CHAPITRE III
SON ESPÉRANCE ET SA CONnANCE EN DIEU.
Si la foi. de. M. Vincent a élé grande, son espérance en Dieu n a pas été .moins parfaite ; et l'on peut dire en quelque façon de lu I, qu'a l'imitation du grand père des croyans il a souvent es-
• UotolhKtam brai.opwU, lad in flde agooico radieen. imftrM., Uh. I B^swm*^
péré contre l'espérance m^nje; :c'est-h*-dire qu'il a porté son espé-' rance en .Dieu lorsque; selon toutes le^ apparences humaines, il y avait' nôoins de' sujet d*espéi;er: et comme sa Foi étant ' simple et pure ne's*ap'puyail\que sur la seule vérité de Dieu,' aussi soii espérance', étant'tout élevée' au-dessus des senlimens' et des ràisounemeris de' la nature; ne regardait que la seule miséricorde et bonté de Dieu. . . i ^ » > .
Et premièrement quand il était question d'entreprendre qnelqae affaire pour le service de Dieu , après avoir invoqué sa lumière et' reconnu sa volonté; il en espérait tout le succès de la condîiite et ' de la protection de son infinie bonté; et quoique, pour suivre les ordres de sa Providence , il employât les moyens humains nécessaires et convenables, il n'y mettait pas pourtant son appui , mais uniquement sur l'assistance qu'il attendait de Dieu. Quand il était uue fois engagé de cette façon-lk , il espérait tout de Dieu , pour lui, et pour les siens : et si quelques-uns d'entre eux par défaut de conHance , ou par quelque regard de la prudence humaine,' venaient à lui représenter qu'il n'y avait aucune apparence qu'on, pût réussir , ou bien qu'il serait très diiBcile , et presque impossible de suffire k ce qu'on entreprenait, il leur répondait ordinairement : c Laissons faire à Notre-Seigneur, c'est son ouvrage ; et c comme il lui a plu le commencer, tenons pour assuré qu'il l'ac chèvera en la manière qui lui sera la plus agréable, i Ou bien il les encourageait, leur disant : c Ayez bon couragev conffiez-yons € en Notre-Seigneur qui sera notre premier et* notre second « dans le travail commencé , k l'entreprise' duquel iV nous a € appelés. > ' !..
' Et écrivant un jour \ un supérieur d'une des maisons de sai Congrégation : c Je compatis , lui dit-il , à vos travaux , qui sont grands c et qui croissent lorsque' vos forces diminuent par les maladies : € c'est le bon Dieu qui*^fait' cela ;, et sans doute qu'il'ne vous Hiîsc sera pas une si grande' surcharge sur les bras sans vous aider k la € soutenir ;'mais il sera lui-même votre force aussi bien que votre
< récompense pour les services extraordinaires que vous lui ren- € dez en cette occasion pressante.' Croyez-moi, trois font plus de c dix quand Notre-Seigheur y met la main ; et il la met toujours
< quand il nous Ole les moyens humains et qu'il nous engage dans « la nécessité de faire quelque chose qui excède nos forces. Nous « prierons cependant sa divine bonté qu'il ait agréable de donner
c ]^ gaieté k To^ prêtres inftMf^S et d^ remplir voire eçmiiiimauté « 4 ^pe gr^de espéfWPe en s» miséricorde, »
Of , pour mieux dispo^r le^ siens ^ cette parfaite confiance en QigUi ^ laqqelle il }e§ c;)s citait souvent, il )es portait k concevoir un^ très gf^^e défiance d'eu^-poémes et à se biep persuader qu'ils n§ poi^vaient rjpn par 6^xrIp^ll|es, sinon tp^t gâter (|aps les puvrages et desseins de Dieu ; afin qu'étant bien convaincus de leqc iiim%9j[iG«| i)^ eussent à se te^r 4^ ^^ pl*^ i^Qtiërç ^ t parfaite d^pepftaqoe 4e la conduite de Dieu ^t de rpp^ratjon 4e ^i grâce , 4 ipii^ pQoip qf|t effet il§ eussent iqcessamipent recq)irs à lui P^r U jp^r^. 4 f^e ^et, écrivapt ï l'un de ses prêtres : < Jp rend§ grâces c ^ pieu, loi dit-il, de cp que vpus avez appris l'art dp vpus bip^ < ^iiniilierf qii^i e^t dp reconpaitre et de pi|))Iier vp^ dpfaqts. Vqi)^ f ftvef lÊfinf» dq vous prpire fort peu propre à tQi)te§ ^qrtes d'emc itloip, p^ p'e^ sur ce fondement que Nptre-Seigneur établira sa f gri#9 pqnr l'exécutlpp des de^sejns qu'il a sur vpu$. M^is aussi c qa^i ypu4 fgiteis cps réflp2|ions sqr vos misères ^ vous dpvp^ f ^Ifiver votrp psprit i )a copsi4ération de spn a4ora|)|e bopté. c Vou9 9vpz gF9i|td sujet de vf^us défier 4e vous-ippme , cplsi est f yrû ; m^i^ vous en ^ve^ n^ p)us gTSM^d de yops cpnfipr pi^ f l)i$0. YPP Vpus §eptef pndiji ^u mj^l ; croyez que Di^u se pprtg c saps poippar^isop dayap^age j^ faire du bien , et à le f^irp ipéipe c pp vQUjs et pî»r ^Q'*»- ipp^^ prie de f^irp vqtre 9^^m spr 1 ei»c), et durant le jppr quelques élévjii.qps à Pjeq, pour vpp^ 1 bis» ét^Wlf spr çp prippipp , qui e§t qp'aprèg ^ypjr jg|é Ips ypiix f sur votre foîble^se, vpps )ps portiez toujours sifr ^o^ ^^H^^p; c vous arrêtant beaucoup plus sur ses miséricordes jnQpie^ qpe • mf V§tpp iftfJjgPÎtfS, pt spr §9 ppp^iiUfi qffP W vpfjpf if|?ij^i(i}Gp, f i^ftiMPyoïiB îit)an4i?i»ner pr fiettp yne entre sp^ bras paferp.els, ^ 4lW r»sp?r^e qp'il fprji sp^ qpératJ9ps ei» ypus et qu'il ]t(é. f nîr» les q^py^es qpe youg ferp? popr Ipi. •
Loi^qiie If. Vipcept envoyait jés sieps apx piissiqns plus éloigna et plp4 difliciles daps le§ pays étrap^ers » |} leur rccommandaît spftout de Fen^plir leurs pœurs .d*ppp véritable et parfaite confiance ep Dieu , pi Ippf dis?it : t Allez, Messieurs ^ au pom de Nof jUrpTSeigneup ; p'est lui qni yops epvpje , c'est popr son servjce I et pw W gloire que vops entr^pjr,enp? ce yoyage et cette mis- I sion ; pp per?» gus^i ipi .qjif \q^ f;pn4uirî et qpi vpus assister^ et « «iM^gin. lîW rWPQps m^ de ^ boptp jpfipie : tçpcz-voos
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§ toigoinr» 4»» w» fidèle i^f^à^ne» 4» f^ ^ièHê 6Q^iimU|^ ; ijn 1 recours khù/W (ou$ lieojc et en tputes rencontres ; jete;-v9qi| « entre s^ bT9i?,c9ame de eeiifi qne vpns devez reponq^iure penr « votrf trèi Im)b père , nvee une fenqe con^apc^ qu'il vops ^amr « t^ et qu'il bénira vop travaux, x
&)fin t daa^ tpute» 1^ plus gran4^ et plus difficile^ entrçpq^y , qiK Bç A^ pouvaient »QHt#Mr qu'avep grande ppioe et gr^de 44p^jose, depuB que ce ^aint bompe avait ^^e fois cpi)Ru U volo4t4 de pieu , il «liait t^te l)4jwée, s»n« ^'étooper dfi fOVt«$i le» di^esli té» qui se pouvaient présepter; \&a^t ppur çert^lq, «t le #iiint 8(pqr(!n|, f q^Ia Prpvidence divin^ Pft m^nqqfi imm pmr l4» < filuoie» qw'oq entreprend pajr ses ordr^; t ceqpi faisait qf 'il «« B9rtai( 9v^ d'9iaan( plw d^ courap ^ d« t^^l^ entreprises q»'il 1^ vpy^it environnées de plui^ gr*9ds «bstad^, pl mp^«^ I^ de plps grM«» peines et travail?^-
Sa eoR^Mipe m Qieu a ^ppppe pwq dw Ifff IMIeimçcR #t «à ce^t^ pirej^antes où il a vu quelquefois rédnites gneiqnes màn
SOW et epnuntingpt^ d« sa Clongrégi^tlpp : m m»t de quoi le sot
prieur d'upe de ses ipais^n^ lui ayapt nu jonc n^andé l'inf^RiHiodlt^ tr^s gr^dç qp^ récitait s» f^miijp k cap^ dp U ^t^rijitéde l'app^
^ de la cbert4 des vivre? < f II ne fapt pa^ vqi|s ^t^nner, )uj r^popr djt-i^, ni Y^q» pjfray^r popr nnç wuv^ise ?nn4p. p> ppuf plsr sieqr? f Pieu e^ ^bo^dant ep ricj^essps ; nep pe vons a mfmq/aé
jwiqp'^ ff^dfmt^ ppur^ipoi çriaigneïi-vQus l'avenir? Wh^\ m
¥m d^Mpridr l^f pptits Pfsp^W > qw» Pe s^pi^t et qui ne fpnt aucune moisson ? comtpen plqs aU'fi-Mi if( )^9^i^ de poprvpif k fU» sifp'mmi ypW TPPdfje» wojr tPPtpU vps prpvjwpp» faites 4 lef ^0)f dpvjinl jg\^ pppf être aippr^ d>»P¥ tP»î i^ W>l!Mlit» j^ #i |)^9ff )P Pf|tHi«» <B^ jl^ 6iH)f« fIBP WlPP }>NHà| «pm ^
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pa^nri sou pour fournirb la dépense tant ordinaire qu'extraordinaire qu'il fallait faire pendant les exercices des ordinans qu'on allait éominiencer'; ce grand cœur, tout plein de conGance en Dieu, élevant sa voix : c 0 la bonne nouvelle! lui dit-'il ; Dieu soit béni; k c la bonne heure, c'est maintenant qu'il faut' faire 'paraître si nous
< avons de la conQance en Dieu. » Etuneccl^is^stique de ses amis, auquel il avait une confiance particulière, lui parlant un jour sur le sujet de cette grande'dépense qu'il lui fallait faire au temps des ordinations, et lui rembritrantque sa maison étant fort incommodée et ne pouvant plus soutenir une telle chargé^ il semblait qu*il dût exiger quelque chose de chaque ordinand qui venait k Saint-Lazare; li quoi il répondit en souriant :' c Quand nous aurons
< tout dépensé pour Notre-Sèigneur et qu'il né nous restera plus c rien , nous mettrons là clef sous la porte et nous nous retirerons. »
La même remontrance lui a été faite en plusieurs autres occasions par quelques uns de sa comniunauté au sujet des dettes dont la maison de Saint-Lazare se trouvait chargée , et des grandes et continuelles dépenses qui s'y faisaient pour les retraites et autres œu* vres de charité qu'on y exerçait ; sur quoi on lui a diverses fois représenté'que sa conimunauté était en périrde succoinbér, si on ne modérait ces charités et si on né fermait là porte k une bonne par» tie dès personnes externes qu'on y recevait pour y faire* retraite; mais" sa réponse n'était' autre, sinon € que les trésors dé la Provic^dence'de Dieu étaient inépuisables, que notre défiancé le dés-
< honorait, et que la Compagnie dé là Mission se détruirait plutôt « par. les>ichésses que par la pauvreté/ » ^
' ïrdit presque la même chose à un avocat du Parlement de Paris, lequel faisant la retraite à Saint-Lazare fût surpris de voir tant de peffionnes externes dans le réfectoire, outre ceux de la maison qui y sont toujours' en grand nombre ; et en sortant il eut' là curiosité de s'informer de M. Vincent d'où il pouvait ârer de quoi fournir k tant.de bouches; k quoi il répondit : c 0 Monsieur, le trésor dé la c Providence de Dieu est bien grand ; il fait bon jeter ses soins et
< ses pensées en Notre-Seigneur,' qui ne manquera pas de' nous . t fournir*^ notre nourriture comme il nous l'a promis. » A quoi il
ajouta ces 'paroles du Psalmiste^* auxquelles il avait une dévotion toute particulière : Oculi omniiim in te sperant^^ Domine, et tu das iUis escam in tempore' opportune : aperis'' tù 'nianum tuam , et impies omne animal benedicHôfie.
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II arriYt une fois «ne très notable perte à la maison 4e SainW Lazare pendant qu'il en était absent ; de quoi loi ayant été donné avis , voici en qoels termes il en écrivit k la comninnaulé : : • c Tout ce qae Dieu fait ^ il le fait pour le mieax ; et partant nous devons espérer que cette perte nous sera profitable ^ puisqu'elle vient de Dieu. Toutes choses tournent en bien aux hommes justes , el nous sommes assurés que , recevant les adversités de la main de Dieu , elles se convertissent en joie et en bénédiction. Je Yous prie donc , Messieurs et mes Frères , de remercier Dieu de l'évéoement de celte . affaire , '<i|fS'la privation de ce bien et de la disposition dont il nous a prévenus pour agréer cette perte pour son' amour : elle^ est grànde/mais sa savate* adorable saura bien la'faire tourner \ notre profit, par dés^m'atnières qui nous sont inconnues à présent,- mais que*^ vous verrez: un jour : oui , vous le verrez ; et j'espère* que la bèûàe' façon avec laquelle vous vous êtes tous comportés en cet accident si^ peu attendu servira de fondement à la grâce que Dieu vous fera \ l'aTcnir de faire un parfait usage de tontes lès afflictioiis qu'A lui plaira de nous envoyer. » ^ Et comme quelques amis'de M. Vincent le pressaient de se relever de cette perte par un moyen facile et assuré qu'ils loi suggéraient, il s'en excusa; et entre les raisons contenues dans une le^ tre qu'il écrivit k l'un d'eux , il y inséra la considération suivante : ^ Nous avons sujet d'espérer,' lui dit-il , que si nous cherchons 4 vraiment le royaume de Dieu, comme Jésns-Christ nous l'enseigne ff dans l'Evangile, rien ne nous manquera; et que si le monde € nous dted'un cdté ; Dieu nous donnera de l'autre , ainsiquenous % l'avons déjk éprouvé depuis la perte qui nous est arrivée ; car c Dieu a suscité une personne , laquelle nous a donné presque au- « tant qu'on nous a ôté.
Nous pouvons encore insérer ici fort k propos sur ce même sujet les paroles remarquables par lesquelles M. Vincent conclut une lettre qu'il écrivait k un de ses prêtres qui prenait le soin de quelque ferme, oii après lui avoir donné les ordres touchant ce <in*il devait Taire : € Yoilk , lui dit-il , beaucoup de choses pour le « temporel; plaise k la bonté de Dieu que, selon votre souhait, c elles ne vous éloignent pas du spirituel , et que son esprit nous ^ donne part k la pensée étemelle qu'il a de loi-même , tandis «4 qu'incessamment il s'applique au gouvernement du monde et k
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oiiponr le^géaéral deJeur communaulé , ni emplois, ni commodités', Jiî faveurs'; mais seulement accepter avec humilité et reconnaissanjce'cep^que Dieu leur envoyait : comme aussi de ne laisser jamais aller leur esprit aux sollicitudes et empressemens sur le sujet de leurs besoins et de leurs aflaircs ; mais , en prenant un soin raisonnable et modéré, laisser le tout k la disposition et conduite de la divine Providence. Voici ce qu'il écrivit un jour sur ce sujet à un ;pi*étre de sa Congrégation, qui tenait la place du supérieur de la maison de Rome, qui était absent : c Vous me donnez, lui ditil; tous les jours sujet de louer Dieu de votre affection pour notre ,Q)mpagnie et de votre vigilance aux affaires, et c'est ce que je- fais de tout mon cœur; mais je suis obligé aussi de vous dire , comme Notre-Seigneur à Marthe , qu'il y a un peu trop de sollicitude en votre fait, et qu'une seule chose est nécessaire, qui est de donner plus à Dieu et à sa conduite que vous ne faites pas. La prévoyance est bonne , quand elle lui est soumise; mais elle passe 'a l'excès, quand nous nous empressons pour éviter quelque chose que nous appréhendons : nous espérons plus de nos soins que de sa Providence , et nous pensons faire beaucoup en prévenant ses ordres par notre désordre , qui fait que nous adhérons plutôt à la prudence humaine qu'à sa parole. Ce divin Sauveur nous assure dans l'Évangile , qu'un petit passereau , ni même un seul poil de notre tète ne tombe point k terre sans lui ; et vous avez peur que notre petite Congrégation ne se puisse maintenir , si nous n'usons de telles et telles précautions, et si nous ne faisons ceci et cela; en sorte que si nous différons de le faire , d'autres s'établiront sur nos raines. Aussitôt qu'il s'élève un nouveau dessein contre nous , il s'y faut opposer : si quelqu'un vient pour se prévaloir de notre retenue, il le faut prévenir, autrement tout est perdu. C'est k peu près le sens de vos lettres ; et , qui pis est , c'est que votre esprit, qui est vif, s'emporte à faire ce que vous dites, et dans sa chaleur pense avoir assez de lumière sans avoir besoin d'en recevoir d'ailleurs. 0 Monsieur, que ce procédé est peu convenable k un missionnaire! il vaudrait mieux qu'il y eût cent missions établies par d'autres, que d'en avoir détourné une seule. Si notre zèle est bon , nous devons être bien aises que tout le monde propliétise, que Dieu envoie de nouveaux ouvriers en son ÉglifrC ^ que l^ir réputation croisse , et que la nôtre diminue. Je vous
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« prie , Monsieur , ayons plus de confiance en Dieu , laissons-lui « conduire notre petite barque ; si elle lui est utile , il la gardera « du naufrage ; et tant s'en faut que la multitude , ni la grandeur c des autres vaisseaux la fasse submerger , qu'an contraire elle yom guera parmi eux avec plus d'assurance , pourvu qu'elle aille droit « à sa fin , et qu'elle ne s'amuse point 2i les traverser. >
Lorsque Ton poursuivait en cour de Rome l'érection et la confirmation de sa Congrégation , en l'année 163S , et en même temps renregistrement de l'union de la maison de Saint-Lazare, qui étaient les deux cboses sans lesquelles cette compagnie naissante ne pouvait subsister, et auxquelles néanmoins on apportait de grandes oppositions et contradictions, M. Vincent, nonobstant tout cela, ne laissait pas d'avoir une telle confiance en Dieu , qu'en ces jours-là il écrivit à un prêtre de sa Congrégation ces paroles dignes de remarque :
c Je ne crains que mes péchés , et non pas le succès des bulles, « et de l'afiTaire de Saint-Lazare , ni à Rome, ni à Paris. Tôt on « tard , tout se fera. Qui timeni Dominum, sperent in eo, € ùdjuior eorum et protector earum est. > Sur quoi il est à remarquer qu'il parie comme avec quelque sorte de certitude de ce futur succès, non par présomption , puisqu'il craint ses péchés et qu'il se défie de lui-même ; mais par une parfaite confiance qu'il avait que Dieu , ayant donné I être à ce petit corps de sa Congrégation, ne l'abondonnerait pas, mais le conduirait jusqu'à sa perfection. Et à ce propos on lui a quelquefois oui avancer cette maxime, que c depuis que Dieu a commencé à faire du bien à une c créature , il ne cesse de le lui continuer Jusqu'à la fin , si elle ne < s'en rend point indigne, i Nous pouvons ici ajouter ce qu'il dit un jour, au commencement de l'établissement de sa Congrégation, à ceux de sa Communauté , les exhortant à concevoir une parfaite confiance en Dieu : c Ayons confiance en Dieu , Messieurs et mes Frères, leur dit-il, mais ayons-la entière et parfaite, et tenons pour assuré qu'ayant commencé son œuvre en nous , il l'achèvera ; car je vous demande , qui est-ce qui a établi la Compagnie ? qui est-ce qui nous a appliqués aux missions , aux ordinans, aux conférences, aux retraites, etc.? Est-ce moi? Nullement. Estce M. Portail , que Dieu a joint à moi dès le commencement? Point du tout, car nous n'y pensions point, nous n'en avions fait aucun dessein. Et qui est-ce donc qui est l'auteur de tout ïr. 15
cda? c'est Diea, c'est sa providence pateraelle et sa pure bonté* Car nous ne sommes tous que de chétifs ouvriers , et de pauvres ignorans ; et parmi nous , il y a peu ou point du tout de personnes nobles , puissantes , savantes , pu capables de quelque chose. C'est donc Dieu qui a fait tout cela , et qui l'a fait par telles personnes que bon lui a semblé , afin que toute la gloire lui en revienne. Mettons donc toute notre coofiSMa en lui ; car 9 si nous la mettons aux hommes , ou bien » nous nous appuyoois sur quelque avantage de la nature ou de la fortuM t alom Dieu se retirera de nous. Mais, dira quelqu'un, il faut se faire des amis , et pour soi et pour la compagnie. 0 mes Frères » gardonsnous bien d'écouter cette pensée , car nous y iwsrions trompés. Cherchons uniquement Dieu , et il asu» pourvoira d'amis et de toute autre chose , en sorte que rien ne nous manquera. Youlesvous savoir pourquoi nous ne réussissons pas dans quelque emploi? c'est parce que nous nous appuyons sur nous-mêmes. Ce prédicateur, ce supérieur, ce confesseur, se fie trop k sa prudence , k sa science et k son propre esprit. Que fait Dieu ? il se retire de lui , il le laisse Ik ; et quoiqu'il travaille , tout ce qu'il fait ne produit aucun fruit , afin qu'il reconnaisse son inutilité , et qu'il apprenne par sa propre expérience que , quelque talent qu'il ait, il ne peut rien sans Dieu. •
SECTION IL
SUITE DU UiVE SUIET.
Ce qui rendait encore plus excellente et plus parfaite cette conûaace de M. Vincent , est qu'il ne s'attachait qu'k Dieu seul , et ne s'appuyait que sur sa providence , de laquelle seule il voulait dépendre absolument ; et a l'imitation du grand saint François , il désirait que Dieu fût son tout ' : pour cela on a remarqué que quelque perfection ou talent qu'il reconnût dans les prêtres de sa compagnie, et quelque grand et notable soulagement et service qu'il
* Beatas qui omni spe rerum hujas mandl seipsam oriMTit, ac in solo Deo fpem omnein defixU atque locavit suam. Uaiil. oral, de virlul, et tit.
en pAl ttier pour le Imu de sa Goai^gatioQ , ou de la maiacm de SaitttpLaxar^ où il faisait sa résidence ordinaire ; et même quelque estime, amour et tendresse qu'il eût pour eux selon que leur vertu le méritait , il ne s'attachait pourtant à aucun d'eux , et en diverses oceasions on a vu qu'il a envoyé aux lieux les plus éloignés» et employé dans lesmisirions les plus périlleuses, cmx qu'il estîmait el chérissait davantage, et qui kû étaient les plus utiles , et même les plus nécessaires , lorsqu'il voyait qu'ils y pouvaient rendre un plus grand sarvioe il Notre*Sttgaeur ^ s'en privant velon* tiers pour son amour , tant pour lui offrir on sacrifioe ce qu'il avait de plus cher et ce qu'il aimait le plus , k l'imitation du saint pa« triarcbe Abraham , que pour ne fonder ni appuyer son espérance p4wle maintien et accroissement de sa Congrégation sur aueun moyen hnmain , mais uniquement sur la Providence divine , sur la* qu^ seule il mettait tout son appui , et de laquelle seule il voidait OHtlèreBMsnt et absolummit dépendre.
El à propos de ce saint patriarche , M. ViBcnt se servît une fois de rhîstûîre de son sacrifiée , peur re[Mrésenter aux sieni vie image fort nmve de hi parfaite confiance qu'ils devaient avoir en Dieu. Yoiei en quels termes il leur parla sur ce sujet : t Vous ressouvenez-vous de ce grand patriarche , à qui Dieu avait promis de peupler toute la terre par un fik ^'il lui avait donné? et cependant il lui commande de le lui sacrifier. Siur cela, quelqu'un eût pu dire : Si Abraham fait mourir son fils, etmment est-ce que Dieu aecom|riira an promesse? Ce saine homme néamnoins, qui avaft accoutumé smi esprit à se soumet tre k toutes les volontés de Dieu , se dispose k l'exécolion de eet ordre sans se mettre en peine du reste. Cest k Dîm d'y pen<> ser , pottvail-il dire ; si j'exécute son commandement , t) aceom*^ pUra sa promesse : mais comment ? Je n'en sais rien , c'est asseï qn'il est le Tout-Puissant , je m'en vais hn offrir ce que j'ai de phm dier au monde , puisqu'il le veut. Mais c'est mon fils unique? n'importe. Mais en ètaitt la vie k cet enfant, j'êteraî le moyen k Dieu de tenir sa parole? C'est tant un, il le désira de la sorte, il le faut faire. Mais si je le conserve, ma lignée sera bé* mte, Dieu l'a dit ; oui, mais il a dit aussi que je le mette k mort, il me l'a manifesté ; j'obéirai quoi qu'il arrive , et j'espérarai en ses proniesses. Admirez cette confiance : il ne se met nullement en peine de ce qui arrivera , la chose pourtant le toudiait de
bien près ; mais il espère que tout ira bien , puisque Dieu s'en mêle. Pourquoi, Messieurs, n'aurions-nous pas la même espérance , si nous laissons Ik Dieu le soin de tout ce qui nous regarde, et préférons ce qu'il nous commande?
« A ce propos encore n'admirerons-nous pas la fidélité des enfans de Jonadab, fils de Rechab? C'était un bon-homme, qui reçut mouvement de Dieu de vivre d'une manière différente des autres hommes , et de ne loger plus qu'en des tentes et des pavillons, et non en des maisons. Il abandonne donc celle qu'il avait ; le voilk k la campagne , où sa pensée le porte k ne point planter de vigne , pour ne point boire de vin ; et en effet il n'en planta , et n'en but jamais. Il défendit même à ses enfans de semer du blé et d'autres grains , de planter des arbres , et de faire des jardinages ; de sorte que les voilà tous sans pain , sans blé et sans fruits. Comment ferez-vous donc , pauvre Jonadab? pensez-vous que votre famille se puisse passer de vivres, non plus que vous? Nous mangerons , dit-il en lui-même , ce que Diea nous enverra. Yoilà qui semble bien rude; les religieux même les plus pauvres ne portent point leur renoncement jusqu'à ce point-là. Tant y a, la confiance de cet homme fut telle que de se priver de toutes les commodités de la vie pour dépendre absolument, lui et ses enfans, du soin delà Providence divine ; et ils demeurèrent en cet état trois cent cinquante ans ; c'est à savoir, lui , ses enfans, et les enfans de ses enfans ; ce qui fut si agréable à Dieu, que reprochant à Jérémie la dureté de son peu* pie abandonné à ses plaisirs, il lui dit : Va vers ces endurcis , tu leur diras qu'il y a un homme qui fait cela , etc. Jérémie fait donc venir les Réchabites, pour justifier la grande abstinence du père et des enfans. Et pour cela il fit mettre sur la table du pain, du vin , des verres, etc. Ces enfans se trouvant là , Jérémie leur dit : J'ai charge do Dieu de vous dire que vous buviez du vin. Et nous, répondirent les Récbabites, nous avons charge de n'en pas boire ; il y a tant de temps que nous n'en buvons point, notre père nous l'ayant défendu. Or, si ce père eut cette confiance , que Dieu pourvoirait à la subsistance de sa famille , sans qu'il s'en mit en peine ; et si ses enfans sont si fidèles que de se tenir fermes à l'intention du père , ah ! Messieurs , quelle confiance devons-nous avoir , qu'en quelque état que Dieu nous mette, il nous pourvoira aussi de ce qui nous est nécessaire!
©H 197 -«6 Quelle est notre fidélité k nos règles ^ en comparaison de celle de ces enfans, qui n'étaient pas autrement obligés de s'atetenir de ces choses pour l'usage de la >ie , et vivaient néanmoins en eette pauvreté? 0 mon Dieu ! Messieurs , 6 mon Dieu! mes Frèries , demandons k sa divine bonté une grande confiance pour l'événement de tout ce qui nous regarde ; pourvu que nous lui soyons fidèles , rien ne nous manquera; il vivra lui-même en nous, il nous conduira, défendra et aimera; ce que nous di« Tons et ee que nous ferons , tout lui sera agréable.
< Ne voyez-vous pas que les oiseaux ne sèment et ne moisson* nent point? Cependant Dieu leur met la table partout, il leur donne le vêtement et la nourriture ; il étend même sa provi* dence sur les herbes des champs , jusqu'aux lys, qui ont des ornemens si magnifiques , que Salomon en toute sa gloire n'en a pas eu de semblables. Or si Dieu pourvoit ainsi les oiseaux et les plantes, pourquoi ne vous fierez«vous pas k un Dieu â bon et si * provide? Quoi ! est-ce que vous vous confierez plutôt k vous qu'k lui? Et toutefois vous savez bien qu'il peut tout, et que vous ne pouvez rien : et nonobstant cela , vous osez vous appuyer plutôt sur votre industrie que sur sa bonté , sur votre pauvreté que sur son abondance. 0 misère de l'homme!
< Je dirai ici néanmoins que les supérieurs sont obligés de veiller aux besoins d'un chacun , et de pourvoir k tout ce qui est nécessaire : et comme Dieu prend le soin de fournir les choses nécessaires k toutes les créatures, jusqu'k un ciron , il veut aussi que les supérieurs et les ofiiciers, comme instrumens de sa providence , veillent k ce que rien ne manque de nécessaire , ni aox prêtres, ni aux clercs, ni aux frères, ni k cent, deux cents, trois cents personnes ou plus , si elles étaient céans , ni au moindre ni au plus grand. Mais aussi, mes Frères, devez-vous vous reposer sur les soins amoureux de la même providence pour votre entretien , et vous contenter de ce qu'elle vous donne , sains vous enquérir si la Communauté a de quoi, on n'en a pas ; ni vous mettre en peine d'autre chose , que de chercher le royaume de Dieu , parce que sa sagesse infinie pourvoira k tout le reste.
« Dernièrement je demandais k un .Chartreux, qui est prieur d'une maison , s'il appelait les religieux au conseil pour le gou* vemement de leur temporel ? Nous y appelons, me répondiMl ,
B^ 198 ««6 « les ofiicien, connue le son&f rtevr et le proenreiir , et tons les antres demeureilt en repos ; ils ne se mêlent qne de dianter les louanges de Dieu , et de faire ce que l'obéissance et la régie leur adonnent. Noas sommes céans dans le jnême usage, gràoe k Dieu; tenons-nous-y. Nous sommes aussi obligés d'aYoir qûeU qne bien , et de le faire valoir pour subvenir à tout. Un temps fut que le Fils de Dieu envoyait ses disciples sans argent ni provisions ) et puis il trouva k propos d'en avoir pour ftkire subsister sa compagnie , et en assister les pauvres. lÀê Apôtres ont eon» tinué cela ; et saint Paul dit de lui-même qu'il travaillait de ses mains « et qu'il amassait de quoi soulager les cbrétiens nécessi>teux. C'est donc aux supérieurs de veiller k l'économie; mais qu'ils tâchent aussi que cette vigilance du temporel ne dimsane pas celle des vertus , et qu'ils fassent en sorte que la vie qfrfritueUe soit en vigueur dans leurs maisons , et que Dieu y règne sur tontes choses ; c'est le premier but qu'ils doivent avoir. •
SECTION m.
SBRTIMNS DE M. VmCINT TOUSHAlfT LA CONVUROB w'ih FAUT
Avom IN nifiû.
Après avoir rapporté en la section précédente le discoun que M. Vincent a tenu autrefois k ceux de sa communauté sur le sujet de la confiance qu'ils devaient avoir en Dieu, il ne sera pas hors de propos de mettre ici ensuite les sentimens qu'il a témoignés m diverses rencontres kplusieurs personnes particulières sur cette même vertu.
Écrivant un jour k une personne de vertu qui lai avait témoigné une dévotion particulière pour la ttte de saint Vincent ; < Je Vous remercie, lui dit-il, de la part que vous prenet k la dévo* tion de mon saint patron , et je prie Dieu qu'il donne k votre foi ce que ma misère est indigne d'obtenir pour vous : deman* dea-lui pardon , s'il vousplait, de mon indévotion, causée par manquement de préparation. J'ai été embarrassé en affaires toute cette matinée , sans pouvoir faire qu'un peu d'oraison , et avec
beaucmip de dislraelim ; jagez ce qae yom devei attendre de mes prières en ce saint jovr. Gela pourtant ne me décourage pas 9 parce que je mets ma confiance en Dieu , et non pas certes en ma préparation ni en tontes mes industries , et je vous s<^haite de tout mon cceur le même , puisque le trône de la bonté et des miséricordes de Dieu est établi sur le fondement de nos misères. Conflons*nons donc bien en sa bonté, et nous ne serons jamais confondus, ainsi qu'il nous assure par sa parole. >
Et dans une autre rencontre écrivant k la même personne : Déchargez , hri itft-il , votre esprit de tout ce qui vous fait peine; Dieu en aura soin. Vous ne sauriez vous empresser en cela sans contrister (pour ainsi dire) le cœur de Dieu , parce qu'il voit que vous ne l'honorez pas assez par la sainte confiance ; fieivous en lui , je vous en supplie , et vous aurez raccomplissement de ce que votre cœur désire. Je vous le dis derechef, rejetez toutes ces pensées de défiance que vous permettez quelquefois à votre esprit : et pourquoi votre ftme ne sera*t«elle pas pleine de confiance , puisqu'elle est la chère fille de Notre-Seigneur par sa miséricorde? »
Et dans une autre lettre k la même : 1 0 qu'il y a de grands trésors cachés, lui dit-il , dans la sainte Proridence ! et que ceux-là honorent souverainement Notre-Seigneur qui la suivent , et qui n'enjambent pas sur elle! J'entendais dire dernièrement k un des grands du royaume qu'il avait bien appris cette vérité par sa propre ezpérience , parce que jamais il n'avait entrepris par soimême que quatre choses, lesquelles au lieu de lui réussir étaient tournées k son dommage. N'est-il pas vrai que vous voulez , comme il est bien raisonnable, que votre serviteur n'entreprenne rien sans vous et sans votre ordre? Et si cela est raisonnable d*un homme k un autre , k combien plus forte raison du Créateur k la créature? »
Quelqu'un lui ayant un jour demandé si Ton pouvait excéder en l'espérance et confiance que l'on devait avoir en Dieu, il ré^ pondit t que , tout ainsi qu'on ne pouvait pas trop croire les véc rites de la foi , qu'on ne pouvait non plus trop espérer en c Dieu ; qu'il était bien vrai qu'on pouvait se tromper eu espérant « des choses que Dieu n'a pas promises , ou bien espérant oefles < qu'A a promises sous condition , et ne voalaht pas ftûre ce
B^ non ^
« ipi'il ordonne pour les obtenir : comme lorsqu'on pécheur esf père pardon, et ne veut pas pardonner k son frère ; qu'il demande
< miséricorde, et ne veut pas se convertir; qu'il se conQe qu'ilremc portera la victoire contre les tentations , et ne veut pas y résister « ni les combattre : car ces espérances sont fausses et illusoires :
< mais celle qui est véritable ne peut jamais être trop grande, étant
< fondée sur la bonté de Dieu et sur les mérites de Jésus-Christ, i Voyant un jour quelques uns des siens qui se laissaient un peu
trop abattre et décourager par le sentiment qu'ils avaient de leurs imperfections : « Nous avons (leur dit-il , pour les encourager) le germe de la toute-puissance de Dieu en nous , qui nous doit être un grand motif d'espérer et de mettre notre confiance en lui , nonobstant toutes nos pauvretés. Non, il ne faut pas vous étonner de voir des misères en vous , car chacun en a sa bonne part : il est bon de les connaître, mais non pas de s'en affliger démesurément : il est bon même d'en détourner la pensée, quand elle nous porte au découragement, et de redoubler notre confiance en Dieu , et notre abandon entre ses mains paternelles. >
Ce saint homme était si attentif aux: conduites de la divine Providence, qu'en plusieurs rencontres on le voyait se comporter tout autrement que ne font les autres , qui pensent que tout est perdu s'ils ne se remuent , s'ils ne se mettent en peine , et n'y mettent un chacun pour se prémunir contre les accideus de cette vie , et pour remédier aux traverses et adversités, employant les lettres, donnant des ordres, faisant des changemens, etseservant d'autres espédiens humains, promptement et sans remise; couvrantettâchant de couvrir ce défaut de confiance et de soumission k la divine Providence de ce prétexte, que Dieu laisse agir les causes secondes. Mais H. Vincent, se conduisant par des lumières plus pures et par un principe plus assuré , ne se hâtait point d'avoir recours aux industries humaines , que le plus tard qu'il pouvait, pour donner lieu cependant k la Providence divine d'agir par elle-même , et de mettre les choses au point convenable : ce qu'il faisait par une parfaite connaissance qu'il avait que le propre de Dieu est de réduire tout k bien , et que moins il y a de l'homme dans tes affaires, plus il y a de Dieu.
Lorsqu'il avait fait ce qu'il estimait que Dieu demandait de loi pour mettre ordre aux affaires , il demeurait en paix pour Tévéne-
»•* toi ^
ment , et s'm reposait entièrement snr la condnite de Dien ; et qnelqne saceës qui en arrivât, bon ou mauvais , il ne s'en mettait pas davantage en peine, et ne s'inquiétait point de ce qu'il avait fait, se contentant du témoignage de sa conscience, qui lui faisait connàitre qu'ayant t&cbé de se conformer aux ordres de la volonté de Dieu en ce qu'il avait fait, il n'y avait pas lieu d'en avoir aucun regret, mais plutôt d'en bénir et remercier sa bonté.
Un ecclésiastique de condition et de vertu , étant fort travaillé de pensées de désespoir , en écrivit à M. Vincent d'un lieu fort éloigné où il se trouvait alors, pour recevoir de lui quelque consolation et quelque remède ; et voici sa réponse, qui fait voir de plus en plus quels étaient les sentimens de ce saint bomme touchant la confiance qu'on devait avoir en Dieu : « J'espère, lui dit-il, que depuis votre lettre écrite. Dieu aura dissipé ces nuages qui vous mettaient en peine ; c'est pourquoi je ne vous en toucherai qu'un mot en passant. Il semble que vous soyez entré en quelque doute si vous êtes du nombre des prédestinés : à quoi je réponds, que bien qu'il soit vrai que personne n'ait des marques infaillibles* de sa prédestination sans une révélation spéciale de Dieu, néanmoins, selon le témoignage de saint Paul, il y en a de si probables pour connaiCre les vrais enfans de Dieu , qu'il n'y a presque lieu d'en douter. Et pour ces marques-là , Monsieur , je les vois toutes en vous par la grâce de Dieu ; la même lettre par laquelle vous me dites que vous ne les voyez pas m'en découvre une partie, et la longue connaissance quej'ai de vous me manifeste les autres. Croyez-moi , Monûeur , je ne connais pas une âme an monde qui soit plus k Dieu que la vôtre , ni un cœur plus éloigné du mal , ni plus aspirant au bien , que vous l'avez. Mais il ne me le semble pas , me direz-vous ; et je vous réponds, que Dien ne permet pas toujours aux siens de (Ûscerner la pureté de leur intérieur parmi les mouvemens de la nature corrompue, afin qu'ils s'humilient sans cesse, et que leur trésor étant par ce moyen caché , il soit en plus grande assurance. Le saint apôtre avait vu des merveilles au ciel , mais pour cela il ne se tenait pas justifié , parce qu'il voyait en lui-même trop de ténèbres et de combats; il avait toutefois une telle confiance en Dieu , qu'il estimait n'y avoir rien au monde capable de le séparer delà charité de Jésus-Christ. Cet exemple vous doit suffire , Monûeur ,
t pour ^émeHrer m pahK parmi tos obsenritéi , ei pwr aToir «ne ^ entière et parfaite confiance en rinfinie bonté de Notie-SeifBear, 4 lequel, voulant achever Touvragede votre sanotification ^ vom 4 iniilede voua abandonner entre lea bras de sa pra>fîéence. Lai»* 4 aez-Tons donc conduire k son amour paterne), car il tous amae; 4 et tant s'en faut qu'il rejette un hommo de bien tel que tous 4 êtes , que même il ne délaisse jamais un méobant qui espère em € sa miséricorde. >
Pariant un jour & sa communauté sur ce mâme sujet de la cenflance en Dieu : « Le véritable mâBrionnaire, dll^il, ne se doit poim mettre en peine pour les biens de ce mfonde, mais Jeter tous ses son» en la providence du Seigneur, teiiMl pour ceitain que pendant qu'il sera bien établi en la charité , et bien fondé en cette confiance, il sera toujours sous la protection de Dieu, et par oonséquent qu'aucun mal ne lui arrivera , et qu'aucun bien ne lui manquera , lors même qu'il pensera que , selon les apparences, tout va se perdre. Je ne dis pasceci par okhi propre esprit, c'est l'Ecriture sainte qui nous l'enseigne et qui dit que. Qui habitat in àdjutario AUisdmi , in pratedione Dei cceli eùmmorabitur. Cehi) qui loge k l'enseigne de la eonftance en Dieu sera toujours favorné d'une spéciale protection de sa part ; et en cet état il doit tenir pour certain qu'il ne lui arrivera aucun mal , parce que toutes choses coopèrent h son bien ; et qu'aucun bien ne lui manquera , d'autant que Dieu loi*méme se donnant k lui , il porte avec soi tous les biens nécessaires, tant pour le corps quepour l'ftme. Et ainsi, mes Frères, vous devea espérer que pendant que vous demeurersa fermes en cette confiance , non seulement vous seree préservés de tous mam et de tous fSicheut accidens , mais aussi comblés de toutes sortes de biens. I
Nous finirons ce chapitre par l'extrait d'un discoure que M. Vincent fit un jour aux Filles de la Charité pour leur inspirer ce même esprit de confiance en Dieu , parmi tous les fâcheux et périlleux accidens où elles se trouvaient quelquefois exposées , en rendant service aux pauvres : t Vous verrez souvent, mes Filles, leur ditc il , la colère de Dieii punir de mort subite et violente une mul' c titude de pécheurs , sans avoir loisir de faire pénitrace , et se 4 convertir; vous verrez même beaucoup d'innocens périr, et vous < serez conservées. Oui, mes filles, Dieu prend soin de vMr#cen«
I aenratkm, pnee que vons serrez las ptotfM.i El puis^ dam la suite de son discours, il leur fit faire réfleiiOB svr les effistB de cette protection spéciale de Dieu sur elles en deux occasions dignes de remarque : Tune fut qu'en ces jours-là une maison du faubourg Saint-Germain, presque toute neuve, tomba de fond en comble au même temps qu'une Fille de la Charité qui portait une portion à un pauvre malade j était entrée , laquelle se trouva entre deux planchers, et par conséquent devait être, selon toutes les apparences humaines, écrasée sous ces ruines, comme toutes les personnes qui se trouvèrent alors dans cette maison, qui étaient plus de trente, le furent , k la réserve d'un seul petit enfant, qui fut pourtant blessé, quoiqu'il n'en mourftt pas ; mais cette Fille de la Charité en fut préservée comme miraouleusement^ demenraiit la marmite en sa ntain sur un petit coin de plancher qui ne tomba paSf quoique tout le reste du plancher ttt tombé; et de plus^ comme par un second miracle , quoiqu'il tombftt d'en haut quantité de solives et autres pièces de bois , des grosses pierres, des eof^ fres , tables et autres choses semblables anx environs de cette fiUe f elle n'en reçut aucune blessure « et on [ la vit aortîr saine et sauve du milieu de ces ruines.
L'antre occasion fut qu'une poutre s'étant rompue en la mai« son de la Communauté de ees Filles « et le plancher d'une chambre étant tombé tout-h-coup « la providence de Dieu pourvut tellement k cet accident, qu'aucune d'entre elles ne se trouva ni dessus ni dessous ce plancher, quoiqu'un momeilt auparavant il y en eût plusieurs^ et même que mademoiselle Le Gras, leur première^ supérieure et fondatrice, ne fit qu'en sortir ; ce qui fut une autre merveille de la protection de Dieu envert elles. Sur quoi M. Vincent continuant son discours , et élevant la voix : < Ahl mes Filles^ leur dit*il « quel icyet n'avei*>vous par de vous Confier en Dieu? Nous lisons dans les histoires qn'ua homme fut tué en pleine campagne par la obute d'une tortue qu'un aigle lui laissa tomber Sur la tète; et nous voyons aujoui^ d'hui des maisons renversées de fond eu comble « et des Fillei de la Charité qui sortent saines et sauves de dessous les ruines 9 et qui n'en reçoivent aucune lésion ; qu'est^oe que cela, ^non une marque et un témoignage par lequel Dieu leur veut faire connaître qu'elles lui sont chères comme la prunelle de ses yeux ? 0 mes Filles , soyez assurées que pourvu que vous conserviez
c dans vos cœurs cette sainte confiance ^ Diea toos conaenrera en « quelque lieu que vous vous trouviez. >
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CHAPITKE IV.