CHAPITRE DERNIER
EMPLOIS DE M. VINCENT POUR LE SERVICE DU ROI DANS LES »»SEILS DE SA MAJESTÉ ET AILLEURS, PENDANT LE TEMPS DE A* RÉGENCE DE LA REINE-MERE.
(ous pouvons bien mettre ici entre les grandes œuvres de M. Vini ses emplois dans le conseil du roi pour les affaires ecclésiastiques es services qu'il a reodos à Sa M«û«^ puisque, outre Timporcc des affaires qui lai ont été m a i'«K toujours trètn
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dignement acquitté, c'est dans ces occasions qu'il a particulièrement luit paraître quelle était la force de son esprit et réminence de sa vertu; eu quoi il mérite d*étre d'autant plus estimé que c'est chose plus rare de trouver en un même sujet ce qu*ou a vu et admiré en lui dans ses emplois ; c'est à savoir, un accès favorable auprès des souverains, et un parfait dégagement de tous les intérêts du siècle ; une prudence politique et une simplicité chrétienne ; une grande vigilance et activité dans les occupations extérieures, et une récolleclion intérieure et union intime avec Dieu ; le maniement de diverses alTaires très- importantes, et une droiture de cœur inaltérable; un llux et roflux continuel de toutes sortes de personnes qui L'abordaient, et une constante égalité d'esprit, accompagnée d'une douceur et afl'abilitc toute singulière envers tous; enfin un entendement capable des plus importants emplois pour le service de son prince, et une volonté toute pénétrée des sentiments d'une solide et parfaite dévotion envers Dieu.
C'est ce qui a été reconnu avec étonnement par tous ceux qui ont observé de pins près les dcportenients de M. Vincent, dont nous rapporterons quelques exemples en ce chapitre : et quoiqu'ilait été trisréservé en ses paroles touchant les choses qui concernaient le servîee de Sa Srajesté, tenant cette maxime, qui a autrefois été enseignée par un ange, que sacramenlum régis abscondere bonum est, on en a eu néanmoins connaissance par d'autres voix qui ont donné moyen de connaître quelque partie des vertueux déportements de ce grand serviteur de Dieu dans ces occasions importantes où la Providence l'avait engagé ; et comme tout ce qu'il y a fait a été un ouvrage de la grâce divine, nous le pouvons bien déclarer et publier avec honneur, puisque, comme a dit ce même Esprit céleste, opéra Dei revélare et covfiteri hotwrificum est.
SECilOA I.
PREMIÈRE ENTREE DE M. VINCENT DARS LE CONSEIL DU ROI POUB LES AFFAIRES ECCLÉSIASTIQUES.
Après le décès du roi Louis XIII, d'heureuse et triomphante mémoire, arrivé en Tannée 1G43, la reine-mère se voyant chargée de la conduite de cette grande monarchie pendant la minorité du roî'son fils, et reconnaissant que, pour attirer la protection de Dieu sor uue personne qui lui est si chère et sur tout son État, elle devait, avant toute autre chose, mettre un bon ordre dans les affaires qui concernaient la religion, et faire en sorte que Dieu régnât dam lAoaeor ^
loog ses sujets, afin que par ce moyeu l'autorité royale y fût mieux «'iffermie, elle établit à cet effet un conseil pour les affaires ecclésiastiques, et particulièrement pour la disposition des bénéfices qui cHaiont à la nomination de Sa Majesté ; et ayant une connaissance parlicuiière de la vertu et des autres excellentes qualités de M. Vincent, elle désira qu'il fût du nombre de ceux qui devaient composer ce conseil. *
Il ne se peut dire combien cet humble serviteur de Dieu fut surpris et étonné lorsqu'on lui apporta cette nouvelle, ni quels efforts il fit pour persuader la reine de le dispenser de cet emploi, qui lui était d'autant plus insupportable qu'il paraissait plus honorable et éclatant devant les yeux des hommes. Mais Sa Majesté persistant en sa première résolution, et ayant fait savoir à M. Yincent qu'elle désirait absolument qu'il rendit ce service à Dieu et au roi son fils, son liumilité fit place à Tobéissance, et il crut que cette déclaration de l'intention de la reine lui était une signification de la volouté de Dieu : c'est pourquoi, renonçant à tous ses propres sentiments, il s'offrit à Dieu pour faire en cela tout ce qui lui serait le plus agréable; et quoique dès lors il prévit fort bien les grandes tempêtes et les violentes secousses auxquelles il s'allait exposer sur cette mer orageuse de la cour, et que sa propre expérience lui fit assez connaître qu'en soutenant les intérêts de la justice et de la piété il recevrait beaucoup de contradictions et de persécutions de la part du monde, il crut qu'il ne pouvait mieux faire que de s'abandonner à la divine Providence, dans la résolution de s'acquitter saintement de la charge qui lui était imposée, et de garder une fidélité inviolable à Dieu et au roi, quoi qu'il lui en dût arriver.
Pour éviter néanmoins la perte du temps qui lui était si cher et qu'il employait si dignement, comme aussi pour prévenir plusieurs autres inconvénients, il se résolut de n'aller jamais à la cour s'il n'y était appelé ou s'il n'y était obligé par quelque nécessité urgente et indispensable; ce qu'il supplia la reine d'agréer, et qu'il a toujours depuis inviolablement observé. Il a bien fait voir toutefois que ce n'était pas faute d'affection au service de Sa Majesté qu'il désirait se comporter de la sorte, et que, s'il n'accomplissait pas tous les devoirs d'un courtisan, il saurait fort bien s'acquitter de ceux d'un fidèle serviteur, se tenant toujours dans la disposition de rendre une prompte obéissance à Sa Majesté lorsqu'elle lui commanderait de l'aller trouver.
Cette résolution servait beaucoup à M. Vincent, parce que la reine 1 ui faisant l'honneur de prendre ses avis, plusieurs personnes de grande qualité qui venaient icclamer sa faveur et sa recommandatiou V^VvS
sent obligé par leurs instances d'aller et yenir sans cesse pour lonrs affaires, s'il ne s'en fût excusé sur cette maxime qu'il avait de n'aller jamais à la cour sinon lorsqu'il y était mandé, comme aussi sur sa profession, à laquelle il n'était pas convenable de se mêler des aflaires séculières.
SECTIOMI.
RÉSOLUIIOIVS QUI FUREHT PRISES PAR LES AVIS DE M. VIWCEST TOUCHANT LES MATIERES BEREFICIALES.
M. Yinccnt ayant eu entrée dans le conseil en la manière que nous venons de dire, crut qu'il devait avant toute autre chose portei la reine et Messieurs du conseil à prendre quelques résolutions qui serviraient comme de règle pour la disposition des bénéfices dont la nomination appartenait à Sa Majesté.
Les principales de ces resolutions furent les suivantes :
La première, que la reine n'accorderait aucune pension snr les évëchés ou archevêchés, sinon au seul cas permis par le droit, qui est lorsque le titulaire, après un long temps de service^ se démettrait volontairement de son évèché par infirmité, vieillesse ou autres raisons pertinentes ;
Secondement, que la reine n'ordonnerait aucune expédition de brevets pour les abbayes, sinon pour ceux qui, outre toutes les autres qualités requises, auraient dix -huit ans accomplis, seize pftur les prieurés et les chanoines des églises cathédrales, et quatorze poor les collégiales ;
Troisièmement, que Ton n'accorderait aucun brevet afin d'obtenir des dévolus, que Ton n'eût vu auparavant des pièces justificatives des choses qu'on voudrait alléguer pour les obtenir, et des certificats suffisants de la vie, mœurs et capacité de ceux qui les demanderaient ; et en cas qu'ils n'eussent pas les qualités requises, on eu choisirait quelques autres en qui elles se rencontreraient, avec les moyens de poursuivre les dévolus;
Quatrièmement, qu'on n'accorderait aucune coadjutorerie ni léscrve pour les abbayes conimendataires;
Cinquièmement, qu'on ne ferait expédier aucun brevet d'évèché par mort ou autrement, sinon pour ceux qui seraient prêtres nu moins un an auparavant ;
Sixièmement, qu'on n'accorderait aucune coadjutorerie des abbayes de filles, sinon avec connaissance et certitude que la règle fjit obierrce en ces abbayes, et que les religieuses qui seraient propqaéeipQiir
être coadjatrices auraient Tâge de yingt*trois aas et cinq ans de profession.
Or, comme c'est peu de prendre de bonnes résolutions si on ne les observe, M. Vincent fit tout ce qu'il put afin que celles qui avaient été prises fussent exactement gardées. C'est pourquoi il en rafraîchissait souvent la mémoire; et lorsqu'il voyait qu'on se relàcbait quelque peu de cette exactitude, il les faisait renouveler de temps en temps, et s*employait autant qu'il lui était possible pour remédier, par l'observation de ces règlements, aux abus qui se pouvaient glisser en la disposition des bénéGccs et en l'administration des biens ecclésiastiques : ce qu'il faisait avec une liberté pleine de respect, se plaignant lorsqu'il voyait que les considérations purement humaines l'emportaient au-dessus de celles qui regardaient le service de Dieu et le bien de l'Église.
Ce n'est pas qu'il n'estimât chose très-louable de considérer particulièrement les personnes ecclésiastiques de condition et de courage pour les charges de TÉglise et même pour les prélatures, lorsque la naissance et les autres qualités ne leur servaient point de prétexte poui^la vanité, et que d'ailleurs ils avaient la sufiisance, la vertu et les autres dispositions convenables; alléguant à ce propos ce que disait un ancien : qu'il valait mieux que cinquante cerfs fussent conduits par un lion, que cinquante lions par un cerf. Mais il gémissait devant Dieu quand il voyait que les intérêts temporels prévalaient sur les spirituels au préjudice du service de Dieu et au désavantage de son Église : et néanmoins, après avoir fait ce qu'il croyait être de son devoir, il commettait le reste à la Providence divine et demeurait en paix.
SECTION IIL
L ÉQUITÉ ET LA. VIG1LAI9GB AVEC LAQUELLE M. VINCENT SE GOHPOU- TAIT DANS LES AFFAIRES BENEFIGIALES.
M. le cardinal Mazarin ayant été établi par la reine chef du conseil des affaires ecclésiastiques, donnait son temps pour y vaquer^ autant que SCS autres affaires lui pouvaient permettre; et lorsque, tenant le conseil, il demandait les avis touchant la disposition des bénéfices, M. Vincent disait avec respect et avec liberté tout ensemble ses sentiments, en la vue de Dieu, touchant la capacité ou l'incapacité, le mérite ou le démérite des personnes qui étaient proposées. Mais comme il n'y a point de jour réglé pour tenir c conseil, et que cela dépendait de la volonté et du loisir de ce premier ministre, lequel
en était souvent empêché par d'autres grands emplois, il arrivait que Son Éminenee disposait cependant, sous le bon plaisir de la reine^ des abbayes et même des évéchés qui venaient à vaquer, lorsqu'il le jugeait expédient pour le service du roi, et qu'il n'y trouvait aucune difficulté qu*il crût avoir besoin d*étrc résolue dans le conseil. Cela n'empêchait pas, toutefois, qu'il ne restât une si grande quantité d'autres bénéfices moindres, soit réguliers ou séculiers, dont il fallait disposer; tant de résignations et permutations à examiner; tant d'autres affaires différentes à régler, pour empêcher les abus et mettre toutes choses en bon ordre, que M. Vincent, qui en était particulièrement chargé, en rapportait à chaque conseil un très-grand nombre.
Or, dans la disposition de ces bénéfices, il jugeait qu'il était raisonnable d'avoir égard aux ecclésiastiques de la maison du roi et de la reine, et même aux aumôniers des armées qui avaient bien servi, pour les faire pourvoir préférablement aux autres, lorsqu'ils se trouvaient avoir les qualités requises ; estimant que les officiers de Leurs Majestés, qui vivaient sans reproche et se conservaient en leur intégrité parmi la corruption de la cour, méritaient d'être parliculièremeut considérés ; mais parce que tous n'étaient pas tels qu'ils devaient être, et même qu'il s'en trouvait plusieurs qui» étant dcfjà pourvus de bons bénéfices, ne laissaient pas d'en demander et d'en poursuivre d'autres ; en sorte qu'il arrivait souvent que les plus incapubles avaient plusieurs pensions et bénéfices, et que ceux qui le méritaient davantage en étaient privés : pour remédier à ces désordres, il avait fait une liste de tous les aumôniers, confesseurs, chapelains, clercs, chantres et autres officiers ecclésiastiques de la maison, chapelle et musique de Leurs Majestés, où il avait remarqué ceux qui étaient suffisamment pourvus, et les autres qui ne Tétaient pas ; et il veillait et faisait tout ce qui dépendait de lui afin que l'a* bondance des uns ne préjudiciàt point à l'indigence des autres.
Le roi ayant droit de pourvoir aux cures de Normandie, qui Font en patronagc-Iay, lorsque les patrons sont mineurs, a raison delà garde noble qui eu appartient à Sa Majesté, M. Vincent se tenait fort sur ses gardes pour irêlre point surpris par ceux qui venaient demander CCS bénéfices, lorsqu'ils vaquaient par résignation ou par mort ; faisant toujours en sorte qu'ils fussent donnés aux plus capables; parce qu'il était entièrement persuadé que ceux à qui il appartient de nommer aux bénéficies qui ont charge d'àmeS| sont sables devant Dieu, non-.seuIement de tous les pasteurs indignes auxquels ils les donnent, mais i
biens que ne font pas ceux qui en sont moins dignes, et auxquels ils donnent les bénéfices à Texclusion des plus dignes.
Il y avait en ce temps-là plusieurs gentilshommes, estropiés à la guerre, qui pressaient extraordinairement pour avoir des pensions sur des bénéfices, pour récompense des services qu'ils disaient avoir rendus au roi. M. Vincent les recommandait volontiers à la reine et à M. le cardinal, pour leur faire obtenir quelque récompense; mais il ne pouvait consentir que ce fût sur des biens ecclésiastiques, parce qu'ils n'avaient jamais vécu et n'étaient guère disposés à vivre ecclcsiastiquement, comme doivent faire ceux qui ont de telles pensions.
Ainsi, ce fidèle conseiller avait, d'un côté, les yeux ouverts pour prendre garde qu'on n'usât d'aucune surprise dans les affaires bénéficîales, au préjudice du service de Dieu et de l'honneur de l'Église ; et de l'autre, il tenait en main la balance pour garder, autant qu'il dépendait de lui, une juste équité en la distribution de ces biens ecclésiastiques, que les saints Pères appellent le patrimoine des pauvres et le prix du rachat des péchés.
SIXTION lY.