‹ Vie de S. Vingent de PaulChapitre 3 sur 65 · CHAPITRE YIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YIII

US GonnuÉBiss m la chabué iibs faroissis.

Entre les marqnes que Notre^Seigneur donna de sa mission TÎne et de sa qualité de Messie et de Rédempteur du monde , lorsque son saint Précurseur lui envoya deux de ses disciples , la dernière et principale qu'il voulut employer pour servir comme de sceau à toutes les autres, fut celle-ci : Pauperes evangetizantur, que les pauvres étaient évangélisés. Il est bien vrai , comme luimême Tavait dit en un autre lieu de FËvangile , que toutes les oeuvres qu'il faisait rendaient témoignage de ce qu'il était, et tontes les guérisons merveilleuses qu'il opérait par sa parole étaient autant de preuves incontestables de sa qualité de Fils de Dieu et de Sauveur : néanmoins comme s'il n'en eût pas été encore satisfait, après avoir mis en avant qu'il avait rendu la vue aui aveugles, la parole aux muets , Touie aux sourds , la vie aux morts , il ajoute comme pour une preuve encore plus certaine : Pauperes evan* gelhantur, que les pauvres étaient évangélisés. C'était sans doute pour donner h connaître que, comme le véritable caractère des enfans de Dieu est la charité , aussi la marque la plus assurée pour discerner si cette charité est véritable et parfaite , c'est quand elle est épurée de tout intérêt et de toute satisfaction propre , telle qu'est celle qu'on exerce envers les pauvres. Et s'il est permis d'enchérir sur cette pensée pour relever davantage Téclat de cette perie précieuse de la charité , on peut dire qu'elle reçoit encore un nouveau lustre et une nouvelle perfection quand elle est exercée envers les pauvres malades , et que dans le douMe accablement de l'indigence et de la douleur où ils se trouvent , Ton prend sdn de les secourir corporellement et spirituellement ; pour- ▼ojiM en même temps les corps de la noumture et des remèdes

nécessaires , et les âmes de la consolation et des autres assistanees qui tenr sont tes ptns salutaires : car alors Ta charité y trouve comme un redoublement de mérite et de valeur, tant par les biens qu'elle fait que par les incommodités qu'elle souffre , et par les répugnances de la nature qu'il lui hni ordinairement surmonter.

Or c'est dans cette assistance corporelle et spirituelle des pauvres, particulièrement dans leurs afflictions et maladies, que H. Vincent a fait paraître en quel degré de perfection il possédait cette divine vertu , comme nous avons déjk vu au premier livre , et au premier chapitre de ce second , où , parlant des missions , nous avons rapporté les grands fruits qu'elles produisent et les exercices de charité qu'on y pratique , principalement envers les pavvreB : mm outre Uw» ces biens» il y en a Meore un dost nttus avons remis à parler en ce dbapitre , c'est à savoir l'étiMissaiieDl delà Ck^nfrérie de la Charité pour rassiatance deapaf vitsmaladM^ qui est le propre effet de la charité de M. Vineent* Dîeu vfunt voulu se servir de lui pour produire ce grand ouvrage* dont «n ne saurait assez dignement déclarer le mérite et l'utilité « non aeulemjçnt pour le soulagement corporel d'une infinité de ptuyfe» malades, qui sans cela fussent demeurés dans un dernier abandon en beaucoup de lieux ; mais encore plus pour le saint de leurs âmes , qui souvent seraient en danger de se perdre sans les assistances spirituelles qu'on leur rend , pour les dû^aer à Uaft mourir.

On estime beaucoup la charité de ceux qui coniribueal k l'en** tretien des hôpitaux, pour y recevoir et traiter les pauvres malades ; et si quelque personne riche avait envoyé une partie ëe ses biens pour en fonder un » cette action serait sans 4oula j^prou»* vée d'un chacun , et jugée digne d'une éternelliB louange^ Qne serait-ce donc si Ton voyait un pauvre prêtre qui eût lui seul inl en ceci ce que les plus riches et les plus puissant i avec toute leur opulence , n'auraient pas cru pouvoir entreprendre » Je ne ^a pas la fondation d'un hôpital , ni de dix , ni de cent ^ maïs de mille , el encore davantage? Cela passerait assurément pour une eaUnepriao qui excède tout-ii-fait le pouvoir humaiu ; n'appartMaal qu'k Dieo de faire quelque chose de rien , et avec cinq petits {MÛos, rassasier plusieurs milliers de personnes, Cependaiit nous pouvons dire qUe M. Vincent est ce pauvre prêtre dont Dieu a voulu sa servir pour qi»|i^r lOfOe merveille 1 non > h vérité ep iMvA deimaîaooa

poof y recevoir les pauvres malades, làaiêéfi prMurant réiabliMê^ ment des Confréries de la Charité, qui leur eM encore plus avan^ lagotne , eomme on le peut fâeflemetit apprendre par leur propre témoignage. Cai^ par exemple , si Ton demandai! k cinquante oti soixante panvrea malades , qui sont assistés dans ttne paroisse do Paris, par les soins et ant dépens de la conft*érie qdi y est ^« Uie , s'ils aimeraient mieux qu'on les portât & rHAtel-Dieu , ils répondraient tous sans doute unanimement qu'on les obligera Men davantage de les laisser dans leur pauvre chambre , en leur continuant cette charitable assistance qu'on a commencé k leur faire.

Nous avons vu dans le premier livre l'origine de ces Gonflréries de fa Charité en Tannée 1617 , lorsque H/Vincent était k Châtillon en ft-esse. Ce i^it Ik où il commença la première fois k associer quelques honnêtes et vertueuses femmes pour se chai|[er du soin des pauvres malades du liett , et leur procurer la nourriture et les remèdes corporels et spirituels pendant leur maladie, dans leurs propres logis; sans séparer le mari d'avec sa femme , ni la mère d*avec ses enfans. Ce grand serviteur de Dieu n'avait point encore oui parler , comme il Ta lui-même avoué , d'une telle manière d'assister les pauvres malades ; et la pensée ne lui en vint en res« prit qu*k l'occasion de la nécessité où se trouvèrent en ce lleu>lk quelques pauvres malades dépourvus de toutes choses : ce qui l'ayant obligé de rechercher en lui-même par quel moyen on les pourrait assister, sa charité autant ingénieuse que cordiale et tendre enven les pauvres Ibi suggéra cette sainte et nouvelle invention. Il en fit premièrement un essai , et le succès montra claîremenl qu'elle venait de Dieu , car sa bénédiction fut teRe sur cette première Confrérie de la Charité , qu^etle s'est toujours très bien maintenue , quoique M. Vincent, k cause de son éloigne-' ment et de ses affaires , n'ait pu prendre aucun soin de la cultiver, depuis près de cfaquante ans qu'il y a qu'elle est établie. Et depuis te premier Commencement , il plut k la divine bonté de remplir ce diaritable père des pauvres de tant de grâces pour étendre et perpétuer dans l'Église cette sainte institution , qu'au temps de sa mort elles*est trouvée répandue en des lieux presque innombrables, tant en France qu'en Italie , et ailleurs. Et ses enfans spirituels continuent encore tous les jours k l'établir dedans et dehors le royaume , dans les paroisses où ils font des missions, et cela avec

r^iprobatkm du Saint-Siège , et avec ragrëment des prélats , sopé* nenrs et pasteurs des lieux.

Qœ si quelqu'un désire savoir sur quoi se prend la dépense de ees confréries , la plupart n'ayant aucune rente , je lui dirai que c'est sur le fonds de la I^ovidence divine , laquelle n'a point encore permis qu'aucune de ces confréries où Ton a fidèlement observé le règlement , dont il sera parlé ci-après, ait manqué des choses nécessaires pour assister les malades. L'on fait première* ment une quête générale dans la paroisse lorsque cette confrérie y est établie , d'où l'on tire pour l'ordinaire un petit fonds, plus ou moins grand , selon la commodité des lieux. Et en même temps on en fait une autre de quelques meubles, linges et ustensiles nécessaires ; et les quêtes qui se font ensuite les dimanches et fêtes dans TEglise se trouvent presque sulDGsantes pour l'entretien de Tœuvre , surtout quand les officières pratiquent les avis qu'on leur laisse pour procurer le bien et l'avantage de la confrérie, et que les curés des lieux se donnent la peine d'y temr h main.

Mais d'autant que c'est l'ordre qui maintient et conserve les choses dans un bon état, et que tout ce qui est de Dieu, comme dit le saint apôtre , est bien ordonné , H. Vincent jugea , dès que ces confréries commencèi'ent , qu*il était nécessaire d'y établir quelque ordre. Pour cet effet il dressa un petit règlement, que nous insérerons à la fin de ce chapitre , qui a été communément observé avec l'approbation et permission des supérieurs , en termes simples et intelligibles; et dans le peu d'articles qu'il contient, l'on peut reconnaître la prudence vraiment chrétienne de son auteur.

Le premier dessein de M. Vincent était seulement d'établir cette confrérie dans les villages, pour l'assistance des pauvres malades, qui s'y trouvent ordinairement dansunplus grand délaissement. Mais quelques dames de qualité qui avaient des terres dans le diocèse de Paris et ailleurs, où les missions avaient été faites, et les Confréries de la Charité établies, voyant les grands fruits qu'elles produisaient pour l'assistance corporelle et spirituelle des pauvres malades ; et considérant aussi que les mêmes besoins se rencontraient dans Paris , où il y a grand nombre de pauvres familles d'artisans et ouvriers qui ne vivent que de leur travail, lequel venant k cesser par les maladies qui leur arrivent , tout leur manque;

et comme ib n'osent par honte, on par d'autres raisons, se faife porter à THôtel-Dieu , ils demenrent souvent dans an grand abandon : cela leur donna la pensée que l'établissement de cette confrérie serait fort utile, et même nécessaire dans les paroisses de Paris. Elles en parlèrent li MM. les curés, et eux à M. Vincent, lequel se trouva ainsi obligé de donner les mains a faire cet établissement dans les paroisses où il en fat requis; ce qui a toujours été continué depuis ce temps-là avec grande bénédiction; et les dames de la Charité, qui composent autant de confréries différente^ qu'il y a de paroisses , y exercent depuis viugt-cinq ou trente ans les mêmes œuvres de miséricorde envers les pauvres malades qui se pratiquent dans les paroisses des champs , et même font quelque chose de plos ; car c'est a leurs dépens que Ton prépare chez elles les potages , les viandes, et autres choses nécessaires pour la nourriture des pauvres malades de la paroisse , ce qu'elles font Tune après l'autre « et chacune à son jour.

Depuis, à l'imitation des paroisses de Paris, cette même cou* frérie s'est répandue dans beaucoup de villes de ce royaume, aussi bien que dans les villages , et a passé jusque dans les pays étrangers ; et maintenant elle se trouve établie en tant de lieux , qu'on n'en sait pas le nombre. D'où l'on peut inférer combien dé milbers de pauvres sont par ce moyen assistés tous les Jours , et le seront à l'avenir corporellement et spirituellement ; lesquels , après Dieu , sont redevables de toutes ces charitables assistances et la plupart même du bon état de leurs âmes et de leur salut éternel , il la charité de ce grand serviteur de Dieu , lequel par ce seul ouvrage s'est acquis une gloire particulière dans le ciel , qui reçoit tous les jours de nouveaux accroissemens , et sur la terre le titre glorieux de Père des pauvres , qui attirera sur tout ce qui lui appartient, et qui lui est le plus cher, une infinité de grâces et de bénédictions.

BÉGLBIlEirr M LA CONFR£iIIE BE LA CHAEIT^.

t La Confrérie de la Charité est instituée pour honorer Notre-

< Seigneur ]éBos43urist, patron d'icelle, et sa sainte Mère, et pour

< assister les pauvres madades des lieux où elle est établie, corpo«

< rdlement et spiritneHement : corpordtoment , en leur admiais^

et' 30 *<€

trant leur boire et leur manger , et l66 médicamens nécessaires dorant le temps de leurs maladies ; et spirituellemept , ea leur faisant administrer les sacremens de Pénitence , d'Eucharistie et d'Extrême-^nction; etprocurantque ceux qui mourront, par* tent de ce monde en bon état , et que ceux qui guériront , fas* sent résolution de bien vivre à l'avenir. < La Confrérie sera composée d'un nombre certain et Umité de fournies et de filles ; celles-ci du consentemeut de leurs pères et mères , et ceUes-Ui de leurs maris ; lesquelles eu éliront trois d'entre elles, en présence de M. le curé, k la pluralité des voix« de deux ans en deux aus, le lendemain de la Pentecôte, qui seront leurs o0icières; dont la première s'appellera supérieure eu directrice; la seconde» trésorière ou première assistante; et la troisième* garde-meuble ou seconde assistante. Ces trois officières auront l'entière direction de ladite confrérie : de l'avis de M. le curé, elles éliront aussi un bomme de la paroisse, pieux et charitable, qui sen leur procureur, f La supérieure prendra garde à ce que le présent règlement s'observe » que toutes les personnes de la confrérie fassent bien leur devoir; elle recevra les pauvres malades de ladite paroisse qui se présenteront, et les congédiera, de l'avis des autres ofil; cièrest

f La trésorière servira de couseiU la supérieure; gardera l'argent de la Confrérie dans un coffire k deux serrures différentes » dont la supérieure tiendra nue clefietelle l'autre; excepté qu'elle pourra tenir entre ses mains un éeu j pour fournir au courant de la dépense; et rendra compte, à la fin de ses deuxaonées, aux oQicières qui seront nouvellement élues, et aux wtres per* sonnes de la Confrérie, en présence de M. le curé et des hatans de la paroisse qui désireront s'y trouver, c La garde-meuble servira aussi de conseil à la supérieure , gardera , reblanchira , et racommodera le linge de ladite Confrérie, en fournira aux pauvres malades quand il sera besoin, de l'ordre de la supérieure , et aura soin de le retirer et en rendre compte à la fin de ses deux années , comme la trésorière. c Le procureur tiendra un coatrOle des q«6tes qui se feront à régUseou par les maisons , et des dona qui ae leioAt par les particuliers; donnera les quittances ; procurera la manutention de ladite n^ufirérie , et ra«gmeAtati9n 4m biMW 4'ioelle ; ^fftmn

les comptes d^ la tc^mère» si hes/m mi; aura w regisue dans lequel U copiera le préseot réglamwt, et Taete de TétabUssemeut, le faisant coUatioBuer, si £ûre se peut. Il écrira dsiw le même registre le catalogue des femmes et des filles qui serout reçues k la confrérie , le jour de leur réception et de leur décès, lesélectionsdes officières, les actes de la reddition des comptes, le nom des pauvres malades qui auront été assistés par la confrérie , le jour de leur réception , de leur mort ou de leur guérison , et généralement ce qui s'y passera de plus notable et remarquable.

ff Les sœurs de la Genflrérie -senrifont ehacnne leur jour les pauvres malades qui auront été reçus par la supérieure; leur porteront chez eux leur j^î»»^ ^^ i^^ manger apprêté ; quêteront tour à tour à l'Église, et par les maisons, les dimanches et fêtes principales et solennelles ; donneront la quête à la trésorière , et diront «au peooinepr » qu'elles auront quêté ; eUesIcrontdine une messe à Tautel de la Ckmfrérie tous les premiers ou troisièmes dimanches des mois , k laquelle elles assisteront , et ce mèoM jev «Ues se confesseront et ooimnuiiieront , si la commeëftéle iMr pennet ; et assisteront aussi ee jour^là k la procession qui se Dsra entf e répres et oompNes , oè se chanteront les Ktanies de Ni^tre^Setgneur , ou oeUes de la Vierge ; elles en feront dnmème tons les ans le 14 janvier, qui est la fête du nom de Jésus, leur patron.

c Elles s*eoépe^liériront cMime personnes que No^e^Seignew a unies et liées par son amour; s'entre-visiteront et consoleront m leart adiictions et maladies ; assisteront en corps ^ TenterremenC de eeUes qui décéderont , communieront k lear intention, fereoc chanter une haute Messe pour chacune tf^ieelles; elles feront de même pour M. le curé et pour leur procureur quand ib moommt : eiles se trouveront pareillement en corps k l'enterrement des pauvres malades qu'elles auront assistés , Auront Are une Messe basse pour lé repos de leurs frmes. LetMt sans (rt)ligatisB k pécbé morlel , ou véniel.

< Usera éaoné k diaque pauvre malade pour chaque repas', avtntdepainqa'il M pourra suffisamment manger, cinq onces dn veau om de «euton , un potage, et un demi-setier de vin , BMBU» de Paris.

t iuu jMry maigres oo leur donnera , outre le piiin , le vin et )é

potage , une couple d -œufs , ou un peu de beurre ; et pour ceux qui ne pourront user de viande solide , il leur sera donné des bouillons et des (Bnk Trais quatre fois le jour, et une garde k ceui qui seront en extrémité , et qui n'auront personne pour les veiller. >

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