‹ Vie de Saint Bernard, abbé de ClairvauxChapitre 24 sur 58 · CONFLIT KNTHE LOUIS VII ET THIBAUT · texte numérisé non relu

CONFLIT KNTHE LOUIS VII ET THIBAUT

pressante dans laquelle, après lui avoir respeclueuseinent reproché sa vivacité , ils le priaient d'écouter leur ambassadeur, André de Baudement, lieutenant du comte Thibaut, chargé de développer leur projet de traité et de leur rapporter une réponse {i}. Le roi était apaisé. 11 fut convenu qu'une seconde conférence se tiendrait à Saiot- Denis (2).

Cette assemblée eut lieu, selon nous, en 1144, soit le â3 avril (3), soit le 11 juin. La reine Aliénor y prit part. Naturellement, elle exprima le désir qu'on étendit à Raoul et Pétronitle la paix que l'on négociait. Par là, il devint manifeste qu'elle était dans toute cette alTaire le mauvais génie de Louis le Jeune. Saint Bernard lui reprocha sa funeste ingérence : « Cessez donc, lui dit-il, de mettre obstacle au bien de l'Étal. « Insensiblement, l'entretien prit un tour familier, et la reine conta confidentiellement au saint abbé que son grand chagrin était de n'avoir pas d'enfants. Depuis près de sept ans qu'elle était mariée, elle soupirait en vain, à la suite d'une fausse couche, après un héritier du trône. i< Entrez dans nos desseins, lui répondit l'abbé de Clairvaux, et je prierai Dieu de bénir votre union. » Ëléonore s'inclina. Le saint abbé fut fidèle à sa promesse, dit le chroniqueur, et l'année sui-

(il Bern.. ep. 226. Suger (l'((a ludook., ap. Bomiael, t. XII, p. 35) appelle Audré de Baudeineat procaralor terrx comilis Tlieobatdi- (2) Bera., ep. SI». •< In indicU solemuitale apud Dion^aium. » [S) t Factura est in fesLiïilale sancti Dionjgii, •< elc. Frugm. Gaufr., ip. Higne, t CLXXXV, p. 5'>7. Cf. flcrn , ep. 225. De ces moU : festivitat sancti Dionysii. M. d'Arbois de Jubainville [Bisl. des comtes de Champagiie, 1. Il, p. 373 el 381, noie 2) a conclu qae l'assembléu avait eu lieu le 9 octobre 1U3; date adoptée par Luchalre, AcUs de Louis Vil, p. 63. Nous avons démontré {Revue des Quesl. liisL, avril isai , p. 40M03. note H) que l'ossemblée était sOrement de 1144 et VTji.^inblabtement du 22 iivi'JI.

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vante la reine de France mit au monde une fille {!).

Les conditions de la paix furent ù peu près celles qu'avait fixées l'abbé de Clairvaux. Il ne fut pas question de l'excommunicatioQ fulminée contre Raoul de Vermandois. Son mariage avec Pétronille ne fut réhabilité qu'en 1148 {'!). Thibaut renonça, ce semble, aux fiançailles qu'il avait projetées. Louis VII retira ses troupes de la Champagne et donna à l'archevêque de Bourges l'investiture des regalia. En expiation du serment téméraire qu'il avait prononcé sur les reliques des saints, il prit, dit-on (3), l'engagement de faire le pèlerinage de Jérusalem.

Ainsi finit une guerre désastreuse, née d'un accès de colère juvénile, et reprise inconsidérément après quelques jours de trêve. La royauté capétienne faillit y perdre son prestige. Elle marchait visiblement là au rebours de ses traditions. Il n'eût pas fallu beaucoup de tentatives de ce genre pour qu'elle s'aliénât les esprits et perdit, avec l'estime du clergé, son plus puissant appui. Louis VII

(1) Fragm. Gaufiidi, ap. Migne, 1. CLXXXV, p. &!7 ; Bernard* Vita, lib. IV, ibid., p. 33ï. A, vrai dire, te Tœu de la reine ne fut eiaucp qu'à demi : l'enfant qu'elle mit au monde ne pouvait eire héritier du trdne. U résnlte de ces textes que l'aioée des tilles de Louis Vil, Ua- . rie. naquit en 1146 et non en 1138, comme le donne à enleudre le P. Aoselme {Hialoirti généalogique de la maUon rogale de France, [ame 1, p. 7B. Cf. lome II, p. 841], qui rapporte qu'elle mourut le 14 murs 1198, à l'Age de loixaiiCe ans. On s'explique ainsi aisément que Marie ait époudé Henri, fils du comte Thibaut, en 1164; elle «tait alors dans sa vingtième année. Qu'on ait voulu la fiancer, dès 1146, au Iîl9 du comte d'Anjou, Henri, duc de Normandie, il n'y a li rien d'étonnant. C'était une mesure de précaution que le roi désirait prendre avant de s'engager dans une expédition lointaine el dangereuse {Itern.,cp. 371).

(ï) llistor. l-onti/., ap. ifon. Germ., t. XX, p. 521.

(3) Radaiph. de Diceto, ap. Bouquet, t. Xlll, p. 183.

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parut enfin comprendre ce danger et désirer sincèrement la paix. Les lettres de saint Bernard ne furent certainement pas étrangères à ce revirement de la politique royale. Pour n'être pas flatteur, le saint eut ainsi le mérite de réveiller la conscience du jeune prince. N'était-ce pas le plus grand service qu'il pût rendre à la France et à l'Église?

Le traité de Saint-Denis présageait un avenir heureux. Les rapports du monarque avec l'archeviique Pierre de la Châtre furent désormais remplis de respect et d'estime réciproques {!). Thibaut, reconnaissant des bons offices de Suger, lui envoya des hyacinthes pour orner la Uble d'or de l'autel de son église abbatiale (2). L'attachement que la maison de Champagne voua au roi de France ne Dt que croître avecle temps. En H54 (3), Louis le Jeune, sAr de sa fidélité, confia le dapiférat au fils de Thibaut IV, à Thibaut V, comte de Blois. Bien plus, en 1160 (4), il épousa en troisièmes noces la sœur de son nouveau sénéchal, Alix ou Adèle, la future mère de Philippe Auguste. Quatre ans plus tard, le mariage des deux filles de Louis Vil et d'Aliénor, Marie et Alice, avec les deux fils de Thibaut IV, Henri le Libéral et Thibaut V, complétèrent l'alliance des deux familles (5). « De la sorte, dit un

(I)Berii., ep. 147. Cf. Luchiin, Actes de Louis VII, n" i2" et 401. (Ij Suger, de ConsecraCione ecelesiœ, ap. Bouquet. XIV, 3IG. (3) Lacfaajre, Remar'iues, p. 16. Cf. IIUI. des comtes de Champ., par H. (l'ArbOLS de Jubainville , t. Itl , p. 98. (4jCf. d'Arbois Ile Jubainvilte, Ilist. dex Comtes de Champ., 111,

(5) Voir à ce sujet \.\ noie de M. d'Aibois de Jubainville, Bist. des comtes de Champ., 111, 36-99. Nous ajouterons une simple remarque. D'Arbois de J., en disiint que Henri de Champagne " réalisait enlin, en 1 164, son mariage avec une fiancée longtemps négligée, n semble croire (|ne la lillc de I.ouis Vil élait dèjA âgée. D'apr.'s ce que nous avons

bistorien (1), la maison de Champagne devint ce qu'avait été avant elle la maison de Vermandois, le meilleur soutien de la dynastie. »

dit plus haut, elle n'avait pas vingt ans. Sa sœur Alice, née après la croisade [Hist. des G., XII, 117), était plus jeane de cinq ans. (I) IiHchaire, Hist. des Inst. monarch.. Il, 2fi9.

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