CHAPITRE VIII
[ON GÉlVÉllALE QU'iL FIT FAIRE A UN PAYSAN DONNA LIEU lÈHE MISSION, ET LE SUCCES DE CETTE MISSION LUI EN FIT HDRE d'aUTUES.
i générale des galères ressentait une joie et une consolation
iroir en sa maison M. Vincent^ qu'elle regardait comme un
us est Codex nperlus, in qiio legendo, et meditando, unUersa virtutum jr. Laurent. Justin, lib, dehumiiit., e. 21.
second ange tutélatre, qui attirait tons les joars de nouvelles grAres sur 8a famille par son zèle et par sa prudente conduite : comme ille aspirait incessamment à la perfection, aussi était-ce tout le désir de son sage directeur, de lui aider et de lui fournir tous les moyens qu'il pouvait pour l'y faire avancer : et ainsi poussés d*un mùme esprit, ils s'adonnaient tous deux à diverses bonnes œuvres. Cette vertueive dame faisait de grandes aumônes pour soulager les pauvres, particulièrement ceux de ses terres; elle allait visiter les malades, et leaserv;dt de ses mains : elle avait un soin particulier détenir la main à ce que ses oiSciers rendissent bonne et prompte justice, et pour cela elle veillait à remplir les charges de personnes de probité : et non contente décela, elle s'employait elle-même pour terminer à l'amiable les procès et les diiïérends qui naissaient parmi ses sujets, et pour apaiser les querelles, et surtout elle se rendait la protectrice des veuves et des orphelins, et empt^chait qu on ne leur fît aucune oppression on injustice : et enfin elle contribuait autant qu'il était en elle, pour procurer que Dieu fût honoré et servi en tous lieux où elle avait quelque pouvoir ; en quoi elle était autorisée et portée par la piété de son mari, et aidée par la présence et par les avis de M. Vincent, qui de son côté ne manquait pas d'exercer sa charité et son 7.èle en ces occasions, visitant et consolant les malades, instruisant et exhortant les peuples par ses discours publics et particuliers, et s'employant en toutes les manières possibles ' gagner les âmes h Dieu.
Or il arriva, environ l'année 1610, qu'étant allé en Piiuirdie avec Madame, qui y possédait plusieurs terres, et faisant quelque séjour au chuteau de Folleville,au diocèse d'Amiens, comme ils'ocx^upait à ces œuvres de miséricorde, on le vint un jour prier d'aller au village de Gannes, distant environ de deux lieues de ce cliAteau, pour confesser un paysan qui était dangereusement malade, et qui avait témoigne désirer cette consolation : or, quoique ce bon homme ciil toujours véca vn réputation d'un homme de bien, néanmoins M. Vincent l'étant allé voir, eut la pensée de le porter à faire une confession générale, pour mettre son salut en plus grande sûreté; et il parut par l'eiTet qui s'ensuivit, que cette pensée venait de Dieu, qui voulait faire miséricorJeà cette f)auvre Ame, et se servir de son iidèle ministre pour la retirer du penchant du précipice où elle allait tomber ; car quelque bonne vie ({ue cet homme eût menée en apparence, il se trouva qu'il avait la codscience chargée de plusieurs péchés mortelsqu'il avait toujours reteiios pur honte, et dont il ne s'était jamais accusé en confession, comme bdmi^nie le déclara et publia hautement depuis, môme eu la présence de Madame, qui lui fit la charité de le venir visiter. « Ah 1 Madame! lui
\f fêtait difluié ri je n*eamt fait ane oonfaaaion générale, à cause «rieais gros péchéa c^ je n'aYais oaé me eonfener. » Ces palroles IgMîent asaei la Tite eontritioa doat ce pauvre malade était toad dans lea sentiments de laquelle il finit sa tie an bont de trois i, Agé de soixante ans, ajant, après Dieu, l'obligation de son saint Tincent, lequel faisant depuis le rédt de ce qui s'était passé en oecasion à Messieurs de sa Compagnie à Paris, ajouta : « Que la itmpèehe plusieurs de ces bonnes gens des champs de se confesser na leurs péchés à leurs curés, ce qui les tient dans un étatde damn; et sur ce sujet on^ demanda, il y a quelque temps, à l'un dos grands homme&dece temps, sices gens-là pouYsient se sauver ayec hoote qui leur ôte le courage de se confesser de certain»^ péchés : ni il répondit : qu'il ne fallait pas douter que, mourant en cet état, e fussent damnés. Hélas! mon Dieu ! dis- je alors en moi-même, lien s'en perd-il donc 7 et combien est importftit l'usage des con - MIS générales, qui remédie à cêinalheur, étant accompagné d'une i contrition, comme il est pour l'ordinaire ! Cet homme disait tou l qa'il eût été damné, parce qu'il était vraiment touché de l'esprit htttence ; car quand une âme en est remplie, elle conçoit une telle sur du péché, que non-seulement elles'en confesse au prêtre jnei*^ larait diposée dis s'en accuser publiquonent, s'il était néceAirc •son salut. J*ai vu des personnes, lesquelles, après leur confossiou nle^ voulaient déclarer' leurs péchés publiquement devant tout Mide,et j'avais peine à les retinir : et quoique je leur défendisse I iaire : Mon, Monsieur, me disaient-elles, je les dirai à tous ; je BU malheureux, je mérite la mort. Yoyex, s'il vous plàlt en cela, yceasion de la grâce, et h force de la douleur ; j*en ai vu plusieurs .;ee grand désir, et il s'en voit souvent. Oui, quand Dieu entre i dans un cœur, il lui fait concevoir tant d'horreur des offenies ,a commises, qu'il voudrait les découvrir à tout le monde.v£t eu il y en a qui, touchés de cet esprit de componction, ne font au* I difficulté de dire tout haut : Je suis un méchant homme, parce nielle et telle rencontre j'ai fait ceci et cela ; j'en demande pardon m. II. le Curé,et à toute la paroisse. £t nous voyons que les plus ds saints l'ont pratiqué. Saint Augustin, dans ses Confessions, a Ussté ses péchés à tout le monde, à rimitation de saint Paul, qui a iré hautementet publié dans ses Épitres, qu'il avait été un blas • aaleur et un persécuteur de FÉglise, afin de manifester d'autant vtaB miséricordes de Dieu envers lui. Voilà l'effet de la grâce qui auoœur; elle jette dehors tout ce qui lui est contraire.» uitte grâce qui fit cette salutaire opération dans le coeur de
ce paysan, que de hii faire avouer publiquement, et même en prësenee de Madame la générale, dont il était vassal, ses confessions sacrilèges, et les énormes pécliés de sa vie passée ; ce qui fit que cette vertueuse dame, touchée détonnement, s'écria» adressant la parole à M. Vincent: «Ah ! Monsieur! qu'est-ce que cela? qu'est-ce que nous venons d*entendre? il en est sans doute ainsi de la plupart de ces pauvres gens. Ah ! si cet homme, qui passait pour homme de bien, était en état de damnation, que sera-ce des autres qui vivent plus mal? Ah! M. Vincent, que d'ilmes se perdent ! quel remède à cela ? •
« C*étaitau mois de janvier 1017 que ceci arriva; et le jour delà Conversion de saint Paul, qui estle 2o,celtedamemepria,ditM. Vincent, de faire une prédication en l'église de Folleville, pour exhorter les habitants à la confession générale ; ce que je fis. Je leur en représentai l'importance et l'utilité, et puis je leur enseignai la manièrede la bien faire : et Dieu eut tant d'égard à la confiance et à la bonne foi de cette dame (car le grand nombre et l'énormité de mes péchés eût empêché le fruit de cette action), qu'il donna la bénédiction à mon discours; et toutes ces bonnes gens furent si touchés de Dieu, qu'ils venaient tous pour faire leur confession générale. Je continuai de les instruire et de les disposer aux sacrements, et commençai de les entendre ; mais la prcgse fut si grande, que ne pouvant plus y suffire, avec un autre prùlre qui m'aidait. Madame envoya prier les Révérends Pères Jésuites d'Amiens de venir au secours; en écrivit au Révérend Père recteur qui y vint lui-même, et n'ayant pas eu le loisir d y arrêter que fort peu de temps, il envoya pour y travailler en sa place le Révérend Père Fourche de sa même Compagnie, lequel nous aida à confesser, prêcher et catéchiser, cl trouva par la miséricorde de Dieude quoi s'occuper. iVousfùmesensuitcaux autres villages, qui appartenaient àMadame en cesquartiers-là,et nous fîmes comme au premier : il y eut grand concours et Dieu donna partout la bénédiction. Et voilà le premier sermon de la Mission, et le succès que Dieu lui donna le jour de la Conversion de saint Paul : ce que Dieu ue lit pas sans dessein en un tel jour. »
Cette mission du lieu de Folleville ayant été la première que M. Vincent a faite, il l'a toujours considérée comme la semence des autres qu'il a faites jusqu'à sa mort; et tous les ans en ce même jour, 25 janvier, il rendait gràees à Dieu avec de grands sentiments, et reeoromandait aux siens de faire de même, en reconnaissance des suites remplies de héiiéJiclions, qu'il avait plu à son infinie honte de donner à cette première prédication; et de ce ([u'il avait voulu que le jour de la Conversion de saint Paul fût celui de la conception de la Congrégation de la Mission, quoique pour lors, ni plus de huit ans
après, il ne pensât en ancnne façon qoe ce petit grain de sënerc dût eroltre et mnitiplier ; et encore moins qu'il dût senrir de fondement à l'établissement d*une nouvelle Compagnie en l'Église, comme il est arrivé depuis. Et c'est la raison pour laquelle les Missionnaires de sa Gongr^ation célèbrent, avec une dévotion particulière, le jour de la Conversion de ce saint Apôtre, en mémoire de ce que ce nouveau Paulj leur père et instituteur, commença heureusement en ce jour-là sa première mission, qui S été suivie de tant d'autres, qui ont causé la conversion d*un si grand nombre drames, et contribué si avantageusement à Taccroissement du royaume de Jésus-Christ.
Madame la générale ayant reconnu, par ce premier essai qui réussit avec tant de bénédiction, la nécessité des confessions générales, particulièrement parmi le peuple de la campagne, et l'utilité des missions pour les y porter et disposer, conçut dès lors le dessein de donner un fonds de seize mille livres à quelque communauté qui se voudrait charger de faire des missions de cinq en cinq ans par toutes ses terres, et pour le mettre en exécution elle employa M. Vincent, qui en fit la proposition de sa part au Révérend Père Charlet, provincial des Jésuites, lequel lui iit réponse qu'il en écrirait à Rome; ce qu'ayant fait, on lui manda qu'il ne devait point accepter. Elle fit offrir la même fondation aux Révërends Pères de l'Oratoire, qui ne s'en vouiorent pas aussi charger; enfin, ne sachant àqni s*adresf>er, ellefitson testament, qu'elle renouvelait tous les ans, par lequel elle donnait seize mille livres pour fonder cette mission, au lieu et en la manière que M. Vincent le jugerait à propos; et pour user des termes qu'il employait ordinairement, à la disposition de ce misérable.