‹ Vie de S. Vingent de PaulChapitre 20 sur 65 · CHAPITRE VlII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VlII

SA ràVOTlON ET PIÉTÉ JENVERS DIKV.

La dévotion est une vertu par laquelle nous nous portons k toHtes les choses qui regardent le culte et le service de Dieu , avec une affection toute singulière, et avec un désir de le glorifier et honorer qui n'a point d'autres bornes que celles qui lui sont prescrites par la charité. Et comme nous pouvons honorer et glorifier Dieu par l'exercice de toutes sortes de vertus , pour cette raison , saint Ambroise a fort bien dit , que la dévotion était le fondement des autres vertus ' ; et saint Augustin assure que les vraies vertus ne se peuvent trouver , sinon en ceux qui ont une véritable dévotion et piété envers Dieu*.

Comme donc M. Vincent a excellé en toutes sortes de vertus , ainsi que nous avons commencé k voir aux chapitres précédons , et que nous continuerons dans tous les suivans , il n'y a pas lieu de douter qu'il n'ait possédé celle-ci en un degré très excellent, et qu'il n'ait été doué d'une dévotion sincère et parfaite pour tout ce qui concernait le culte et l'honneur de Dieu.

Et premièrement , la dévotion de ce saint homme était fondée sur une très haute estime de la grandeur infinie de Dieu et sur un très profond respect envers sa divine Majesté. Ses humilialions

■ VirUudCTollonU eslfondamenliim emUnnm,Àmhr,, lib, 1, de Abraham, • Ver» Tirtvies nist in eis quUiaf iDfit jtn piotu fn Deam , ineMe non poisniiL infvil., Ub» 19, 40 CivU. cap., 4.

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merreilleiiseft dans toutes les actions de religion , ]es termes rem* plis d'honneur et de respect qu'il employait quand il était question de parler de Dieu , et l'affection toute sing[ulière ayec laquelle il s'efforçait de répandre dans tous les esprits une très grande estime et reconnaissance des grandeurs et des perrections de Dieu ^ ont été des marques évidentes de cette sainte disposition qu'il avait dans le cœur.

c Étudions-nous , mes Frères , dit-il un jour k sa commuc nauté , k concevoir une grande , mais une très grande estime c de la Mayesté et de la sainteté de Dieu : si nous avions la vue de c notre esprit assez forte pour pénétrer quelque peu dans l'immenc site de sa souveraine excellence , 6 Jésus , que nous en rapporc tenons de hauts sentimens ! Nous pourrions bien dire , comme c saint Paul , que les yeux n'ont jamais vu , ni les oreilles oui ,

< ni Tesprit conçu rien qui lui soit comparable. C'est un abime de c perfections , un Être étemel , très saint , très pur , très parfait

< et infiniment glorieux ; un bien infini qui comprend tous les t biens, et qui est en soi incompréhensible. Or, cette connais- « sance que nous avons, que Dieu est infiniment élevé au-dessus de t tontes connaissances et de tout entendement créé, nous doit € suffire pour nous le faire estimer infiniment , pour nous anéanc tir en sa présence , et pour nous faire parler de sa Msyesté « suprême avec un grand sentiment de révérence et de soumisc sion; et k proportion que nous l'estimerons, nous l'aimerons

< aussi , et cet amour produira en nous un désir insatiable de re-

< connaître ses bienfaits, et de lui procurer de vrais adorateurs. > Il avait une aversion incroyable contre l'orgueil ^ k cause que

ce vice ravit k Dieu l'honneur qui lui est dû , et ùit que les superbes se l'attribuent avec autant de témérité que d'injustice ; et pour cela il lui faisait une guerre continuité , non seulement en Itti-méme , mais en tous ceux qui étaient sous sa conduite : ce que nous verrons plus amplement , quand nous traiterons de son hnmi« lité. Nousa rpporterons seulement ici quelques uns de ses sentimens, qu'il écrivit un jour k un de ses prâtres, qui travaillait en mission : c 0 que je suis consolé , lui dit-il , de ce que vous me f mander que ce bon peuple fait bien son devoir ! car je ne sau- € rais vous dire combien je craignais qu'il ne le fit pas. A Dieu « seul en soit la gloire , et que ceux qui Iravaillcnt lui rendent « fidèlement cette reconnaissance. Que si leurs pctiu travaux ont

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qadfpe succès , et s'ib produisent quelque bon effet , à Do^ mino factum est istud, c'est Dieu qui Ta fait , et c'est k lui seul à qui il en faut rendre tout Thonneur. 0 Monsieur ! que celui-là apporterait un grand empêchement k la sanctiflcation du nom de Dieu et à la justification des âmes « qui s'attribuerait l'un ou l'autre , ou qui penserait y avoir quelque part ! Plaise à la divine Bonté qu'il n'arrive jamais qu'aucun de la Mission admette en son esprit une telle pensée ; ce serait sans doute un grand sacrilège qu'il commettrait , et tout le corps de la G)ngrégation de la Mission se rendrait coupable du même crime, s'il se flattait de cette malheureuse opinion , que par ses emplois il convertit les peuples k Dieu , et qu'il est pour cela digne d'être estimé et considéré. 0 que je désire que nous gravions bien avant dans nos cœurs cette vérité : que ceux-là qui pensent êtie les auteurs de quelque bien , ou y avoff quelque part t et qui prennent quelque complaisance en cette pensée, perdent beaucoup plus qu'ils ne gagnent en ce même bieni > Mais c'était principalmnent en la célébration publique des divins Offices que la dévotion de ce grand serviteur de Dieu paraissait avec une édification toute smgulière des assistans : lorsqu'il pouvait assister au choeur pour chanter ou psalmodier, il le faisait avee un grand recueillement d'esprit, en sorte qu'on le voyait comme tout ravi et élevé en Dieu. Il recommandait aussi souvent k sa communauté de s'acquitter de ce devoir envers Dieu avec respect et sentiment de piété, d'aller posément, tenir les yeux baissés ou arrêtés sur le bréviaire ou diumal , sans regarder ni d'un cêté ni d'autre : et quoiqu'il eût un cœur tout rempli de mansuétude , il ne pouvait néanmoins souffrir les moindres fautes qui se commettaient dans les divins Offices ; comme au contraire il ne pouvait assez témoigner sa joie quand on faisait cette action en la manière qu'il convient.

Quand il devait célébrer l'Office solennellonent, il avait un grand soin de se faire instruire de tout ce qu'il y avait de propre et particulier k observer, selon que requérait la solennité de la fête : et en ses dernières années , il s'humiliait beaucoup de ce que ses incommodités ne lui permettaient pas de faire tout-k-fait les génufl^ions qui sont prescrites par l'ordre de l'Église. Il aimait fort et recommandait la propreté dans les omemens sacrés , et surtout l'eiactitude dans r<d»ervation des rubriques ; et lors-

qu'on manquait à quelqu'une , il voulait qu'on s'en humiliât beaucoup.

Sa dévotion ne paraissait pas seulement en la célébration publique des Offices divins, mais aussi en la récitation particulière qu'il en faisait toujours dans une posture humble et respectueuse , la tête nue et les genoux en terre , excepté les deux ou trois dernières années de sa vie, qu'il était obligé, ii cause de ses grandes incommodités, de le réciter assis, ne le pouvant plus faire autrement.

Dieu lui avait donné une dévotion trte grande pour tous les mystères de notre religion , et particulièrement pour ceux de la très Sainte-Trinité, de l'Incarnation du Fils de Dieu, et du très Saint-Sacrement de l'autel. Pour ce qui est de celui de la très Sainte-Trinité , comme il contient la première et principale des vérités qu'il faut croire et adorer, il avait une grande affection d'en procurer la connaissance et l'estime dans les âmes, et de l'ensei- -gner et faire enseigner dans les missions. Il rendait tous les jours, avec une dévotion spéciale qu'il a inspirée à tous ceux de sa Congrégation , un particulier hommage le matin et le soir k ce très adorable mystère. Il fit en sorte que N. S. P. le Pape, par la bulle de l'érection de la Congrégation de la Mission, obligea tous ceux qui en seraient d'honorer d'une manière toute particulière cet ineffable mystère et celui de l'Incarnation, en ayant fait même une règle expresse en ces termes :

c Nous tâcherons de nous acquitter de ce devoir avec un très c grand soin, et, si cela se peut, en toutes manières; maisprinci-

< paiement en faisant ces trois choses : 1^ en produisant souvent c du fond du cœur des actes de foi et de religion sur ces mysc tères; V en offrant tous les jours en leur honneur quelques c prières et bonnes œuvres, et en célébrant avec le plus de soien- « nité et de dévotion qu'il nous sera possible leurs fêtes ; 3^ en

< nous étudiant soigneusement k faire, soit par nos instructions,

< soit par nos exemples , que les peuples les connaissent , les ho-

< norent et les aient en grande vénération. >

Or , comme l'Église dans ses fêtes principales nous invite d'honorer plus particulièrement les mystères dont elle solennise lamémoire , c'était en ces jours-lk que M. Vincent faisait paraître une dévotion tout extraordinaire : il y célébrait ordinairement la grand'Mesfie, ^ officiait k vêpres; mais avec une telle récollectioo, modestie et gravité , qu'il était aisé de connaître combien il était

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appliqué intérieurement à Dieu. Et quoique sa dévotion fût telle pour la célébration des grandes fêtes , elle ne paraissait pas moindre aux autres jours , pour toutes les actions qui concernaient le culte et l'honneur qu'il rendait kDieu. Il se levait régulièrement k quatre heures (comme il a été dit), quoiqu'il se couchât toujours fort tard , et qu'il passât beaucoup de nuits sans pouvoir reposer plus de deux heures , comme il l'a quelquefois lui-même avoué ; et nonobstant cela, dès le premier signal il se levait avec une telle promptitude et ferveur, que le second coup de la cloche qu'on sonnait ne le trouvait jamais en la même posture que le premier : il ne manquait pas de rendre ensuite avec grande humilité ses premiers devoirs k Dieu. Voici ce qui a ététrouvé écrit de sa propre main, qu'il a donné k une personne de très grande qualité pour bien faire cette action :

c Étant levé , j'adorerai la Majesté de Dieu et lui rendrai grâces c de la gloire qu'il possède , de celle qu'il a donnée k son Fils , k c la sainte Vierge , aux saints anges , k mon ange gardien, k saint i Jean-Baptiste, aux Apôtres^ k saint Joseph et k tous les saints « et saintes du paradis ; je le remercierai aussi des grâces qu'il a i faites k la sainte Église , et en particulier de celles que j'ai reçues c de lui, nommément de ce qu'il m'a conservé durant la nuit. Je € lui oflBrirai mes pensées, mes paroles et mes actions, en l'union < de celles de Jésus-Christ, et Je le prierai qu'il me garde de Tofff fenser, et qu'il me donne la grâce d'accomplir fidèlement tout ce c qui lui sera le plus agréable. »

Après ces actes de religion et de reconnaissance, il faisait son lit, et puis il s'en allait k l'église devant le Saint-Sacrement , où, nonobstant l'incommodité de ses jambes enflées qu'il lui fallait bander tous les matins , il arrivait ordinairement avant la demiheure, et plus tôt que beaucoup d'autres. 11 témoignait une grande joie de voir tous les matins la communauté assemblée devant Notre-Seigneur, et il congratulait fort les plus diligens et les plus assidus , et avait peine quand il en voyait quelques uns traîner après les autres.

La méditation étant achevée, il récitait tout haut les litanies du saint nom de Jésus , avec une dévotion qu'on ne saurait expliquer ; goûtant et savourant les épithètes d'honneur et de louange qu'il présentait k ce divin Sauveur, et répandant par ce moyen l'onction et le bamqe de ce sacré Nom dm les cœurs. Ensuite il allait

Aire sa préparation pour la sainte Messe avec un grand recueUlemHki j y employ ani un temps raisonnable, sans en être détourné par la multitude des affaires qu'il avait , et assez souvent il se confessait. Voici ce qu'en a écrit en peu de mots un de ses prêtres : f J'ai eu la consolation de lui servir de confesseur pendant le séc jour que j'ai fait à Paris; j'ai connu plus particulièrement en c cette occasion la sainteté et pureté de son àme , qui ne pouvait c pas même souffrir l'apparence du péché. >

U prononçait toutes les paroles de la sainte liesse fort intelligiblement « et d'une façon si dévote et si affectueuse, que l'on voyait bien que son cœur parlait avec sa bouche , ce qui donnait de grands sentimens de piété aux assistans : c'était d'un ton de voix médiocre et agréable, d'un air libre et dévot, qui n'était ni trop lent ni trop hâté, mais convenable k la sainteté de l'action; on voyait pour lors particulièrement en lui deux choses qui se trouvent rarement en un même sujet, c'est k savoir une profonde humilité , et un port grave et majestueux. Aussi entraitril dans l'esprit de JesuMSirist, qui porte à ce sacrifice deux qualités fort différentes , l'une d'hostie et l'autre de sacrificateur : dans la vue de la première, M. Vincent s'abaissait hilérieurement, comme un criminel coupable de mort devant son juge , et comme tout saisi de crainte il prononçait le Confiteor et ces autres paroles : In spirituhumû litatis et in anima conirito, etc.; Nobis quoque peccatin'ibus, etc.; Domine, non sumdignus, tic; et semblables, avec un très grand sentiment de contrition et d'humilité. En qualité de sacrifia aateur, il offrait avec toute l'Église des prières et des louanges k Dieu , et tout ensemble les mérites et la personne même de Jésus- Christ sacrifié; ce qu'il faisait dans un esprit de religion, de respect et d'amour envers Dieu.

< Ce n'est pas assez , disait-il un jour sur ce siqet k ses prêtres, c que nous célébrions la Messe , mais nous devons aussi offrir ce t sacrifice avec le plus de dévotion qu'il nous sera possible , selon t la volonté du même Dieu ; nous conformant autant qu'il est en

< nous^ avec sa grâce, k Jésus-Christ s'offrant lui-même, lorsqu'il

< était sur la terre , en sacrifice k son Père étemel. Efforçons- € nous donc , Messieurs, d'offrir nos sacrifices k Dieu dans le même i esprit que Noire-Seigneur a offert le sien, et autant parfaitement t que notre pauvre et misérable nature le peut permettre. »

Ua des plus anciens de sa compagnie a observé que la dévotion

de M. ViMent était tobte «ngnlièfo en ta céléltfatioii de la Messe» et qu'elle paraiesait particnUèrement larsqa'il rédtait le saint ËYUr gtie ; é*«tttrea ont renarqoé que , lorsqu'il reneenirait quelque» parolee que Notre^Seigneur ataH proférées ^ H les pnmimçatt d'un ton de voii plus tendre et plus affectueni , ce qui donnait de la dévotion an assiatans qui Téeoutaient ; et on a dirersea fois en^ tendu des personnes , lesquelles ne le connaissant point , et ayant assisté k sa Messe , disaient entre elles comme par admiration : Mon Dieu « que voilh un prêtre qui dit bien la Messe ! il faut que ce soit un saint bonmie. D'autres ont dit qu'il leur semblait voir un ange k l'autel.

Quelques uns ont meore observé que lorsqu'il lisait au saint Évangile quelques passages où Notre^Seigneur avait dit : Amen, amen dico vobU, c'est-lhdire , En vérité , en vérité je vous le dis, il se irendait très attentif aux paroles qui suivaient , comme étminé de cette double affirmation que le Dieu même de vérité employait; et reconnaissant qu'il y avait du mystère, et que la ebose était de grande importance , il témoignait par un ton de voix encore plus affectif et dévot la prompte soumission de son coour* Il semblait sucer le sens des passages de l'Écriture comme un enfant le lait de sa mère , et en tirait la moelle et la substance pour en substanter et nourrir son âme : ce qui faisait qu'en toutes ses actions et paroles il paraissait tout rempli de l'esprit de Jéstis^Cbrist.

Quand il se tournait vers le peuple , c'était avec un visage fort modeste et serein ; et par le geste qu'il faisait , ouvrant les mains et étendant ses bras , il donnait k connaître la dilatation de son cœur , et le grand désir qu'il avait que Jésus-Christ fût en chacun de ceux qui étaient présens.

Comme il reconnaissait le sacrifice de la Messe pour le centre de la dévotion chrétienne et pour le plus digne exercice de la piété des prêtres, il n'omettait jamais de la célébrer chaque jour, excepté les trois premiers de ses retraites annuelles , qu'il s'en abstenait , selon l'usage de sa compagnie ; afin de se conformer aux autres , lesquels emploient ordinairement ces premiers jours pour entrer dans un esprit de pénitence , repassant par leur mémoire leurs défauts et manquemens passés, et pour eet effet ne s'approchent des saints autels qu'après leurs confessions annuelles ou générales. Hors ce temps-lk , ce dévot serviteur de Jésus-Christ célébrait régulièrement tous les jours la sainte Messe, en quelque lieu

qu'il se trouvât , k la ville ou aux champs , et même en voyage ; et il a donné pour règle aux prêtres de sa compagnie d'en faire de même. On ne sait point qu'il ait jamais masqué k la célébration de ce saint sacrifice tant qu'il a pu se tenir dd>out ; car ses indispositions ordinaires ne l'en empêchaient pas ; et souvent il allait à l'autel aussi bien qu'à l'oraison , avec la fièvre , qu'il appelait ordi* nairement sa petite fiévrote.

Il ne se contentait pas de célébrer tous les jours la sainte Messe , il avait encore la dévotion de servir quelquefois lui*mème les autres prêtres au saint autel. C'est ce qu'on lui a vu faire de tout temps , quoiqu'il fût accablé d'aflTaires , même en sa vieillesse , ayant plus de soixante-quinze ans , lorsqu'il ne pouvait presque plus marcher sans bâton , ni se mettre â genoux qu'avec grande peine 9 k cause de son mal de jambes. C'est en cet âge vénérable et en cet état d'infirmité qu'on a vu ce premier supérieur-général de la Congrégation de la Mission faire l'ofiice de clerc , et aller servir un prêtre k l'autel , avec un respect et dévotion qui édifiait grandement les assistans.

Il recommandait aux clercs de sa compagnie de ne soutDrir jamais, lorsqu'ils assistaient k quelque Messe, qu'elle fût servie par un laïque ; mais d'aller prendre un surplis , et de la servir eux-mêmes : f parce que , disait-il , les laïques n'ayant pas droit de le faire , c qu'en cas de nécessité , c*est un sujet de honte k un ecelésias* c tique, qui a le caractère pour le service des autels, qu'en sa pré- < sence ceux qui ne l'ontpas fassent son office. >

SECTION I

sa dévotion particulière envers le très saint-sacrbiient ab

l'autel.

Mais une des plus grandes et des plus particulières dévotions de M. Vincent a été envers la très sainte Eucharistie, considérée non seulement comme sacrifice , dont nous avons parlé en ce chapitre, mais aussi comme sacrement , sous les espèces duquel le Fils de Dieu se rend réellement présent dans nos églises , et accomplit d'une mvûère autant véritable que merveilleuse , la promesse

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^*il a Me de demeurer avec nous jusqu'à la consoifimation des siècles.

Cette dévotion de M. Tincent s'est manifestée premièrement par le très grand respect avec lequel il se comportait dans les églises où reposait ce sacrement très adorable , et par l'afiTection très grande qu'il avait pour ces saints lieux que Jésus-Christ honorait de sa présence. Voici ce qu'un personnage de très grande yertu en a témoigné : < J'ai remarqué plusieurs fois , dit-il , lorsque M. Vincent était en prières devant le Saint-Sacrement , qu'on pouvait aisément reconnaître en son extérieur la véritable et sincère dévotion de son intérieur : il se tenait toujours prosterné k deux genoux , avec une contenance si humble , qu'il semblait qu'il se fût volontiers abaissé jusqu'au centre de la terre pour témoigner davantage son respect envers la majesté de celui qu'il reconnaissait présent. Et certes en considérant cette modestie respectueuse qni paraissait.en son visage , on eût pu dire qu'il voyait de ses yeux Jésus-Christ : et la composition de son extérieur était si dévote et si religieuse , qu'elle était capable de réveiller la foi la plus endormie , et donner aux plus insensibles des sentimens de piété envers cet adorable mystère. > Or ce n'était pas seulement en offirant ses prières qu'il faisait paraître son respect et sa dévotion envers ce très Saint-Sacr^nent ; mais toutes les fois qu'il se trouvait dans les églises où il reposait pour quelque occasion que ce fût, il se, tenait toujours dans une très grande modestie ; et autant qu'il lui était possible , il évitait de parler k personne en ces saints lieux : que s'il se trouvait en quelque néc^ité de le faire , il tâchait de faire sortir hors de l'église ceux qui lui voulaient parler : ce qu'il observait aussi envers les personnes les plus qualifiées, et même envers les prélats, sans toutefois rien dire ni faire qui pût blesser le rei^ect qui leur était dû.

L'affection particulière qu'il avait pour les lieux honorés de cette divine présence était telle , que les jours auxquels il n'était pas si fort enÂarrassé d'affaires ni obligé de sortir de la maison, on le voyait aller k l'église, où il demeurait devant le très Saint-Sacrement tout le temps qu'il pouvait avoir libre, et quelquefois plusieurs heures. Il recourait surtout, comme un autre Moïse, k ce sacré tabernacle , dans la rencontre des affaires épineuses et difficiles , pour y consulter l'oracle de la vérité : et on Ta vu souvent , lors-

qu'il reeevsdt des lettreft qu'il préroy ait contenir la nonvelle âecjde^ que bon ou mauvais succès en chose importante , s'en aller derrière le grand autel de Saint-Lazare , et Ik mettant les genoux en terre, et ayant la tâte nue, ouvrir et lire ses lettres en la présence de Notro^lgneur : ce qu'il faisait aussi en tous les autres lieux où il se rencontrait. El un jour, cMime on lui eut présenté une lettre dans la cour du Palais à Paris , se doutant qu'elle lui annoncerait révénement d'une affaire fort considérable pour la gloire de Dieu , quoique pour lors il f ftt fort incommodé éd ses jambes , il ne laissa pas de monter l'escalier pour ailer k la haute diapeBè du Palais, où r^ose le très Saint-Sacrement; ^ l'ayant trouvée fermée , il se mit néanmoins k genoux à la porte , et en cet état il fit la lecture de sa lettre. Il « usait sans doute de la sorte pour pro* tester plus parfiiitement de sa soumission k toutes les dispositions de la volonté de Dieu qui lui seraient manifestées par ces lettres , et pour lui faire un sacrifice de tous les mouvemens de joie, ou de tristesse , que les nouVdles qui y étaient c<mtenues pourraient exciter en son kme.

Quand il sortait de la maison de Saint-Lazare, il rilait premièrement se prosterner devant Notre-Seigneur en ce très Saint-Sacrement , pour demander sa bénédiction ; et aussitôt qu'il était de retour , il allait derechef se présenter devant lui , comme pour lui rendre compte de ce qu'il avait fait k la ville , le remercier des grâces quil avait reçues , et s'humilier des nanquemens qu'il pouvait avoir commis : ce qu'il faisait non par manière d'acquit, mais arec un véritable sentiment de refigioii et de piété , se tenant chaque fois un temps a»iez long devant le très Saint-Sacrement, avec une posture fort humble et dévote. Il a mis les siens dans cette pratique , disant qu'il était bien juste qu'on rendit ce devoir au maître de la maison.

Lorsqu'allant par la ville il rencontrait le Saint-Sacrement dans les rues , il se mettait aussitôt k genoux en quelqu'endroit qu'il se trouvât , et demeurait en cette humble posture autant de temps qu'il le pouvait voir ; si ce n'est qu'on le portât le long de son chemin , car en ce cas il le suivait tête nue , quoique de fort loin , ne pouvant le suivre de près k cause de la difficulté qu'il avait k marcher.

Dans ses voyages il avait cette sainte coutume , passant par les villages , si les églises se rencontraient ouvertes , de descendre de

cheval pour aller visiter et adorer le très $aiiit<*Sacremeiit : que si elles se trouvaleot fermées , il y entrait en esprit et lui rendait intérieurement les mêmes devoirs : et lorsqu'il était arrivé aux lieux où il fallait s'arrêter pour dîner ou pour coucher, avant toute autre chose, il allait à l'Église rendre ses respects et ses honunages au très Saint* Sacrement.

Dans ses grandes maladies , lorsqu'il né pouvait point marcher ni se soutenir pour célâ)rer la sainte Messe , il avait la dévotion de communier tous les jours, s'il ne survenait quelque empêchement inrarmontable qui le privât de cette consolation ; et dans ses communions journalières il y apportait de si grandes dispositions , et té- Aoignait un tel respect et une telle affection envers celui qu'il adorait et recevait en ce sacr^nent , qu'il semblait être comme transporté et ravi hors de luisodème. Sur ce sujet , parlant un jour aux siens des effets que ce divin sacrement opère en ceux qui le reçoi- ▼ail avec les dispositions convenables , il leur dit : c Ne ressentez- < vous pas, mes Frères, ne ressentez-vous pas ce feu divin brûler • dans vos poitrines, quand vous avez reçu le corps adorable de ■ Jésus-Christ dansl^ communion? » C'était de l'abondance de son coear que sortaient ces paroles, qui faisaient assez connaître ce que p»r sa propre expérience il goûtait et ressentait en ses communions. C'était aussi ce qui le portait à exhorter un chacun de se bien disposer pour recevoir dignement et fréqnenuient la sainte communion du corps de Jésus-Christ : car il n'approuvait pas qu'<m s'en éMgn&t sans grande raison ; el une personne de piété, qui prenait eensefl et conduite de lui, s'étant une fois abstenue de receveur ce sacrement , pour quelque peine intérieure qui lui était survenue , voici ce 91'il lui en écrivit le même jour , dans un billet : c Vous avez on peu mal fait de vous être aujourd'hui retirée de la sainte commumott pour la peine intérieure que vous avez ressentie : ne voyez-vo«s pas que c'est une teotatioB , et que vous donnez par œ moyen prise k Veaaeoki de ce très adoraûe sacrement ? Pen^ sez-vous devenir plus capable et mieux disposée de vous unir k Notre-Seigneur en tous éloignant de lui ? 0 certes , si vous aviez cette pensée, vous vous tromperiez grandement, et ce serait mie pure iliuston. 1 Une antre ibis , pariant k ceax de sa communauté sur le même sujet, il leur dit i qu'ils devaient demander k Diea qu'il lui plût f leur donner le désir de communiersouvent; qu'il y avait sqet de

€ gémir devant Dieu , et de s'attrister de ce qu^on voyaât cette dé. c Yotion se refroidir parmi les chrétiens, et qu'en partie les opic nions nouvelles en étaient la cause. > Sur quoi s'entretenant avec le supérieur d'une sainte compagnie et avec un autre qui était grand directeur des imesy et leur ayant demandé s'ils voyaient maintenant autant de personnes que par le passé se présenter à leurs confessionnaux et fréquenter la sainte communion , ils lui avaient répondu c qu'il s'en fallait beaucoup, et que le nombre en était notablement diminué ; que l'Eucharistie était pourtant le pain quotidien queNotre-Seigneur voulait qu'on lui demandât, et que c'était la pratique des premiers chrétiens de communier tous les jours ; mais que ces nouveau-venus en avaient détourné grand nombre de personnes ; que ce n'était pas merveille si on les écoutait , parce que la nature y trouvait son compte , et que ceux qui suivaient ses inclinations embrassaient volontiers ces nouvelles opinions qui semblaient les soulager, en les déchargeant du soin et de la peine qu'il y a de se mettre et de se main<tenir dans les dispositions requises pour recevoir dignement et fréquemment la sainte communion. 11 ajouta qu'il avait connu une dame de condition et de piété , laquelle ayant par le conseil de ses directeurs continué long-temps à communier les diman^ ches et jeudis de chaque semaine, et que s'étant mise depuis en* tre les mains d'un confesseur qui suivait cette nouvelle doctrine, par je ne sais quelle curiosité et affectation de plus grande perfection, il l'avait détournée de cette sainte pratique, ne la faisant communier au commencement qu'une fois en l'espacé de huit jours ; puis il l'avait remise k la quinzaine, ensuite au mois, etc.; et qu'après avoir demeuré huit mois dans ce relâchement , faisant un jour réflexion sur elle-même , elle s'était trouvée dans un état très déplorable , toute pleine d'imperfections et sujette k commettre un grand nombre de fautes, à se plaire dans la vanité, k se laisser emporter k la colère, k l'impatience et k ses autres passions , et enfin tout autre qu'elle n'était avant cet éloignement de la sainte communion : de quoi étant extrêmement étonnée et touchée : 0 malheureuse I dit-elle en pleurant, en quel état est-ce que je me trouve maintenant? d'où est-ce que je suis déchue , et où est-ce qu'aboutiront tous ces désordres et emportemens? Mais d'où m'est arrivé un si malheureux changement ? C'est sans doute d'avoir quitté ma première conduite , et d'avoir

€ écouté et suivi leseonseils de ces nouyeaux directeurs, qui sont € bien pernicieux puisqu'ils produisent de si mauvais effets ^ c comme je le connais par ma propre expérience. 0 mon Dieu qui i m'ouvrez les yeux pour le reconnaître , donnez-moi la grâce de c m'en dégager entièrement ! Après quoi s'étant séparée de ces t nouveaux directeurs, et ayant renoncé k leurs dangereuses < maximes qui l'avaient toute détraquée et presque perdue, elle se c remit par des conseils plus salutaires dans ses premières pratic ques ; et fréquentant comme auparavant les sacremens avec les c dispositions requises , elle y trouva le repos de sa conscience et c le remède pour tous ses défauts. >

H. Vincent s'est plusieurs fois servi de cet exemple pour faire mieux connaître par l'opposition de son contraire les grandes bénédictions qui se recueillaient par la fréquente et digne réception de ce très saint sacrement, dans lequel Notre-Seîgneur nous donne, non seulement une abondance de grâces, mais aussi la source de toutes les grâces, qui n'est autre que lui-même. Et comme ce dévot serviteur de Jésus-Christ était touché d'un grand ressentiment de cet excès d'amour et de charité d'un Dieu envers ses créatures, il exhortait souvent les siens de lui rendre des actions de grâces toutes particulières d'un si incompréhensible bienfait, tâchant de reconnaître cette incomparable obligation par de fréquentes adorations , humiliations et glorifications envers le Fib de Dieu résidant en ce très saint sacrement; eten se confessant même incapables d'y satisfaire , prier les saints anges de leur aider k lui rendre ces justes reconnaissances.

Dans ce même sentiment il les avertissait de s'acquitter soigneusement de tous les devoirs extérieurs de révérence envers le très Saint-Sacrement , reprenant ceux qu'U voyait y manqua : en quoi il était si exact , que s'il s'apercevait que quelqu'un en passant devant le grand autel de l'église où il repose ne fit pas la génuflexion jusqu'en terre , ou qu'il la fit trop brusquement, ill'en avertissait en particulier, ou même en public quand il le jugeait expédient , disant qu'il ne fallait pas se présenter devant Dieu comme des marionnettes auxquelles on faisait faire des mouvemens légers et des révérences sans âme et sans esprit : et ayant un jour remarqué qu'un frère n'avait pas fait la génuflexion entière , il l'appela , et lui montra jusqu'où et de quelle façon il la fallait faire. Pour lui, il s'est toujours acquitté exactement de ce devcûr et a fait cette génu<

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l}^ «in» e^pjBiimwté ^^ i«{wijiét^ ^ ,$i9fi4rieiv celle» 4» ji» Cw^^gftti^ii iKi p9 fKÀiu /s^t 4e Qoa«4«)iQP^ei \iM ^,qimaf «i'M s'ftgit d'u^ 4^voir de r^U«p(90l et 4'^pe^^vàriwce extér^NW

^ptro^ qpe $ii/siws soavueâ 1^ pr^emers k y^nwg^er^ a^ Am$M4 4«'iiM peUt^ on 4Jel|Eli-g^9i»9^pM , l^ /Bçel#i#ti(iija^ 4^ 4^

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Fir^M»4 4> tm^ CTMde ii^Ueptio^ ^ de y^m ^ffipwt^r en «eU^ action en telle sorte que la réy^^iic^ ÎAt^ri^^e pcé^iei^iie pt açr fim§»S^ tpuîoure Yé^U^rkm- Pm v^ lêtr^ adpi:^ ep eyrit «t M mïté» H i(m k§ féfk^]^ lelvétiepç doivppt ^ cçmffff- W 4# 1» «oftf , ^ Te^wP^^ Au FiJ^ de Pj^^ , leqi^ se pn>s(«r<r »«J 1»^*W APPtw <w^ ## M'din des Olives, ^çcpnppagn^fçttp 4évi)l# pofliurp 4'tfW blupiUatio^ int^^ievre frès prpfo^dç , pgr f*^pt k }ji ««îei^ /sQtty^raiw dp soi^ pèr«. » Qp9 s'il avjiit we t^Up affec^ioa pour faire ea sorte qu'09 qip MW^^ât PQM4 il W moindjre partie di^ rei^pect, mjêin« exîérijBur; ^i éyik 4â ï ci^t ad^|d)le ^cr^ment, jk plus forte raison pi^t-pp ffoire que ^e'ét^ ^v^ un déplaisir ei^^réme et i^ie douleijir lU^ $e9sible qu'il eoteadait les nouvelles qu'on l^i 9 quiiquefois rw portées des profAoation^ et ijppjiécés que ^'insolence dei^ soldfito ^t 4(9S MnMqiMfi i»fMt <^

eootre «« mitqA tatfeaaat. D ae se ptat diit ooiDbi«a » «n iiait toncM, quels Fenenrimei» 3 eo a eu, combien de ItTraes il a wnéM pour ee 8BJet,etcomtàen(}e péoitences extraordinaires il à faites pour réparer autant quil était en lui ees injures et m attesttU commis contre la personne de Jésus-Christ. M»is, non content de M qu'il pottTait faire par lui-même et des autres remèdes qu'li proeuwyt par l'entremise des peiBonnes charitabka, envoyant des «iboirea» des catioes et d'autres semUables omemens aux églises qui avaient été piUéea, il voulait encore que ceux de sa comaniwmi fitfseat employée à cea mêmes réparations, les envoyant ks H08 après lea autres faire des pèlerinages et visiter en esprit de pétitenee Itséglises «& «s profanations saerUé«es avaient été «wnmisia. Us piêtras y eéàékrajent ta sainte Messe, et les autres, tftat eiftr«s que hîcpM», «emmnnimeQt. Apiis cela U l«ir or^ mH de faire de» nmii«Bt dana les vâlageset autres lieux où eee W»|l}(HUftétaieft( arrivât, peur exciier le peuple à Aùre péniiaBoeet à Pf»tiq«er <l'aqti«s orowea ié piété propras pour apaisa ria#. Sll»iio«d«Pifiii, fltféparar en quelque bçQB les mjures et oMoses (toiwiiaea «mmm ta anuaerame Mageaié,

SECTION U

SA DÉVOTION tOOTB SINGQUARK fVfH IMITRR «feWSSIUUST, BV M

conrouiBii 4 »«s H««n.Et.

V9iQ4qr anppwq la wifflemWanf,e a« bien U pr^Mluii, et fa^«ie l'aUn^nt Ue^e de se ttansioroier antvu qv'il peut «i là ptriMne «HiQée et (ie Ipi (k^eoir y.mhlable pour lui pjaiiQ 4avaa(a«, et lendm pai «e mct^fet» plus stable et pl«a parfaite Tuoian de Ivr amitié. G'eet pour oel» fac> Fils de Dieu, vçulapt iwne t^^p^., l'excàa 4e mt, amour, a voulu se (aiie bomme pow se reiHlr»ae«èblaUe knon&. C'est aussi {wor U màm» raiion ^ eei« q)«i^ ai. mçnt vraiment Jésq^rOiçist doivent autant qu'il est en eux , a«ee Je secours de sa gr^ce, se rendre semblables à lai par Pimitation de ses divine» vertus; et plu» «t amour est grand, plus aussi cette

i«it»ti4a 4<Ht^«Ue 4tse pw|9#e «t «ocom^ie.

^ Nous avons vu en la section précédente la singulière dévotion que M. Vincent avait pour Notre-Seigneur JésusrChrist au très Saint-Sacrement de l'autel : la grandeur de son amour envers ce divin objet ne s'arrêtait pas seulement k lui rendre ses devoirs dans cet adorable mystère; elle s'étendait encore k tous les états de sa vie mortelle et glorieuse, pour lui rendre en chacun de particuliers hommages, et surtout pour tâcher d'exprimer en soi-même les traits de ses admirables vertus, afin de se rendre semblable k lui. Il savait que le dessein du Père étemel dans Tincamation de son Fils était non seulement de nous donner un rédempteur pour nous tirer de l'esclavage du péché et de l'enfer, mais aussi de nous proposer un modèle accompli de toutes sortes de vertus pour nous y conformer : c'est pourquoi il prit une forte résolution de correspondre à ce dessein de Dieu, se proposant d'imiter soigneusement ce divin exemplaire et d'en former une parfaite copie dans son cœur. C'est ce qu'il a si fidèlement et si constamment pratiqué, que l'on peut dire avec vérité que sa vie n'a été autre chose qu'une parfaite expression de la vie de Jésus-Christ; en sorte qu'O a vérifié en sa personne la parole de ce divin Sauveur : que le disciple serait parfait lorsqu'il se rendrait semblable à son maître.

Or, pour ne nous étendre trop au long sur toutes les pratiques qu'il a faites de cette imitation du Fils de Dieu , k laquelle on pourrait rapporter toutes les actions de sa vie , nous nous arrêterons seulement k la considération de deux ou trois chefs que nous avons jugés dignes d'une remarque particulière.

Premièrement, M. Vincent s'est étudié d'imiter Jésus-Christ en sa manière de vie commune et cachée, qui ne paraissait avoir rien de singulier pour l'extérieur, et néanmoins était tout admirable , toute sainte et toute divine dans l'intérieur : car, k l'imitation de cet incomparable Maître , il a mené une vie basse et commune en apparence , ne faisant rien paraître en lui d'éclatant ni d'extraordinaire , et fuyant toute ostentation et singularité ; mais il pratiquait au dedans et dans le secret de son cœur des actions excellentes et vraiment héroïques de toutes sortes de vertus. Il n'a pas toujours été retiré en son particulier, ni toujours exposé en public , mais suivant l'exemple de son divin prototype , il a fait un parfait mélange de la vie active et de la contemplative ; il a été quelquefois dans h solitude avec Jésus-Christ , il Ta aussi quittée comme lui

pour aller prêcher la pénitence , et pour s'employer à procurer la conversion des pécheurs et le salât des imes. '

Nous pouvons encore dire que Notre-Seigneur a pratiqué la vie cachée , non tant en se séparant de la conversation des hommes qu'en tenant couvert et ne leur manifestant pas ce qu'il avait de plus excellent et de plus divin : il pouvait se faire connaître et honorer en tous lieux comme le vrai Fils de Dieu ; il pouvait faire éclater les rayons de sa gloire aussi bien par toute la Judée comme sur la montagne du Tabor ; il n'a toutefois voulu paraître ît Textérieur que le fils d'un simple charpentier et un homme du commun. M. Vincent, à son exemple, faisait gloire de dire en toutes sortes de rencontres qu'il n'était que le fils d'un pauvre paysan , et recherchait de n'être tenu que pour un simple prêtre de village , cachant autant qu'il pouvait aux yeux des hommes les excellons dons de nature et de grâce qu'il avait reçus de Dieu , et qui le rendaient digne d'honneur et de vénération. Il avait fort bien étudié en théologie, et même, comme nous avons remarqué au premier livre, il avait été élevé aux degrés de la faculté de théologie de Toulouse, et néanmoins il ne parlait de lui que comme d'un ignorant, et ne se qualifiait ordinairement qu'un pauvre écolier de quatrième. Il a fui les dignités avec plus de soin et d'affectation que les ambitieux ne les recherchent ; et en toutes sortes d'occasions il a singuUèrement chéri et parfaitement imité cette vie commune et cachée de son divin Maître; et comme il connaissait par sa propre expérience le trésor de grâces qui est caché dans ce mystique champ de l'Évangile, il invitait et exhortait les autres d'y participer. Voici quelques extraits de diverses lettres qu'il a écrites à une même personne qu'il conduisait par cette voie :

c Honorons toujours, lui dit-il , Tétat inconnu du Fils de Dieu, t C'est là notre centre , et c'est ce qu'il demande de nous pour le c présent , et pour l'avenir, et pour toujours , si sa divine Majesté c ne nous fait connaître en sa manière, qui ne peut tromper, qu'il c veuille autre chose de nous. Honorons , dis-je , la vie commune

< que Notre-Seigneur a menée sur la terre , son humilité , son c anéantissement , et la pratique qu'il a faite des plus excellentes ff vertus dans cette manière de vie. Mais honorons particulièrec ment ce divin Maître dans la mqdération de son agir. Non , il f n'a pas voulu faire toujours tout ce qu'il a pu , pour nous ap-

< prendre à nous contenter, lorsqu'il n'est pas expédient de faire

tout 06 que wmA poUrrioM fliire^ bmIs «enleméiit ce ^m en convenable à la charité et of^aftHrane aux ordres éi It dmna

volonté.

< 0 que j*estîme cette généreuse résolutiou que tous avez prise d'imiter la vie cachée de Notre^Seigneur ! Il parait bîeâ que cette pensée vient de Dieu ^ puisqu'elle est si éloignée des sentimens de la chair et du sang. Tenez pour certain que c'est Ik pnH premeni l'assiette qui convient aux enfans de Dieu ; et par coti* séqueut demeures^y ferme , et résistes courageusement k tous les sentimens contraires qui pourraient votis arriver. Assures** vous que par ce moyen vous serez en l'état auquel Dieu vôuA demande , et que vous ferez incessamment sa sainte volonté « qui est la fin k laquelle nous tendons, et k laquelle ont tendu tous les saints* i M. Vincent ne portait pas seulement les personnes particulitees k cette sainte pratique, mais aussi tous ceux de sa compagnie eu général , les exhortant souvent de se rendre vrais imitateurs de Jésus-Christ en sa vie commune et cachée. A ce sujet, leilr èxpli"quant un jour en quoi consistait le renoncement qti'oil doit faire de soÎHEnéme , selon que Notre-Seigneur l'a (Nrdonâé k touà ceux qui le veident suivre , entre six ou sept manières de lé ptatîquef qu'il leur Mseigna < qui se rapportaient toutes aux exemples de ce ^vm Sauveur « il ea proposa une tirée de la doctrine de saint Ba« sile , qui est de renoncer aux pompes. Sur quoi il fonna une objei^ tien, k lacpieUe il fit une réponse £gne de lui, qui donne assez k fonaaibre ce qu'il pratiquait lui-mèoie , en leur déclarant ce qu'&â devaient faire, \oici ses paroles :

c Vous me direz peut-être : Nous ae sommes , MoiiMeirr, que de pauvres prêtres, qui avons dé]k renoncé k toutes le» pompes du monde ; noua n'avmsque de simples habita, des meuhles fort cMtifs, et rien qui ressente la vanité ou le luxe, dont on fait parade dans le monde : qu'est-il den6 besoin dénoua exhorter k renoncer aux pompesy dont nous sommes si éloignés 7 0 Messieurs et mes Frères , ne nous y trompons pas 1 quoique nous ayons de pauvres Itabits et de pauvrea meid^les, nous pouvons avec cela avoir l'esprit pompeux. Et comment cela, me direz-vous? C'est, par exemple, quand en s'étudie k^ faire de belles prédications ; quand on est bie& aîse (pe ce que l'on fait ^ Hq^ù ce qu4v Voft dit soit ^>prouvé ei estimé deaautBee;r quand

((tierM tfftHt, M iiJêtfM ^# roil y ^md qlRilqM tanne Mm-

^i( pùiapetît ; et ^r M i^éfMfbamre êl te ttfraaser, itatploi ëïpé^eM 4(iéfk(tiefei9 éè ftrif e MêiMb Meii ime dMM (finat k Véiiétféttf, que de 4e Mt&phfi^ «ë l'atoir Uea ftito. tt fMl avee o€fa ptenrdi^ Meiy fittôé de M 4Miiie# shieimê entrée m neire esprit à \i vaMté , raéiH^ ^éMricéf mM Mw I iMtee le» peniédi e( i f oté lés ^eMftnfeiM ^» «otM eu tieMmil imérkwraïugat , tùTÉctùë iui applamlifi^fÉfifite q>»i ÉMieeiiit fiteenériniemeni. ft /ktît Èé dttttiet k Ke» V ftié^ f^rèr^i , ptw a'élofgBar de k ()/ dpM éHstime éf del^ lotiai^^eë in Monde y qoi feM le iMApe de l'eSpfft. Kt i te pf ofio», «« pré^^Mfir eélèkm Me disait ee$ ]6tt& pâiteéft qoe eefoi q[(rt cluef èhe , dam le leieittèi^ ée It pédimioû y YhMsÉëtiÉ tt ràppiMdisseifieift de peiple, ee Ihrre i là tyr sttniîè du pidrfie i eft peÀsen^t se reedre edoeidéraUe par Séâ béMif âkddkrs, il i^ rei^d edelA^e d'aftèfaiie el ftmite r^ ptftatfon. ftotis p(>at(mé ijôfitef k oeld qee cdit qn dane la prédication débité dé beffe^ et ritlôB peddAee «feeus AtyM pen»péfti , est difeetememt oppoisté h reeprtt et aai HUiihn» de Notté-Sd^éfAr Jésti8>43ifrist ,^ ^i a dit ce aen Ètaegîk qne bienheureux sorti lëspakprês (teàprit : tû qom cette Sagewe éle»belle Aouft Montré eombieit lès onvrkffa étangeiiqoee doiteot itoigneusettiem étHef Téélatt dés aetiMs et réloqtienee pon^ t^use des pali^oles, et preftdi^e nne manière d'agir et de parler btrtnbte^ shtiple et ttnttmnAe, dMt il a foele loî^mèase nens âdnnér Tetemple. Prenè2 ^kfdé , inéd Frèn», fia c'eet le déâdb 4tii nous énggërè éesi pefiMeè de f oidoîr rtfonir, et qn fait (}riè (}uetqdes nfas se pé^adent qM la manière de paitor ain> |>iefnent , dont nons lisons, est itop tnMe^ et qoe par ce Baôyen nous laissons avilir en notre boticfae la grandeur et la ni^esté dés véHtés cbrélientiéé. Tout cela n'est qQ^tme ntse de déoien ^ ^dfat TOUS devëÉ soigitettsèAèftt tt^oa farder) et^ reeeetadt k toutes te^ Vanités , deménrer âdètemeat et eonàtanmam dans U pratique dé la simplicité et humitité de Notre-SeÎBBeiir JéSfua» Christ, lequel pouvant donnef un gnlnd éclat à Saacaavreif et tiné st>u1ré^aibe tetlU ft éH pftT^lei « fie Ta pae tonhi faine ; et ftlsaKl èàebre pim i^tènt , pmf eimfondre davabtage notre w» HAè ^M ftluassilàéltftAdHlîhMel, il a vimto

fiflsm beancoiip plus qae lui. Vous ferez , leur disait-U, ce que je fais, et vous en ferez encore bien davantage. Mais pourquoi cela?G'est, Messieurs, que Noire-Seigneur se veut laisser surmonter dans les actions publiques qui paraissent au dehors , pour exceller dans les humbles et dans les plus basses , dont les hommes ne connaissent point la valeur. Il veut les fruits de l'Évangile , et non pas les bruits du monde ; et pour cela il a plus fait par ses serviteurs que par lui-même : il a prêché seulement en quelques cantons de la Judée , et il a voulu que ses apôtres aient annoncé son Évangile par toute la terre, et qu'ils aient éclairé tout le monde de la lumière de sa doctrine ; et ainsi ayant fait peu de choses extérieurement par lui-même, il a voulu que ses apôtres et disciples, quoique pauvres, ignorans et grossiers , étant toutefois anim^ de son esprit et de sa vertu , en aient fait beaucoup davantage. Pourquoi cela? Pour nous donner l'exemple d'une très parfaite humilité. 0 Messieurs ! que ne suivons-nous l'exemple de ce divin Maître ? Que ne cédons-nous toujours l'avantage aux autres , et que ne choisissons-nous le pire et le plus humiliant pour nous ? car assurément c'est le plus agréable et le plus honorable pour Notre-Seigneur, qui est tout ce que nous devons prétendre. Prenons donc aujourd'hui résolution de le suivre , et de lui ofGrir ces petits sacrifices de notre amour-propre : comme , par exemple , si je fais une action publique , et que je la puisse pousser bien avant, je ne le ferai pas, j'en retrancherai telle et telle chose qui pourrait lui donner quelque lustre , et k moi quelque réputation ; de deux pensées qui pourront me venir en l'esprit, je produirai la moindre au dehors pour mliùmilier, et je retiendrai la plus belle pour en faire un sacrifice k Dieu dans le secret de mon cœur. Enfin , mes Frères, c'est une vérité de l'Évangile que Notre-Seigneur ne se platt rien tant que dans l'humilité du cœur, et dans la simpUcilé des paroles et des actions ; c'est Ik où son esprit réside , et en vain le cherche-t-on ailleurs. Si donc vous voulez le trouver, il faut renoncer k l'affection et au désir de paraître , k la pompe de l'esprit aussi bien qu'k celle du corps , et enfin k toutes les vanités et sastisfactions de la vie. »

Ce fidèle imitateur de Jésus-Christ ne se contentait pas de se conformer en général k sa vie commune et cachée; mais outre cela, il s'étudiait de l'imiter, autant qu'il était en lui , en sa manière d'agir

et^ 265 Hé

et de parier : toici le témoipage que le supérieur d'une de ses maisons en a rendu par écrit :

c L'amour que M. Vincent avait pour Notre-Seigneur , faisait

< qu'il ne le perdait presque jamais de vue , marchant toujours en* c sa présence , et se conformant k lui en toutes ses actions , pa« c rôles et pensées; car je puis dire avec vérité, et nous le savons

< tous , qu'il ne parlait presque jamais qu'il n'alléguât en même t temps, ou quelque maxime, ou quelque action du Fils de Dieu ; f tant il était rempli de son esprit, et conforme k ses conduites.

< J'ai souvent admiré comme il appliquait si bien et si k propos t les paroles et les exemples de ce divin Sauveur , et cela en tout c ce qu'il conseillait ou recommandait ; et j'ai ouï dire k l'un des

< plus anciens prêtres de notre Congrégation, c'est M. Portail , qui t le connaissait et le pratiquait depuis plus de quarante-cinq ou c cinquante ans, que M. Vincent était une image de Jésus-Christ t des plus parfaites qu'il eût connues sur la terre , et qu'il ne lui

< avait jamais oui dire ni vu faire aucune chose que par rapport à t celui qui s'est proposé aux hommes pour exemple , et qui leur a c dit: E xemplum dedi vobis, utquemadmodumegofeci, ita c et vos faciatis. C'est ce que le même M. Vincent nous excitait si c souvent de faire. Dans les avis importans qu'il me donna xle vive t voix , quand il fut question de m'envoyer en cette maison où je c suis , il me recommanda particulièrement , que quand j'aurais k c parler, ou k agir, de faire réflexion sur moi-même , et de me dec mander : Comment Notre-Seigneur eût-il parlé, ou agi dans cette c occasion ? de quelle façon dirait-il ceci , ou ferait-il cela ? 0 Seic gneur , inspirez-moi ce que je dois dire ou ce que je dois faire , t parce que de moi-même je ne puis rien sans vous. »

Un célèbre docteur demandant un jour k un prêtre de la Mission qui observait fort M. Vincent, quelle était sa propre et principale vertu, il lui répondit que t c'était l'imitation de Notre-Seigneur « Jésus-Christ, parce qu'ill'avait toujours devant les yeux pour « se conformer k lui ; c'était son livre et son miroir , dans lequel « il se regardait en toutes rencontres ; et lorsqu'il se trouvait en « quelque doute comment il devait faire une chose pour être part faitement agréable k Dieu, il considérait aussitôt de quelle fac çon Notre-Seigneur s'était comporté en pareille rencontre , ou c bien ce qu'il en avait dit, ou ce qu'il en avait signifié par ses t maximes ; et sans hésiter , il suivait son exemple et sa parole ; et

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