‹ Vie de S. Vingent de PaulChapitre 64 sur 65 · CHAPITRE XH · texte numérisé non relu

CHAPITRE XH

OB SA CANDBUa ET êlUPldCni,

Celui que Thumilité a fait entrer dans une véritable connaissance de soi-même , et qui sait fiiire un juste di^ eemement de ce qui appartient h Dieu d*avec ce qui ôêt sien , devient comme la bouche de Dieu , pour ne rien dire qu'avec candeur et simplicité ; c'est ce que ceux qui ont connu M. Aimeras ont particulièrement remarqué eu lui ; son visage « son maintien et ses paroles rendaient un évident témoignage de cette vertu ; elle paraissait en son air et en ses mouvemens , en ses discours et en ses écrits i non seulement le mensonge était banni de sa bouche , mais aussi tout ce qui en approche ou en porte quelque image, comme sont les équivoques, les feintes, les termes ambigus , obscurs, emphatiques , les hyperboles , les fl* gures et choses semblables. Il portait son cœur sur ses lèvres , et il parlait et écrivait avec tant de clarté , qu'il ne laissait ni doute ni ombrage , surtout dans les lettres qu'il écrivait de sa main , ou qu'il dicttlt mot I mot : e'éit cette conduite et simplicité qui le rendâh semblable I la

colombe, c'e8t-2i-dire bénin et débonnaire envers MA prochain , sans fiel ni aigreur. Il croyait facilement le bien qu'il en entendait , il interprétait en bonne part les actions , il ne soupçonnait ni jugeait personne sans grand fondement , il ne pouvait souffrir ni la médisance ni le6 médisans ; il oubliait facilement les fautes des autres , recevait les excuses de tous , et était le premier k les excuser ; mais si leur faute était évidente , il ne manquait pas de les en convaincre pour les humilier , et leur ouvrir les yeux , ne pouvant supporter les esprits doubles et couverts.

Il n'excellait pas seulement en la simplicité et sincérité de paroles et d'actions , il possédait encore très parfaitement celle du cœur , qui consiste dans une droiture d'esprit qui cherche uniquement Dieu , et dans une pureté d'&me dégagée de toute affection désordonnée ; car, selon la pensée de saint Augustin , hoc est mundum car quod simplex cor. Nous voyons que les choses pures sont simples parce qu'elles sont sans mélange , d'où s'ensuit que le cœur de l'homme est pur quand il est uniquement possédé de l'amour de Dieu , sans partage et sans mélange d'aucune affection mal réglée ; et voilk la véritable idée que nous devons concevoir de la simplicité de M. Aimeras : il n'a point eu de pratique plus k cœur que de chercher Dieu uniquement , et de chercher en toutes cho* •es sa sainte volonté par les voies qu'il connaissait les plus droites , sans biaiser ni chercher de détours , et sans se laisser arrêter par aucun respect humain , et par la vue d'aucune utilité ou commodité particulière ; c'était lit son attrait , son fort , son retranchement; c'était là le blanc où il visait, la voie que Dieu lui montrait , et par où il le faisait marcher , sans qu'il s'en détournât ni k droite ni h gauche.

C'est aussi cette même vertu qui Ta porté sans cesse k fouler aux pieds avec une vigueur non pareille ce qui le touchait de plus près selon la nature , pour être plus soumis au bon plaisir de Dieu , et accomplir avec plus de fidélité sa sainte volonté; ses commodités, sesparens, sa santé et la vie ne lui étaient rien , parce qu'il ne faisait état que de Dieu seul. Il n'était sensible qu'aux intérêts de sa divine Majesté , et insensible k tout le reste ; le grand et merveilleux détachement de toutes choses de la terre , et cette unique et simple application k la volonté de Dieu , rendaient son àme singulièrement belle ; et cette beauté reluisait sur son extérieur, dont tous les mouvemens étaient dans le bon ordre et dans une droiture qui ne tenait rien du vieil homme.

M. Aimeras connaissait par sa propre expérience les trésors renfermés dans cette simplicité et pureté de cœur, dont les fruits lui paraissaient si doux , et il prit un soin extraordinaire de recommander k ses enfans cette chère vertu , et cette recommandation a été comme son testament et le sceau de tant de saintes instructions qu'il leur avait données pendant sa vie : c Je recommande , dit-il, un peu avant de mourir, k chacun de vivre dans la compagnie dans la simplicité et humilité que feu notre très honoré père M. Vincent nous a enseignées, de paroles et d'exemples; en le faisant je vous assure que vous n'avez rien a craindre, ni du dedans ni du dehors de la compagnie , et que Dieu la bénira. > Ces dernières paroles méritent d'être gravées dans le cœur de tous les missionnaires, puisqu'elles sont les précieuses reliques de leur père , et que les vertus qu'elles recommandent sont les colonnes et les fermes appuis de la Congrégation , des canaux de grâces et de bénédictions pour eux et pour les peuples au salut desquels ils travaillent ; et , pour le dire

- liO -

W QQ molf eUe$ 9001 esprit et vie, et véritablemtnt paroles du salut éternel.

Page 1