plusieurs fois sans en convertir peut-être aucune; il a même dit que ceux qui croiraient en lui feraient plus qu'il n'avait fait. H a voulu être plus humble en entreprenant moins. Un estomac chargé ne digère pas bien. Un portefaix u coutume de soulever son fardeau avant que de le mettre sur ses épaules, et, s'il excède ses forces, il ne s'en charge pas. Nous devons prier Dieu qu'il lui plaise lui-même faire notre charge ; car, en ce cas, si les forces nous manquent, il nous aidera à la porter : qu'il fasse la grAoe à la compagnie d'être fort retenue, pour ne rien embrasser qui ne vienne de lui. Combien de temps a-t-elle passé avant que de prendre le soin des enfants trouvés ? Combien de sollicitations a-telle souffertes pour cela? Combien de prières, de pèlerinages et de communions a t-elle faits pour s'y résoudre ? Vous le sayez^ Mesdames, et vous savez aussi qu'il est toujours bon d'en user de même dans les nouvelles propositions, pour ne pas s'engager en aucune par
un zèle indiscret. Quand vous verrez que vous portez bien les affaires que Dieu vous a commises, courage, bénissez-en sa bonté infinie et donnez- vous à elle pour continuer ; mais ne présumez pas de pouvoir faire davantage.
- Voilà la collation et l'instriiclion des pauvres de THôtel-Dieu, la nourriture et l'éducation des enfants trouvés, le soin de pourvoir aux nécessités spirituelles et corporelles des criminels condamnés aux galères, l'assistance des frontières et provinces ruinées, la contribution aux missions d'Orient, du Septentrion et du Midi. Ce sont là, Mesdames, les emplois de votre compagnie. Quoi! des dames faire tout cela? Oui, voilà ce que, depuis viogt ans. Dieu vous a faitla grâce d'entreprendre et de soutenir. Ne faisons donc rien désormais davantage sans le bien considérer; mais faisons bien cela, et le faisons de mieux en mieux ; car c'est ce que Dieu demande de nous.
« Un troisième moyen pour le maintien de la compagnie, c'est de contribuer à la remplir d'autres dames de piété et de vertu . car si l'on ne suscite d'autres personnes pour j entrer, elle demeurera court, et, diminuant de nombre, elle sera trop faible pour porter plus loin ces fardeaux si pesants. On a pour cela ci -devant proposé, que les dames qui mourraient disposeraient quelque temps auparavant une iille, une sœur, ou une amie pour entrer en la compagnie; mais peutêtre qu'on ne s'en souvient pas. 0 qu'un bon moyen, Mesdames, serait que chacune de vous demeurât persuadée des grands biens qui arrivent en ce monde et en l'autre aux âmes qui exercent les œuvres de miséricorde, spirituelles et corporelles, en tant de manières comme vous les exercez ! Cela vous porte sans doute de plus en plus à en disposer d'autres pour se joindre à vous en ce saint exercice de la charité, par la considération de ces biens-là. Cette persuasion vous échauffera premièrement entre vous autres comme des charbons ardents unis ensemble, et puis vous en échaufferez d'autres par vos paroles et pur vos exemples.
« Souffrez, Mesdames, que je vous demande votre sentiment; • et se tournant vers madame«de Nemours, il lui dit : « Madame, vous est-il venu en l'esprit quelque bon moyen? Et l'ayant laissée parler, il demanda ensuite le même à d'autres. La plupart répondirent qu il se fallait servir des moyens déjà proposés et d'autres ajoutèrent :
r Qu'il fallait porter celles qui meurent à faire des legs pieux pour secourir les pauvres dont la compagnie prend le soin. Ce que M. Vincent releva, disant : « C'est un moyen considérable de suggérer cette pensée aux personnes accommodées, en les visitant en leurs maladies. » 2"* De se rendre bien exactes aux jours et aux exercices matc\^4& '«
« C'est un grand conseil, ajouta- t-il, pour attirer les autres à quelque bien, que celui de Texaclitude ; comme c'est aussi un grand moyen de donner attrait, que la sainte vie. » 3® Que quelque dame de la compagnie devait concourir de sa part, autant qu'elle pourrait, à la dépense et au travail de la môme compagnie.
Pour conclusion M. Vincent dit: « Or sus, Mesdames, béni soit Dieu ; «reste à savoir si vous trouvez bon que les ofliciërcs continuent à faire leur charge; si vous n'êtes pas de cet avis, on passera aux voix. » Après qu'il les eut prises Tune après l'autre, elles conclurent toutes unanimement qu'on ne procéderait point pour cette fois à nouvelle élection. Et M. Vincent linit l'assemblée avec ces paroles :
« Voilà qui est bien, Mesdames ; reniions grâces à Dieu de cette assemblée. Prions-le qu'il ait agréable Toblation nouvelle que nous lai allons faire à genoux, en nous donnant à sa divine iVIajesté de tout notre cœur, pour recevoir de sa bonté infinie l'esprit de charité, et qu'elle nous fasse la gnice de répondre dans cet esprit aux desseins qu'elle a sur chacun de nous en particulier, et sur la compagnie en général ; et de susciter partout cet esprit d'ardeur pour la charité de Jésus- Christ, afin de mériter qu'il le répande abondamment en nous, et que nous en ayant fuit produire les effets en ce monde, il nous rende agréables à Dieu, sou Père, étirnellement en l'autre. Ainsi soit-il. »