‹ Vie de S. Vingent de PaulChapitre 65 sur 65 · CHAPITRE XIU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIU

PE SA PATIBNCK.

C'en tvec grande raison qu'on donne \ la patience la gloire d'acheter et consommer l'édifice spirituel, puisque, souffrant volontiers pour Dieu , on lui sacrifie sa vie , qui est le plus grand de tous les sacrifices, n'y ayant rien qui approche tant de mourir que de soufirir. Yoytms donc comme M. Aimeras a mis le dernier trait de perfection h ses vertus en les couronnant d'une patioice héroïque. U est ooustsnt qu'on doit mesurer la perfection de cette vertu par la grandeur des maux qu'on endure , et par te bon accueil qu'on leur fait. Or, suivant cette règle , M. Al* méras a possédé cette vertu dans un degré éminent, puisque ses peines et douleurs ont été extrêmes et sa soumission et résignation k la volonté de Dieu tout -h -fait admirable : voyons l'un et Tautre brièvement. Quant k see douleurs , elles ont trois qualités qui les ont rendues extraordinaires ; elles ont été très étendues , trèssensibles ôt très longues ; leur longueur parait en ce qu'il a avoué luimême à une personne de confiance q^'il n'avait eu 4e santé que trois ou quatre années depuis qu'il était entré dans la Congrégation ; d*où l'on peut inférer que les trente dernières années de sa vie ont été pour lui des années de langueur et de douleurs; et quoiqu'on dise ordinaire*

ip^Qt qu9 la IwgUQwr ne s'acoord^ pas av«e la violenoê, Oieu néanmoins voulait fairo de M. Aimeras nn homme de doalenr et nne fidèle copie de Notre-Seignear pendant toute sa vie qui n'a été qu'un tissu de croix et d'aiÛictions; il a été pendant tout ce temps sujet k la migraine , et on a remarqué que souvent il en était attaqué toutes les se* maines, un ou deux jours entiers; ceux qui sont sujets k ce mal connaissent assez par leur propre expérience com* bien il est aigre. De plus, il a été tourmenté de vapeurs dç rate qui montant au cerveau le réduisaient k une es* pèce d'agonie, comme il Ta avoué lui-même; et quoiqu'il eût les entrailles brûlées et fort échauffées, il n'avait pas néanmoins la liberté de se rafraîchir en respirant un air frais qui eût tempéré la chaleur qu'il sentait au dedans de lui , car chacun sait qu'il a été incommodé d'un asthme très f&cheux qui ne lui permettait de prendre haleine qu'avec une extrême difficulté ; et k ce mal survint un grand crachement de sang , et des oppressions qui robli** gèrent pendant longtemps de garder la chambre, sans avoir la liberté d'aller aux champs ni à la ville, pas même au jardin : de sorte qu'il souffrait horriblement sans pouvoir prendre aucune consolation ; et ses sens étaient non seulement privés des objets qui eussent pu leur donner quelque satisfaction , mais réduits k souffrir ce qui leur ^tait contraire : son odorat, qui était très susceptible dea odeurs les moins fortes, lui a donné bien de l'exercice, aussi bien que le goût qui répandait des amertumes sur toutes les viandes qu'il prenait ; de sorte que les occa« sions les plus agréables k la nature étaient devenues pour lui une croix et un tourment.

Il faut ajouter k tous ces maux une toux qui provenait d'une fluxion k la poitrine, et qui était si violente qu'elle ne lui donnait aucun repos ni jour ni nuit et ne lui per*

mettait pas même de prononcer quatre mots de suite ; et environ six mois avant sa mort , elle le réduisit à ne se plus coucher, de sorte qu'il était contraint de se tenir sur son séant dans son lit et de ne pas s'appuyer sur le dossier de sa chaise lorsqu'il était assis ; et cette touK lui faisait faire quelquefois de si grands efforts qu'il semblait qu'il allât rendre l'âme. Environ trois mois avant sa mort, rhydropisie se forma dans son corps déjk tout épuisé de force j et Tenflure augmentant peu à peu il fut contraint de demeurer nuit et jour sur sa chaise avec des douleurs qu'on ne saurait exprimer , surtout depuis que ses jambes furent nn peu ouvertes ; cette ouverture était si sensible qu'elle le contraignit de se faire traiter au lit , où il demeura plusieurs jours sans pouvoir trouver aucun repos en aucune posture; il sentait de la douleur dans plusieurs parties de son corps dont plusieurs étaient écorchées , les autres affligées d'érysipèles , et toutes bràlaient d'un feu causé par une flèvre violente qui le consumait au dedans. Il est aisé de voir que les douleurs de H. Aimeras ont été très aiguës , mais de plus très étendues , parce que , h le considérer depuis les pieds jusqu'à la tète , on pouvait dire de lui : Non erat in eo sanittis. Or, si on a souvent besoin de tonte sa vertu pour endurer comme il faut une seule incommodité dans la moindre partie du corps, combien grande a dû être la patience de M. Aimeras pour souffrir des douleurs si aiguës, si étendues , et les souffrir pendant un si long temps avec une admirable conformité à la volonté de Dieu , comme il a fait !

Ceux qui ont été le pins souvent auprès de lui et qui l'ont assisté pendant ses maladies ont tous rendu témoignage que , bien loin de faire paraître ce chagrin qui échappe aux plus vertueux , il semblait que son &me tirait des forces de la faiblesse de son corps ; il triomphait de

'seB doHtea» par une entière résignation au bon plaisir de Dien qni les édifiait merveilleusement. On le voyait plein de sentimens si saints et si édifians, qu'il ravissait tout le monde; il semblait qu'il ne souffrit que dans un corps emj)ronté , et que son âme n'eût point de part aux dou* lems; en effet il est aisé déjuger que son esprit était plus dans les plaies de JésuskCbrist crucifié dont il tenait ordinairement l'image entre les mains , que dans le corps qui ranimait ; c*est là où il se cachait et retirait au plus fort de ses douleurs, qu'il trouvait très légères, en les comparant k celles de son Sauveur et k celles qu*il croyait avoir méritées. Dans cette disposition on lui entendait dire : < C'est justice qu'un misérable pécheur

< comme moi souffre et soit châtié. » Ou bien , il disait , lorsqn^on lui portait compassion : c Mon Sauveur en a c bien souffert d'autres , il a été crucifié , et moi je suis

< dans un lit.» D'autres fois il s'écriait avec saint Augustin: c Seigneur, conpez, tranchez, ch&tiez, faites-moisoufc frir tant qu'il vous plaira ; » et il ajoutait : < Je me suis « abandonné k Dieu, laissez-moi Ik , Dieu a son jour. »

Peu de jours avant sa mort, il dit au Frère qui avait soin de lui : t M. le médecin m'a ordonné d'user de cer-

< feuil et de chicorée , mais dites-lui que je sais bien 4 deux meflieures herbes ^ qui sont la patience et la con-

< formité k la volonté de Dîfcu. > Non content des maux qu'il endurait, l'amom* pour Dieu qui le brfllait, lui en faisait demander et désirer déplus grands, c Seigneur, vous € voyez ce que je souffre, mais ce n'est pas assez : augmen- • tez mes maux, si c'est votre bon plaisir; mais en même

< temps augmentez ma patience. > Et pour nourrir ces sentimens en son kme, il faisait lire tout haut et fort posément près de son lit chaque jour plusieurs fois quelque chose de la vie et passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ

pour s'y conformer toajoarB de pltuenplaa; c'eet pour cotte même fiû qu'il l&mi souvent son craeifix entre les mains et le baisait trois ou quatre fois de suite avec beaucoup de tendresse et de dévotion ; c'est de Ik qu'il puisait celle soif des souffiranceSf qui montre qu'il était parvenu am plus baut degré de la patience chrétienne, qui consisie \ faire de ses propres souffrances, qndqne grandes ^ es* trêmes qu'elles soient , un sujet de joie et de consolation. En effet 9 on ne pouvait assez s'étonner comment, parmi tant de douleurs, son abord était néanmoins très ^nacieux , ses paroles douces, et son maintien calme et tran» quille. Sans doute , cette douceur extérieure procédait de celle de son esprit, qui jouissait d'une tille tranquillité an milieu des douleurs auxqueUes son corps âait en proie , et de ce repos extârieur procédait la fidâité àses oraisaDs, Félévation de son esprit h Dieu , et la liberté même d*a|^ au debors pour le gouvernement de la Congrégalkm^ an- ^el il s'est appliqué avec autant de soin que s'il efti joui d'une parfaite santé; il semblait que s'étantentièremeni oublié soi-même , les nécessités des autres roccupaieut essentiellement; il était plein de oompassîoa pour ses enfans, et particulièrement pour ceux des Frères qui étaient autour de lui, qui le veillaient jour et nuit; il leur demandait quelquefois : c Frère, qndle benre est-dt » et Tayaut appris, il leur disai^t • Vous avex enooro bin • \ souffirir^ il y a encore bien loin jusqu'à q^uHaheo- « res. i II n'attendait pourtant pas ce teinps*Ui pour ks faire reposer, mais il les faisait concber la moiiié de la nnil, Tmi après l'autre , et pour les encourager : < Vous voiliL < bientôt au bout , leur disait-il , ayez bon courage. > Enfin, la dernière nuit de sa vie , un Frère le voulut presser de prendre quelque nourritiire ; il lui répondit ; « Je t^ suis trop bien ; > regardant l'état où il se trouyait acca*

bié de manx et de drâlenn coBuoe mi eemre oè il Itm- ▼ait son repw et sa consolatioB, comme m honbev^ll avait loDg-temps désiré , étant persuadé (pi'3 ne falhiit s'altendre it antre chose dans ce bas monde qa'k sonffiîr ; et on Ta entendn dire qne c'était le moyen d'élfe loqonrs en paix : de aorte qn'éclairé de ces Inmîères, il ne famt pas s'étonner s'il a fidt nn si bmi accndl anx croix et aux tribnlations de cette vie , s'il les a aidnrées arec on conrage si magnanime, et s'il a pa^véré dans cette yntàqpe jnsqn'an dernier sonptr qvi j ayant mble aceas à «ne vie sipânble, sidonlonreose, aété, CMmienonaavonasBJet de le croire , le cmnnencement dn repos et d^mie g^oàre étemelle.

D décéda en la maison de Saint-Lazare, à Pinacle 22 septembre i672, k neaf benres et demie dnnaliB, kgé de soixante ans, après avoir conduit la Congrégation de laMisnon en qualité de sopérienr général onae ans sept mois , avec une singnlière édification ; le jo« est reonvqnable, étant crini aaqnd on câ^ire k Paris h tète dn grand saint Lazare , insigne patron et ptolectenr des nûssionnaires , qui chaataient très soiennellement en son honneur la grand'mesae loi» de ce bienheureux décès , q/à donna moyen k H. iJméras de célâbrer cette tomMc fête sur la t«rre et dans le eid en un même jour avec les bons missionnmres vivans et trépassés.

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