SECTION TROISIÈME
A^S W >• vmCENT DONNÉS PE BOUCHS A UN PKÉTRB I»E LA CON- ^aiSATIOU DE LA MISSION AYANT QUE DE l'eNVOTSR EN UNE ADTEE MAISON POUE EN AYOIR LA CONDUITE.
< ù Monsieur , quel et combien grand pensez-vous que soit remploi du gouvernement des âmes auquel Dieu vous appelle) Quel métier croyez^vous que soit celui des prêtres de la Missien , qui sont obligés de manier et de conduire des esprits dent Dieu seul connaît les mouvemens ? Àr$ ortium » regimm anmarum : c'a été l'emploi du Fils de Dieu sur la terre ; c'est pour cela qu'il est descendu du ciel « qu'il est né d'une Vierge , et qu'il a donné tous les momens de sa vie , et enfin souffert une très douloureuse mort. C'est poiirquoi vous devez concevoir une très grande estime de ce que vous allez faire. • Mais quel moyen de s'acquitter de cet emploi? de conduire des âmes k Dieu ? de s'opposer au torrent des vices d'un peuple « eu aux défauts d'un séminaire? d'inspirer les sentimeus des vertus chréUenoes et ecclésiastiques dans ceua que la Providence vous confiera pour contribuer k leur salut ou à leur perfection? Certainement, Monsieur, il n'y a rien d'humain ea cela; ce n'est pss ici l'œuvre d'un homme , c'est l'œuvre d'un Dieu. Grande opus. C'est la continuation des emplois de Jésus-Christ» et panant l'industrie humaine ne peut rien ici que tout gâter t si Dieu ne s'en môle. Non , Monsieur , ni la philosophie ^ ni la théologie, ni les discours n'opèrent pas dans les &mes : il faut fue J^s-Chrisi s'ea mêle avec nous, ou nous avec lui; ^e MUS opérioBS en lui , et lui ei^ noua; que noua perlions comme htt et en son esprit , ainsi que lui*ii|énie était ^ son Pèm» et
préchtit U *>ciri«f fB'U loi atait «naeignée : eltsl le laÉgtge de rÉofittuPe**Seifite.
f 11 faut doao« Hotiaieiir, toi» vider de ¥eu»»0iéine pont tout revêtir de JéMs^Chrîn. Voee saurez que ka cemea erdinaiiea produisent des effets de leur nature : on Jnoiilôn fait un itooo-» 1911^ elCt et ua hMntie «• antre homine ; de aaème^ ai celti ^ eOQiluii les amiaa» qui lea feraie, qui lear parie « n'est animé que de l'eaprit humain , een qoi le verront , qui l'écwMereM ei qui a éludiereot )i rimiter deviendrent tout humains ; il ne leu^ inspirera v4ooi qu'il dise H quti fasse ^ qae i'apparenee de la vertu « et non pas le fond : il lem: cotnSMunqueni Kesprii dont hii^mâme sera animé » eoiome nous voyeoa que les miitrea m^ priment leurs asaximes et leurs façon» de faire dans Teèprit da tours disciples^
f Au omtfairet ai un sopéricur est plein de Dieu , a'il eei leen-^ pli des maximes de Notre-Seigneur , toutes ses paroles serent eOieaees , et il âortira une Vertu de lui qui édifiera i et toutes ses tetioBs seront aeiaal d'iaalmeiiona salntairea qui opéreront le bien dans eeux qui eo auront oonnaisssiice. • Pour en venir ih, Monsienr , il faut fne Notie^fteigneur Ivi-^ même imprime en vous sa marque et son earactère ; ear de même que noua voyons un sauvageon , sur lequel on a enl^ an franc t porter des fruits de la nature de ce même frano; aussi nous , misérables créatures , quoique nous ne soyons que chaîr« que fom et qu'épines t toutefois Notre-»S«»gBeur imprimant en noue son caraotére« et noue donnant, pour ainsi dire, la sève de son esprit et de se grftee^ et étant unis k lui comme les pam* près de la vigne aux eeps , nous faieons le même qu'il a fait sut la terre, je veui^ dire que nous opérons des actions divines 1 et enfantons, comme saint Paul teut plein de cet esprit, des eafans k NotieSeigneur.
c Une chose importante k laquelle vous devea vous appliquer soigneusement est d'avoir grande communication avec Natre» SiM^neur dans l'oraison : c'est Ik le réservoir où tous trouve-^ rez les instructions qui vous seront nécessaires peur vans ac-» quitter de remploi que vous aUe» avoir. Quand vous aurea quelque doutf , recoures k Dieu et dites lui ; Seigneur, qui êiee le Pire des lumièresi ef^eignea^mcâ ee^'il fauit.que je fMseeu cette rwcentre.
c Je Yons donne cet rm non senlemoil pour lee difficnkés qui TOUS feront peine , maïs aussi poor apprendre de Dien immédiatement ce que tous aurez à enseigner, k l'imitation de Moue^ qui n'annonçait an peuple d'Israël que ce que Dieu lui avait inspiré. Hœc dicit Domimts.
ff De plus , vous devez avoir recours k Dieu par Toraison pour conserver votre âme en sa crainte et en son amour; car , hélas ! Monsieur , je suis obligé de vous dire , et vous le devez savoir , que l'on se perd souvent en contribuant au salut des autres. Tel fait bien en son parliculier, qui s'oublie soi-même étant occupé au dehors. Saul fut trouvé digne d'être roi , parce qa'il vivait bien daïis la maison de son père : et cependant, après avoir été élevé sur le trtoe , il déchut misérablement de la grice de Dieu. Saint Paul châtiait son corps, de crainte qu'après avoir prêché aux autres et leur avoir montré le chemin du salut , luimême ne fftt réprouvé.
t Or , aûo de ne pas tomber dans le malheur de Saûl ni de Judas, il faut vous attacher inséparablement k Notre-Seîgneur y et lui dire souvent , élevant votre esprit et votre cœur vers lui : 0 Seigneur ! ne permettez pas qu'en voulant sauver les autres , je me perde malheureusement; soyez vous-même mon pasteur , et ne me déniez pas les grâces que vous communiquez aux autres par mon entremise et par les fonctions de mon ministère.
c Vous devez encore avoir recours â Toraison pour demander k Notre- Seigneur les besoins de ceux dont vous aurez la con« duite. Croyez assurément que vous ferez plus de fruit par ce moyen que par aucun autre. Jésus^Christ , qui doit être l'exemple de toutes vos conduites , ne s'est pas contenté d'employer ses prédications, ses travaux, ses jeûnes, son sang et sa mort même ; mais k tout cela il a ajouté l'oraison. Il n'en n'avait poiut de besoin pour lui ; c'a donc été pour nous qu'il a tant de fois prié , et pour nous enseigner k faire le même , tant pour ce qui nous regarde comme pour ce qui touche ceux dont nous devons être avec lui les sauveurs.
c Une autre chose que je Vous recommande , c'est l'humilité de Notre-Seigneur. Dites souvent : Seigneur! qu'ai-je fait pour avoir un tel emploi? Quelles sont mes œuvres qui correspondent k la charge que l'on me met sur les épaules? Ah mon Dien ! je
gâterai tout, si toiuhinème ne conduisez toutes mes paroles et tontes mes œntres. Envisageons toujours en nous tout ce qu'O y a d'humain et d'imparTait, et nous ne trouverons que trop de quoi nous humilier, non seulement devant Dieu, mais encore devant les hommes et en la présence de ceux qui nous sont inférieurs.
< Surtout, n'ayez point la passion de paraître supérieur ni le maître. Je ne suis pas de Tavis d'une personne qui me disait ces jours passés que, pour hien conduire et maintenir son auto-* rite , il fallait faire voir que Ton était le supérieur. 0 mon Dieu ! Notre-Seigneur Jésus-Christ n'a point parlé ainsi, il nous a enseigné tout le contraire de parole et d'exemple, nous disant que lui-même était venu non pour être servi , mais pour servir les autres, et que celui qui veut être le maître doit être le serviteur de tous.
c Entrez donc dans cette sainte maxime , vous comportant envers ceux avec qui vous allez demeurer quasi unus ex illis; leur disant d'abord que vous n'êtes pas venu pour les maîtriser, mais bien pour les servir ; faites cela au dedans et au dehors , et vous vous en trouverez bien.
c De plus , nous devons toujours rapporterai Dieu le bien qui se fait par notre entremise , et au contraire nous attribuer tout le mal qui arrive dans la communauté. Oui , ressouvenez-vous que tous les désordres viennent principalement du supérieur , qui par sa négligence , ou par son mauvais exemple , introduit le dérèglement , de même que tous les membres du corps languissent lorsque le chef est malsain.
€ L'humilité vous doit porter aussi k éviter toutes les complai-* sauces qui se glissent , principalement dans les emplois qui ont quelque éclat. 0 Monsieur, que la vaine complaisance est un dangereux venin des bonnes œuvres ! C'est une peste qui corrompt les actions les plus saintes , et qui fait bientôt oublier Dieu. Donnez- vous de garde, au nom de Dieu, de ce défaut, comme du plus dangereux que je sache a l'avancement en la vie spirituelle et k la perfection.
c Pour cela donnez-vous k Dieu , afin de parler dans l'esprit humble de Jésus-Christ , avouant que votre doctrine n'est pas vêtre ni de vous , mais de l'Évangile. Imitez surtout la simplicité des paroles et des comparaisons que Notre-Seigneur fait dans
9^ mi*^
I rÉcritwt stinte^ ptrinii tnpaople. Hélat ) qnéHa merrtîHci n# i pouTail^il pas enteigner au peuple 1 Qee de aeereta D'eAt*il pas pu découvrir de la Diviniié , et de sea admirables perCeciioos « lui qui était la sagesse éleroelte de son Pèra 7 Cependant , t oon ▼oyei comme il parle intelligiblement « ei eemment il se sert de comparaisons familières , d'un laboureur , d*ua vigneron » d'un champ , d'nne vigne ^ d'un grain de moutarde. Voilà comme il faut que vous parties « si vous voulez vous faire tn^ tendre au peuple t à qui vous annoncerez la parole de Dieu« i Une sutre oboae k laquelle vous devez faire une attention toute particuKère , c'est d'avoir une grande dépendance de la conduite du Fils de Dieu : je veux dire que quand il vous faudra agir vous fassiez cette réflexion : Cela est-il conforme aux maii*» mes du Fils de Dieu ? 8i vous irouves que cela soii, dites : A la bonne heure , faisons ; si au contraire , dites : Je n'en ferai rien* c De plus , quand il sera question de faire quoique bonne oeuvre , dites au Fils de Dieu : Seigneur , si vous étiez en ma p\aoe, comment feriez- vous en celte occasion ? Gomment instruiriez^ vous ce peuple ? Gomment coosokeriez^vous ce malade d'esprit, on de corps ?
c Cette dépendance doit encore s'étendre k déférer beauoonp ii ceux qui vous représentent Notre-Seigneur , et qui vous tiennent lieu de supérieurs : croyez^moi « leur expérience , et la grjM^ que Jésus-Christ par sa bonté leur communique , k raison de leur charge , leur a appris beaucoup de choses pour la conduite* Je vous dis ceci pour vous porter i ne rien faire d'importance ni rien entreprendre d'extraordinaire sans nous en donner avis ; ou si la chose pressait si fort , que vous n'eussiez pas le temps d'attendre notre résolution , adressez-vous au supérieur le plus proche , lui demandant : Monsieur , que feriez«vous daes une telle occasion ? Nous avons expérience qne Dieu s béni la conduite de ceux qui en ont usé ainsi » où , au contraire , oeux qui ont fait autrement se sont engagés en des affaires qui ne les ont pas seulement mis en peine , mais même qui nous ont embarrassés.
c Je vous prie aussi de faire attention à n# v^us point vouloir f signaler dans votre condpite. Je désire que vnus n'aleetiea rieu • de particulier , mais que vous stûviea WHi»un mm tegiom % f cette grande nmte , ain de marcher sAremaiK et sans réprében-
I. J*eiit«Qd8 |mr<lk voua dira que vo«s vous cônfonnies en toutes choses aux règles et aux saintes eoutoines de la Congre* tîfw. N'introduises rien de nouveau i mais regardez les avis qui OQt été dressés pour ceux qui ont la conduite des maisons de la eonpagnie , et ne retranchez rien de ee qui se fait dans la mémo compagnie.
t Soyez Bon seulement fidèle k observer les règles , mais aussi euet k les faire observer : car faute do cela tout irait mal. Et eoÉime vous tiendret la place de Notre-Seigueur , aussi faut^ il que vous soyez k son imîtatioi une lumière qui éclaire et qui échauffe. Jésu»*Christ , dit saint Paul , est la splendeur du Père ; et saint Jean , que c'est la lumière qui éclaire tout homme qui vient an monde.
• Nous voyons que les tauses supérieures influent dans les în« férieuree : par exemple , les anges , qui sont dans une hiérarchie supérieure j éclairent « illuminent et perfectionnent les intelli** gences d'une hiérerchie inférieure : de même le supérieur ^ \% pasteur et le directeur doit purger ^ illominer et unir ï Dieu le« àmee qui lui sont commises de la part de Dieu même, f Et comme lea oieux entoienl leurs bénignes influences sur te terre , il faut que ceux qui sont au-dessus des autres répandoot en eux respril principal qui le» doit animer : pour œla vous devea être tout plein de grtce , de lumière et do bonnes cauvres « comme nous voyew que le soleil communique de la plénitude de sa clarté aux autres aetrei«
t Enfin 9 il fiaal que vous soyez somme le sel : Vos estis scU, Urrœ , empêchant que là corrupU^m ne se glisse dans le troupeau dont voua serez le pasteur, i
« Après que If. Vincent m'eut dit tout ce que dessus « avec un sèle et une cbifîié que je na puis expliquer, il survint un Frère de 1% cQiipaguie* lequel lui parla de quelque afl'aire temporelle qui regardait la maison de SaintrLazare ; et lorsque ce Frère fut sorti f il prit de Ik occasion de me donner les avis suivans :
€ Vous voyez , Monsieur , comme des choses de Dieu , dont UQus parlions à présent , il me faut passer aux affaires temporelles. De Ik vous devez connaître qu'il appartient au supérieur de pourvoir non seulement aux cluMes spirituelles , mais qv'il
doit aussi étendre ses soins aux choses temporelles : car comme ceux qu'il a k conduire sont composés de corps et d'àme , il faut aussi qu'il pourvoie aux besoins de l'un et de l'autre , et cela k l'exemple de Dieu , qui, étant occupé de toute éternité k engen* drer son Fils , et le Père et le Fib k produire le Saint Esprit , outre , dis-je , ces divines opérations , ad intra , il a ci^ le monde ad extra , et s'occupe continuellement k le conserYtt avec toutes ses dépendances , et produit toutes les années de nouveaux grains sur la terre , de nouveaux fruits sur les arbres, etc. Et le même soin de son adorable providence s'étœd jusque Ik , qu'une feuille d'arbre ne tombe point sans son ordre ; il compte tous les cheveux de notre tète , et nourrit jusqu'au plus petit vermisseau , et jusqu'k un ciron. Cette conndération me semble bien puissante , pour vous faire com|Mreiidre que l'on ne doit pas seulement s'appliquer k ce qui est rélevé , comme sont les fonctions qui regardent les choses spirituelles , mais qu'il fant encore qu'un supérieur qui représente en quelque façon l'étendue de la puissance de Dieu , s'applique k avoir le soin des moin* dres choses temporelles , n'estimant point que ce soin soit une chose indigne de lui. Donnez-vous donc k Dieu pour procurer le bien spirituel de la maison où vous allez. < Le Fils de Dieu , dans le commencement qu'il envoya ses apôtres, leur recommanda de ne point porter d'argent : mais ensuite , comme le nombre de ses disciples s'accrut , il voulut qu'il y en eût un de la troupe qui loculos haberet , et qui eût som non seulement de nourrir les pauvres , mais même qui pourvût aux nécessités de sa famille. Bien plus , il soufirit que des femmes allassent k sa suite pour la même fin , quœ ministrabam ei : et s'il ordonne dans l'Évangile de ne se point mettre en peine du lendemain , cela se doit entendre de ne point avoir trop d'empressement ni de sollicitude pour les biens de la terre , et non pas absolument de négliger les moyens de la vie et du vêtement : autrement il ne faudrait point semer, c Je finis Ik-dessus , en voilk asseî pour aujourd'hui. Je répits derechef que ce que vous allez faire est une œuvre bien grande, grande opu$. Je prie Notre-Seigneur qu'il donne sa bénédiction k votre conduite , et priez-le de votre part avec moi qu'il me pardonne toutes les fautes que j'ai comiqises moi-même dans l'emploi où je suis. >
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