SON ENTRÉE ET SA CONDUITE EN LA MAISON DE GONDY
Ce fut environ Tan 1613 que le Révérend Père de Bérnlle porta M. Vincent à accepter la charge de précepteur des enfants de messire Emmanuel de Gondy, comte de Joigny, alors «énéral des galères de France, et de dame rrançoisc-Marguerite de Silly, son épouse, femme d'une excellente vertu, d'autant plus digned'èlre estimée, que la piété était en ce temps-là plus rare parmiles personnes delà cour. Et ce choix, qui fut fait de M. Vincent pour cet emploi, n]est pas une petite preave du jugementavantageux quece premier supérieurgénéralderOratoirc faisait de sa vertu et des bonnes qualités de son esprit, ledonnantànne famille des plus pieuses et des plusillustres du royaume, eu lui confiant laconduileetl'éducatiQndc trois jeunes seigneurs degrande espérance, don t l'ainé est duc et pair de France, le second a été élevé à la dignité de cardinal de lasainle Eglise, et pour le troisième, qui promettait beaucoup i)our les belles qualités de corps et d'esprit dont il était doué, J)icu le retira de ce monde ù Fi^ge de dix ou onze ans, pour lui donner dans le ciel un partage plus avantageux que celui qu'il eût trouTJ sur la terre.
M. Vincent a passé douze ans dans cette illustre maiBODiOÙ il •*«! toujours comporté avec une telle sagesse, modération etnrtttQ|Wg.^*il
s'est acquis tout ensemble, et Teslime et l'affection de toutes les personnes qui l'ont connu. Il ne se présentait jamais devant M. le général , ni devant Madame, qu'ils ne le fissent appeler; il ne s'ingérait de luimême en quoi que ce fut, sinon en ce qui regardait la charge qu'on lui avait confiée; et, hors le temps destiné au service de ces trois petits seigneurs, il demeurait dans cette grande maison, où il y avait un abord continuel de toutes sortes de personnes, comme dans une Chartreuse^ et retiré en sa chambre comme dans une petite cellule, d'où il ne sortait point que loi^t^qu'on rappelait, ou que la charité l'obligeait d'en sortir; tenant celte maxime, que pour se produire au dehors avec assurance parmi tant de périlleuses occasions qui ne sont que trop fréquentes en cette grande ville, il faut se tenir volontiers dans la retraite et dans le silence, quand il n'y a aucune nécessité de sortir ni de parler*. 11 est bien vrai que lorsqu'il était question de rendre quelque bon office au prochain pour le bien de son Ame, il quittait aussi volontiers sa retraite, qu'il s'y tenait quand il n'y avait aucune cause qui l'obligeât d'en sortir, et on le voyait alore parler et s'entremettre avec grande charité, et faire tout le bien qu'il pouvait aux uns et aux autres; il apaisait les querelles et dissensions, et procurait l'union et la concorde entre les domestiques ; il les allait visiter dans leurs chambres quand ils étaient malades, et après les avoir consolés, leur rendre jusqu'aux moindres services : aux approches de fêtes solennelles, il les assemblait tous pour les instruire et les disposer à la réception des sacrements; il faisait couler de bons propos à table pour en bannir les paroles inutiles; et lorsque Monsieur ou Madame le menaient aux chîiinps avec Messieurs leurs enfants, comme à Joigny, Montmirail, VilU'preux, et autres de leurs terres, tout son plaisir était d'employer les heures qui lui étaient libres à instruire et à catéchiser les pauvres, et à faire des exhoilations et des prédications au peuple, ou administrer les sacrements, et particulièrement celui de la pénitence, avec l'approbation des évoques des lieux et l'agrément des curés.
l ne manière d'agir si prudente et si vertueuse gagna bienl(M le npur et ralfection de tous ceux avec lesquels il vivait, et particulièrement de Madame, qui fut tellement édifiée de la modestie, de la discrétion et de la charité de M. Vincent, que dès la première ou la seconde année qu'il fut en sa maison, elle se résolut de lui confier la c(>nduite de son ûme ; et, pour cet effet, elle eut recours au llévérend ; Père de Bérulle, le priant d'obliger ce sage et vertueux pnMre de prendre loin de sa conscience, et de l'aider de ses bons avis; c(; <|u'il
■ MciDO ffcuTè appsret, nlsl qui 1lbci>tt>r latet. Neino seciirè ioquilur, nisi qui liliPiUor tMM. TkmÊLàiKmpi», m. i . de imtl., e, Ti).
fit par esprit de déférence et de soumission aux sentiments de celni qu'il respectait comme le père de son âme, quoiqu'il en ressentit beaucoup de confusion à cause de sa grande humilité.
Cette vertueuse dame, qui aimait parfaitement le bien et qui désirait ardemment de le procurer dans sa famille et parmi tous ses sujets, fat sensiblement consolée de la grâce que Dieu lui avait faite, de lui avoir donné un prêtre tel qu'elle le pouvait souhaiter, et en qui elle reconnaissait, outre les dispositions et les qualités propres pour Texécution de ses bons desseins, une conduite très- sage, et une charité parfaite pour s*y pouvoir confier en toute assurance.
Mais pour connaître encore mieux Tesprit avec lequel M. Vincent agissait, et de quelle façon il se comportait, pendant le temps qu'il a demeuré en cette grande et illustre maison, il faut l'apprendre de luimême. Yoici comme il en a parlé en deux occasions : la première fois en tierce personne dans une conférence avec plusieurs ecclésiastiques assemblés à Saint-Lazare, où Ton traitait de Timportanoe qu'il y a de bien s'acquitter de roflice d*aumùuier dans la maison des grands, il dit, entre autres choses : « Qu'il savait une personne qui avait beaucoup profité pour lui et pour les autres dans la maison d*unseigoear en cette condition, ajant toujours regardé et honoré Jésus-Christ en la personne de ce seigneur, et la sainte Vierge en la personne de la dame. Que cette considération l'ayant toujours retenu dans une modestie et circonspection en toutes ses actions et ses paroles, lui avait acquis Taffection de ce seigneur et de cette dame et de tous les dômes tiques, et donné moyen de faire un notable fruit dans cette famille. >
La seconde fois il en parla ouvertement à un jeune avocat de Paris, très-sage et très-pieux ; au sujet de ce que l'ayant disposé d'entrer dans la maison de Retz pour en avoir l'intendance, ce ji*une homme le pria de lui dire comment il pourrait garder l'esprit de dévotion, au milieu des distractions qui sont inévitables parmi la multiplicité des affahres dont il lui fallait prendre le soin; à quoi il répondit : « qu'ayant luimême demeuré dans cette famille, Dieu lui avait fait la grâce de s'y comporter en telle sorte, qu'il avait regardé et honoré en la [lersoune de M. de Gondy, général des galères, celle de Noire-Seigneur, en la personne de Madame celle de .Notre-Dame, et en colle des oflicierset serviteurs, domestiques et autres gens qui affluaient en cette maison, les disciples et les troupes qui abordaient Noire Sii^Mieur. •
Voila comment M. Vincent se tenait coulinurllensciit uni à Jésus- Christ, le regardant <^t honorant en ses créatures comme eu ses vives images, et réglant toutes ses actions extérieures et intérieures par cette vue ; tenant ainsi toujours ouvert devant les yeux de son ùme, ce mys-
m la lecture et méditation continnelle duqnel il apprenait I toutes lesTerlus*.
u'il eût un très-grand respect pour M. le général des galènpècbait pas qif il ne lui rendit tous les offices decharité^et il le jugeait nécessaire, pour le bien de son Ame, il n'usât ! la même liberté qu'envers les autres, toujours néanmoins (-grande circonspection ; car le zèle qu'il avait pour le bien rtu, et qui lui donnait une telle borreur du nuil et du péché, uvait souffrir les moindres approches, non plus aux autres ime, était toujours accompagné de prudence, et s'il avait de irait aussi de la discrétion : en voici un exemple digne de le nous apprendrons de lui-môme, qui fait voir de quelle emporta un jour envers ce bon seigneur pour le détourner quel son courage et son honneur l'avaient engagé, selon le lage de ce temps-là, que notre grand monarque a heureuu ayant, comme un Hercule chrétien, dès ion plus jeune e monstre, et d'un seul revers tranché toutes les têtes de : « J *ai connu (dit-il un jour, parlant de lui - même en tierce lUS une conférence tenue à Saint- Lazare avec plusieurs es) un aumônier qui, sachant que son maître avait des- T battre en duel, après avoir célébré la sainte Messe, le it retiré, il s'alla jeter aux pieds de ce seigneur, lequel ?ul à genoux dans la chapelle, et là il lui dit : Monsieur, ,oi, s*il vous plait, qu'en toute humilité je vous dise un i de bonne part que vous avez dessein de vous aller batmais je vous dis de la part d j mon Sauveur, que je vous lintenant, et que vous venez d*adorer, que si vous ne quitais dessein, il exercera sa justice sur vous et sur toute té. » Cela dit, Taumônier se retira : et en c-ela vous remarions plaît, le temps opportun qu'il prit, et les termes ui sont les deux circonstances qu'il faut particulièrement .elles occasions.