CONTINUATION DU MÊME SUJET
M. Vincent a fait paraître son affection et sa fidélité à cette sainte attque d une manière qu'on peut dire lui avoir été presque singurfe, en ce qu'il n'est jamais entré dans aucun emploi ni n'a procuré avantage temporel à sa Congrégation, sinon autant qu'il connais- >t manifestement que cela était conforme à la volonté de Dieu, et *ll y était même fortement poussé par autrui. Il a fait à la vérité El possible pour conserver les biens temporels que la Providence rfiie avait donnés à sa compagnie, parce que Dieu le voulait ; mais ne l'a jamais vu aller enlevant pour lui en procurer, ni faire aude recherche ou sollicitation pour y attirer (personne : et quoiqu'il t licite et même louable de convier les autres à se mettre dans un t auquel ils puissent mieux servir Dieu, quand cela se fait par un r zèle de sa gloire, la dévotioa de ce saint homme était d'attendre
toujours le bon plaisir de Dieu pour le ftuivre, et de ne le prévi jamais ; ce qui est une vertu assez rare : et il était tellement rei et animé de ce désir, que la volonté de Dieu fùX la souveraine sur cœur et sur tout ce qui pouvait dépendre de lui, qu*il tenait poÉ maxime de ne rien épargner, ni dépense, ni peine, ni même la.vid quand il était question d^accomplir cette très-sainte volonté.
Il ne pouvait approuver que ceux qui étaient appelés de IK^ dans un état ou profession vinssent à la quitter par eux quoiqu'ils eussent des prétextes fort bons et raisonnables. Vc»à.| qu'il écrivit un jour sur ce sujet à un curé qui voulait permotcva cure : « Je vous prie, lui dit-il, de ne vous point hâter : ce que i^ prétendez faire mérite une grande considération, et j'aurais peinefif vous eussiez pris aucune résolution finale sans avoir fait prier M et consulté M. Du val ou M. Coqueret, ou tous les deux ; car il 1*9 de savoir si Dieu veut que vous quittiez l'Épouse qu'il voosadt^ née. »
Les supérieurs des maisons de sa Congrégation ont qu'en toutes ses lettres il ne leur recommandait rien tant que^ conformité au bon plaisir de Dieu en toutes sortes d'événemeq^î' quelques-uns lui ayant mandé en divers traips qu'on vouLûtil^ susciter des procès et les molester et inquiéter dans quelques p^ffi^ de leurs biens ou dans les maisons et places qu'ils avaient açQ^li sa réponse plus ordinaire était : qu'il n'en arriverait que cef^' plairait à Dieu; qu'il était le maitre, non-seulement de nqsliH^ mais aussi de nos vies, et qu'il était juste qu'il en disposât selPI^ divine volonté.
Il voulait que, dans les aridités spirituelles et dans les infli*!^ du corps, on demeurât soumis au bon plaisir de Dieu; quoToal^ conteut de tous les états où il lui plairait de nous mettre, et 9^* ne désirât jamais d'en sortir, sinon autant que l'on connaîtrai^. H^ être agréable ; et il disait que selon son sentiment, c'était la pratîq||' la plus excellente et la plus relevée en laquelle un chrétien et ^W un prélrc pût s'exercer sur la terre.
Un des principaux prêtres de sa Congrégation, et un de^p'^ utiles, étant fort malade et en danger de mort, et mademoisdhK Gras, supérieure des Filles de la Charité, en étant fort afflipi M. Vincent lui écrivit en ces termes : « Il faut, lui dit-il, agir c(i|!fr ce qui l'ail pâuc, et briser son cœur, ou l'amollir pour le prépu** tout. Il y a apparence que Kotre-Seigneur veut prendre sa part fcf* petite compagnie : elle est tout a lui, comme je l'espère, et il s^4^ d'en mer ce V wA^ nu» plus
^t de De désirer que l*acconiplisscinent de sa jâainte volonté. Je ne
Suis vous exprimer combien notre malade est avant dans cette praque ; et c'est pour cela qu'il semble que Notre-Seigneur le veuille imettredans un lieu où il la pourra continuer plus heureusement duitànX toute Tétemité. Oh ! qui nous donnera la soumission de nos sens (bt de notre raison à cette adorable volonté ? ce sera TAuteur des Bens et de la raison, si nous ne nous en servons qu'en lui et pour lui. kPrioDs-Ic que vous et moi ayons toujours un même vouloir et non- Vouloir avec lui et en loi, puisque c'est un paradis anticipé dès cette
*^' Une autre fois voyant une vertueuse demoiselle dans une grande ftrainte de ce que deviendrait un sien fils : • Donnez, lui dit-il, Tenaibnt et la mère à Notre-Seigneur, et il vous rendra bon compte de
^us les deux : laissez-lui faire seulement sa volonté en vous, et eu l ; attendez cette même volonté dans l'étendue de vos exercices, ilans en désirer d'autres ; cela étant suffisant pour vous faire tout h ^ieu. Oh ! qu'il faut peu pour être toute sainte ! le moyen très-souve- Sain et presque unique, c'est de s'habituer à faire la volonté de Dieu '^n toutes choses. »
^ Cette même demoiselle, étant un jour malade, lui écrivit, pour le
jnrier de l'avertir du mal de son àme, qui causait celui du corps :
'^ « Je ne vous puis indiquer, lui répondit-il, d'autre cause de votre
■'jnal que celui du bon plaisir de Dieu. Adorez-le donc, ce bon plaisir
èans vous enquérir d'où vient que Dieu se plaît de vous voir en l'état
^ ^e soufi'rance. Il est souverainement glorifié de notre abandon à sa
'^ «enduite, sans discussion de la raison de sa volonté, si ce n'est que
sa volonté est la raison même, et que sa raison est sa volonté. En-
■ lèrmons-nous donc là-dedans de la façon que fit Isaac au vouloir
d'Abraham, et Jésus-Christ au vouloir de son Père.
Il avait tellement à cœur cette pratique de la conformité à la volonté de Dieu, que c'éUit une de ses plus grandes joies que de voir " ses enfants dans cette disposition : • Dieu soit loué, dit-il à l'un d'eux "dans une lettre qu'il lui écrivit, de ce que vous êtes prêt de faire eu tout et partout sa très-sainte volonté, et d'aller vivre et mourir en quelque part qu'il ait agréable de vous appeler. C'est la disposition des bons serviteurs de Dieu, et des hommes vraiment apostoliques, ' qui ne tiennent à rien : c'est la marque des vrais enfants de Dieu, qui sont toujours en liberté de répondre aux desseins d'un si digne Père. " Je l'en remercie pour vous avec un grand ressentiment de tendresse et de reconnaissance ; ne doutant pas que votre cœur, étant ainsi
* préparé, ne reçoive les grâces du Ciel en abondance, pour faire beau*
* éoDp de bien sur la terre, comme j'en prie sa divine bonté. »
^ 190 — Or, comme la volonté de Dieu »e reconnaît en deox par les événements qui ne sont point en notre dinpctitiofi, et^ peudent absolument de son bon plaisir, comme soat let \ pertes et autres semblables accidents de cette vie ; ou biep par^j clarationsque Dieu nous fait de ce qui lui est tgréabj^, el 9i'4|i néanmoins en notre liberté ; soit qu*il nous le ûisae cooiMdtrB A^ÂN rement, par ses commandements on par ses conseUs, ou biMi rieurement par ses inspirations : Sf . Vincent s*étaU prescrit une règle pour demeurer conforme à la volonté de Ôiea en l'i Tautrc mauière ; premièrement, de se tenir incessamment dans i tière soumission au bon plaisir de Dieu, pour tous Jles aceâdenta ^1 fâcheux qu'il lui plairait ordonner ou permettre, et dans vuia ( sition et résolution, lorsqu'ils arriveraient» de les receyoir et ^ ter , non-seulement avec patience et soumission , mais ansn f| affection et avec joie ; étant toujours très-content que |a aiia|il| louté de Dieu s'accomplit eu lui, et que tous ses onirea fnwmf^ tièrement exécutés. Et pour ce qui est des choses que Diea 1^ eu sa liberté, il agissait toujours selon ce qu'il connaissait ët4EiDb|| agréable à Dieu ; dressant à cette fin son intention au coaimiVMNJ de chacune de ses actions; et disant en soncœgjr : < Mon JSieOyjMJI faire ceci, ou laisser cela, parce que je crois que telle est voljw i|W et que vous l'avez ainsi agréable; » et de temps eu teymps ilTCpMiÉ cette intention, afin que toujours et en toutes choses il aqcoiqp|||i||| lement et saintement la volonté de Dieu. D appelait cet exeRMS| conformité à la volonté de Dieu, le trésor du cbrilmnj panef contenait en éminence celui de la mortilication, 4e rindifiera^iu l'abnégation de soi-même, de l'imitation de Jésus-Chriaty daflUll avec Dieu, et généralement de toutes les vertus, qui ne sont Tfrt^M parce qu'elles sont agréables à Dieu, et conlbrm^ à sa voiloQtiL| est la source et la régie de toute perfection.
Or, d'autant qu'il y a plus de difficulté de bien connaitn Jp | lonté de Dieu par la voie des inspirations, dans lesquelles onasa aisément tromper, l'amour-propre nous faisant quelquefois UM les productions et inclinations de la nature pour des jnonvemeak rEspritde Dieu, M. Vincent disait que pour n'y ôtre pas Jtrom^ était nécessaire d'y mettre un grain de sel, c'oit-à-dixe, d'user t\ grand discernement, et ne se pas lier à son propre esprit ou à ses n près sentiments. Voici ce qu'il dit une fois aux siens sur oesea « Parmi une multitude de pensées et de sentiments qui nous ik neut incessamment, il s'en trouve de bons en apparencei qui poufM ne viennent pas de Dieu, et ne sont pas selon son goùL Quel bkoj donc de les discerner? C'est qu'il faut les examiner, reoourir à JOienf
|â prière, et lui demander lumière ; en considérer les molifis, la fin et JjlB moyens, pour Toir si tout est asisaisouné de son bon plaisir ; les proposer aux sages et en prendre avis de ceux qui ont soin de nous jftqui sont les dépositaires des trésors de la science el de la iiagesse de Pl^u ; et faisant ce qu'ils conseillent, on fait la volonté de Dieu. » ^ • Et parlant un jour aux mêmes, il leur fit un avertissement très im- ^rtant sur ce sujet: « Je m'assure» leur dit-il, qu'il n'y a aucun de Mnx qui sont ici présents qui n*ait tâché de pratiquer aujourd'hui quel- |nes actions qui d'elles-mêmes sont bonnes et saintes , et cependant i^epeut faire que Dieu aura rejeté ces actions, pour avoir été faites |ir le mouvement de votre propre volonté. N'est-ce pas ce que le prophète a déclaré, quand il a dit de la part de Dieu : mJe ne veux point 11$ vos jeûnes^ par lesquels en pensant mlwnorer vous faites le con- Wmre : parce que quand vous jeûnez vous faites voire propre vohmf^ ; et par celte propre volonté jvous gâtez et corrompez voire jeûne ' . Or l'on peut dire le même de toutes les autres œuvres de piété dans kiqueUes le mélange de notre propre volonté gâte et corrompt nos iivotions, nos travaux, nos pénitences, etc. Il y a vingt ans que je M lis jamais en la sainte Messe cette épitre, tirée du cinquante-huitième chapitre d'isaïe, que je n'en sois fort troublé. Comment faut-il donc faire pour ne pas perdre notre temps et nos peines? C'est qu'il ne faut jamais agir par le mouvement de notre propre intérêt, incli- ■ation, humeur ou fantaisie, mais nous accoutumer et habituer à faire la volonté de Dieu en tout : je dis en tout et non pas en partie; car c*est là le propre effet de la gr&ce, qui rend la personne et l'acUon ■gréables à Dieu. »
Kous finirons ce chapitre par une dévote réflexion que ce saint bonune fit un jour sur le bonheur d'un chrétien qui est parfaitement établi dans cette conformité à la volonté de Dien. « Voyez, dit-il, les dispositions toutes saintes dans lesquelles il passe sa vie, et les béné< dictions qui accompagnent tout ce qull fait : il ne tient qu a i)ieuy et c'est Dieu qui le conduit eu tout et partout ; de sorte qu'il peut lui dire avec le prophète : Tenuisti manum dexleram meam, et in voluntale luâ dedujcisti nie. Dieu le tient comme par la main droite, et se tenant réciproquement avec une entière soumission à cette divine conduite, vous le verrez demain, après-demain, toute la semaine, toute l'année et enfin toute sa vie en paix et Lranquillité, en ardeur et tendance continuelle vers Dieu, et répandant toujours dans les âmes de son prochain les douces et salutaires opérations de l'esprit qui Tanime. Si vous le comparez avec ceux qui suivent
• iMïe, I et bS.
lean propres Inclinations, vous verrez set condaitettootitlirilkÉi de lumière, et toujours fécondes en fruits ; on remarque on pn notable en sa personne, une force et énergie en tontes ses jm Dieu donne une bénédiction particulière à toutes ses entreprisa^i accompagne de sa grâce les desseins qu'il prend pour lui, et laov seils qu'il donne aux autres, et toutes ses actions sont de gnft édification : mais d'un autre côté, Ton voit que les personnes chées à leurs inclinations et plaisirs n*ont que des pensées de Uni des discours d'esclaves, et des œuvres mortes ; et cette diitai vient de ce que ceux-ci s'attachent aux créatores, et que edoMl s'en sépare ; la nature agit dans ces âmes basses, et la grâoe dii celles qui s'élèvent à Dieu et qui ne respirent que sa volonté. •
SECTION II
SON UNION PARFAITE AU BON PLAISIR DR DIEU PAR UMB BHTIERB 1 GNATION ET INDIFFÉRENCE.
C'est principalement dans les afiQictions et souffrances, soitirii- ' rieures ou extérieures, que parait le véritable amour de Dieu, sth i parfaite conformité à sa volonté ; lorsque le cœur humain s'mll 1 son bon plaisir, acquiesçant non-seulement avec patience, mai» avec paix et joie, à toutes les dispositions de la bonté divine» vaut et portant amoureusement les croix qu'elle lui envoie, { que tel est son bon plaisir.
Ce qui se fait premièrement, par la résignation, lorsque b volonté humaine se remet et résigne entièrement entre les mains à Dieu, faisant un effort sur toutes ses répugnances naturelles at ta soumettant parfaitement au bon plaisir de sa divine Majesté.
C'est ce que M. Vincent a excellemment pratiqué parmi toutes hi croix et souffrances par lesquelles Dieu a voulu éprouver sa wH. Car en toutes ces fâcheuses rencontres , on ne lui entendait As autre chose, sinon : • Dieu soit béni, le nom de Dieu soit bdoL > C'était là son refrain ordinaire, par lequel il faisait connaître la disposition de son cœur, toujours prêt et résigné à toutes les volontà de Dieu ; et il avait une telle affection et estime pour cette vcriii qu'un jour, voyant un des siens touché d'un accident tràs^lldMBX arrivé à leur Congrégation, il lui dit, « qu'un acte de résignation st d'acquiescement au bon plaisir de Dieu vahiit mieux que cent milfc bons succès temporels. »
£t parlant une autre fois aux siens sur le même sujet, après toar avoir exposé la différence qu'il y a entre un état auquel Dieu Mt
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uuc personne et celui dans lequel il permel qu^elle lombe, donl Tun Be fait par la volonté de Dieu^ et l'autre n'arrive que par sa permisâioD, comme par exemple un état de perte, de maladie, de contradiction, d'ennui, de sécheresse vient absolument de la volonté de Dieu, mais celui où il y adu péché et de la contravention aux ordres qui nous sont prescrits de sa part, vient de sa permission ; et pour celui-ci nous devons beaucoup nous humilier quand nous y sommes tombés, faisant néanmoins tous nos efforts, avec la grâce de Dieu, pour nous en relever, et pour nous empocher d'y retomber : « Mais pour le premier état, disait-il, qui vient de la volonté de Dieu, il 1IOUS le faut agréer, quel qu'il soit, et nous résigner au bon plaisir de Dieu, pour souffrir tout ce qu'il lui plaira, tant et si longuement qu'il lui plaira. C'est ici. Messieurs et mes Frères, la grande leçon du Fils de Dieu ; et ceux qui s'y rendent dociles, et qui la mettent lien dans leur cœur, sont de la première classe de l'école de ce divin H aitre. £t pour moi, je ne sais rien de plus saint, ni de plus grande perfection que cette résignation, lorsqu'elle porte à un entier dépouillement de soi-même, et à une véritable indifférence pour toutea sortes d'états, de quelque façon que nous y soyons mis, excepté le péché : tenons-nous donc là, et prions Dieu qu'il nous fasse la grâce de demeurer constamment dans cette indifférence. »
Par ce discours de M. Vincent, il se voit que la résignation, à laquelle il excitait les autres, et qu'il pratiquait lui-même, était élevée au plus parfait degré, et qu'elle portait jusqu'à uue véritable indifférence, qui va encore plus haut et qui unit plus parfaitement le cœur au bon plaisir de Dieu : en sorte qu'il s'y soumet, non par manière d'effort eu surmontant les sentiments contraires de la nature, mais par un simple et amoureux acquiescement, n'aimant rien que pour l'amour de la volonté de Dieu, et ne voulant rien qu'autant que Dieu le veut ; et en cette disposition recevant avec une égale affection tout ce qui vient de la main de Dieu, la maladie comme la santé, les pertes comme les avantages.
Voici comme il parla un jour à sa conununauté sur ce sujet : • L indifférence est un état de vertu, qui fait que l'on est tellement détaché des créatures, et si parfaitement uni à la volonté du Créateur qu'on est presque sans aucun désir d'une chose plutôt que d'une autre. J'ai dit que c'est un état de vertu, et non pas simplement une vertu, laquelle doit agir dans cet état, car il faut qu'elle soit active, et que par elle le cœur se dégage des choses qui le tiennent captif, autrement ce ne serait pas une vertu ; et cette vertu est non-seulement d'une grande excellence, mais aussi d'une singulière T. n. 13
utilité pour ravaucemout en la \i(' spiiituelle ; et même Tonp qu'elle est nécessaire à tous ceux (|ui \euleut parfaitemen Dieu, (^.ar oomment pouvons-nous chercher le royaume de iî')us enïi)î(iver à procurer la eonver.ion des pc^cbeurs cl (les î\nies, si nous sommes attachés aux aises et aux commodil vie présente? Comment accomplir la v.»Ionté de Dieu, si do vous les mouvements de la notre ? Comment renoncer à nousselon le conseil de .\otre-Seigueur, si nous recherchons d'èl mes et ap|)laudLs? Comment n(»us détacher de tout, si nous pas le courage de quitter une chose de ni»ant qui nous arrête donc comhicn cette sainte indifTérence mms est nécessaire, e1 est Tobligatiou que nous avons de nous donner à Dieu poi quérir, si nous voulons nous exemptci d*étre esclaves i mêmes, ou, pour mieux dire, d\>trc esclaves d'une bête, celui qui se laisse mener et dominer par ha partie animale n pas d\>tre appelé homme, mais plutôt d*ê re tenu pour une « L'indilTérencc tient de la nature du parfait amour, c mieux dire, c'est une activité de ce parfait amour qui por lonté à tout ce qui est de meilleur, et qui détruit tout ce( pêche : comme le feu qui non- seulement tend à sa sphère, consume tout ce qui le retient ; et c'est en c î sens que i'indi selon la pensée d'un saint, est l'origine d3 toutes les ver mort de tous les vices.
c L'àme qui est dans cette parfaite indifTcrencc est eom[ le prophète à une bête de charge, qui n'affecte point de p chose plutôt qu'une aulrc, d'être plutôt à v.w maître rich< I :invre, ou plutôt dans une belle écurie que dans une chéti^ tout iui est hou, et eile est disposée à tout ce qu'on veut d marche, elle arrête, elle tourne d'un côté, elle retourne d( elle souffre, elle travaille de nuit et de jour, etc. Voilà, M( mes Frères, quels nous devons être, détachés de notre Jugi notre volonté, de nos inclinations, et de tout ce qui n Dieu, et disposés ù tous les ordres de sa sainte volonté quels ont été les Saints.
« 0 gran 1 saint Pierre ! vous le disiez bien, que vous a quitté, et vous le fîtes bien voir, lorsqu'ayant reconnu vol sur le rivage de la mer, et que vous entendîtes son bienciple, qui vous dit, Dominus est, c'est le Seigneur, vous vf dans l'eau pour aller à lui ; vous ne teniez point au bat votre robe, ni même à votre vie; mais seulement à ce divin qui était TOtre toat. Et tods, saint Paul, grand apôtre, qui
s^\cc Ins-spiTial»' dont vous ave/ M prévenu dès le moment de -^3trecouvinsion, a\cz si parlailemeiil pralitjuc celle vertu diudif- ^âSience^ eu disant : Domine^ quid me vis facere ? Seigneur, que \ou- B^:^vou8 que je fasse 7 ce langage marquait un changement merveil- ^^^x et un détachement qui n'avait pu être fait que par un coup de ce ; ayant été un instant détaché de sa loi, de sa commission, de 38 prétentions, de ses sentiments, et mis dans un état si parfait, a'il était prêt et indifférent à tout ce que Dieu voudrait de lui. Si 3nc ces grands Saints ont tant chéri et pratiqué cette vertu d*inïéreuce, nous devons les imiter et les suivre ; car les missionnaires ^^ sont point à eux, mais à Jésus-Christ, qui veut en disposer pour ire ce qu*il a fait, et pour souffrir à son exemple. De même que on Père m'a envoyé^ disait-il à ses Apôtres et à ses disciples, ainsi *^ vous envoie ; et comme on m'a persécuté ^ ainsi on vous persécutera, • Après toutes ces considérations, ne faut-il pas \ider notre cœur ^« toute autre affection que de celle de nous conformer à Jésus- ^^farist, et de toute autre volonté que de celle de Tohcissance ? Il me ^«mble que je vous y vois tous disposés, et j'espère que Dieu nous ^«ra cette grùce. Oui, mon Dieu, je Tespère pour moi tout le prelier, qui en ai tant de besoin, à cause de mes misères et de toutes attaches dont je me vois presque d^ns l'impuissance de me ^^tircr, et qui me fait dire en ma vieillesse, comme David : Seigneur^ wsyez pitié de moi. Mais vous serez édifiés, mes Frères, si je vous dis qu'il y a céans des vieillards infimes qui ont demandé d*ètre envoyés aux Indes, et qui Tout demandé dans leurs infirmités mêmes . qui n'étaient pas petites. D'où vient un tel courage? c'est qu'ils ont le cœur libre, ils vont de cœur et d'affection en tous les lieux où Dieu veut être connu et adoré, et rien ne les arrête ici que sa sainte Toloulé. Et nous autres, mes Frères, tous autant que nous sommes ici, si nous u étions point accrochés ù quelques malheureuses ronces, chacun de nous dirait en son cœur : Mon Dieu, je me donne à vous pour être envoyé en tous les lieux de la terre où les supérieurs jugeront à propos que j'aille annoncer votre nom. Ei quand j'y devrais mourir, je me disposerai d'y aller, sachant bien que mon salut est en l'obéissance, et l'obéissance eu votre volonté. Quant a ceux qui ne sont pas dans cette préparation d'esprit, ils doivent s'étudier de bien connaître quelles sont les choses qui les attirent plutôt d'un côté que d'un autre, afin que, par le moyen de la mortification continuelle, intérieure et extérieure, ils parviennent, avec l'aide de Dieu, à la liberté de ses enfants, qui est la sainte indifférence. • M. Vincent n'exhortaient pas seulement en général les siens à cetta
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sainte indifférence, il y portait encore un chacan^d'eax en partalier, dans les occasions qui s'en présentaient : • Yoas savei, dit-3, écrivant à Ton d'eux, qu'entre les ouTriers dont il est parlé danifÉr Tangile, quelques-uns furent appelés sur le tard, qui furent néannoni récompensés au soir, comme ceux qui avaient travaillé dès le matii: ainsi mériterez-vous autant d'attendre en patience la volonté du mittre^ que de l'accomplir lorsqu'elle vous sera signifiée, puisque vos êtes prêt à tout, prêt à partir et prêt à demeurer. Dieu soit loaéè cette sainte indifférence, qui vous rend un instrument trè8-pro||R pour les œuvres de Dieu. »
Il écrivit à un autre en ces termes: « Je rends grâces infinies àDia des dispositions qu'il vous donne, pour aller aux paya étrangen à l'on vous 7 envoie, et pour n'y pas aller et demeurer ici, si l'on voa y retient. La sainte indifférence pour toutes choses est l*état despr frfts, et la vôtre me donne espérance que Dieu sera glorifié en vm et par vous, comme je l'en prie de tout mon cœur ; et vous, MonMif de lui demander pour nous la grâce de nous abandonner entièrsHOt a son adorable conduite. Nous le devons servir à son gré, et à notre choix tant à l'égard des lieux que des emplois : c' nous soyons à Dieu pour le vouloir être en la meilleure manière qM le peuvent être ses meilleurs enfants, honorés du titre de servilHO de l'Évangile par qui Notre-Seigneur se veut faire connaître et »vir. Que nous importe comment et en quel lieu, pourvu que oeioi ainsi? et assurément que cela sera, si nous le laissons faire.
« 0 Monsieur, dit-il à un autre, que la sainte indifférence est un U ornement à un missionnaire, puisqu'elle le rend si agréable à Diei, que Dieu préférera toujours celui-là à tous les autres ouvrir», dai lesquels il ne verra pas cette disposition d'indifférence pour acoonpSir ses desseins ! si une fois nous sommes dépouillés de toute pnpn volonté, nous serons pour lors en état de faire avec assurance b volonté de Dieu, en laquelle les anges trouvent toute leur félicité, etltt hommes tout leur bonheur. "
Or, ce véritable serviteur de Dieu ne s'est pas contenté d'eihoitar les autres à cette vertu, mais il l'a aussi pratiquée lui-même trës-pir* faitement, et a toujours témoigné en toutes sortes d'occasions qa'il avait un cœur tellement dégagé de tout ce qui n'était point DieD|et si fortement attaché à toutes les volontés de Dieu^ qu'on a pu fiwibment reconnaître qu'il avait atteint le plus haut degré de cette héroïque vertu. Nous en rapporterons ici seulement deux exemples, qui serviront comme d'échantillons pour juger de toutes ses sainta dispositions sur oe sujet.
Le premier est son indifférence à l'égard de ce qui touchait sa personne dans ses maladies, et particulièrement dans la dernière, dont il est mort. Ce saint homme approchant du terme de sa Yie voyait bien et le disait lui-même qu'il s'en allait peu à peu, mais dans une si parfaite indifférence, que vivre ou mourir, souffrir ou être soulagé, loi était une même chose ; et jamais en santé ni en maladie, on n*a remarqué en lui aucune chose, non pas même une parole qui fût contraire à cette sainte disposition. Il était indifférent aux aliments et aux remèdes qu'on lui donnait ; et quoiqu'il représentât les choses qu'il croyait lui être nuisibles, il prenait néanmoins avec indifférence tout ce que les médecins lui ordonnaient, etparaissait aussi content des mau- Tais effets que produisaientquelquefoisles remèdes comme deceux qui loi étaient avantageux et profitables, ne regardant autre chose en tout ee qui lui arrivait ou qui pouvait lui arriver, que l'accomplissement du bon plaisir de Dieu, comme l'unique objet de ses désirs et de ses joies. L'autre exemple est l'indifférence qu'il a pratiquée à 1* égard de sa Congrégation ; ce que l'on doit estimer d'autant plus admirable en lai, que la conservation de ce saint œuvre lui était plus chère, et qu'il la préférait même à sa propre vie. La volonté de Dieu lui était pourtant incomparablement au-dessus de tout cela ; il ne souhaitait ni la conservation ni l'accroissement et le progrès de sa compagnie, qu'autant qu*il pouvait connaître que Dieu le voulait ainsi : en telle sorte qu'il n eût pas fait un pas, ni dit une parole pour cet effet, sinon avec une entière dépendance de cette divine volonté.
Quelqu'un lui ayant un jour écrit qu'il ne devait pas espérer que jamais sa compagnie fit aucun progrès, ni qu'elle fût fournie de bous sujets, s'il ne mettait peine de s'établir dans les grandes villes, il lui répondit en ces termes : « Nous ne pouvions faire aucune avance pour nous établir en quelque lieu que ce soit, si nous voulons nous tenir dans les voies de Dieu et dans l'usage de la compagnie ; car jusqu'à présent sa Providence nous a appelés aux lieux où nous sommes, sans que nous l'ayons recherché directement ni indirectement. Or il ne se peut que cette résignation à Dieu, qui nous tient ainsi dans la dépendance de sa conduite, ne lui soit très-agréable, d'autant plus qu'elle détruit les sentiments humains qui, sous prétexte de zèle et de gloire de Dieu, font souvent entreprendre des desseins qu'il n'inspire pas et qu'il ne bénit point. Il sait ce qui nous est convenable, et il nous le donnera quand il sera temps, si nous nous abandonnons comme de véritables enfants à un si bon père. Certainement si nous étions persuadés de notre inutilité, nous n'aurions garde de nous in-
gérer en la moisson d'aulmi avant qu'on nom y appdAti ni dre le devant pour nous préférer à d'autres ouvriers que Dieu 7 a destina.
On lui proposa un jour une affaire très-avantageaseppnr late grégation; et comme Tun de ses prêtres le pressait d'y donner M consentement, il lui fit cette belle réponse : « Quant à cette aSût^ lui dit-il, je pense que nous ferons bien de la laisRer là pour eelli heure; tant pour émousser la pointe des inclinations de la natm^ qui voudrait que les choses avantageuses fussent promptement eiécutées, que pour nous mettre dans la pratique de la sainte indiVrence, et donner lieu à Notre-Seigneur de nous manifester ses vokités pendant que nous lui offrirons nos prières pour lui recomnuads la chose; et tenez pour certain que s'il lui plait qu'elle se futt^b retardement ne la gâtera point en aucune façon, et que ukrosÂj aura du nôtre, et plus il y aura du sien. »
II aimait tendrement et cordialement toutes les personnes des compagnie, et particulièrement ceux qu'il voyait travailler dig» meut et fructueusement dans la vigne du Seigneur; c'est poorgMl lorsque la mort lui en ravissait quelqu'un, cette perte lai était M sensible. Néanmoins il pratiquait à leur égard cette admirable indiitrence, ne voulant pas même demander à Dieu leur conservation, noi sous cette condition, que ce fût son bon plaisir et sa plasgruii gloire. Ce qu*il fit bien paraître en une occasion, en laquelle phh sieurs bons ouvriers de sa Congrégation étant atteints de mabbi et un entre les autres qui lui était fort cher, pour les grands serfictt qu'il rendait à Dieu dans son Église, et qui était en très-grand diager de sa vie, il les recommanda tous aux prières de sa commonanté; et parlant en particulier de celui-ci : « Nous prierons Dieu, dit-îl, qu'il ait agréable de le conserver, nous soumettant néanmoins entièrement à sa divine volonté : car nous devons croire, et il est vni, que non-seulement sa maladie, mais aussi les maladies des autres, st enfin tout ce qui arrive à la compagnie, ne se fait que par sa sainte conduite, et pour l'avantage de la même compagnie. C'est ponr^ en priant Dieu de donner la santé aux infirmes et de subvenir aox autres nécessités, que ce soit toujours à condition que tel soit bob bon plaisir et sa plus grande gloire. »
Une autre fois, parlant à ceux de sa même communauté de la mort d'une personne qui avait grande affection pour la compagnie: • Je ne doute pas, leur dit-il, que vous n ayez été vivement touchés de b privation de cette personne, qui nous était si chère : mais Dieu soit
loue, vous lai avez dit aussi qu'il a bien fail de nous Tôlcr, et que TOUS ne voudriez pas qu'il en fût autrement, puisque tel a été son bon plaisir. »
Il fit surtout éclater d'une façon admirable cette parfaite indifférenccy lorsque la peste qui ravageait la ville de Gènes, en l'année 1 654, lai enleva presque eu même temps cinq ou six des meilleurs ouvriers dosa compagnie. Voici de quelle façon il annonça relie perte à sa communauté : il venait de Texhorterà se confier en Dieu, sur quelqn'autrc sujet, et il prit de là occasion de déclarer cette triste nouvelle en disant : Oh! qu'il est bien vrai. Messieurs et mes Frères, que nous devons avoir une grande confiance en Dieu, et nous mettre entièrement entre ses mains, croyant que sa Providence dispose pour notre bien et pour notre avantage Umt ce qu'elle veut, ou permet qu'il nous arrive! Oui, ce que Dieu rous donne et ce qu'il nous ôte est pour notre bien, puisque cest pour son bon plaisir, et que son bon plaisir est notre prétention et mitre bonheur. C'est dans cette vue que je vous ferai part d'une afiliition qui nous est survenue, mais que je puis dire avec vérité, mes Frères, une des plus grandes qui nous pouvait arriver : c'est que nous avons perdu le grand appui et le principal support de notre maison de Gènes. Monsieur N., supérieur de cette maison-là, qui était un ti ès-grand serviteur de Dieu, est mort, c*en est fait : mais ce n'est pas tout, le bon monsieur N., qui M'employait avec tant de joie au service des pestiférés, qui avait tant d'amour pour le prochain, tant de zèle et de ferveur pour procurer le salut des âmes, a été aussi enlevé par la peste. Un de nos prêtres italiens fort vertueux et bon missionnai»*e, comme j'ai appris, est srmblablement mort. Monsieur N., qui ét:iit aussi un vrai serviteur di^ Dieu, très-bon missionnaire et grand en toutes vertus, est aussi mort. Monsieur N., que vous connaissez, qui ne cède en rien aux autres, est mort. Monsieur N., homme sage et pieux et exemplaire, e8t mort ; c'en est fait, Messieurs et mes Frèrrs, la maladie contagieuse ncms a enlevé tous ces braves ouvriers. Dieu les a retirés à lui. 0 Sauveur Jésus, quelle perte et quelle afiDiction! C'est maintenant que nous avons grand besoin de cous bien lésigner à toutes les volontés de Dieu : car autrement que ferions -nous, que nous lamenter et attrister inutilement de la perte de ces grands zélateurs de la gloire de Dieu? Mais avec cette résignation, après avoir accordé quel-* q les larmes au sentiment de cette séparation, nous nous élèverons à Dieu, nous le louerons et le bénirons de toutes ces pertes, puisqu'elles nous sont arrivées par la disposition de sa très-sainte volonté. Mais, Messieurs et mes FrèreSi pouvons-nous dire que nous
perdons ceux queDiea retire? Non ^ nous ne les perdons pas; etnov derons croire que la cendre de ces bons missionnaires servira oomiM de semence pour en produire d'autres. Tenez pour certain que Din ne retirera point de cette compagnie les grâces quMI leur suit confiées, mais qu'il les donnera a ceux qui auront le sële d'aller pmdre leurs places. »