CONGRÉGATION
Nous avons vu en quelques uns des chapitres précédens , combien grande était la confiance de M. Vincent en la providence de Dieu touchant les biens extérieurs nécessaires k la subsistance des maisons de sa Congrégation , et comme il tenait pour assuré que si les siens observaient exactement leurs règles , et s'acquittaient fidèlement de tous les devoirs de leur institut , cette divine providence ne permettrait jamais qu'ils vinssent k manquer des commodités requises k la vie ; se fondant sur la promesse que le Fils de Dieu en a faite lorsqu'il a dit : c Cherchez premièrement < le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses dont vous f avez besoin vous seront données. » Cela toutefois n'empêchait pas qu'il ne veillât lui-même soigneusement k conserver et ménager , avec toute l'économie qui lui était possible , le bien temporel de sa compagnie : tant parce que Dieu ayant ordonné que les hommes gagneraient leur vie k la sueur de leur visage , il a éubli k même temps la nécessité du concours des causes secondes , pour coopérer avec lui k la production et préparation des choses dont ils ont besoin , que parce que c'est aux pères de famille k nourrir leurs enfans, aux généraux d'armées k fournir des armes et des vivres aux soldats , et aux chefs des compagnies k influer l'esprit et la vie sur leurs membres. Suivant cela , H. Vincent était obligé de pourvoir k la subsistance des siens. Il y travaillait donc purement parce que Dieu le voulait , et que le bien des ftmes le requérait ainsi. Pour cela il a fait deux choses : la première, de faire valoir le peu de bien qu'ils avaient; et la seconde, d'en bien ménager le petit revenu.
Premièrement, pour faire valoir le bien temporel de sa compagnie et 1« conserYer, qçn seulement il établit des procureurs
pour eela , et antres personnes intelligentes ponr y tenir la main sous sa conduite; mais c'était tellement sous sa conduite, qu'ils ne faisaient rien sans son ayis : il leur marquait ce qu'ils avaient à faire, et souvent ce qu'ils avaient k dire, et ensuite il s'en faisait rendre compte : il leur demandait ordinairement le soir ce qu'ils avaient fait le jour , et il leur donnait ses ordres pour le lendemain : et afin qu'on ne négligeât rien , il leur disait souvent que depuis qu'une affaire était commencée, il la fallait poursuivre jusqu'au bout. Quelque soin que prissent des affaires ceux qui étaient députés pour cela , il ne pouvait souffrir qu'ils fissent aucune chose, ni dedans ni dehors, sans lui en parler, pour peu qu'elle fût considérable ; et s'ils étaient trop sujets à agir par eux-mêmes, il les déposait, même les supérieurs des autres maisons de sa Congrégation qui faisaient des choses extraordinaires, comme bâtir, démolir et abattre , sans le lui proposer et avoir reçu son approbation et consentement : parce qu'autrement, disait-il, si chacun faisait à sa tête , on détruirait la dépendance établie de Dieu , et on ne verrait que changemens et désordres dans les maisons.
Il faisait valoir quelques fermes de la communauté de Saint- Lazare par les mains des Frères de sa compagnie , et il pouvait dire après l'Apôtre que les missionnaires travaillaient de leurs maint pour la publication de l'Évangile. Il y employait avec les Frères, des domestiques pour labourer, afin de tâcher d'avoir la provision de blé ; il y faisait nourrir des troupeaux et des animaux domestiques pour aider à faire les autres dépenses de la maison de Saint- Lazare , qui étant très grandes requéraient qu'il usât de toutes les inventions possibles pour y subvenir. Il prenait connaissance des moindres choses comme des plus grandes, et il voyait de temps en temps les comptes du petit rapport de la basse-cour de Saint-Lazare. Il veillait à tout, prenait soin de tout, et conréraît de tout, même des arbr^ et des fruits du jardin , afin que rira ne périt ou se dissipât faute de prévoyance et de bon ménage : en un mot, il n'estimait rien indigne de sa conduite.
Quoiqu'il fit toutes les missions gratuitement ,^ et qu'il ait mis les siens dans l'usage de ne prendre ni présens ni rétributions des personnes qu'ils évangelisaient ; néanmoins pour conformer sa conduite à celle de Notre-Seigneur, lequel recevait des aumônes, U ne refusait pas d'o^dina^r^ celles qui venaient hors du temps des mis* u. 38
»•* 610 ^ , pôttTU qM tels tneofaim te fiMeiit p^r rinrité^ et mn par •ilaire et récoœpeBao* Voici ce qu'A écrivit im jour à un de Mi pFétres nir ce sujet : € il ny a point io diiBculté de recevoir la t diaritédeM. N. , et si déjk vone Taves refusée^ foitea^lûKeii VM t eycases ; nous n'avoua point droit de refiiaer ce qu'il nous donna % pour Tanonr de Dieu. >
Secondement, pour ménager le petit revenu, il faisait faire loa pravisiona des vivres et des étoffes , non aesksaaent au temps, mais flieetu aux lieux lea plua propres ; cela fait , il recommandait )i etui qui avaient ces choses en diarge , de ne laisser rien perdre, CiBait la nain k ce que la frugalité fut gardée « toutes choses, 0t que chaoun ae oonteniàt des hahils et de la nourriture qu'on lui tfonnsitt quoique pauvres. Dans lea asauvaises années, lors* qui les vivres étaient fort cbers, il rendait a'il n'y avait rien k iftranohet aux portions ordinaires du vin ou de la viande, afin que sfaaoun se ressentit un peu de l'incommodité publique « et que la iépansi ne fût pas si grande.
Une fois que la gelée avait gité lea bléa et lea vignes, il fit un beau discours pour exciter les siens k compatir à Tailliction puUi* que , lequel il termina par ces parolea : i l\ faut gémir aous la eharge des pauvree et souffrir avec ceux qui souffrent , autre** ment nous nesommes psa diaciplea de Jésua^Cbriat. Mais eneom que ferOns^nouB ? Lea babitaos d une viUe aauégée regardent de temps en temps aux vivrea qu'ils ont. Combien avona^nous deblé? diaent-ils. Tant. Combien aommei-nous de bouebes?Tant. Et DMlesaue ils nègient le pain que chacun doit avoir, et diaeiH: A deux livres par jour, nous pourrons aller josqoe-tk. Et eomme ils voient que le siège est pour durer davantage , et que les vivNi dimifiuent, ils se réduisent k une livre de pain , k dix oaeea, h sa , et k quatre ooces pour sMtenir longtemps , et empéehir d*ètre pris par la famine. £t but la mer, comment fah-^in qntnd ii anrive quup navire a été jet^par la tempête et arrité loog-tempa dans quelque coin? on eooipte k bisooit, op prend garde à la boispon, et s'il y en a trop peu pour arriver an Meu où ils prétendent aller, ils en donnetit moins; et ploa ilu re- IsMrdent , plus ils diminuent la portion* Or si lea gouvernewa des villes et les capitaines des vaisseaux on usent de la settOt et ai Il sagesse même requi^t qu'ils ayisaini avee cette précanlfon, pniii qu'iutremeni iW pouriuiept périr , pourquoi m ttém^
t nous pas dé mèfM? Pensez^toui qat 1m bourgeois m retranchelit tf pas de leur ordinaire, et que les meilleures maisons, voyant qoe t iés Tendanges sont faites pour cette année , ne ménagent pas « leur tin , dans la crainte de n'en trouver pas aisément l'année f pliochaiue ? Hier des personnes de la ville et de condition qui « • étaient céans me disaient que la plupart des maisons retran- « cheraient entièrement le vin aux serviteors; on lenr âra : Pourt voyez-vous , il n'y a plus de vin cétfis que pour le matire. Tont t cela j mes Frères , nous a ttàî penser à ce que nous avions h < faire, et j'assemblai bier les prêtres anciens de la compagnie « pour prendre leurs avis ; enfin en a trouvé ii propos de nous réi daire Si demi-setier par repas pour celle année. Ceci fera de la i peine k quelques uns qui pensent avoir besoin de boire un peo « plus de vin ; mais comme ils sont aecoutsmés k se soumettre t aui ordres de la Providence , et k soimonicr leurs appétits , ils « feront bon usage de cette peine , eomme ils font des antres sn^c jets de mortification , dont ils ne se plaignent pas. Il y en aura t peut-être d'antres qni s'en plaindront par attache k leurs satist fkctions ; esprits de chair, genssensoete et enclins à lems plaisirsi « qui ne veulent en perdre aucun, et qui mnrmnrent de tout ce t qui n'est pas selon leur goAt. O Sauveur! gardez-nous de cet i esprit de sensualité. •
11 évitait toute sorte de dépense superflue « il n'en faisait mina de nécessaire que le moins qu'il pouvait : il n'épargnait tim foim la charité, comme nous avons dit aHlemï ; il donnait tout k Dieu et ansalot des kmes; mris k la cbair, k la senaualîté, aux pkuaira et aux commodités, toitl le moins qu'il pouvait ; point de bàfimoss qui ne fussent abselimAeni néceasalreat poiM 4'enjotivemena et is peintores, non pas mèmed'ornemeM, d'ameatdenena^ ni d'aecoi»' modemens qui ne fussent de la dmHère néecasîté. El quoiqu'il ftl souvent pressé de faife et changer pMeors choses qui aambktîeit miles, et même convenables, il tenait teagoars ferdie po« n'enn» prendre de t^les Mpeneea, el tisail pour raison que Dieu ne s'étant pas obHgé k donn^ pkas que le aéeessaire, il ae devait pa^ s^engager au snperio«
Un supérieur d'une de ses maiscM le pressait de coMeniif qne Vùtk tH un bâtiment , et que la flumai de Saint-Lazare y contiibuit , laqneRe se trouvait éaaa l'inpdasaMe de le faîie ; et eoaHse
fl M repréeeMaît qie f aMe de cela on emeiiaîi k faire beaMMp
de bien , et que les partieuliers n'y pouvant demenrar, cela les dégoûtait et déréglait, voici la pradente réponse qn'il loi fit : c Yoos me parlez de commencer votre b&timent. 0 Jésus, Monsieur, il n'y faut pas penser ! C'est une grande miséricorde que Notre- Sagneur a fait à la compagnie de lui donner un logement tel qu'il est , en attendant qu'il plaise à sa divine bonté de nous envoyer du secours. Quant aux inconvéniens que vous m'alléguez, ne pouvant faire autrement , nous n'en serons pas la cause ; et puis ce procédé me semble avoir quelque rapport ï la conduite de Dieu sur son peuple , ayant permis un grand désordre par plusieurs siècles , et la perdition d'une infinité d'àmes, pour mettre un ordre tout divin , et les sauver tous par la venue, la vie , la passion et la mort de son Fils , lequel il a envoyé au temps qu'il a vu son peuple disposé à le recevoir , par tant de semonces, de prophéties et de souhaits faits pour cela. Si c'est une fausse vue , je m'en rapporte ; et si vous m'en donnez une meilleure , je la prendrai de bon cœur. > M. Vincent évitait une autre sorte de dépense , en laquelle tombent les supérieurs trop condescendans : c'est que les hommes aimant naturellement le changement , il s'en trouve qui se déplaisent en un lieu , et, sous prétexte que l'air ou l'emploi , ou les personnes avec lesquelles ils sont, ne leur reviennent pas, ils s'imaginent qu'ils seront mieux ailleurs ; ou bien les supérieurs particn- Uers , n'étant pas satisfaits de quelqu'un , désirent de s'en décharger, et d'en avoir un autre à leur gré. Pour cela , si on les voulait eroire, il faudrait souvent retirer des hommes , et quelquefois leur faire faire de longs voyages, et en envoyer d'autres à grands frais, et cela faute de mortification et de support ; il y a peu de maisons oà ces occasions ne se rencontrent. Mais M. Vincent ne pouvait leur accorder ces allées et venues; il les priait d'attendre encore, il les encourageait k la patience , il s'excusait sur la difficulté de remplir leurs places , et leur disait qu'avec le temps on verrait ; U espérait que cependant ils perdraient ce désir de changer. Ce n'est pas qu'il n'en ait fait changer de temps en temps quelques uns , mais c'était pour d'autres motifs importans , et non pour favoriser leur inconstance et leur propres satisfactions, contre lesquelles il a montré une (ermeté extraordinaire en ces occasions. . Voici la réponse qu'il fit k un de ses prêtres qui lui demandait k changer de demeure ; èUe suffira pour exemple de quantité d'autres qu'il a
écrites en pareille rencontre : c Comme fl a pin h Dien, dit*il, de « me donner la connaissance de la Congrégation , et en particulier € de l'état et des besoins de chaqne maison , et des dispositions des c sujets, je ne vois pas que pour le présent tous puissiez être < utile ailleurs. Au nom de Dieu, Monsieur, tenez ferme, et asc surez-TOus que la bénédiction de Dieu ne vous manquera pas , t et qu*une des plus sensibles consolations que j'aie est de vous i voir Ik où vous êtes , et que j'espère que nous vous verrons un ff jour bien grand au ciel, i
Il n'usait pas seulement de toute l'épargne possible, en évitant soigneusement les dépenses moins utiles pour pouvoir satisfaire aux nécessaires , et faire servir les nécessaires uniquement aux affaires de Dieu par une conduite toute sainte : mais celte même conduite lui a fait encore ménager son temps , qui lui était très précieux , pour un si grand nombre d'œuvres et d'affaires différentes dont il était chargé pour le temporel et pour le spirituel, tant de sa Congrégation que des autres èompagnies qu'il dirigeait: c'est pourquoi il n'en voulait pas perdre un seul moment. Premièrement, il était presque sans cesse occupé k prier , à parler, k écrire , k prendre ou à donner conseil , et à aller et venir , k résoudre et k exécuter les choses résolues. Secondement, il prenait sur son sommdl une partie de la nuit pour la donner au bien de sa conduite : car outre qu'il se couchait le soir une ou deux heures plus tard que les autres pour parler k quelques uns et vaquer k la lecture des lettres et k d'autres choses , il pensait encore la nuit aux affaires de sa charge , et on pouvait bien dire de lui qu'il était un pasteur veillant sur son troupeau. Troisièmement, les autres prêtres de sa Congrégation avaient environ deux heures de récréation par jour , c'est-k-dire une heure ou environ après chaque repas ; et H. Vincent employait cesheures-lk k l'acquit de sa charge. Quatrièmement , bien qu'il donnât loisir k ceux qui lui parlaient , particulièrement aux externes , de lui dire tout et de se retirer satisfaits, il ne s'entretenait pas néanmoins avec eux de choses inutiles, il en détournait les discours, il évitait les digressions, même dans les assemblées de piété où il se trouvait pour les pauvres ou pour d'autres desseins chariiables. U disait souvent : c Çk ! revenons au sujet ; concluons ; voyons ce qui reste. Mon- < sieur, ou Madame, a vez-vous agréable que nous achevions? t etc. 9 Cinquièmement , il rendaitpeu de viintes , s'il n-y était porté
»■» IKK) *4
pirquelqae nécessité d'aifwe$^ àà iMMUÎMmce » ou do ehirité,
Veiei ea tbrégé l'idée de sa condaite, dépeinte dans le diseonrs ffoi sait, qm fut reeoeîHi eômmb tris di0De de remarque, par eeloi^là même auquel il le fit, et qui alla pour cet efiet le mettre par écrit aussitôt qu'il fut sorti d'avec loi*