‹ Vie de Saint Bernard, abbé de ClairvauxChapitre 26 sur 58 · BERNAHD ET LES SECTES HÉRÉTIQUES · texte numérisé non relu

BERNAHD ET LES SECTES HÉRÉTIQUES

aisément les gens d'épée, esprits légers et superficiels, qui se piquaient de connailre mieux le rude métier de la guerre que les délicats problèmes de la théologie (1). En moins de dix années, il eut pour ainsi dire déchristianisé le Languedoc : « Qu'avons-nous appris et qu'apprenonsnous chaque jour? s'écrie saint Bernard engémissant. Quels maux a faits et Tait encore à l'Ëglise de Dieu l'hérétique Henri! Les basiliques sont sans fidèles, les fidèles sans prêtres, les prêtres sans honneur, et, pour tout dire en nn mot, il n'y a plus que des chrétiens sans Christ (2), On regarde les églises comme des synagogues ; les sacrements sont vilipendés, les fêtes ne sont plus solennisées. Les hommes meurent dans leurs péchés; les âmes paraissent devant le tribunal terrible sans avoir été réconciliées par la pénitence ni fortifiées par la sainte communion. On va jusqu'à priver les enfants des chrétiens de la vie du Christ, en leur refusant la grâce du baptême. 0 douleur! faut-il qu'un tel homme soit écouté , et que tout un peuple croie en lui ! »

Déjà on avait, ù plusieurs reprises, sollicité l'abbé de Clairvaux d'aller combattre le novateur sur le théâtre même de ses exploits. En 1143 le légat Albéric, cardinal évéqued'Ostie, revint à la charge d'une façon plus pressante et fut assez heureux pour convaincre le saint moine de l'urgence de cette mission (a). Malgré le triste état de sa santé, Bernard se mit en route dans le courant du mois de mai.

(1) <> In Tolosana civitale... et bis qui favebant hteresi illi pluriiai «rant et maxiini civilatis... Milites noanullos iafenimus obstinatos... Odmint enini clericos et gaudent facetiis Henrici. u Gauf. ep., ap. Uigne.t. CLXXXV, p. 411.415, n" 4 et 5. Cf. Pétri Vener. TraclO'

(2] 1 Sine Cbrislo chrislianj. > Ep, !41. (3) Bern. Yita, lib, 111, cap. ti, n" 1".

Mais à peine était-il parvenu à Poitiers qu'il se sentit à bout de forces. Assailli par la tentation du découragement, il fut sur le point d'abandonner son entreprise ; mais les consolations célestes le ranimèrent et lui donnèrent en quelque sorte des ailes (1). Il traversa rapidement les diocèses d'àngoulême et de Limoges (2). Vers le i" juin, il était à Bordeaux (3).

En cette ville l'attendait un grave embarras, une espèce de schisme local qui durait depuis'sept ans déjà. La discorde avait éclaté entre Geoffroy du Loroux et les cha- . noines de sa cathédrale , à l'occasion d'une réforme que l'archevêque avait tenté d'introduire dans son chapitre. Son dessein était de substituer des chanoines réguliers aux prêtres séculiers, k mesure que les stalles canoniales deviendraient vacantes. Hais la plupart des membres du chapitre lui firent une vive opposition. 'Vainement il essaya de briser leur résistance , en les frappant de l'excommunication et en invoquant les foudres de Rome. La force était du côté des chanoines rebelles. Le peuple prit parti pour eux. Geoffroy dut s'exiler. 11 errait depuis cinq ans dans son diocèse, quand l'abbé de Clairvaux et le légat vinrent à passer dans ces parages. Il fit appel à leur intervention. Bernard lui rouvrit les portes de sa cathédrale. Un accord intervint alors entre Geoffroy et son chapitre ; nous possédons encore la charte de réconciliation. Les

(1) Gaufrjd. ep., lot. cit., f. 410411, n° 2.

(3) Sur son itinéraire de Poitiers à Bordeaiii, voir Bern. Pila. lib. IV, cap. IT, n" 29; Gaufrid. ep. loc. cit., n°9.

(i) Nous possédons an acte signé de l'abbé de Clairvaui : o Burdegalffi in domo archiepiscopi , anno ab Incarn. 1145, VI nonas ju)ii. • GaUia thrisl., II, col. 814, et Bist. des Gaules, XV, 598, nol« b. Au lieu de V! nouai julii, nous lisons, avec Brial, PI nonas junii; car, le l<r juillet, Bernard était sûremrnt i Albi ou dans te voisinage de Mtle ville. Cf. Gaufrid, ep., loc. cit., a° 10.

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chanoinfs s'étaient adoucis ; ce que larchevéque avait demand>! lui fut accordé (I).

C'est â Bordeaux, ce semble, que Bernard traça définitivement son itinéraire. Le li'igat Henri, l'évéque de Chartres, Geoffroy de Lèves, et Raymond, évêque d'Agen, devaient, soit l'accompagner, soit même le précéder parfois dans ses courses apostoliques (2). Il avait déjà avist^ le comte de Toulouse de la prochaine arrivée des missionnaires, le priant de leur prêter un concours généreux. Le succès d'une mission dirigée contre l'hérésie et contre des hérétiques reconnus ne se concevait pas alors sans l'appui au moins moral du pouvoir civil : « Je viens , tout infirme que je sois de corps, je viens dans ces pays que le sauvage Henri a particulièrement ravagés. Chassé de toute la France à cause de sa malice, il a trouvé chez vous un asile et il déchaîne en toute sécurité sa fureur contre le troupeau du Christ dans vos domaines. A vous de voir, illustre prince , si cela convient , ou non , à votre honneur. Du reste, je ne m'étonne pas que ce rusé serpent vous ait trompé ; car, s'il n'a pas la vertu de la piété , il en a tous les dehors (3). »

Le portrait que Bernard esquisse ensuite du dangereux hérétique n'a rien de flatteur. Plusieurs traits sont évidemment empruntés à des récits venus du Mans. Si la peinture est exacte, — et elle parait l'être au moins dan» les grandes lignes, — le novateur offre le type de l'hypocrite effronté. L'apostasie est le moindre de ses crimes ;

(1) Gaafrid. ep., ■■"S; Hisl. îles G., XV, 598, noie A.

(2) L'évAque de Chartres est nommé par GeoiTroy, Bem. Vila, lib. m, cap. ïi, n- 18 ; et l'értque d'Agen, dans l'acte cité par le Gaifin christ., II, col. Sti; révêi|ue de Umoges, Bem. t'ila, lib. IV,

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