CHAPITRE XIV
SON OBEISSAUrCE.
Nous ne saurions mieux commencer ce chapitre de Tobéissance de M. Vincent qu'en rapportant les sentiments qu'il avait de cette vertu, lesqaels il a déclarés en plusieurs rencontres, mais particulièrement dans les avis salutaires qu'il a donnés sur ce sujet à ses chères filles les religieuses du premier monastère de la Visitation de cette ville de Paris.
« Elles ont témoigné que ce grand serviteur de Dieu, qui a été leur premier père spirituel, entre toutes les vertus, leur recommandait souvent celle de lobéissance, et de l'exactitude à la régularité, jusques aux moindres observances ; qu'il avait une aiïection toute particulière pc'ur bien établir ces vertus d'obéissance et d'exactitude dans leur communauté, et leur disait que ces deux vertufr-Ià étaient celles qui, étant pratiquées avec persévérance, faisaient la religion; que pour s'y exciter, il était utile d'en conférer familièrement ensem* ble, et de s'entretenir sur leur excellence et leur beauté ; qu'il était nécessaire de s'y affectionner, dans la vue du plaisir que Dieu prend dans les âmes religieuses qui s'y rendent fidèles, et parce que celui qui est leur divin Époux aimait tellement ces vertus, que le moindre retardement à lobéissance lui était désagréable; qu'une âme vraiment religieuse ayant voué cette vertu en foce de l'Église doit se rendre soigneuse d'accomplir ce qu'elle a promis', et que si on se relâche en une petite chose, on se relâchera bientôt en une plus grande; que tout le bien de la créature consistait en l'accomplissement delà volonté de Dieu, et que cette volonté se trouvait particulièrement en la fidèle pratique de lobéissance, et en Texacte observance des règles de l'institut ; qu'on ne pouvait rendre un service plus véritable à Dieu qu'en pratiquant lobéissance, par laquelle il accomplit ses desseins sur nous , que sa pure gloire s'y trouve avec l'anéantissement de Tamour-propre et de tous ses intérêts, qui est ce à quoi nom devons principalement prétendre, et que cette pratique mettait Vimv dans )a vraie et parfaite liberté des cufants de Dieu.
« 11 recommandait fort de renoncer à son propie jugement, et de le mortifier, pour le soumettre à celui des supi^neurs, et disait que r obéissance ne consistait pas seulement à faire présentement oe qu on nous ordonne, mais à se tenir dans une entière disposition de iaire tout ce qu'on nous pourrait commander en toutes sortes d'oc* cabious : qu il fallait regarder ses supérieurs comme tenant la place de Jcbus-Ciirist sur la terre, et leur rendre en cette considéraiiou un trcb-grand respect : que de murmurer contre eux était une espèce u a^iostosie iulérieure : car comme l'apostasie extérieure se commet cii quittant i'haliit et la leligiou et se désunissant de son corps, ausbi i'aposlasie intérieure se fait quan 1 on se désunit des supérieurs, leur conti édisant en sou esprit, et s'attacbant a des sentiments particuliers et contraires aux leurs ; ce qui est le plus grand de tous les maux qui arrivent dans les communautés, et que Tàme religieuse évitait ce malheur quand elle se tenait dans une sainte indifférence, et hc laissait conduire à ses supérieurs.
« ii disait encore, sur ce sujet de Tobilssance, qu'il fallait, pour loudement de la vraie soumission qu'on doit avoir dans une communauté, considérer attenti\ement les choses suivantss :
«( i . La qualité des supérieurs^ qui tiennent sur la terre la place de Jesus-Ghrist a notre égard.
« 2. La peine qu'ils ont, et la sollicitude qu'ils prennent pour jioub conduire a la perfection ; passant quelquefois les nuits entières eu veilles, et ayant souvent le cœur plein d angoisses, pendant que les inférieurs jouissent a leur aise de la paix et de la tranquillité que leur apporte le soin et le travail de ceux qui les conduisent; dont la peine est d'autant plus grande qu'ils ont plus de sujet d'appréhender le compte qu ils sont obligés d'en rendre à Dieu.
« 3 . La récompensé promise aux âmes vraiment obéissantes, même des Citte vie; car outre les grâces que mérite cette vertu, Dieu se plait a faire la volonté de ceux qui pour l'amour de lui soumettent leur volonté à leurs supérieurs.
• 4. La punition que doivent appréhender ceux qui ne veulent pas obéir, dont Dieu a fait voir un exemple bien terrible dans le châtiment que sa justice a exercé sur Goré, Dathan et Abiron, pour avoir méprisé Moise leur supérieur et pour avoir par ce mépris offensé grièvement Dieu, qui a dit, parlant aux supérieurs, que sa providence a établis dans son Église : Celui qui vous écoute m'écoute, et celui qui vous méprise me méprise.
« b. L'exemple de Tobéissance que Jésus-Christ est venu donner aux hommes, ayant mieux aimé mourir que de manquer à obéir ; et
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certes ce serait une dareté de cœur bien grande de yoir un Dieo obéissant jusqu'à la mort pour notre salut, et nous cbétifs et misérables créatures, refuser de nous assujettir pour l'amour de lui.
« Il ajoutait que, pour pratiquer parfaitement cette terta, il faUait obéir :
« I . Volontairement, faisant ployer notre volonté sous la Tolonté des supérieurs ;
« 2. Simplement, pour Tamour de Dieu, et sans jamais permettre à notre entendement de rechercher ou examiner pourquoi nos supérieurs ordonnent telle ou telle chose ;
« 3. Promptement, sans user d'aucun retardement, quand il est question d'exécuter ce qui est commandé ;
« 4. Humblement, sans prétendre ni désirer de tirer aucune louange ou estime de l'obéissance qu'on rend ;
« 5. Courageusement, ne désistant pas, et ne s*arr6tant pour les difficultés, mais les surmontant avec force et générosité ;
« 6. Gaiement , exécutant ce qui est commandé avec agrément, et sans témoigner aucune répugnance ;
« 7. Avec perséYérancc, à l'imitation de Jésus-Christ, qui s*est rendu obéissant jusques à la mort. >
Or il ne faut pas considérer ce que M. Vincent disait on enseignait comme des leçons d'un maître ou des exhortations d'un prédicateur, qui ne fait pas quelquefois ce qu'il enseigne aux autres ; mais comme de pures expressions des sentiments les plus sincères de son ocenr, et comme de véritables témoignages de ce qu'il pratiquait lui-même touchant cette vertu, laquelle il persuadait aux autres ansid bien par ses exemples que par ses paroles.
£t premièrement, la grande vertu de M. Vincent était de se tenir continuellement dans une entière et absolue dépendance de IKen, et de se soumettre fidèlemeut et parfaitement à tout ce qu'il voyait lai être agréable ; de sorte que Ton peut véritablement dire que Dieu a trouve en lui un homme selon son cœur, qui était toujours prêt et disposé à faire toutes ses volontés, comme nous avons vu amplement dans les chapitres précédents.
Dans cette sainte disposition, lorsqu'il vint de Rome à Paris, une des premières choses qu'il y fit fut de prendre un directeur spirituel, afin qu'en suivant ses avis et conseils, il pût obéir à Dieu et répondre à ses desseins. Ce directeur fut le R. P. de BéruUe, qui depuis a été cardinal de la sainte Église; et par la soumission qu'il rendait à sa conduite, il accepta quelque temps après la cure de Glicby, et entra ensuite dans k maison de Gondy, pour être aamAnier de monaîeiir
18 galères et de madame sa femme, et précepteur de mesfants; et enfin Madame désirant le prendre pour son ; pour directeur de son âme, il n*j Youlut point consentir ssance ; et il fallut que cette vertueuse dame eût recours le Bérulle pour le lui ordonner. C'est ainsi que, ne voue par soi-même , il se tenait toujours soumis aux ordres
content d'obéir à Dieu, il s'est encore assujetti, suivant saint Apôlre, à toute créature humaine pour l'amour de [paiement aux puissances spirituelles et temporelles, ems les choses fâcheuses et humiliantes qu'en celles qui s et honorables.
t surtout à M. S. P. le Pape, gaiement et sans réplique; lérant comme le vicaire de Jésus-Ghrist et le souverain m Église, il lui était soumis de tout son jugement et de action.
* le seul motif d'obéissance qu'il accepta la chaire de néral de sa Congrégation, le pape Urbain YIII la lui le par la môme bulle par laquelle Sa Sainteté avait apitut de la Mission.
tous les missionnaires soumis à sa conduite à rendre ine parfaite obéissance au Saint-Siège, les mettant dans le cette règle qu'il leur a laissée par écrit en ces termes : rons exactement à tous nos supérieurs, et à chacun d'i* gardant en Notre Seigneur, et Notre-Seigneur en eux ; ;nt à iV. S. P. le Pape, auquel nous obéirons avec tout le délité et la sincérité possible. • s fait voir ailleurs la plénitude d'estime et de vénération lent a eue pour MM. les évéqnes : et maintenant nous lot de la parfaite soumission qu'il a toujours eue pour 3béissance entière qu'il a voulu que ceux de sa Gongré- 'cndissent, en ce qui concerne les fonctions de leur in- [uoique le Saint-Siège ait jugé nécessaire d'ordonner, en la Cougrcgation de la Mission, que le supérieur général t la direction des sujets qui la composent, tant pour l'intéi-dirc pour la conduite de leurs âmes etleur avancement en es vertus conformes à leur vocation, que pour l'çxtérieur, 1 observance des règles delà Congrégation, les ordres , l'administration du temporel, et la disposition des perles lieux et pour les emplois : afin qu'étant membres :orps, ils puissent par ce moyen conserver dans la diver-
sîW des diocèses où il» se trouvent le oii^me esprit et la même eondnttt c|UP Dieu a inspirée h leur iostituteur ; outre qu'il est très-i*îtpédient que le supérieur géacral, qui a une connaissaiice plus particulière ém laltiit« el dispositions de ses inférieurs^ puisse les envoyer en cbaque maison, ou les en rappeler, et les appliquer aux emplois de l*institut et autres choses qui touchent le bon ordre de la Congrégation. Nëimmoins, quant au\ méme^s fonctions qui regardent rassistance du prochain, M» Vincent a désiré et procuré que le Saint-Siège ait le ment soumis sa Congrégation à MîVL les évéques, que les mi^sl iiaireB n'en pu^nt^nt faire aucune de leur institut^ telles que f^ont miKï'ioDS, les exercices de rordinatioii, les eouferenccs des Ecelésiaî tiques, les reirai les i^pirituelles et la conduite des séminaires, sous rautorité et avec l'agréinent et Ja permission des ordinal CVî^t ce quHl a toujours observé lui-même et fait observer aui sieos^ Il la «^altsfaetioQ de MM. les évéques dans les diocèses desquels ils ont travûUié et traYaillent eocore avec la même ^oumis^ion et obéissan^i de laquelle ils sont bien résalus de ne se départir jamais, aT> grâce de Dieu.
il accepta, environ Tan 1622, longtemps avant rérecttoa de CougrégalioUj la direction des religieuses de la Visitation de Sainte- Marie de Ja ville de Paris, tant pour obéir au bieubeureux François de Sales, leur fondateur et instituteur, qui Teu pria, qu'a Monseigneur de Paria, qui le lui ordonna; en quoi ^il a bien fait voir sa fidélité à Tobéissance : car, ayant été chargé de soins et de travaux extraordinaires depuis rétablissement de sa Compagnie et ses divers engagements dans les grandes affaires de piété ; et le nombre de tx^ bonnua religieuses^ qui remplissaient trois monastères dans Paris, et uu dehors, s* étant fort accru, et demandant par conséquent beaucoup de ttmps et d'application, il tâcha plusieurs fois de se décharger de leur coiiduitCj et la quitta entièrement une fois; de sorïe que, quelque instance quou lui fil par lettres^ et par Feu (remise de personne!) de grande condition, il ne put jamais se résoudre à lareprfadre, et n'y acquiesça luUo que pour obéira Monseigneur rarch«* vèquc de Paris, qui l'y engagea derechef* Néanmoins, pour donner moyeu à ceux de sa Compagnie de s'employer entièrement aux fonctions qui leur sont propres, il jugea qu'il était mkessairede les éloigner de la conduite et fréqueutation des religieuses, et à cet effet il leur a laissé pour règle de s'abstenir entièrement de tes dirigeri ayant reconnu par sa propre expérience combien cet emploi était incompatible avec leurs fonctions, et peu convenable à leur état.
IL voulait outre cela que tous les siens rendissent obéissance aux
curés lorsqu'ils faisaient mission dans leurs paroisses, et leur recommandait expressément de n'y rien faire et, comme il disait, ne pas même remuer une paille qu'avec leur agrément. Sur quoi écrivant à une personne de dehors, il lui dit entre autres choses : « Nous avons pour maxime de traTailler au service du puhlic, sous le bon plaisir de MM. les curés, et de n'aller jamais contre leurs sentiments ; et à l'entrée et sortie de chaque mission, nous prenons leur bénédiction en esprit de dépendance. »
C'est ce qu'il pratiquait lui-même avec une merveilleuse humilité ; et quoiqu'il fût envoyé avec les siens paroles évéques, avec plein pouvoir pour travailler dans les paroisses de leurs diocèses, il ne voulait toutefois rien faire qu'avec le consentement et sous le bon plaisir des curés : ce qu'il observait inviolablement, aussi bien dans le plus petit village, comme dans les autres lieux plus considérables. Ce qu'il a toujours fait pratiquer aux siens^..et c'est aussi ce qu'ils continuent de faire.
Quant à l'obéissance qui est due aux rois et aux princes souverains, il déclara un jour aux siens les sentiments qu'il en avait; et après leur avoir démontré de quelle façon les premiers chrétiens se soumettaient aux empereurs, et révéraient leur puissance temporelle, il ajouta les paroles suivantes : « Nous devons, mes Frères, à leur exemple, rendre toujours une Adèle et simple obéissance aux rois, sans jamais nous plaindre d'eux, ni murmurer pour quelque sujet que ce puisse être : et quand bien il serait question de perdre nos biens et nos vies, donnons-les dans cet esprit d'obéissance, plutôt que de contrevenir à leurs volontés quand .a volonté de Dieu ne s'y oppose pas : car les rois nous représentent sur la terre la puissance souveraine de Dieu. •
Et pour faire voir quelle était l'exactitude de M. Vincent à obéir au roi, même dans les choses les plus petites, nous en rapporterons ici un exemple, qui est d'autant plus considérable, que le sujet en est moins important, et qu'il se trouve peu de personnes qui voulussent s'assujettir jusqu'à un tel point. Un Frère de la maison de Saiut- Lazare ayant trouvé dans l'enclos de cette maison des œufs de perdrix, il les prit et les fit couver à une poule ; et les perdreaux étant éclos et devenus plus grands, il les porta dans une cage à M. Vin* cent, pensant lui donner quelque sujet de divertissement : mais lui, faisant quelque réflexion sur les ordonnances du roi qui défendaient la chasse, dit à ce bon Frère, sans lui déclarer son intention : « Allons voir si ces petits oiseaux savent bien marcher. » Étant sorti de la chambre et ayant traversé avec ce Frère la basse*cour, 11 entra dans T. n. 24
le liiis uii suiit les terres de laliour, tl la il fit ouvrir la cage, et mit eu lilitTié l'OS pelils perdreaux, pivnaut plaisir de» les voir courir pour se sauver ; mais ayant remarqué (lue le Fu re était un peu mortifié d'avoir perdu toute sa peine, il lui dit : « Sachez, mou Frère, que nous devons obéir au roi, lequel ayant défciulu la cha8S(^, n'entend pas qu'on prenne les œufs non phis que le gibier; et que nous ne saurions désobéir au prinee en ees choses temporelles, sans déplaire a J)ieu. •
Mais eo n'était fias a^sez à M. Vincent de pratiquer Tobéissance eintis ceux qui lui étaient supérieurs, il l'élendait encore envers t(uiles sortes de |)ersonnes, et portait les siens à faire le semblable: <« ^iolr;: obeissanee, leur disait-il, ne doit pas se borner seulement à v.i'ù\ qui ont droit de nous commander, mais elle doit passer plos avant; car nous nous garderons bien de manquer à l*obéissancc qai (rt d'obligation, si, comme saint Pierre le commande, nous nous soumettons à toute créature humaine pour l'amour de Dieu. Faisons-le d::ne, cl considérons tous les autres comme nos supérieurs, et pour cela ineltoiis-nous au-dissous d'eux, et plus bas même que les plus petits, et les prévenons par déférence, par condeseendauce , et par tontes sortes de services. Oh! que ce serait une belle chose, s'il piuisait à Dieu nous bien établir dans cette pratique ! »
11 exhortait les siens à la pratique de cette condescendance mu* tueile, qui est une espèce d'obéissance, par comparaison des membres d'un ccrps, qui s^aocomniodent et condescendent les uns aux: autres pour leur bien et conservation connnune, eu sorte que ce que Tuu fait, Tautre l'approuve et y coopère autant qu il peut. « Ainsi, dit-il, dans une communauté il faut que tous ceux qui la composent et qui Cil i:Oiit comme Us membres, usent Je condescendance les uns envers les autres ; et dans clIlc dispooilion, les savants doivent condescendre a l'infirmité des ignorants^ aux choses où il n'y a point d'erreur et de péché ; les prudents et les sages doivent condescendre aux humbles et aux simples : non alla sapientcSj sed humilibus consentientes. lit par cette même condescendance nous devons non-seulement approuver ks sentiments des autres dans les choses bonnes et indifférentes, mais même les préférer aux nôtres, croyant que les autres ont des lumières et des qualités naturelles ou sui naturelles plus grandes et plus excellentes que nous : mais il fa.it se donner l)ien de garde d'user de condescendance dans les choses mauvaises, parce que ce ne serait pas une vertu, mais un graud défaut, qui proviendrait ou du libertinage d'espi it, ou bien de quoique lâcheté et pusillanimité. »
Il pratiquait en effet ce qu'il disait, car on a remarqué qu'il se
rendait fort condescendant aux volontés d'un chacun dans les choses indiflérentcsi et même à ceux qui avaient quelque faiblesse d'esprit ; tenant pour maxime qu'il était plus expédient de s'accommoder à la volonté des autres que de suivre ses propres sentiments : et il en était venu jusque là, comme témoigne un vertueux ecclésiastique qui l'a connu et observé pendant plusieurs années^ que de condeti;cendre aux désirs de toutes sortes de personnes, et suivre les avis des moindres dans les choses indifférentes : ce n'est pas qu'il ne sût connaître les affaires beaucoup mieux qu'un autre, sa longue expé* rience en toutes choses, jointe aux lumières qu'il recevait de Dieu, lui donnant moyen de pénétrer et de discerner en toutes sortes de rencontres ce qui était le plus expédient de faire ; mais il en usait ainsi pour ne pas perdre le mérite de la soumission et de l'obéissance lorsqu'il se présentait occasion de la pratiquer.
11 exerçait encore cette même vertu en cédant volontiers aux opi* nions des autres, lorsqu'il le pouvait faire sans préjudice de la vérité et de la charité ; et on n'a jamais remarqué qu'il ait contredit ou contesté, bien que souvent on traitât avec lui des questions difficiles, et sur lesquelles il y avait matière de dispute ; mais il déférait aux avis des autres, ou bien il se taisait après avoir humblement allégué ses raisons. Il est bien vrai que lorsqu'il y allait de l'intérêt du service ou de la gloire de Dieu, il était ferme et inébranlable jusqu'à un tel point, qu'on Ta vu persister des années entières à refuser certaines choses qu'on lui demandait, parce qu'il ne jugeait pas les pouvoir accorder selon Dieu ; et sa grande maxime sur ce sujet était celle-ci : « Tant de condescendance que vous voudrez, pourvu que Dieu n'y soit point offensé. > Mais quand l'intérêt de la gloire de Dieu, ou de la charité du prochain, ou de la prudence chrétienne, l'obligeait à refuser quelque chose, il le faisait de si bonne grâce, et avec tant de douceur et d'humilité, qu'un de ses refus était mieux reçu que n'eût été quelquefois la faveur ou le bienfait qu'on eût obtenu d'un autre.
Dans cet esprit d'obéissance et de condescendance, il écrivit un jour sur le sujet de quelque difliculté arrivée dans une mission, à celui qui eu était le directeur, de suivre plutôt l'avis d'un autre que le sien propre, Texhortant d'acquiescer toujours volontiers aux avis d autrui : sur quoi il lui allégua saint Vincent Ferrier, qui met cette pratique comme un moyen de perfection et de sainteté.
Ce fut dans ce même esprit de condescendance qu'il consentit de traiter d'une ferme qu'on offrit à la communauté de Saint-Lazare, mais sous uud pension viagère si grosse, qu'il ne jugeait pas devoir
laccepler celle offre, ni s'y engager j et en effet il y résista deux aîis durant ; ceujt ndanmains a qui cette ferme apparlenaitj ajaûl i grand désir d*iïtrc assurés pour toute leur vie de eelle grosse p BioQ, fireul eu sorte qu'ils gaguèreul 1* esprit de feu M. le prieur tSainl^Lazare^ pour lequel M, Vinceul avait une condesceudaûce mi I \dUeiise j et ce bon prieur, peusaut bleu faire ^ le pria et pressa ilemeut| que, par pure coudesccudauce à sa volouté, il souscri (lu contrat, de Tavis néanmoins de son couseil^ qui Fassura qu'il If ouvait i'aïm saus aucun risque ; et s'étant obligé à celle petisi0O| ta paya Odèlcment à c^s personnes jusqu'à leur mort ; après laquel on intenta procès, et Ton fit perdre cette ferme mn. prêtres de Uission^ cl presque tout rargeni qu'ils avaient avancé^ ^ns q M. Yioceut voulut se servir des moyens qu on lui fournissait pour pourvoir contre Tarrét, de peur de manquer tant soit peu à la so misâioti qu'il estimait devoir rendre à ses juges ; aimant mieux pei dre la ferme et rargent que le mérite de robéissance.
Il fit encore paraître une autre fois sou exactitude et aon £èl pour cette même vertu, dans uuc occasion en laquelie il sembL pouvoir facilemeut s'en dispenser. Ayant reçu commandement de reine- mère de faire la mission à l^ontainebleau, il y envoya des pr^ très de sa communauté, lesquels contre leur attente y trouvéreut u religieux qui y prêchai t en ce même temps. Ils ne laissèrent pa^ pour cela de commencer la mission, pour obéir à Sa Majesté ; ccs«aal héaumoins leurs exercices aux heures que ce bon religieux davai prciclier, afin que le peuple eût toute liberté de se trouver à ms ser^' mons : mai^ les habitaut^ de ce lieu ayant ouï les insLrucUons famt lières de la Mission, et y prenant pins de goût qu'aux prédicatiom' de ce bon Père, cela fut cause quil n'avait qu'un fort petit nombre d'auditeurs à ses prédications, régUse au contraire se trouvant tout a remplie de peuple lorsque les missionnaires faisaient les prédicatiom et les instrucLious du catéchisme ; de quoi ce prédicateur eut quel que jalousie, en sorte qu'il ne put s'empOcher d'en lémoiguer m peine. Cela mit les prêtres de la Mission en doute de ce qu'Us de vaient faire, considérant d'un coté la maxime de M. Vincent^ qui était de condescendre et de céder eu telles occasions ; et craignant aussi, d'un autre, de manquer aux ordres que la reine avait donnés de faire la mission : c*est pourquoi ibi en écrivucenl àM. Vincent pour savoir ce qu*ils devaient faire : mais lui, voyant qu1l s agissait d'un point d'obéissancej illejugead^une telle conséquence, qu'il envoya en diligence un homme exprès vers Sa Majesté, qui était, pour lors allée par dévotion a JNotre-Dame de Chartres^ avec une
aquelle il lui exposait la rencontre du prédicateur stait l'usage des prêtres de la Mission en tel cas^ qui était de suppliant très-humblement Sa Majesté d'agréer qu'il les 3e que la reine lui ayant accordé, U envoya les mission* ailler en d'autres lieux, pour ne pas interrompre ce bon b pour lui condescendre.
me M. Vincent était exact à la pratique de l'obéissance, aussi une semblable exactitude de la part des siens, et ne pporter en eux le moindre défaut contre cette vertu ; car qu'elle fût en vigueur dans tonte sa Compagnie, comme s importantes pour son bien ; et quand quelqu'un y manvait fort bien l'en relever. Voici ce qu'il fit un jour sur égard d'un des plus anciens et des plus réguliers de ses quel il avait recommandé un soir de reposer le lendee qu'il l'avait fait veiller fort tard, et croyait qu'il avait e soulagement. Ce bon missionnaire néanmoins, qui était 1 faire tous les jours son oraison à Theure ordinaire de auté, se leva pour se trouver avec les antres à cet excrétant point persuadé que la recommandation qui lui Biite par M. Vincent le dût engager si étroitement qu'il )ermis de se lever à son ordinaire ; mais M. Vincent, qui id cas de l'obéissance, lui en fit la correction dans l'église e de tous les autres, au sortir de l'oraison; le faisant longtemps à genoux, quoiqu'il fût des plus anciens, et icent eût avoué que c'était la première faute contre Ton laquelle il le surprenait : louant à la vérité son zèle et ude d'un côté, mais blâmant de l'autre sa ferveur inconce qu'il avait fait. Il dit ensuite de très-belles choses de obéissance, et rapporta, outre l'exemple de Saûl et de quelque point remarquable de l'histoire de France qui à propos, pour faire mieux voir aux siens l'importance 3rtu.