‹ Vie de S. Vingent de PaulChapitre 14 sur 65 · SON AMOUR ENVERS DIEU · texte numérisé non relu

SON AMOUR ENVERS DIEU

Quoique Tamonr de Dieu ait son siège dans le cœur et que ses plus nobles et plus parfaites opérations ne soient connues que de celui qui les pratique, et de Dieu qui en est l'auteur par sa grâce , il ne laisse pas quelquefois de se produire au dehors par ses effets extérieurs, comme le feu renfermé dans une fournaise, par les flammes qu'il en fait sortir. Il est bien vrai que, pour connaître quel a été Tamour de M. Vincent envers Dieu , il faudrait que son Saint-Esprit nous découvrit ce que ses divines inspirations ont opéré dans son cœur, et la fidèle coopération qu'il lui a rendue; mais puisque celte manifestation est réservée au dernier jour , auquel Dieu révélera les secrets des cœurs , nous nous contenterons de remarquer ici seulement quelques unes des étincelles que le feu sacré de cet amour n'a pu retenir, et qui ont paru au dehors.

Et premièrement, si c'est une marque assurée d'un parfait amour de Dieu , selon le témoignage du disciple bien-aimé et bien aimant , de garder la loi de Dieu et se rendre obéissant et fidèle à sa parole' , on peut dire avec vérité que M. Vincent a beaucoup aimé Dieu , puisqu'il a été si fidèle et si exact à observer la loi de Dieu , et à suivre ce qui est prescrit par sa sainte parole , que ceux qui l'ont le plus hanté , et qui ont considéré de plus près tous ses déportemens , assurent qu'il n'eût pas fallu être honmie pour y manquer moins que lui ; et qu'il était tellement attentif sur luimême , mortifié en ses passions , équitable en ses jugemens , circonspect en ses paroles , prudent en sa conduite , exact en ses pra-

* Urne «ft charîUs M , ut maodaU efas cQslodtimnt. 1. Joaa. S. Qui serrât Tvrboiii éîM , Taré in hoe cbarilas Dei p«rf«ela «tt. 1. Imd. S.

tiques de piété , et enfin si parfaitement uni 2i Dieu , autant qn'on en pouvait juger par l'extérieur , qu'il paraissait assez que c'était l'amour de Dieu qui animait son cœur, et qui régnait sur toutes les puissances de son &me , et même sur les organes et facultés de son corps , pour régler tous leurs mouvemens et toutes leurs opérations selon les ordres de cette loi éternelle , qui est la pre* mière règle de toute justice et sainteté. Et Ton peut dire que toute sa vie était un sacrifice continuel qu'il faisait à Dieu non seulement des honneurs , commodités , plaisirs , et autres biens du monde , mais de tout ce qu'il avait reçu de sa main libérale , de ses lumières , de ses affections , de sa liberté, et de tout ce qui pouvait tomber en sa disposition ; et que la plus grande et la plus intime joie de son cœur était de penser 2i la gloire incompréhensSMe que Dieu posssède en lui-même, à l'amour ineffable qu'il se porte , et aux infinies perfections qui sont renfermées dans l'unité et simplicité de sa divine essence.

Que ses plus ardens et continuels désirs étaient que Dieu fût de plus en plus connu , adoré , servi , obéi , aimé et glcnrifié , en tous lieux , par toutes sortes de créatures ; et que tout ce qu'il faisait et disait ne tendait k autre fin qu'à graver, autant qu'il était en lui, ce divin amour dans tous les cœurs , et particulièrement dans ceux de ses enfans , qui ont admiré et éprouvé la grftce de cette parfaite charité qui était en lui , et qui faisait ressentir ses iardeurs à c^iix qui s'approchaient de sa personne : c'est ce qui les portait toiqours k écouter avec grande estime et dévotion toutes ses paroles , et même quelquefois à les recueillir jusques aux moindres : et néanmoins ils ont reconnu et confessé que les paroles de ce grand serviteur de Dieu avaient toute autre force en sa bouche que sur le papier , et que le même esprit qui animait son cœur don* nait une vertu et une énergie toute particulière à ses paroles ; en aorte qu'on pouvait dire que c'étaient des paroles de grâce , qui pénétraient jusqu'au cœur de ceux qui l'éccutaient. A ce propos , une personne de grande vertu , qui est maintenant devant Dieu , d'étant un jour trouvée k un entretien qu'il fit aux Dames de la Compagnie de la Charité de Paris, se sentit tellement touchée de ce qu'elle avait entendu , que , se tournait vers quelques autres des plus qualifiées de cette assemblée : c Hé bien , Mesdames, leur « dit-elle , ne pouvons-nous pas , k l'imitation des disciples qui « allaient en Emmaûs, dire que nos cœurs ressentaient les ardeui

8h 909 <«0 4a l'oDsour da Diea peadant que M. YiDoent nom pirliit? Pour mot, ajouta4*eUe » quoique je soi« fort peu sweible en toutes là» obosBfi qui regardoot Dieu, je vous avoue uéawioiQs que j'ai le cœur tout embaumé de ce que ce «aiut homme noua vient de dire. Il ne faut paa a'en étonner, répondit une 4eeea dames , il eat range du Seigneiu* , qui porte aur aea lèvres les ebarbons ardens de l'amour divin qui brûle dans son œ^ur. Gela est trè» ¥éritable, liyouta une antre de la compagnie, et il ne tienAra qu'à nous de participer au3^ ardeurs de ce même amour, > Une adbe fois , plusieurs prélats s'étant trouvés ^ la eenféimce des ecclésiastiques qui s'assemblent k Saint-Lazare , et M. Vin* eent leur ayant déféré par honneur la conclusion de la conférenoot fomme il avait coutume de faire quand quelque prélat y était pré* sent , tous unanimement le prièrent de la faire h}i*ménie ; et cooune il s'en ei^cnsaît , le plus ancien d'entre eu:i^ lui dU : < Monsieur Vincent, il ne faut pas que vous priviez la compagnie, par votre b«Bii ^ lité, des boiissentîmens que Dieu vous a communiqués sur ce sujet iqu'<m traite- U y a je ne sais quelle onction du Sa«iât*Eaprit en vos paroles, qui touche un chacun ; et pour cela tous ces Me»* sieurs vous priait de leur faire part de vos pensées, car un mot de votre bouche fera plus^ 4'eflet que tout ce que nons pou* fions dire. >

Or, ce 0rand amour que M. Vincent avait peur Dieu s'eat fait piHîculièreiwent connaître par la droiture et pweté de ses mtei^ tions f qui tendaient uniquement et incessamment k la plus g)Dan4e gkwre de se divine Majesté. U faisait ch»qw chose, et même Mlles qui semUaieiit les plus petites, dans la vue da Dîeii pourhû plaire, et poor accomplir ce qu'il recomHÛssaît hii être lepinsAgréaUe. Ausai^ disait-il couvent, < que Dieu ne r^afdait pas tant l'extérieur de nos actions que le degré d'amour et de pureté 4'intention dans lequel nous les faisons ; que les petîtei actions faîtes pour plaire k Dieu ne sont pas si si^eUes h la vaine gloire que les antres actions plus éclatantes , qui bien son* vent s'en vont en fumée ; et enfin que , si nous voulons plaire k Dieu dans toutes nos actions , il faut nous habituer k hiî plaire dans les petites. • ^ Un jour quelqu'un des siens s'étant accusé devant les autres A'avcnr fait quelque action par respect humain, M. Vincent, tout aiHBé de l'amour de Dieu, dit, c qu'il vaudrait mieux être jeté

€ pieds et uuîjpe liés pumi des chaAons ardeos , 4|iie4e Caire une c acUen poir plaire aux lioiiiaies. • Ensuile s'étaot mis à faire d'un côté le déMfnbrement de qaelqoes ooes des perfectioas divises » et de l'autre des défauts, imperfectioas et misères dés cnéa^ tures, pour faire mieux voir l'injustice et la folie de ceax qui négligent de faire leurs actions pour Dieu , et qui perdent leur temps et leur peine pour n'avoir en ce qu'ils font que des vues basses et humaines , il ajouta ces paroles dignes de remarque : < Honorons

< toujours les perfections de Dieu ; prenons pour but de tout ce

< que nous avons à faire ceUes qui sont les plus opposées à nos c imperfections, comme sa douceur et sa clémence , directement c opposées à notre colère; sa science, si contraire à notre c aveuglement; sa grandeur et sa majesté infinie, si fort élec vées au-dessus de notre bassesse et vileté ; son infinie bonté , « toiqours opposée & neCre maUoe : étadims-nous de faire nos « actions pour honorer et f^ifier cette perfeetfen de l>ieii , qal € eat directement eontraife k nos défauts. » Il ajoutait q«e o'éiait cette direction et application qui était comme Ttline de aos CNh* Très, et qui en r^nnssait grandement le prix et la vrieur; ae servant à ce snjet d'une comparaison familière des hatHts dont se revêtent les princes et les grands seigneurs aux jours de lenn triomphes et magnificences : « Car, disait-tl , les habks ne sont pas c ordinairement tant estimés pour l'étoflë dont ils sont fluts, qm

< pour les passemens d'or et enridiissemens de broderies , per<-

< les et pierres précieuses , dont ils sont ornés : de même , Il ne « faol pas se contenter de foire de bonnes oeuvres, mais il les faut « emridiir et relever par le mérite d'une très noble et très safane « intention , les faisant uniquement pour plaire à Dieu et pour le 4 glorifier. •

C'est dans cette même droiture dintention qu'il avait souvent en bouche et encore plus dans le cœur ces parole de Notre-Sagneur Jésus-Christ rapportées dans l'Évangile : Cherchez premièrement le royaume de Dieu. « Notre-Seigneur , disait-il sur ce sujet,

< nous recommande ces paroles , de faire régner Dieu en noos , tf et puis de coopérer avec lui à étendre et amplifier son royaume

< dans la conquête des âmes. N'est-ce pas là un grand honneur € pour nous que d'être appelés à Texéculion d'un si grand et si € important dessein? N'est-ce pas agir comme les anges, qui tra* c vaillent incessamment et uniquement pour l'agrandissement de

« ce royaume de Dieu? Y a4-il condilion qui soit plus désirable que t la nôtre , qui ne devons vivre ni agir que pour établir, accroître c et agrandir le royaume de Dieu ? A quoi tiendra-t-il , mes < Frères , que nous ne répondions dignement à une vocation si c sainte et si sanctifiante? »

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