‹ Vie de S. Vincent de PaulChapitre 100 sur 115 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

SA siMPLicrrÉ.

licite est d'autant plus estimable entre ceux qui font prosuivre les maximes de Jésus-Christ, qu'elle est moins

estimée parmi les sectateurs de la \aiue et faasse sagesse du monde : c'est celte vertu qui nous découvre les sentiers de la vraie justice, et qui nous fait marcher par des voies droites qui conduisent an royaume de Dieu, ou, pour parler encore mieux avec saint Grégoire : « La simplicité est comme un jour serein de TAme chrétienne, qui n'est point troublé ni obscurci par les nuages de la fraude, ni du mensonge, ni de l'envii.', ni par les déguisements et artifices; mais qui emprunte sa lumière de la vérité même, et qui est éclairé des splendeurs de la présence de Dieu V >

Or, cette vertu a été tant estimée par les plus grands saints de l'Église, que saint Ambroise, dans l'oraison funèbre qu'il fit à la louange de saint Satyre son frère, la met au rang des principales vertus, et dit que ce grand personnage, quoique d'ailleurs d'une condition fort illustre dans le monde, avait néanmoins un tel amour pour cette vertu, qu'il semblait être devenu comme un enfant en simplicité, la faisant paraître en ses mœurs et en ses actions, et toute sa vie étant un parfait miroir d'innocence *.

Kous pouvons donner la même louange à saint Vincent de Paul, avec d'autant plus de raison, qu'ayant vécu dans un siècle trèscorrompu, et s'étant trouvé engagé fort avant dans le commerce da monde, et môme parmi les grands de la cour, il a néanmoins toujours conservé une parfaite innocence, droiture et simplicité de vie; ea sorte qne son cœur a été comme une mère perle, laquelle, quoiqn'eih vironnée et couverte des eaux de la mer, n'en reçoit pourtant aucune goutte, et ne se nourrit que de la rosée du ciel.

Saint Bernard avait grand sujet de dire que c*est une chose biea rare que l'humilité conservée parmi les honneurs * ; mais nous pouvons ajouter avec raison qu'il est autant et peut-être encore plus rare de trouver une vraie simplicité de cœur, qui se maintienne en sa droiture et pureté, parmi les tracas et les intrigues des affaires et du commerce du monde. C'est pourtant ce qu'on a vu et admiré en la personne de ce grand serviteur de Dieu, qui a paru comme un lis en candeur et simplicité parmi les épines et les ronces dont le monde est tout couvert.

Il disait que • la simplicité nous fait aller droit à Dieu, et droit

* Ci-rdls simplicltn? vf'iil dics est, quam fraus non obnubilât, non obtenpbrat mcndi;iium, non oliscnrnt Invidia, non obfupcnt doliip, qnnm lux vcritatis Illuminât, et praepcnlian divlna; cinrifns ll'usliat. Crrg. in Psal. 4. Prynitent,

* Simpllcilatpm adoo rohiit, iil C'jnvrrsus in puerum, simpllcitatc œlatis UUus inroxlfr, perferlnî Tlrtiitis rmuic et q«:odn!n Innocentlum morum spécule roluccret. Am- ■ rns. Ornt, deobitu Sutyri fratris.

^ Hirn viiîii..; himïl'IlMî= ho-^oraln. R'^rnard,

& la vérité, sans faste, sans biaîsement ï\i déguisement, et sans aucône vue de propre intérêt et de respect hamain ; » et il pratiquait parfaitement ce qu'il disait, en sorte qu'il y a sujet de croire que cette vertu de simplicité, qu'il possédait en un très-excellent degré, a grandement contribué aux heureux succès de ses saintes entreprises, attirant sur lui la bénédiction de Dieu et l'approbation des hommes ; parce qu*il n'y a rien qui plaise tant à Dieu, et qui gagne davantage raffectiou de toutes sortes de personnes, que la droiture et simplicité dans le cœur, dans la vie et dans les paroles.

Or, comme il avait une estime particulière pour cette vertu, il tâchait aussi de l'insinuer dans l'esprit des siens, auxquels parlant un jour sur ce que Jésus-Christ recommandait à ses disciples, d'être simples comme des colombes, il leur dit : « Ce divin Sauveur, en* voyant ses Apôtres pour prêcher son Évangile par tout le monde, leur recommande particulièrement cette vertu de simplicité, comme une des plus importantes et nécessaires pour attirer en eux les grâces du ciel et pour disposer les cœurs des habitants de la terre a les écouter et à les croire. Or, ce n'est pas seulement à ses Apôtres qu'il parlait, mais généralement à tous ceux que sa Providence destinait pour travailler à la prédication do l'Évangile et à l'instruction et conversion des âmes ; et par conséquent c*est à nous que Jésus-Christ parlait, et qu'il recommandait cette vertu de simplicité, laquelle est si agréable & Dieu : cum simplicibus sermocinatio ejus. Pensez, mes Frères, quelle consolation et quel bonheur pour ceux qui sont du nombre de ces véritables simples, lesquels sont assurés par la parole de Dieu que son bon plaisir est de demeurer et de s'entretenir avec eux.

• Noire-Seigneur nous fait encore bien connaître combien la simplicité lui est a^rréable, par ces paroles qu'il adresse à Dieu son Père : Confileor tibiy Palety quia abscondisii hœc à sapieniibus et prudentibuSj et revelasti ea parvulis. Je reconnais mon Père, et Je vous en remercie, que la doctrine que j'ai apprise de vous et que je répands parmi les hommes n'est connue que des petits et des simples, et que vous permettez que les sages et les prudents du monde ne l'entendent pas, et que le sens et Tesprit de cette divine doctrine leur soit caché. Certainement si nous faisons réflexion sur ces paroles, elles doivent nous épouvanter, nous, dis-je, qui courons après la science, comme si tout notre bonheur en dépendait. Ce n'est pas qu'un prêtre et qu'un missionnaire ne doive avoir de la science, mais autant qu'il est requis pour satisfaire à son ministère, et non pas pour contenter son ambition et sa curiosité : il faut étudier et acquérir de la science, mais avec sobriété, comme dit le saint Apôtre. Il y en a d'autres qui

[affêcteot HDtetligetiee des afTaires, et qai veuleet passer pour gem

[de mise, pour adroits et capables en toutes choses : c'est à ceux-là

encore que Dieu 6te la pénétration des Térités et des vertus chrétien-*

[Des^ aussi bien qu'à tons les savants et entendus dans la science du

monde. Et à qui est-ce donc qu'il donne rintelligence de ses vérité

[et de sa doctrine? C'est aux simples^ aux bonnes gens, et plus ordi-

[tiaireinent même au pauvre peuple ; comme il se \énûe par la diff*^*

trence qu'on remarque entre la foi des pauvres gens des champs, et

[celle des personnes dans le grand monde; car je puis dire que l'ex-

i périence depuis longtemps m'a fait connaître que la foi vire et pra*

tiquCi et l'esprit de la vraie religion, se trouve plus ordinairement

I parmi les pauvres et parmi les simples. Dieu se plait de les cnricbir

I d*une foi vive : ils croient et ils goûtent ces paroles de vie élernelîe

{ue Jësus-Cbrist nous a laissées dans son Évangile : on les voit ordi*

nai rement porter avec patience leurs maladies, leurs disettes et leuii

autres afilietions sans murmurer, et mèrae sans se plaindre que pcB

f et rarement. D'où vient cela? c*est que Dieu se plaît de répandre et

de faire abonder en eux le don de la foi, et les autres grâces qu'U

refuse aux riches et aux sages du monde.

Ajoutons à cela que tout le monde aime les personnes simples et

candides, qui n'usent point de fmegse ni de tromperie, qui vont bon*

ncment, et qui parlent sincèrement, en sorte que leur bouche â'a<>*

corde toujours avec leur cœur. Ils sont estimés et aim^ en tous lieux,

et même h la Cour quand il s'y en trouve, et dans les eompagnlet

réglées chacun leur porte affection' et prend confiance en eux ; mail

ce qui est remarquable, est que ceux-là même qui n'ont point [li

candeur et la simplicité eu leurs paroles ni en leur esprit, ne lai^

[sent pas de l'aimer dans les autres. Tâchons donc, mes Frères, de

I noue rendre aimables aux ^eux de Dieu par cette vertu, laquelle par

f sa miséricorde nous voyons reluire en plusieurs de la petite Compa*

gnie, qui par leur exemple nous invitent de les estimer,

« Or, pour bien connaître l'excellence de celte vertu, il faut savoir qu'elle nous approche de Dieu, et qu'elle nous rend sembtablesàDiet]> dans la conformité qu'elle nous fait avoir aveclui, eu tant qu'il est ua être lrès*simple, et qu'il a une essence très-pure qui n'admet aucui composition : si bien que ce que Dieu est par son essence, c'est ee mt^me que nous devons tâcher d'être par cette vertUi autant que" notre faiblesse et misère eu est capable. Il faut avoir un cœur simple, un esprit simple, une intention simple, une opération simple; parler amplement, agir bonnement, sans user d'aucun déguisement ni arli* fic€| ne regardant que Dieu, auquel nous désirons plaire.

4 La simplicité donc comprend non-seulement la vérité el la pu-

reté d'intontion, mais elle a encore une certaine propriété d'éloigner de nons toute tromperie, mse et duplicité. Et comme c'est principalement dans les paroles que cette vertu se fait paraître, elle nous oblige de déclarer les choses par notre langue comme nons les avons dans le cœur, parlant et déclarant simplement ce que nous avons à dire, et avec une pure intention de plaire à Dieu. Ce n'est pas toutefois que la simplicité nous oblige de découvrir toutes nos pensées ; car cette vertu est discrète, et n'est jamais contraire à la prudence, qui nous fait discerner ce qui est bon à dire d'avec ce qui ne Test pas, et nous fait connaître quand il se faut taire, aussi bien que quand il faut parler. Si j'avance, par exemple, un propos qui soit bon en sa substance et en toutes ses circonstances, je le dois exprimer tout simplement ; mais si, parmi les choses bonnes que j'ai à dire, il se ren* contre quelque circonstance vicieuse on inutile, alors il la faut retrancher, et généralement l'on ne doit jamais dire jles choses que l'on sait lorsqu'elles vont contre Dieu ou contre le prochain, ou qu'elles tendent à notre propre recommandation, ou à quelque propre commodité sensuelle ou temporelle; car ce serait en même temps pécher contre plusieurs autres vertus.

« Pour ce qui est de la simplicité qui regarde les actions, elle a cela de propre qu'elle fait agir bonnement, droitement, et toujours en la vue de Dieu, soit dans les affaires, ou dans les emplois et exercices de piété, à l'exclusion de tonte sorte d'hypocrisie, d'artifice et de vaine prétention. Une personne, par exemple, qui fait un présent à quelque autre, feignant que c'est par affection, et néanmoins elle fait ce présent afin que l'autre lui donne antre chose de plus grande valeur; quoique selon le monde cela semble permis, c'est toutefois contre la vertu de simplicité, qui ne peut souffrir qu'on témoigne une chose et qu'on en regarde une autre ; car comme cette vertu nous fait parler selon nos sentiments intérieurs, elle nous fait agir de même dans une franchise et droiture chrétienne, et le tout pour Dieu, qui est l'unique fin qu'elle prétend : d'où il faut inférer que cette vertu de simplicité n'est pas dans les personnes qui par respect humain veulent paraître antres qu'elles ne sont ; qui font des actions bonnes extérieurement pour être estimées vertueuses ; qui ont quantité de livres superflus pour paraître savantes ; qui s'étudient à bien prêcher, pour avoir des applaudissements et des louanges, et enfin qui ont d'autres vues dans leurs exercices et pratiques de piété. Or je vous demande, mes Frères, si cette vertu de simplicité n'est pas belle et désirable, et s'il n'est pas juste et raisonnable de se garder avec grand soin de tous ces déguisements et artifices de paroles et d'actions ? Nais pour l'acquérir

il la faut pratiquer, et ce sera par les fréquents actes de la vertu de simplicité que nous deviendrons vraiment simples, avec le secours de la RrAre de Dieu, que nous devons souvent lui demander. ^

Nous avons rapporte un peu au long ce discours que M. Vincent a fait aux siens surle sujet de cette vertu, parce que nous avons cru ne pouvoir mieux représenter sa simplicité que par ses propres paroles : car il était lui-mOme tel qu'il voulait persuadcraux autn^sde devenir; et celui qui entendait ses paroles pouvait connaître son cœur, qu'il portait toujours sur ses lèvres. De sorte que l'on peut dire avec vérité qu'il possédait cette vertu en un tel degré, parle secours de la grâce de IVotre-Srigneur, que les puissances de son àme en étaient toutes remplies, et que tout cequ*il disait et faisait provenait de cette source, conformant toujours son extérieur à son intérieur, et ses actions à ses intentions, qui tendaient toutes à ce qui était de plus parfait. À ce propos il disait que « de faire paraître des choses bonnes an dehors, et être tout autre au dedans, c'était faire comme les Pharisiens hypocrites, et imiter le démon qui se transforme en' ange de lumière. • Et c*était une de ses maximes que « comme la prudence de la chair et Thypocrisie régnaient particulièrement en ce siècle corrompu, an grand préjudice de Tesprit du christianisme, l'on ne pouvait aussi mieux les combattre et les surmonter que par une véritable et sincère simplicité. »

Sa fidélité à la pratique de celte vertu s'est fait voir en toutes rencontres, jusqu*aux moindres choses. Et entre plusieurs exemples, l'on a souvent remarqué que la grande quantité et diversité d'affairesauxquelles il était continuellement appliqué, lui en faisant oublier de fois à autre quelques petites, comme de parler à quelqu'un, de répondre à quelque lettre, ou de faire quelque autre chose qu*on lui avait recommandée, il aimait mieux franchement avouer ses défauts, quoiqu'il en dût arriver de la confusion, que de les couvrir par quelque excuse ou artifice d*esprit ; et il disait qu'il s'était toujours bien trouvé de déclarer les choses comme elles étaient, parce que Dieu y donne sa bénédiction. Sur quoi it dit encore une fois ces paroles remarquables : « Dieu est très-simple, ou plutôt il est la simplicité même; et parlant, où est la simplicité, là aussi Dieu se rencontre; et comme a dit le Sage, celui qui marche simplement marche avec assurance; comme, au contraire, ceux qui usent de cautèles et de duplicité sont dans une appréhension continuelle que leur finesse ne soit découverte, et qu'étant surpris dans leurs déguisements on ne veuille plus se fier à eux. »

Envoyant un jour un de ses prêtres dans une certaine province,

où selon le broit commun on usait de finesse, il lui donna cet excellent avis : « Vous allez dans un pays où Ton dit que les habitants sont pour la plupart fins et rusés : or, si cela est, le meilleur moyen de leur profiter est d'agir avec eux dans une grande fimplicité; car les maxime? de TÉvangile sont entièrement opposées aux façons de faire du monde : et comme tous allez pour le service de Notre-Seigneur, vous devez aussi vous comporter selon votre esprit, qui est un esprit de droiture et de simplicité. » Ce fut dans ce même esprit que quelque temps après, comme on eut fait en cette province rétablissement d'une maison de sa Congrégation, il y envoya pour premier supérieur un prêtre en qui reluisait une grande simplicité.

Or, comme il portait les siens, autant qu'il était en lui, à cette vertu de simplicité, il ne pouvait souffrir en eux, soit en leurs paroles ou en leurs actions, aucune chose qui lui fût contraire, ou même qui semblât s'éloigner tant soit peu de la seule vue de Dieu, qu'il voulait qu'ils regardassent en toutes choses, sans arrêter leur pensée ni leur affection aux créatures. Voici ce qu'il répondit sur ce sujet à Tun de ses prêtres qui lui mandait par une lettre qu'il lui avait donné son cœur : « Je vous remercie de votre lettre et de votre cher présent. Votre cœur est trop bon pour être rais en si mauvailles mains que les miennes; et je sais bien aussi que vous ne me le donnez que pour le remettre à Notre Seigneur, auquel il appartient, et à l'amour duquel vous voulez qu'il tende incessamment. Que cet aimable cœur donc soit uniquement dès cette heure à Jésus- Christ, et qu*il y soit pleinement, et toujours, dans le temps et dans l'éternité. Demandez-lui, je vous prie, qu'il m3 donne part à la candeur et à la simplicité de votre cœur, qui sont des vertus dont j'ai un très-grand besoin, et dont rexcellence est incompréhensible. »

Et écrivant à un autre des siens qui témoignait agir par quelque vue d'intérêt ou de respect humain : « Vous avez sagement fait, lui dit-il, de vous mettre bien avec les personnes que vous me nommez ; mais de dire que c'est afin qu'ils nous soutiennent et qu'ils nous défendent, c*est un motif bien bas et bien éloigné de l'esprit de Jésus- Christ, selon lequel nous devons regarder Dieu purement, et faire servir toutes choses à l'amour que nous lui devons; et vous, au contraire, ayant en vue nos intérêts, vous voulez employer l'amitié de ces personnes pour conserver noire réputation, qui est une chose vaine si elle n'est fondée sur la vertu, et si elle n'est étal)Ue sur un tel fondement. Pourquoi craignez -vous? Vous m'écrivez encore une autre chose qui ne ressent pas moins son respect humain, c*esl à savoir, que quand dans vos lettres vous me dites du

bien de quelques personnes, je fuase en sorte que leurs amis le ehent^ afin qu'ils leur en donnent eonnaissance. Hélas! Monsieur, à quoi vous amuBez-TOUB? où est la flimplicHé d'un missionnaire, qui doit aller droit à Dieu? Si vous ne reconnaissez pas du bien en ces personnes, n'en dites point ; mais si ttous en trouver, parlez-en pour honorer Dieu en elles, parce que tout bien procède de loi* Notre* Seigneur reprit un homme qui Tappela bon, parce qu'il ne le faisait pas à bonne intention : mais combien plus anrait-îl sujet de toim reprendre, si vous louesc les hommes pécheurs par complaifiance, pour vous mettre bien auprès d'enis , ou pour quelque autre iin grossière et imparfaite, quoique cette fin en ait une autre qui soit !)oûoe? car je sais assuré que vous ne cherchez à vous procurer Vesli me TaiTection d'aucun que pour avancer la gloire de Dieuj mais fpiez-vous que la duplicité ne plait point à Dieu, et que àfre véritablement simples, nous ne devons considérer que lui. • Mais si M* Vincent portait ainsi les siens à pratiquer la vertu simplicité en toutes sortes dVccasions, il les exhortait plus particulièrement de la faire paraître dans les prédications et inslruclioDf^ qu'ils faisaient aux peuples» A ce sujet, leur parlant uu jour de cr désir de louange et d'estime qui se mêle souvent dans resprit cfc plusieurs prédicateurs^ il leur dit : * L'on veut éclater et faire par* 1er de soi; Ton aime d*ètre loué et d'entendre que l'on dise que nous réussissons bien, et quo nous faisons merveilles ; voilà « monstre, et ce serpent infernal, qui se cache sous de beaux prêtesles, et qui infecte de son venin mortel le ca^ur de ceux qui lui don lient entréo. 0 maudit orgueil, que tu détruis et corromps de bienfti et que lu causes de maux î Ta fais qu'on se prêche soi-même, et non pas Jésus-Christ, et qu'au lieu dVdifier, on détruit et on mine* J ai aujourd'hui été présent à rcnlretien qu'un prélat a fait m% ordinands; après lequel étant allé dans sa chambre, je lui ai dit: « Monseigneur, vous m'avez aujourd hui converti* A quoi m'ajaQt répondu : Comment cela? C'est, lui ai-je répliqué, que vous avez déclaré tout ce que vous avez dit si bonnement et si simplementi que cela m*a semblé fort touchant, et je n'ai pu que je n'en aie Ioqc Dieu, Ahl Monsieur, m'a-t-il dit, je dois vous confesser avec la intime simplicité que j'aurais bien pu dire quelque autre chose di' plus poli et de plus relevé; mais j'aurais oHensé Dieu, si je Vàym fait, > Yoilà, Messieurs, quels ont été les sentiments de ce prélat, dai^^ lesquels doivent entrer tous ceux qui cherchent vraiment Dieu, et qui désirent procurer le salut des âmes; et faisant ainsi^ je vous puis assurer que Dieu ne manquera point de bénir ce que vous dire2,ci de donner force el^rcrl^aNo^çtkïoles- Oui, Dieu sera avec voofi

et opérera par vons, car il se plaît ayec les simples, il les assiste, et il bénit leurs travaux et leurs entreprises : au contraire, ce serait une impiété de croire que Dieu veuille favoriser ou assister une personne qui cherche la gloire des hommes, et qui se repaît de vanité, comme font tous ceux qui se prêchent eux-mêmes^ et qui dans leurs prédications ne parlent point avec simplicité ni avec humilité ; car poorrait-^on dire que Dieu veuille aider un homme à se perdre? c'est ce qui ne peut entrer dans la pensée d'un chrétien. Oh ! que si vous saviez combien c'est un grand mal que de s'ingérer dans Toffice de prédicateur pour prêcher autrement que Jésus-Christ n'a prêché, et autrement que ses Apôtres et que plusieurs grands saints et serviteurs de Dieu n'ont prêché, et ne prêchent encore à présent, vous en auriez horreur 1 Dieu sait que jusqu'à trois fois, pendant trois jours consécutifs, je me suis prosterné à genoux devant un prêtre qui était pour lors de la Compagnie, et qui n'en est plus, pour le prier avec toute l'instance qui m'a été possible de vouloir prêcher et parler tout simplement, et de suivre les mémoires qu'on loi avait donnés, sans avoir jamais pu gagner cela sur lui. 11 faisait les entretiens de l'ordination, dont il ne remporta aucuu fruit; et tout ce bel amas de pensées et de périodes choisies s*en alla eu funée, car en effet ce n'est point le faste des paroles qui profite aux ùmes, mais la simplicité et Thumilité, qui attire et qui porte dans les cœurs la grâce de Jésus*Christ. £t si nous voulons reconnaître et confesser la vérité, qui est-ce, je vous prie, qui attire en ce lieu ces messieurs les ordinands, ces théologiens, ces bacheliers et licenciés de Sorbonne et de Navarre? Ce n'est pas la science ni la doctrine qu'on Lear débite ; car ils en ont plus que nous ; mais c'est l'humilité et la simplicité avec laquelle nous nous étudions, par la miséricorde de Dieu, d*agir envers eux. Ils viennent ici seulement pour apprendre la vertu, et dès lors qu'ils ne la verront plus reluire parmi nous, ils se retireront de nous. C'est pourquoi nous devons souhaiter et demander à Dieu qu'il lui plaise faire la grâce à toute la Compagnie, et À chacun de nous en particulier, d'agir simplement et bonnement, ut de prêcher les vérités de l'Évangile en la manière que JNotre-Sei- [^eur les a enseignées, en sorte que tout le monde les entende^ et que chacun puisse profiter de tout ce que nous dirons. »

Nous finirons ce chapitre par le témoignage que le supérieur d'une (les maisons de la Mission a rendu touchant cette vertu de simplicité ç[ui régnait dans le cœur de ce saint homme, et qui reluisait dans ses actions et dans ses paroles. « Comme M. Vincent, dit-il, parlait d une manière humble et simple, quoique très-forte et très-ellicace, aussi

uous recommandait-il très-particulièremeut cette hamilité et simpIU citédaus sesdiscourâ publies et (larticuliers; voulant «{u'on en bannit entitTcmcut le fahte cl tout ce qui peut ressentir Tesprit ou la vanité du monde; et pour nous le mieux persuader, entre plusieurs autres raisons qu il en apportait, il disait que, comme les beautés naturelles ont bien plus d'attraits que les artificielles et fardces, de même les discours simples et communs sont mieux reçus et lrou\CQt une j lus favorable entrée dans les esprits que ceux qui sont alTeclés et arlificieusemenl polLs. Le désir qu*il avait de mon avancement lui a fait prendre le soin de me façonner en toutes choses ; et le grand nombre de mes imperfections m*ont donné cet avantage de recevoir de lui plusieurs avis et salutaires instructions. Je me douvieus que pendant mes études de théologie il faisait prêcher tous ceux de sa maison qui travaillaient à acquérir cette divine science; et comme mon jour fut venu, et que j'eus débité en sa présence tout ce que j*avais préparé, avec beaucoup d'étude et de soin, crojrant avoir fait merveille, il mit des le soir mon discours sur le tapis, et en fit faire Tanatomie par plus de vingt personnes que j*bonorais comme mes maîtres; et il conclut ensuite, avec une charité qui me relevait le courage, qu'il fallait que je m'étudiasse à prêcher comme Jésus-Chrisl avait fait; que ce divin Sauveur pouvait^ s'il eût voulu, dire des merveilles de nos plus relevés mj^stères, avec des conceptions et des termes qui leur fussent proportionnés, étant lui-même le Verbe et la sagesse du Père éternel, et que néanmoins nous savions de quelle manière il avait prêché, simplement et humblement, pour s*accommoder au peuple, et nous donner le modèle et la façon de aa sainte parole. »

Page 1