‹ Vie de S. Vingent de PaulChapitre 2 sur 65 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

LBft ASaiSTAlIGBS BT SBBTIGU BIB1N78 AUX «QMAftTÈABS MB BMUf* GUUSBS I» LA TISITATlOn DE 8AUITB*]IABIB BU AIOCtSE OB PA- RIS, PAR M. Tmciinr, pbrdart im jbmps qo'il a tti nmtf

RIEUR ET PiRB SPIRITUEL.

Les assistancea et las aervieea que les religiéusea de Perdre de la Visitalieii de Sainte-Marie du diocèse de Paria ont reçus de M. Vificeot , pendant trente-huit ans qu'il a été leur supérieur et père spirituel, méritent bien d'avoir place au second livre, puisque c'est un ouvrage qui non seulement témoigne l'étendue de sa charité , mais (f fait aussi connaître combien son esprit était éclairé de la luarière du ciel pour le discernement des choaea spirituelles , et quelle était sa prudence , sa douceur, sa fermeté et ses autres excellentes vertus pour la conduite des ftmes.

Or, ce n'est pas notre dessein de nous étendre ici sur ce sujet autant qu'il mérite , mais de rapporter simplement ce que nous avons recueilli de quelques mémoires qu'on nous a mis entre le» mains, et dont la plupart ont été fournis par les religieuses de ce saint ordre.

Le bienheureux Franfmsde Sales, évèque de Genève, instituteur de l'ordre de la Visitation de Sainte-Marie , et la vénérable mère Jeanne-Françoise Fremiot, fonda^ce et première mère et celîgieQse de ce saini ordre , et supérieure du premier monastère n. i

de la Visitation de la ville de Paris, ayant appris et bien reconnu les rares qualités qui étaient en M. Vincent pour une sage et sainte conduite , se résolurent de le prfef ^ vouloir être le premier supérieur et père spirituel des maisons de ce saint institut en cette grande ville, /^ lep ff ièi^pt iaf^amoïent. Ei fo siéme temps ils lui firent donner ordre par feu monseigneur le cardinal de Retz, alors évéque de Paris en l'année 162a , d'accepter cet emploi et de prenflte tfûtn d^ la ibndtàié M ces tèrtilbuse» filles. *

(SOeUe vénétaMe mère, leur fondatrice, eipérimenta bientôt en la personne de ce digne supérieur la valeur du présent que Dieu leur avait fait : pour lequel elle conçut une telle estime , qu'elle ne prenait presque conseil quOe lot pour" le bon ordre et le progrès de son institut , non plus que les autres supérieures qui lui ont succédé : lesquelles ont toujours suivi la direction de ce vertueux supérieur, sans chercher aineuis d'iulrê» lumières ; et les autres religieuses ayant fait le même , il s'en est suivi de grandes bénédictîQiia deDÎM^latit^iMuria. ceatefvatiMi de^ Vuniofi et de la fégakwHéi quftjiwt UivanoemeAt intérieur <et la niuUiplioatkm extétkfosB éosk religîe'^s et'its uaiicoia de leur ÛMtitut .

Le premier monastère en forma bientôt après un Mcoad, M ensuite un troisième : celui-lk fut établi au faubourg Saintniacques , 6b «duMi eb te inJIp de Stim^ÇeBis, et tous «ouaiK ci>mtuife de iA. Vifkeent^^pariiiqiiélle il a plu k Dien leur eommuitiquer les mëtMS #r(kce8<|il'il avait faîles au premier. Depuis qœlques années te |nùKi|i9lère de Saiiit4aeqttë$ en a encore pvoduîi un antre dans F^ris; qui a Hé étsUi' m la rue Moatergncil ^ et qai,' syaM aussi tUM. Viownt pour son premier supérienrv ^ résaenti pareillement kftoffeta de ses bons avis. De cette aorte; il a été ctiârgé do soin ^sbla conduite <de ces ^aire maisons jusqu'il la m<Mrt, ayant ainsi employé toèi:^64iiiit ans au servîoe de oe saint imftilQi, avec tvfl^o bénédiotioni -cÉ de succès que des deux premières maisons icr^ris il en <cst«(8Cini médiatement èu< immédîatemeBt envatm imt vingtaîiis d'autres .en diverses viUes 4^ toyanme, et ailleurs , Qj^tel fiUes dsB si sage père spirituel sont alléea répandre rôdeur de leurs vertus , et communiquer l'esprit de leur bienhenreas insiHttteor I '0t;.pat c6 moyens atlkër d'asives fiDes sa pwti de leur Q^sieépouj.

: Lebi^nl^eurew FrançiHS de Sales wf^xâ, côoins^ dans Pairis, et ff«i4«Qat4.&)rt paiftii)uAièmQebtU. Vincent)^ disntqiiïl liecmniib-

Mit poUi d^homne plw gage ni pins Tirtueu q»e lniv4^L(IBoi feu II. Coqutrat, ë^anr en tbéolosie 49 h F«onl(é 4» Pftm, 4e la miiflioi de Nataira^ qui l'aYaU om parler ik la aorte t a rendis un fldèla lémoigiiaga. Ce bienheiireu prélat ayant aÎQû coQlié k M. Visecnil la eondnite de aaa ohèrea FiUea de la ViaitatiaPt dam la pramîèM ^le da royaume , s'en alla bmàài aprè^ ail ci»l t Uë^ cenaolé d'avoîr mis en si boime maio rouvrage de sa piétét ^^% «hérMait très parlieali&rttDant entre teus les ««très.

Pc» ee qui est de la irâiérahie Mare fondalriee « elle a aurv^u près de "vingt aDoéea an bienbenreuK îesUtulnur ds «0Ai>rdra; et eonMe elle était eUigée d'aller et de venir en di¥era lieuji ponr la néeesdcé des aflUres et pour le bien général de sa oongr^gatM^ , eNe cémmanîqnait aonvent par icttrea avec M* Vineant « imr W WU^ de sa conduite intérieure particulière et de celle de son institut.} 4 elb^etf a:loa)oiiia reçu beaneoup de htmièraet de mm^vm, A^ mm de ttovainbie de Tannée 1687, pendant qu'il travaillait k qufin ques^iMlndas , éH» Iniiédriaft «le lettre tombant la dÎ9p<WtWA ^9 •eniniérisHv, laquelle lémoigne assea la eonfiaoee taule pa^içuf llèfe ^^^ avait en ce aageî jsppérimr, et qaa ïïMp raFS^rteronf let'lMul^ rédiftéaSioQ de ieoteBPichrëlsen:^ ':::>,' * > « Vana toilh 4one , «on tij^ ?Qhe9 JPèré (lui rdît<-alie>«.ei>g$Bé ï m maaiHar dâna Is province >dn Lgron^ el par cionsôqiaçat #9iV vaHà' priviios^ de voiis véir ijla lobgrtemps. Maw k M qflo P^ep fkif , il n'y a rien à racUia^ .aina .\ le bénbr de ttont, [i^çqww j* AJa, mon très cbep Fàra^ de la fibfrt^ que .antre isbarité m» éenne de vous coptinoer: ma' 6onAantirat'(4 TWaîmOPr^fl^it; je le ferai tout simplement. J'ai donc fait quatre )fv^]il^e^ cidea, et non pins k caèse'^de ptusifiurs affaim^ quitnn sMtifurvenues; fai va le besoin qiie fài itotKuraiiliaii rhnwi^fttd et* ai support du prochain , veHfts que famis prises l'année passéij et que Nètre^Sc^eur m'a faif la grten'de <pffaliqper:(ta»i»fn»; niais a'eat lui ^ a tout Aiit, et ie fera edcere, a'j) btr.jilaîVt pillsqu^ mTen donne tant d'occasionsi Pour monétat, Hime aemble que je suis dans uae simfite attente de ce qu'il fdairaà IHeu dire de mol ; je n'ai ni désirs , ni înleDlions ^ dinse attfSune ne ffiolleni que de vouloir laisser foire Dieu; encore jt ne in vois pas, mais il me semble que cela est au fond de mon âsie : je n'ai point de vue m de sentiment pour f avenir, naia je fais èt'biure présente ee qm me semble être népeséaire k;iiaire« aana poMer

plus loin. Sonveat toat est révolté en la partie infériéiire , ee (fUi me fait bien souffrir, et je sois là /sachant que par la patience je posséderai mon âme. De plos , j'ai un surcroît d'ennuis pour oia charge ; car mon esprit hait grandeinent l'action , et me forçant pour agir dans la nécessité , mon corps et mon esprit en demeurent abattus; mon imagination, d'un autre c6té, me peine graiH dément en tons mes exercices , et avec un ennui assez grand. Notre-Seîgneur permet aussi qu'extérieurement j'ai plnsieois difficultés , en sorte que chose aucune ne me plaît en cette vie, que la seule volonté de Dieu , qui veut que j'y sois. Et Dieu me fasse miséricorde, que je vous supplie de lui demander fortement , et je ne manquerai pas de le prier, comme je fais de tout mon cœur, qu'il vous fortifie pour la charge qu'il vous a don* née. »

' Et par une autre lettre , écrite une antre fois sur divers sujets y elle commence ainsi : c Quoique mon cœur, mon très cher Père ^ soit insensible à toute autre chose qu'à la douleur, si est*ce que jamais il n'oubliera la charité que vous lui fîtes le jour jde votre départ ; car,' mon très cher Père, il s'est trouvé soulagé dans son mal , et même forliflé dans les occasions qui se trouvent et. qui viennent de part et d'antre; et je me prosterne en esprit à vos pieds , vous demandant pardon de la peine que je vous donnai par mon immortification , de laquelle j'aime et embrasse chèrement Tabjection qui m'en revient. Mais à qui puis*je faire voir et savoir mes infirmités , qu'k mon très unique Père, qui lessaura bien supporter? J'espère de votre bonté qu'elle ne s'en lassera point , etc. »

Pendant le séjour que cette vénérable Mère fit à Annecy, elle eut quelque espérance d'y voir M. Vincent , auquel elle en écrivit en ces termes : € Hélas ! mon vrai et très cher Père , serait-il bien

< possible que mon Dieu me fit cette grâce de vous amener en ce c pays? Ce serait bien la plus grande consolation que je puisse ie« 1 cevoir en ce monde , et il m'est avis que ce serait par une spé-

< ciale miséricorde de Dieu sur mon àme , qui en serait soulagée

< nonpareillement , comme il me semble , en quelque peine int térieure que je porte il y a plus de quatre ans , qui me sert de f martyre , etc. »

M. Vincent faisait la visite de temps en temps dans ces maisons de Paiis et de Saint-Denis, pour prendre connaissance de leur état

en général et de chaque religiease en particulier, afin de les relever des déchets aaïqueis notre nature est sujette , et pour les encoarager k la perrection : en quoi il se comportait avec tant d*hn* milité, de recneillement , de prudence et de charité, qu'elles le ▼oyaient tout plein de Tesprit de Dieu , par lequel il agissait si prudemment en leur endroit , qu'elles ont estimé que cette sainte ardeur qui l'animait était une opération du Saint-Esprit , qui rendait ses visites fructueuses , et qui leur donnait toujours un succès tr^ notable. La communauté restait tout embaumée de sa dévotion, et remplie dn désir de se perfectionner, mais d'un désir ferme et effectif , qm paraissait par la ferveur en tous les exercices des religieuses. 11 les portait toutes k une grande estime de leur vocation, et h mener une vie conforme k l'esprit de leur saint institut; il leur inspirait une estime toute particulière des maximes de l'Evangile, et des préceptes de leur bienheureux instituteur, contenus dans, leurs rèfjles et constitutions. C'est où il faisait tendre les bons avis qu'il leur donnait et les pratiques qu'il leur recommandait, sachai^t qu'en cela consistait la perfection de leur état. Il louait fort les autres écrits de leur bienheureux fondateur et de leur digne Mère fondatrice , pour leur en donner une grande estime ; et lui-même les estimait k un tel point, qu'il ne les pouvait lire saas en avoir le cœur attendri ; et on lui a vu verser des larmes en lisant le livre des répMses de cette vénérable Mère fondatrice , de laquelle nous ajouterons encore ici l'extrait d'une lettre , écrite d'Annecy, k ce dier supérieur, au mois de septembre de l'année 1631 : < Vous êtes toujours admir;d)le , lui dit-elle , en votre humilité, dont je reçois une très grande et très particulière consolation , mais spédidement de la satisfaction que vous dites avoir reçue en la visite que vous avez faite de notre maison du faubourg. Ma Sœur la supérieure m'écrit aussi qu'elle et toutes ses Filles en ont reçu un très grand contentement. Dieu soit béni , Jon^ et glorifié de tout , et veuille donner k mon très cher Père un^ grande couronne pour les peines et charités qu'il exerce eur vers nos bonnes Sœurs. Hélas! mon très cher Père, que vous m'ites tooyours bon ; je le connais par cette petite parcelle de. larmes que vous avez jetées, voyant en gros nos dernières réponses, etc. >

Après ces lettres de la vénérable Mère fondatrice, nous metr tnoB ici les témoignages rendus par les plus anciennes et princi*

^è9 rtty^éOÉés ûeè monMèresde ce Mut ordre <tui %ML k Pam, lesquelles om plos partiddiàremenc cmbii M, Vincent ; « Neiis t pouvo&d aMurer avee certifiide, diaent^elIeSf que plasiei» fois > )1 iï6Qi est attisé des cbows presque miraimteiwM daim le temps ir dé ses viaHés ^ dti Mentdt après. Dès le commencement qu'il « noti^ fendit ce chatitaMo office ^ il délimra presque tm imÎMtaÉit i tlne dé nos Sœnrs d'une peine d'eaprîl qui était si. mlente , € ^ti'ellé fedôddait dtir ton corpsv et la rendait ncapabl&de rendie € auôun service an monastère ; ce qni faisait (prands coInpaaiîOtt à € téùt qni la voyaient. Et néanmoiia, depois sa gnériasai, eHe a é exercé arec grande bénédiction les dmrgea de nHdtimse des noi viceè et de snpérienre durant pksioM années ; et énfn , par la é gr&cé de Dieu, elle est morte saintement. D'autres fois pto- -# Meurs religieuses , qui souffraient des peines et det tentatiens ' 4 lâcheuses , s'en troutaient entièrement délivrées en les déoott** tf vrattt à ce charitable Père ; et d'autre» faMéent on ditegement i notable dé mœurs par la comnrameation de la grl^e alxnidania i qtil résidait en lui. Enfin , tontes se renouvelaient k chaque vi«t site, et marchaient plus gaiement qoe jamais en la voie de la « perrection ; et noua ne pouvons omettre qoe même ses Moédie*i tiens se sont étendues jusqu'aux cboses temporelles ensuite dé c i^és visiter.

c Cet humble serviteur de Dieu a fait voir^ en plnsieufa rncm i rencontres , la grâce très particulière qu'il avait reçue de Dieu , «, pour éclairer, consoler et fortifier les âmes, et ponr^ rendro le I calme au:i plus affligées, et eaMte toutes ii la défunte Mère Hét'ièâe- Angélique L'Huillief, qui était conduite de Dieu par de r grandes souffrances intérieures, qu'on pouvait mttmw agonies, « pi'eèsures de cœur et angoisses extrêmes : elle ne pouvait trou-* ^ ver cohsotation , après Dieu, qu'en ce cher Pèi'e , lequeUepor' t tait avec grande affection au secours de ces personnes angois* i sées; et dans une occasion où Ton craignait dé lui donner trop t de peine , il dit qu*il n'avait poiât d'affairé qu'il eitimàt si im« i portante que celle de servir une àme en cet état. Il diiait k cen

< pei^onnes afttigées des choses agréables, et des mots de récréat tioh par une sainte gaité pour divertir leur tristesse et leur dou*

< leur.

« Sa charité pour le soulagement du prochain lui dounait ilne « Bêmiblé peitie , quand ses ph>pré« infirmités oo taf pérméttaMll

p» d'&lêr taie et. de coHMler les reHgieilséS ttalddes <|iii le soohaftaientv II ne se eoècentait psMf dé ^ompatn^ taux pensMneâ soufl^ftntes de ooips oa d'Mpril ^ mai» il faîs&U ions ses elléru pour lesMideiifèr* Un joar^ nneb^nne Sioeâfr doiMstiqne, deia^ qaette il estimait beaucoup la Terta, étant fort malade, et atee une grosse Aètre 9 loi dit qu'elle eAi été' bien aise de mourir; 0 ma Sttiii (iiépliqua<i4l)v i) n'est pas eneere temps. Et s'ap^ preehant d'elle , il lut fit une croix de son pouee sur le front; et ii l'instant la malade se sentit goérie, et depuis «lie n'eut ni flètre ni douleur.

c Comme il avait expérimenfé en lui prescfue tons les états de la vie iMnniiM , d^ntlrmitéa, d'humfMantoM et de tematlons pouf eonsoler ceua qui 'étaient in^léfés de quelques peines sembla^i bles , il leur disait pour rordluaire qu'il en avait eu de pareilles; que Dieu Feu avait déMvré, t\ qum letfr f^it la même ffrkte: Ayez patience, leur disait4l, conformez^vous au bon plaisir dé Dieu , et usez de tel et tel renièdej Une b^ne Soeur domest{f|uè hii disant un jour qu'elle avait l'esprit trop-grossier pour s'applK quer aui choses spirituelles , parce' qu*étMt eh son pays elle avait été employée li garder tes besMàux de son père; il tul dit! Ma Sœur ^ c'est Itt le premier métfer que j'ai fiilt , j'ai gardé -1 A pourceaux ; mais pourvu que cela serve % nous humSier, nouft en serons plus propres ^au service de Dieu : coùfage! 4 Une autre Sœuflui découvrant uee temation qui là travaltlliir, elle lui donna' sujet^cie lui dire que Dieu l'avait eieircé de lu même peiné peiw)atit*plusieurs'ânnées ^sans avoir eu mafiMede se eonff^ser sur élyp oibtt faisant ainsiî connaître h eetfO filte )^ue sa tentation n*était pas péché, et qu*il ne fallait pas s'e6 Vfùvt- Mer comme elle faisait , fymsque sou consentement en était bien éloigné. Il lui recommanda te secret de ce qu'il venait de diit de soi-même, parée qil'uir de ses grMids soins était de cachet les gyftoee que Dieu lui avait faites ; et de n'en parler jamais, s'il n'y allaitée rédification d'une âme, comme en cette rencontre iciv

« Il ne jugeait pas qu'il fût utile, ni même expédient, que les reK^used eussent de trop iVéquenies et flimitièrès commtiiîications avec lessupérieurs; et quand quelqu'une voulait lui parler, sif n'y voyait grande nécessité, illa faisait attendre longtemps, fom roMigét à iien yeutr de qu'elle ^uft h dire. ' ^

c II disait qu'une chose était grandement îi craindre et \sl éviter : c'est de donner lieu aux inférieurs de faire de certaines petites intrigues contre le gouvernement des Mènes supérieures ; que c'était ce qui avait nui à plusieurs, et gâté beaucoup de mai« sons .-.c'est pourquoi lorsqu'une ou plusieurs religieuses se plaignaient à lui de la supérieure , il en examinait bien la cause « et jugeait avec poids si c'était par mouvement de nature, ou par un bon zèle ; et connaissant le juste sujet de leur mécontente* ment, il y apportait remède, et faisait la correction en particuculier k la supérieure : mais il ne se mettait jamais du côté. des mécontentes contre leur Mère , tâchant plutôt de lexcuser, auiant qu'il pouvait justement, pour la maintenir ^en estime et en autorité , sachant que cela est nécessaire pour une bonne con? duite.

€ Il reconmiandait sur toutes choses k ces maisons de Paris, et à toutes celles qu'elles avaient fondées, de prendre garde que les ecclésiastiques qui fréquenteraient chez elles ne fussent pas infectés des opinions nouvelles : Car, disait-il , ceux qui sont dans une mauvaise doctrine ne cherchent qu'à la répandre; et jséanipoins ils ne se déclarent pas d'abord ; ce sont comme des loups qui se coulent doucement dans la bergerie , pour la ravager et pour la perdre.

c Ce fut par son avis que la défunte Mère Hélène-Angélique L'Huillier, supérieure du premier monastère de Paris, refusa une somme notable qu'une dame de haute condition offrait k sa con^ munauté , pour lui permettre de s'y retirer , et pour souffrir que quelques jansénistes lui vinssent parler quelquefois k la grille.

ff Lorsque quelque religieuse ou plusieurs enseml^ lui demandaient sa bénédiction , il se mettait k genoux , et se recoUigeait pour la donner en la vue de sçn néant et de la majesté de Dieu , ce qu'il faisait avec des paroles fort dévotes et touchantes , y ajoutant toujours quelque souhait de bénédiction pour leurs emplois et pour leurs personnes , avec quelque mot d'encouragement.

€ Quoiqu'il eût une douceur nonpareille , il était pourtant ferme k reprendre les manquemens de conséquence ; et néanmoins sa prudence lui faisait attendre le temps propre , afin que la correction eût un boa efièt. Un jour on lui proposa, de mor-

une fille pour qurique défaut qu'elle avttt ; k quoi il fit cette répcfDse : On ne donne pas médecine sans grande nécessité k ceux qui ont la fièvre. Parce que Tesprit de cette personne n'était pas pour lors disposé k recevoir ce remède. Il donna cette méthode aux sopàîeures, de faire leurs avertissemens avec grande circonspection et charité, afin qu'ils profitassent. Et pour ki , il en apportait tant, quand il était obligé de donner des pénitences , qu'il faisait assez voir qu'il aurait eu moinsile pdne k les faire , qu'k les imposer.

< II trouva un jour quelques religieuses , qui , sous ombre de l'esprit de sainte liberté, trouvaient k redire k celles qm étaient plus exactes et de meilleure observance; mais il les tira bientôt de cet abus, leur .faisant voir que ce n'était pas Ik Tesprit de sainte liberté , laquelle ne se trouve que dans là parfaite mortification , qui rend la personne maîtresse de ses passions, c 11 avait une adresse merveilleuse pour humilier les fanes hautaines , et cela comme en se récréant , et sans qu'elles y pensassent ; mais où il montrait un zèle plus vigoureux , c'était contre celles qui avaient désobéi en chose d'importance : car il les réprimait d'une manière si humiliante, que cela les anéantissait, et leur faisait penser ce que ce serait quand Dieu les reprendrait au jour de. son redoutable jugement, puisque la parole d'un homme les abattait et humiliait si puissamment. « Il était incomparable au support des infirmités d'autrui , tant de l'esprit que du corps; et qumque sa présence portât k un grand respect , ce respect , néanmoins , au lieu de resserrer les cœurs , les ouvrait , et il n'y avait personne qui donnftt plus de confiance que lui k lui manifester les pensées les plus secrètes et les faiblesses les plus difficiles k dire ; il les supportait et les excusait , comme fait une mère bien tendre celles de son enfant. >

Une des Mères supérieures des plus éclairées etdes plus capables de tout Tordre, s'excusant de parler de M. Vincent, sur ce que déjk sa maison en avait donné quelques mémoires. Ta fait en cette sorte : c Comme ces choses , dit-elle, qu'on a écrites « sont k peu près celles que je pourrais dire, je confesse que j'ai « peine k faire des redites , ne pouvant me résoudre k dire des < choses générales, quoique admirables, et que sa profonde hu- « milité n'a pu. cacher k toute la terre ; et quant aux choses parti-

cBlièm , je srô certaine que Mns les itHnti maftdées. (Test pourqooi je tâcher» d'honorer ici le silence que je lai ai tant vu garder ea mille rencontrée, qoi noos a tenues dans Tadmiration. Pour moi » j'ai admiré eonvent la profondenr de aon esprit, ne sortant gn^ d*avec Ini qu'avec un sentiment de la petitesse du mien , qui avoiuiit intérienrement ne pouvoir pénétrer jusqu'où il me seoriblait que le sien allait ; et ainsi , par la grandeur des hmiières que j'apercevais en lui , sans qu'il les découvrit tout*à« fait , il me semblait que j'étais la plus pauvre et la plus incapable du monde.

€ Il ifl^primait dans les cœurs mie très grande confiance de lui découvrir les choses les plus pénibles , et cette confiance n'ein« péchait pas que l'on ne ressentit pour lui un très profond res« pect; ses pnroles faisaient un merveilleui etét dans les ftmes, soit pour les calmer dans leurs troubles , soit pour les mettre dans on doux recueillement.

t Son support était eitràme pour les défaillantes , et nous a toujours été fort remarquable , sans pourtant que la fermeté de son sèle en fût intéressée ; il tenait la balance bien juste quand il fal* lait corriger quelqu'une ; et quand elle {penchait d'un côté plus que de l'autre , c'était toujours de celui de ces deux grfindes vertus les plus chères de son cc^ur, ITramilité et la charité. Je me suis échappée insensiblement k tomber dans les redites que je voulais éviter, et cefai de l'abondttice de mon cœur, qui conserve pour ce saint Père plus d'estime , d'amour et de resj^ct qu'on n'en peut exprimer ni s'imaginer. > M. Vincent n'avait aucun respect humain ; il tenait ferme pour lesintéréta de Dieu et pour le bien spirituel des maisons religieuses, quelque mépris ou préjudice temporel qui lui en pût arriver. C'était particulièrement au sujet des entrées , dont il se trouvait souvent importuné par des dames de la plus haute condition , même des princesses « qui ayant la curiosité de voir an dedans ces saintes communautés^ ou bien ayant la dévotion d'aller passer un bon jour avec eHes , ou plusieurs mauvais , auxquels les grands comme les petits sont sujets par les accidens de la vie , pensaient que cela leur devait être accordé ; mais il s'en excusait généralement et généreusement envers toutes celles qui n'avaient aucun droit de le prétendre , avec respect néanmoins , t&chant de leur faire agréer son rsAis par de bonnes raisons , même de conscience. Et panée qu'A

j m ffMit^âqMB on qm avaient Mqvis ce pnTil^)il a«N«ft^ Ua plusieurs fois, en divôrs teaaps « les supérisures et principales triigietiMi des moMsières, prar voir qu^ks daines étaient les fondatrices et bienfaitrices, k qui il était jbsie d'accorder quelqi6ftiis l'êftirée; et en a^mt eoBTeon , on les mit en éerit^ et on prit féiotaitioa d'en esdare tontes les antre»; et il le déska mm^ tant afin de dire dans les occasions qu'il no pouvait pas aller contre^ que pour obliger les religiosses line se lainer pas vaincre de leur cAlé 9 parce que , quand elles ne tenaient pas ferme, il semblait k ces ffandés dMMs qu'il leur faisait tort de lew résister. H craignait extrêmement que l 'esprit du monde ne se f^issli en ces maisons, ei qw lai flHe», après Tavoir quitté , n'en recuisent quelque nou- ^veUe atteinte par la vue et la conversation de ces personnes séci^ Itères 9 qui souvent portent sur elles la vanité en triomphe jusque dans les lien et pami les exercices depiété. Il s'est même eonv porté avec fermeté envers la reine, mère du roi « sans manquer pourtant au respect qui éteit^dû à 8a M^estét pour lui faire trouver bon qu'une de se» dames d'honnenr ne fût point reçue dans le prek mier monastère, comme Sa Majesté avait témoigné le désirer; et ^land il était questicm de faire de tels refus, il ne renvoyait jamais aux reUgiensospour s'en décharger sur elles , mais il répondait et pour loi et pour elles en ces occasions-lk , ce qu'il ne faisait pas toutefois e» d'autres : car il y a ceci de remarquable en sa conduite , qu'il ne permettait et n'ordonnait rien d'eatraordinaire et qui Mt de quelque cooséquence, qu'il n'en eût pris auparavant ravis des supérietres, et quelquefois des conseillères, désirant en toutes choses , amant qu'il le jugeait raisonnable et poscible , agir de concert avec elles et dans une conformité de sentimens. Mais elles ont remarqué qu'il était encore plus soégnoux de consulter l'oraele de la vérité , et qu'il émit (brt absorbé en Dieu quand elles Inf pariaient , parce que , pour répondre ans choses qui lai étaient préposées, il en demandait conseil kson divin Esprit au dedans de lui*4nènie : de sorte que, le voyant revenir de ce. saint recueille* ment , elles recevaient les avis qu'il leur donnait comme des lu* mièrss envoyées du GieL Aussi commençailHl souvent ses réponses par ces paroles : In nomme tkmiini^ qui lui étaient fort fami* ttërss et ordinaires.

9'iiràUaîC rapporter iei en détaii.tout ee qui est écrit dans les mémoires de ces bonnes Mères , k la louange de. leur digne svpé«

rievr, ce cbapitre aurait une étendue eieesam. C'est |Mran|«oi n(Mi$ nous contenterons d'ajouter k ce que nous venons de rapporter, quelques remarques plus particulières, faites par les religieuses dn .monastère de Saint-Denis, t Sa conduite , disent-elles , nous a toujours paru extraordinai* renient désintéressée, ne regardant jamais ipie les seuls intérêts de la gloire de Dieu dans toutes les affaires qu'il traitait. ' t Dès le moment qu*il reconnaissait lesDrdres de Dieu et ses volontés, il s'y attachait indispensablement, disant, en cesren* 4îQntres avec une suavité : merveilleuse , qu'il cAloyait en toutes 4^hoses la Providence.

c Dans les conseils qu'il, donnait sur les propositions qui lui ^ieni faites, nous avons remarqué qu'il agissait avec une grande prudence , et un jugement si profond et si clair, qu'au- -cune circonstance n'échi^pait k ses lumières. Cela nous a paru ^ans quelques affaires fort obscures et embrouillées qui avaient été consultées k plusieurs Pères de religion fort écfaîrés, et k des docteurs très savans , qui furent assez long-temps sans en pouvoir donner la décision: ayant recours k ce digne Père, il nous en écrivit avec tant de clarté et desolidtlé, pénétrantle fond de cette affaire , qu'il nous donna moyen d'en sortir heureuse* ment , sans intéresser notre communauté ni la charité du prochain. Ce qui fit avouer k plusieurs que véritjyUement il faUait qu'il eût l'esprit de Dieu pour faire un discernement si .équitable et si judicieux : aussi a-t-on remarqué que jamais il ne donnait, de conclusion en quelque afiaire que ce fût , qu'on ne le vit auparavMt rentrer en lui-même, conune invoquant la grftce du Saint-Esprit.

t Nous avons toujours reçu une entière satisfaction de sa digne i^ndutte , reconnaissant en lui une grande plénitude de Dieu , et de l'esprit évangélique, par un zèle. suave, puissant et tmr brasé de la gloire de Dieu ; une fermeté douce , mais inébranlable k maintenir l'observance de nos règles ; s'enquérant toqours de ce qui y était marqué, et dessentimens de notre bienheureux Père et de notre digne Mère , pour les faire suivre exactement ; nous faisant autant peser les plus petites observances que les plus importantes. Jamais il ne s'est servi de son aniOfité pour y. apporter aucun changement,mais plutôt pour les confirmer et pour les établir.

< Nom en^foiid ao eiemple mémorable qui nous a eitrémem«t édifiées dans la fermeté qu'il a eue k préférer Tobeer- Yance exacte de notre dâtm« k toutes les cousidératioos humaines et à ses iniéréts ' particuliers , refusant constamment Feutrée. de- nôtre maison à des personnes' puissantes dont la qualité et les Inens lui eussent pu servir, et k nous aussi, d'tm grand appui temporel , préférant l'incomparable : bonheur de notre solitude k toutes les vaines espérances du siècle, c Dans ses visites il n'épargnait ni soin ni peine pour les rendre miles , faisant toutes choses avec grande exactitude , paix et attention. Il avait une bénignité qui ressentait tout-k-fait l'esprit de Dieu , écoutant avec une égale patience la dernière novice de la maison comme il eût fait la plus ancienne. Lorsqu'il reprenait des. défauts, il préparait et disposaitles esprits avec tant de charité et de douceur, que l'on ressentait plutôt l'onction de ses paroles que l'amertume de la correction , tant il avait de vertu pour porter les âmes k Dieu. « Pour connaître et remarquer nos défauts, il nous faisait entrer en jugement avec Dieu, et avec nous-mêmes ( c'était son lerme ); il nous disait que les fautes les plus légères étaient grandes , eu égard aux desseiuset k l'attente de Dieu sur nous. » c Nous.avons remarqué que, bien que ses repréhensions fussent toujours accompagnées d'une extrême charité et support; lors toutefois: qu'il reprenait les manquemens que l'on commettait k l'officédivin, il semblait reprendre un nouvel esprit, et, s'enflammant d'un s»ni zèle , il parlait avec tant de vigueur et de force, qu'il imprimait dans nos cœurs la crainte et le respect de la majesté de Dieu, comme un caractère qui y demeurait k jamais : ineffaçable : il voulait qu'on y observât jusques aux moindres cérémonies, marquées, et disait que INeu recommandait k son peuple de garder les cérémonies et les commandeihens ; et qu'il a fulminé des malédictions aussi bien contre ceux qui manquaient aux cérémonies que contre les infracteim de ses lois. Il nous ordonnait souvent de lire nos règles et nos directoires , et tout ce qui est de notre institut; et il voulait que nous le Ossions dans les dispositions des braâites lors qu'après teur captivité ils fondaient en larmes de contrition, entendaïkt k leo^ ture de la loi de Dieu , voyant les manquemens qu'ils y avaient commis.

i saint Pftnl: Je me sois fait toat k loue peur les gagner tous k i Diea

€ Sa déférence et son respect pour tontes sortes de personnes t était admirable , et l'attention qu'il avait à en dire da bien € aussi grande que celle qu'il a toujours eue à se mépriser, k se € publier pécheur, et h s'avilir en toute rencontre, k la très grande € gloire de Dieu, et k l'édification du prochain. >

Voilk ce que ces vertueuses religieuses de Sainte-Marie ont témoigné de leur Père supérieur ; au moins c'est le principal de ce qui a été recueilli de leurs mémoires. Nous omettons pour abréger plusieurs autres avis spirituels contenus.en ces mêmes mémoires que M. Vincent a donnés en diverses occasions k ses chères Filles, tant en génial qu'en particulier , touchant la pratique des vertus qui leur étaient les plus convenables , et spécialement de l'union et charité qu'elles devaient avoir entre elles , de l'obéissance envers celles qui sont chargées de leur conduite , de la fidélité aux observances, de la recollection intérieure , de l'oraison , de la préparation aux sacremens, de la pureté d'intention , de 4'amour de la pauvreté, de la nécessité de la mortification, de la persévérance, et autres semblables.

* Comme M. Vincent avait un cœur tout embrasé de charité envers le prochain , il ne pouvait qu'il ne communiquât quelque étincelle de cette ardeur k ses chères Filles , et qu'il ne les portât autant que leur condition leur pouvait permettre k procurer le salut et la consolation des âmes , non seulement par leurs prières , mais aussi par des assistances effectives ; ce qu'il croyait être conforme k l'esprit de leur institut et aux intentions de leur bienheureux Père et instituteur: de sorte qu'il n'estimait pas que ce fût assez qu'elles exerçassent leur charité seulement entre elles ; mais il souhaitait que la lumière et la chaleur de ce feu divin qu'il tâchait d'allumer dans leurs cœurs, sortit même au dehors de leur monastère, pour se communiquer k d'autres, et y procurer l'ordre, la réguhirité, l'union et toutes sortes d'autres biens spirituels. C'est ce qui a fait que co charitable Supérieur a toujours porté les religiMses de Sainte-Marie k embrasser les occasions qui se sont présentées d'aller établir la réforme en divers monastères qui en avaient besoin : nous n'en produirons ici qu'un seul exemple , qui si^ra pour faire connaître les saintes dispositions de ce charitable Pèie spiritud , et de ses vertueases FiUes sur ce aujet.

B^ il ^

n y a déjk plasienrs années que, par ta piété et par les bienfailè de fen madame la marquise de Maignelay, dont la mémoire est en bénédiction , et par l'entremise de quelques autres personnes ver« tueuses et charitables, Ton fonda le monastère de Sainte-Magdekine près le Temple, k Paris, pour servir de retraite aux filles et femmes, lesquelles, ayant vécu dans le désordre , auraient dessein de s'en retirer, et de se convertir véritablement k Dieu. Or comme dès le commencement de cette fondation Ton reconnut que la principale partie manquait , qui était une bonne conduite au de* dans de la msjson , les personnes qu'on y avait reçues n'ayant ni l'expérience , ni les autres qualités requises pour cela ; Ton pensa aux moyens de suppléer à ce défaut , et dès lors on conçut le dessein d'y mettre des religieuses de la Visitation , et de les charger de la conduite de ce nouveau* monastère , dont on les jugea plus capables que d'autres, à cause de l'esprit de leur institut, qui les oblige de faire une profession particulière de charité et de douceur, qui étaient des vertus propres pour gagner Taffection de ces pauvres créatures pénitentes, et les attirer avec des liens d'amour k Jésus-Christ. On en parla même au bienheureux évéqoe de Genève, qui prédit que cela se pourrait faire un jour, mais que le temps n'en était pas encore venu. Enfin quelques années après, la proposition en ayant été faite à M. Vincent, et ayant considéré devant Dieu rimportance de cette œuvre , il fut entièrement persuadé que les religieuses de Sainte-Marie la devaient embrasser : c'est pourquoi il en parla k la mère Hélène-Angélique L'Huillier, supérieure du premier monastère , et la disposa avec sa communauté , nonobstant l'apprébension qu'elle et ses filles avaient d'une si difficile entreprise , de s'y engager, les y ayant encouragées par le mérite de l'œuvre, et par les assistances qu'elles devaient espérer de Dieu.

Ce fut en l'année 1629 qu'il destma quatre religieuses de ce' premier monastère de la Visitation pour aller en celui de Sainte- If agdeleine, dont les premières charges, comme de prieure , directrice, portière, etc. , leur furent données par l'autorité de Mgr l'arcbev^ue de Paris; et de temps en temps on les a changées pour les soulager du grand travail qui s'y rencontre. Or leur conduite a été accompagnée de tant de bénédictions , qu'elles ont établi un très bon ordre dans cette grande commuuauté ; en sorte que depuis plus de treute ans , tout s'y est passé avec édification ; et même ce monastèie de Sainte-Magdeleine en a produit deux autres , l'un

Bt* n ^

à ÏU}wu f 9t l'autre k Bordeaux : k quoi M. Vincent a beaucoup contribué par ses $ages conseiU, et par aea &oins cbaritablee» allant j ou écrivant souvent en cette maison i et lui procu* rant de vertueux confe$&eur$ qui pussent contribuer ï y maintenir la paix , Tobéifisance et le bon ordre de tout ce qui coocernait le

service de Dieu*

Et parc^ qu'au commencement il y eut de granda obetacles k Texécution de ce bon dessein , et beaucoup de cbosea k régler , M» Vincent * u^ant de sa pri^dence ordinaire « procura diverses assemblées de docteurs et autres pan&onnes dinsigne piété « pour aviser zvhl moyens de lever les difficultés, et résoudre les doutes; afin d'agir avec plus grande sûreté dans une afiaire de cette importance « qui regardait la décbarge et Tédification du public, et le bien spirituel de tant de pauvres créatures , lesquelles par ce n^oyen sont tirées du naufirage t et amenées eu ce lieu comme dans un port de salut.

Elles sont pour l'ordinaire cent ou aijL-vuigta , dont les unes font les trois vceux solennels de religion; les autres ne les font pas, et y demeurent toutefois de leur bon gré, et y mènent une yie réglée. Il y en a encore quelquefois d'autres qu'on y mène par ^rce, et qui sont retenues malgré eUes; et néanmoins Dieu, qoi est riche en miséricorde , a fait la grâce k quelques unes de passer de ce troisième état au second, et du soeond au premier « par les charitables soins qu'en prennent les religieuses de la Visitation ; l.eequelles ont eu sans doute beaucoup k squifrir , et du dedans et du dehors, depuis qu'elles ont été changées de celte conduite ^ mais Dieu leur a fait la gr^oe de surmonter par leur humilité , doi»* çQ\u et patience toutes les contradictions, persécutions ^ calomnies que le diable et le monde ont suscitées contre elles ; k quoi e)l^s ont été beaucoup aidées par M. Vincent , qui les eMOurageait toiiiours k la persévérance , leur remontrant combien leur patience et leur charité rendaient de gloire k Dieu, et leur aoquéraient de mérite^ et même attiraient de bénédictions sur tout leur saint ordre : que c'était un grand honneur pour elles de faire ce que les Apôtres ont fait , et ce que Jésus-Christ même est venu faire sur la terre , qui est de convertir les âmes k Dieu. Voici ce qu'il écrivit un jour sur ce sujet a la mère Aane-Marie Bollain , qui a été la première supérieure envoyée en. ce monastère de Sainte* l^deteiue t o^ elle a travaillé plusieuc» Wêé» avec grand ffait.

e»» ta •*«

t Notre-Sei|;oear« lai dit-il, qui nous appelle au plus parfait, aura plus agréable la continuation de vos services à Sainte- Magdeleine, qu'il n'aurait ailleurs. La grâce de la persévérance est la plus importante de toutes , et qui couronne toutes les antres grâces ; et la mort qui nous trouve les armes à la main pour le service de notre divin Maître est la plus glorieuse A la plus désirable. Notre-Seigneur a fini comme il a vécu : sa vie ayant été rude et pénible, sa mort a été rigoureuse él pleine d'angoisses > sans mélange d'aucune consolation humaine*. C'est pour cela que plusieurs saints ont eu cette dévotion d'afmer k mourir seuls , et d'être abandonnés des hommes , dans Ik confiance qu'ils auraient Dieu seul pour les secourir. Je suib assuré, ma chère Sœur, que vous ne cherchez que lui seul , et qu'entre les bonnes actions qui se présentent h hive , tous préférerez toujours celles où il y aura plus de sa gloire et moins de votre intérêt. » *

Outre les considérations précédentes pour lesquelles M. Vincent portait avec tant d'affection ces bonnes Filles de la Visitation à persister dans cette entreprise charitable , comme elles ont toujours fait depuis, et le font encore présentement, nonobstant les peines et traverses qu'elles y ont souffertes , il y en avait encore une qu'il n'estimât pas moins importante que les autres ; c'était la crainte qu'il avait que, si ces religieuses s'en retiraient et qmUtaient cette conduite, on ne fil couler en cette maison le venin des nouvelles erreurs qu'on tâchait de répandre partout. Il disait qu'outre Te préjudice qu'en recevait la foi et la religion , c'était une zizanfe très dangereuse , et une source de division pour les communautés que J*eimemi semait secrètement, lorsqu'on n*y prenait pdis' garde^ comme l'expérience ne l'avait que trop faft connaître.'

Avant que de finir ce.chapitre, nous avons encore jugé expédient, ' pour l'édification du lecteur, d'y insérer deux pièces qui ont été trouvées écrites de la propre main de M. Vincent, touchant deux grandes servantes de Dieu de ce saint institut de la Visitation , qiu feioat Gonnaitre quelques grâces remarquables et extraordinaires qu'A a phi à Dieu faire k son fidèle serviteur, et manifesteront aussi de plus tn plus la sainteté du bienheureux François de Sales , initiiutear de ce saînt ordre t et de la vénérable mère Jeanne-Françoise Fremiot, qui en a été la fondatrice. Voici comme il parle' en

iapfeoiière* . .

B^ io ^

t II plait \ la bonté de Dieu d'opérer parfois des miracles par ses saints, pour témoigner leur sainteté. J'en mettrai ici un dont je suis témoin , arrivé en la personne de sœur M. M., religieuse de la Visitation de Sainte-Marie, au monastère du faubourg Saint-Jacques , k Paris.

c Le fait est qu'il y a environ six ans que ladite religieuse était travaillée d'une horrible tentation d'aversion contre Dieu , contre le Saint-Sacrement et contre tous les exercices de la sainte religion-; de sorte qu'elle blasphémait contre Dieu, et le maudissait autant de fois qu'on lui disait qu'elle le louât, ou bien qu'elle l'entendait louer par les autres religieuses; et , étant au chœur, on lui entendait proférer assez haut et distinctemeqt des blasphèmes et des malédictions étranges contre Dieu. Et comme sa supérieure hd voulait faire faire quelque acte pour s'offrir à Dieu , elle lui répondait qu'elle n'avait point d'autre Dieu que le diable. En un mot , elle sentait tant de furie et de rage en elle-même contre sa divine Majesté, qu'elle a été plusieurs fois sur le point de se tuer,, pour être plus tôt , disait-elle , en enfer, où elle se désirait , pour avoir moyen de maudire Dieu éternellement à son souhait , et que c'était Ik toutes ses délices. Or, la révérende mère supérieure l'ayant fait voir à des prélats et k des Pères de religion et autres personnes entendues aux choses intérieures, et, par leurs avis, l'ayant même fait voir a des médecins , par l'ordonnance desquels elle lui fit user de quantité de remèdes, et le tout en vain; enfin, cette bonne Mère, pleine de confiance que si elle lui appliquait un peu du rochet du bienheureux évêque de Genève , elle en guérirait , fit en effet cette application , d'où la guérison suivit peu de jours après en un instant : en sorte que l'esprit qui était ainsi troublé devint tout-k-coup tranquille ; le corps qui était affaibli reprit ses forces , comme aussi l'appétit et le sommeil qu'elle avait perdus lui revinrent, et tout cela se fit en un moment; tellement qu'elle a toujours eu depuis l'esprit aussi bon et aussi fort , et le corps k proportion , comme si elle n'avait eu aucun mal par le passé, dont il n'a rien paru depuis; et elle s'est trouvée en tel état , qu'elle a exercé avec bénédiction les principales charges du monastère , et est encore aujourd'hui maîtresse des novices.

< Or, ce qui me fait croire que cette guérison est miraculeuse

< et qa'dle s'est ensuivie de l'application do rochet du bienhenc reox évëque de Genève', c'est que les remèdes humains ne loi I ont de rien servi ; que son mal augmenta après l'application da i rochet, ce qui arrive ordinairement aux guérisons miraculeuses ; c qu'elle a été guérie en un instant , selon la parfaite confiance de t la Mère supérieure ; et qu'elle-même croit aussi certainement , c comme à. elle le voyait ou le touchait , que Notre-Seigneur lui c a fait cette miséricorde par les mérites de ce bienheureux évè* c que, et par l'application de son rochet. Ce que j'atteste pour c avoir parlé k la religieuse pendant son grand mal , et après sa

< guérison , et en avoir appris les particularités de la Hère snpéc rieure et de la même religieuse bientôt après sa guérison , qui c arriva le jour que je faisais la visite dans le monastère , de f l'autorité de Monseigneur l'illustrissime et révérendissime arche*

< véque de Paris, t

Quoique après l'attestation de cet humble serviteur de Dieu il n'y ait aucun lieu de douter de cette guérison extraordinaire et mira* culeuse , arrivée par les mérites du bienheureux évéque de Genève , instituteur de l'ordre de la Visitation, qui a depuis opéré tant d'autres miracles, et qu'il soit juste que ce saint évéque en soit reconnu le véritable auteur après Dieu , qui en sera d'autant plus honoré et glorifié en son saint, il y a néanmoins quelques circonstances considérables qui ont accompagné ou suivi cette guérison miraculeuse , qui regardent M. Vincent, et qui font connaître que Dieu a voulu qu'il eût part k ce bien.

Il faut donc remarquer, en premier lieu , qu'il a plu k Dieu faire cette gr&ce k ce digne Supérieur, que les visites qu'il a faites de temps en temps dans les maisons de la Visitation , selon le témoignage même des religieuses, ont ordinairement produit en elles quelques grâces particulières , et , entre les autres , que plusieurs des religieuses qui souffraient de très grandes peines et qui étaient travaillées de tentations très fâcheuses s'en trouvaient entièrement délivrées , et quelquefois même en un instant , lorsqu'il leur avait parlé.

2. La visite dont il parle en cet écrit était la première de celles qa'il a faites dans le second monastère de la Visitation de Paris , qui fut environ l'an 1623, du temps qu'il demeurait encore chez feu M. le général des galères, quelques années avant la fondati<m de la Congrégation de la Mission.

S. Ayant vu en cette visîle cette bonne religieuse obsédée de la sorte et travaillée d*une peine si effroyable, il en fut touché d*un grand sentiment de compassion ; et , par un parlicuHer mouvement de charité , il se mit & faire oraison pour elle. Ensuite de quoi cette religieuse fut soudainement délivrée ; de sorte qu'en- (ore, comme il a été déjà dit, qu'après Dieu, la principale gloire de cette guérison miraculeuse appartienne au bienheureux François de Sales , évéque de Genève, par les intercessions duquel il y a tout sujet de croire que Dieu a délivré cette bonne religieuse de ses horribles peines et tentations; néanmoins, sans déroger à Thonneur qui en est dû h ce saint prélat, on peut dire aussi que Ventremise de M. Vincent, dont il avait grandement estimé et chéri la vertu pendant sa vie , Ta pu inviter, d'une manière plus particulière , d'employer ses intercessions auprès de Dieu , pour favoriser celui qui lui rendait un si fidèle et si agréable service en la personne de ses chères filles.

Le second écrit contient les paroles suivantes : c Nous , Vincent ç de Paul , supérieur-général très indigne de la Congrégation de la c Mission , certifions qu'il y a environ vingt ans que Dieu nous c a fait la grâce d'être connu de défunte notre digne Mère de € Chantai , fondatrice du saint ordre de la Visitation de Saintec Marie , par des fréquentes communications de paroles et par c écrit, qu'il a plu k Dieu que j'aie eu avec elle , tant au premier c voyage qu'elle fit en cette ville , il y a environ vingt ans, qu'aux c autres qu'elle y a faits depuis , en tous lesquels elle m'a honoré 5 de la confiance de me communiquer son intérieur ; qu'il m'a c toujours paru qu'elle était accomplie en toutes sortes de vertus ,

< particulièrement qu'elle était pleine de foi, quoiqu'elle ait été

< toute sa vie tentée de pensées contraires ; qu'elle avait une très c grande confiance en Dieu , et un amour souverain de sa divine

< bonté; qu'elle avait Tesprit juste , prudent, tempéré et fort en c un degré très éminent; que l'humilité , la mortification, l'obéi^c sance , le zèle de la sanctification de son saint ordre, et du sa- .c lut des âmes du pauvre peuple , étaient en elle en un souverain

< de^é ; en un mot, que je n'ai jamais remarqué en elle aucune 5 imperfection , mais un exercice continuel de toutes sortes de f vçrtus ; et que , quoiqu'elle ait joui en apparence de la paix et « tranquillité d'esprit dont jouissent les âmes qui sont parvenues k « un si haut degré de vertu , elle a néanmoins souffert des peines

fe»* 55 h4 iHtérieniM tà ^àndès qu'elle in*a dit et écrit plusieurs fois qu'elle av*ft Fespf it si plein de toute sorte de tentations et d*abo; niiMtknis ^ que son ttttdtt contltiuel était de se détourtier dû refiatd de soïi intérieur, ne pouvant se supporter elle-même en la vue de son âme , si pleine d'horreur, qu'elle lui semblait l'image d^ TèUfer} et que, quoiqu'elle souflHt de la sorte, elle n'a jonals perdu tu sétHinit^ de son visage , ni ne s*est relâchée de 11 ûàêHé que Dîiw demandait d*Élte dans Vexercice des vertu ebréliennes et religieuses, nf dans là sollicitude prodigieuse qii'clU aviU étf son saint ùrdl^ ; et que de là t4ent que je crois qa'clle étail une des plus sainte^ âmes que f aie jamais connues sut la terre, et qu'elle est maintenant bienheureuse au del. Je ne fais paa de doote que Dieu ne fikanUïssle un jour sa sainteté, comme j'apprends qu'il fait déjk en plusieurs endroits de ce royaame et en ptasieurs manières , dont en voici une qui est arrivée k ime personie digne dé foi , laquelle j^assurô qu'elle aimerait nàenoi mourir que dé mentir.

t Celte poRSonne ayant eu neuvelte de l'eitrémité de la maladie de notre défunte, se mit k genoux pour prier Dieu pour elle; et la première pensée qui lui vint en l'esprit fut de faire un acte de eontritton des péchés qu'elle avait commis et qu'elle commet ordinairement ; et , immédiatefnent après , il lui parut un petit giobe , comme de feu , qui s'élevait de terre et s'alla joindre eq la supérieure région de l'air k un autre globe plus grand et plus lumineu, et les dent réduits en un s'élevèrent plus haut, entrèrent et se répandirent dans un autre globe infiniment plus graiMl et ptas luminenx que les autres ; et il lui ftat dit intérieurement que ce premier globe était l'âme de notre digne Mère , le second de notre bienheureux î^ère , et Kautre, Tessence divîneî qtié l'âme de notre digne Mère s'était réunie k celle de notre bienheureux Père , et les deux k Dieu , leur souverain principe, « De phis, la même personne, qui est un pfétre célébrant là sainte Messe pour notre digne Mère , Incontinent après qu'il eut appris la nouvelle de son heureux trépas , et étant au second Mémento, où l'on prie pour les morts, il pensa qu'il ferait bien de prier pour elle ; que peut-être elle était dans le purgatoire , k cause de certaines paroles qu'elle avait dites il y avait quelque temps , qui semblaient tenir du péché véniel ; et en même temps il vit derechef la même vision, les mêmes globes ,

et leur union ; et il lui resta un sentiment intérienr qne cette àme était bienheureuse, qu'elle n'avait point besoin de prières : ce qui est demeuré si bien imprimé dans l'esprit de ce prêtre , qu'il lui semble la voir en cet état toutes les fois qu'il pense k elle.

c Ce qui pourrait faire douter de cette vision , est que cette per> sonne a une si grande estime de la sainteté de cette àme bienheureuse , qu'il ne lit jamais ses réponses sans pleurer, dans l'opinion qu'il a que c'est Dieu qui lui a inspiré ce qu'elles contiennent, et que cette vision par conséquent est un effet de son imagination : mais ce qui fait penser que c'est une vraie vision, est qu'il n'est point sujet à en avoir, et n'a jamais eu que cetteci. En foi de quoi j'ai signé la présente de ma main , et scellé de notre sceau. >

Cetle déclaration de M. Vincent est de l'année 1642. C'est de lui-même qu'il parle en tierce personne quand il parle de la vision des globes ; c'est k lui que Dieu a manifesté la béatitude des saints fondateurs de ce dévot institut de la Visitation : mais avant que d'en rien écrire et d'en parler à personne , il eut recours k feu M. rarchevêque de Paris, auquel il raconta la chose, et lui dit tout simplement comme elle s'était passée pour en avoir son avis , afin de n'y pas être trompé. 11 en communiqua aussi avec le R. P. dom Maurice, Bamabite , qu'il trouva au monastère de Sainte-Marie du faubourg Saint-Jacques , le lendemain qu'on apprit la mort de la Mère de Chanta! , et lui demanda s'il se pouvait assurer qu'il n'y eût point de tromperie du diable ; et tous deux lui ayant dit qu'il y avait toutes les marques qu'on pouvait souhaiter pour juger que c'était l'esprit de Dieu qui lui avait révélé ce secret, et qu'il s'en pouvait assurer, il crut qu'il devait pour lors faire part de cotte consolation à quelques religieuses de ce même ordre qu'il voyait sensiblement touchées de la perte de leur bonne Mère, leur ayant pour cela fait le récit des particularités de cette vision, qu'il mit après par écrit pour en conserver la mémoire.

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