GLOIRE POSTHUME
Par égard pour la « dévotion extrême des habitants de Ville-sous-la-Perlé qui désiraient posséder dans des reliquaires les restes de saint Bernard , saint Malachie , saint Eutrope et autres, •< le Directoire de l'Aube nomma en 1793 une commission qui procéda à l'exhumation des corps saints, en présence d'un grand nombre de personnes accourues des villages voisins. « Comme tous les gens, raconte un des commissaires, demandaient des reliques de saint Bernard , on leur a donné d'abord des petits ossements, et enfin mon collègue prit un tibia de saint Bernard, il le rompit sur le tombeau et en donna une portion aux gens, leur disant de se le partager, et il a remis l'autre dans le cercueil. » Trois châsses en bois ou plutôt trois bannelom oblongs reçurent les précieuses dépouilles du sanctuaire de Ciairvaux et furent portés en procession à l'église de Ville. Le dernier abbé de Ctairvaux, Dom Rocourt, retiré à Juvencourt dans la maison du vicaire émigré, put voir de son domicile ce triste défilé. Une plus grande infortune attendait les saintes reliques. Abandonnées au fond d'une armoire de la sacristie depuis la cérémonie de la translation, elles furent jetées, en 1837, pêle-mêle dans un bahut en chêne, fermant à clef. Chose incroyable, l'auteur de ce méfait était le curé de Ville lui-même ! Vainement essaya-t-on depuis, à plusieurs reprises, de distinguer, entre toutes les reliques que renfermait le coffre mystérieux, celles qui composaient le corps de saint Bernard. La commission chargée de cet examen en 1874 déclara qu'une telle reconnaissance était impossible. Une partie du linceul qui enveloppait les restes du fondateur de Ciairvaux fut seule certifiée authentique.
M»* Ravinet, évêque de Troyes, par une ordonnance en date du 6 janvier 1873, fit alors déposer dans une chasse
unique toutes les reliques si malheureusement mélangées. Le 13 juin de la même année, elles furent exposées solennellement à la véHératioo des Ûdèles dans l'église de Ville , où on les voit encore. La châsse qui les contient est <c en bois, peinte en couleur bronze, construite en forme d'édicule à deux étages , et surmontée d'une sorte de toit qui forme un troisième étage. » Sous la vitrine supérieure, on aperçoit le suaire authentique de s^înt Bernard, avec cette inscription : Sudarium tancii Bernardi (I).
Le chef de saint Bernard , renfermé , comme nous l'avons dit, dans un reliquaire en argent doré, sous forme d'un buste qui reproduisait son image réputée tradilionnelie {2), eut un plus heureux sort que le reste du corps saint. En vertu de l'arrêté du 29 septembre 1789, concernant l'argenterie non nécessaire aux églises, le buste fut, k ia vérité, brisé à coups de marteau et envoyé à l'hdtel des Monnaies, le 3 décembre 1791. Hais, dès la un de l'année précédente, Dom Rocourt, abbé de Clairvaux, en avait ôté le chef vénéré, comme il l'attesta plus tard, et avait apposé à l'intérieur son sceau abbatial en présence de témoins. Le 1" octobre 1813, le même abbé remit le précieux dépùt au baron Charles Cafarelli, préfet de l'Aube, qui le déposa au trésor de la cathédrale de Troyes. Le chef de saint Malachie, pareillement conservé depuis le quatorzième siècle dans un buste en argent, eut la même fortune. Tous deux reposent aujourd'hui dans une très belle châsse de la fin du douzième
(I) Pour les preuves et plus de délails, voir Lalore, Religuet dn
trois tombeaux saints , p. 3i-7'; Appendice, p. lvi.livii
(!) On peut voir la description de ce reliquaire daos Guigaard {Lel- Ire à Montalembert, Uigoe, p. 16i>4] et dans Vlter Cislerciense de
Méglinger (ifiirf,. p. 1601).
GLOIRE l'OSTHlJMB. 537
siècle, qui appartint autrefois à Nesle-la-Reposte (1).
Mais ces reliques, quoique désignées encore communément sous le nom de chefs de saint Bernard et de saint 3/alackie, sont loin d'être entières. De pieuses convoitises y firent pratiquer des brècbes regrettables. A diverses reprises, les abbés de Clairvaux faiblirent devant des sollicitations trop pressantes et morcelèrent le chef de saint Bernard. De 1813 à 1865 les évoques de Troyes suivirent cet exemple funeste. Aujourd'hui la relique se compose uniquement du faciès qui comprend l'os frontal et les deux maxillaires supérieurs. L'os frontal est limité en haut par une section transversale pratiquée à la scie, à quatre centimètres au-dessus des arcades sourciliéres; sur les côtés, par une coupe légèrement oblique. Les deux maxillaires sont entiers et articulés entre eux et avec l'os frontal. De la sorte, les deux cavités nasales sont complètes. Cependant les os propres au nez ont été enlevés (2). Tel est le triste état de la plus importante relique que nous possédions de l'abbé de Clairvaux. Mais qui ne s'inclinerait avec respect devant ce chef mutilé qui contint l'intelligence la plus haute et la volonté la plus forte du douzième siècle!
Le culle de saint Bernard n'était pas , du reste , attaché k ces dépouilles mortelles : son nom a glorieusement traversé les âges. A la suite de Clairvaux, de nombreuses églises lui ont rendu des honneurs liturgiques. Dés l'année im, Pierre de Tarentaise venait, à la prière de
(1) Cf. Lalorc, le Chef de saint Bernard, p. 8-9. On ti'oure une descrtplion délaillée de la chSase dans Lalore, le Trésor de Clairvawx, p. 219-211. Signalons encore, enlre autres reliques de saint Bernard, de beaucoup moindre importance, celles qal se trouvent à Fon lai ncs-lès- Dijon (cr. Cbomlon, 111, Ili-lCI).
(2) Cf. Lalore, te Chef de saint Bernard, p. 9-23. La description de la relique eal dae aux D" Paul Carleronet Charles Forest, de Troyes.
55t) VIE DE SAINT DERNARD.
Gauthier de Bourgogne , évéquc de Langres, lui consacrer un aulel dans l'église de Longuay (Haute-Marne) (1). L'année suivante , le chapitre général réuni à Citeaux rendait obligatoire pour tout l'Ordre roCQce de saint Bernard, en même temps que celui de la Sainte-Trinité (2). L'exemple des Cisterciens donna le branle aux églises particulières. Pour ne citer qu'un diocèse, Eudes de Sully, évoque de Paris, institua en 1202 la fêle de saint Bernard à Notre- Dame (3) ; et le monastère royal de Saint-Denis l'imita en 1241 (i). La dévotion à saint Bernard, ainsi implantée au cœur de la France, devait porter ses fruits. Au dixseptième siècle, la royauté s'y associe et stimule le zèle des particuliers. Louis XIV, dans une lettre célèbre, déclare saint Bernard « le protecteur de sa couronne » et lui attribue la victoire de Lens, gagnée le jour de sa fête (20 août 16i8) (5). Anne d'Autriche n'était pas étrangère à ces sentiments de reconnaissance. Lorsqu'elle eut mis Louis XIV au monde, elle demanda aux Feuillants, récemment établis à Fontaines- lès-Dijon, une neuvaine de prières d'actions de grâces en l'honneur de leur saint patron, auquel elle s'estimait redevable de la naissance d'uu fils (6). Et en 16SS, l'on vit, chose encore plus édifiante, le roi de France s'inscrire, en même temps que sa mère et son frère, parmi les membres de la confrérie de Saint- Bernard, que l'évéque de Langres, Sébastien Zamet, venait de fonder dans la maison des Cisterciens réformés de Fontaines (7). A celte date, le lieu de naissance du fonda-
(1) Gallia ChriU., XII, 707.
(2) Chro». Claraval; Migne, p. 1348.
(3) Fêlibiea, Histoire de la tille de Paris, I, 143.
(4) Gallia ChrUt., VII . 38S-389.
(5) Ultre du 20 décembre 1652, dans Migne, t. CLXS.W, p. I65i.
(6) Ibiil. , p. 16S2.
(7) làid., p. isas, ies4-j66o.
leur de Clairvaux élail devenu l'un des sanctuaires les plus chers à la piété des Bourbons. L'église, construite en 1019 par les Feuillants, sur l'emplacement même du château de Tescelin, était due aux libéralités de Louis XIII et d'Anne d'Aulricho, Les deux chapelles, qu'ornaient les chiffres du royal couple, surmontés de couronnes et enlacés de branches de laurier, font encore aujourd'hui l'admiration des connaisseurs (1).
Fonlaines'Iès-Dijon , où naquit saint Bernard , et Clairvaux , où il mourut, relevaient l'un et l'autre , au douzième siècle, du diocèse de Langres (2). Il était naturel qu'entre toutes les églises de France l'église de Langres s'empressât de rendre un culte spécial à son illustre enfant. Aussi voyons-nous dans un Ofdo pmllendi in ecclesia Linga- }>ensi, qui date du treizième siècle, l'office de saint Berittrd marqué avec neuf leçons ; plus tard l'office fut élevé au rite double, Nous possédons encore les curieuses leçons insérées dans le bréviaire qui porte le nom de Louis II de Bar, évoque de Langres (3). Par une coïncidence vraiment remarquable, le temps vint où ce glorieux diocèse offrit à lui seul trois types différents d'office en l'honneur de saint Bernard : l'office de la liturgie langroise proprement dite, celui des Cisterciens de Clairvaux et celui des Feuillants de Fontaines-lès-Dijon.
Cependant Bome , la mère des Églises, suivait d'un œil complaisant le progrès de ce culte plus spécialement français, auquel elle avait elle-même donné la première
(1) Voir ta description de ces chapelles dans Cliomton. 1, 108 et SUIT.; cf, m, 3 elsulï.
(2] AajouFd'hui Clairraux esl du diocèse de Troues. La lèle de saint Bernard ne fui élablie A Troyes qae le 20 août 1681. Cf. Lalore, Reliques des trou tombeaux sainti , p. 15 , note 3.
(3) Cf. Lalore, les Beliqnes des trois tombeaux saints. Appendice XV, LIIIII.LÏÏÏl.
impulsion. C'est d'elle que les Cistercieos de Clairvaux. a\'aient reçu la messe composée eu 1174 pai' le pape Alexandre 111 pour la canonisation de saint Bernard. C'est à elle encore qu'ils s'adressèrent pour obtenir des oraisons propres, lorsqu'ils eurent modifié, vers la fin du douzième siècle, cette messe primitive. Une bulle datée du 10 juillet 1201 combla leur^ désirs. Innocent 111 occupait alors le siège de saint Pierre. De son propre aveu, l'éminenl auteur n'était pas indilTérenl à la beauté du style liturgique. Son œuvre porte la marque d'un goût épuré : elle est aussi correcte que pieuse ; les lois du cursus rythmique y sont scrupuleusement observées (1).
D'autre pari, la place de saint Bernard dans la liturgie romaine alla toujours s'élargissant. Les plus anciens bréviaires ne lui consacraient qu'une troisième leçon, qu'où peut lire encore dans le Breviarium romanum du cardinal Quignonez, imprimé en lo36.Mais, lors de la réforme de saint Pie V, la légende fut développée et distribuée en trois leçons, qui sont devenues le patrimoine de la chrétienté entière, depuis l'introduction de la liturgie romaine dans les églises particulières. Enfin , le 17 juillet 1830, la sacrée Congrégation des Bites sollicita l'élévation de saint Bernard au rang de docteur. Le S3 juillet et Is 20 août de la même année, Pie VIII, par deux décrets successifs, salislit à cette pieuse demande, et, en conséquence, enrichit encore de quelques lignes la légende du saint abbé, dans le missel, le bréviaire et le martyrologe (2).
Par cette mesure , on peut assurer qu'il répondait au
(1) Cf- Lalore, iliid.. Appendice lit, p. ïiii-htii, où se lisent louiles dor.ameDls ]iturgii|ues qui regardenirolfice de saint Bernard â Claimui.
(2) Cf. Lalore, Reliqves des trois tombeaux saints, Appendice SV,
p. Linl; Migns, t. CLXXXV, p. 1514-1518.
;,Goog[c
vceu secret de l'Église universelle. Alexandre III et Innocent III, en préconisant la force et la pureté de la doctrine du fondateur de Clairvaux (1), avaient donné le signal de l'admiration que tous les siècles devaient lui témoigner. Il était réservé à saint Bernard de dore celte glorieuse liste des Pères de l'Église, qui commence aux premiers jours du christianisme et qui, continuée presque sans interruption pendant plus de six cents ans , porte des noms illustres, tels que ceux de saint Augustin, saint Ambroise, saint Jérôme, saint Grégoire le Grand, etc. Aux yeux de la postérité, il ne devait en rien cédera ceux qu'il s'était choisis pour maîtres et modèles dans la dispensation de la doctrine. Le dernier des Pères, il est aussi grand que les plus grands d'entre eux : ullimus inter Paires, primis cerle non impar, a écrit Mabillon (2).
Placé aux confins de deux âges, à la limite des temps anciens et des temps modernes , l'abbé de Clairvaux clôt le passé, dont il recueille l'enseignement traditionnel, et ouvre l'avenir auquel il le transmet. A partir du treizième siècle les professeurs dos écoles, les orateurs, les écri vains mystiques relèvent de lui plus que de tous les autres Pères grecs ou latins, saint Augustin excepté. Les héréti ques eux-mêmes, un Luther et un Calvin, non moins que les catholiques orthodoxes, un saint Thomas d'Aquin ou un Gerson, se font gloire de feuilleter ses écrits et de demeurer iidèles à sa doctrine (3). II est un auteur surtout,
(1) <i Qualiler in univeria EcclesJa Dei Mei et docliinae luoiiae radiant. " Butte de canonisalton , Jaffé, Regesla, a° 12330; Hignf, t CLXXXV, p. 622. e Bernardus, abbas ni doctor egregius, > dit Innocent III, Collecte, dans Migue, ibid., p. 62S.
(2) Prxiatio generalis, a- XXIII, Migne, t. CLXXXII, p. î6.
[3j • Bemardus, dit Lutlier dans ses ProjKis de table, omnes Ecclmiie doctores vincit. « Bemardus in lîbris de ConMderalione ita
,;..; ..Cooglc
le plus illustre des anonymes, qui porte au moyen âge la manifeste empreinte de la pensée et du style des sermons sur le Cantique des cantiques et du Traité de YHumilité. Saint Bernard a tant fourni au texte de Ylmilation de Jésus-Christ, dît H. Arthur Loth, qu'on a pu sans trop d'invraisemblance lui attribuer la paternité de l'ouvrage. C'est à lui notamment que le pieux inconnu emprunte les beaax: mots qui servent pour ainsi dire d'épigraphe à son livre et qui en résument toute la doctrine : Ama nesciri. En général, le plagiat est moins manifeste, les ressouvenirs sont moins frappants, parce qu'ils sont moins textuels. Mais il serait aisé de retrouver, délicatement fondus dans la trame des chapitres, les flis d'or qu'une main habile a tirés des écrits du grand abbé de Clairvaux (1) : ce qui a fait dire, non sans une certaine exagé-
loquilur, ut Veritas ipsa lo([ui vldeatur, » dit Calvin, Instil,, lib. IV, Cii|>. 11. Sur saint Thomas d'Aqain, Gerson et les autres aaleurs qui témoignent en futeiir de rexcellencc de la doctrine de saint Bernard, cF. Mlgne, 1. CLWXV, p. 627-639.
(1) Par exemple, dans le livre premier, cha|>itre second, outre les mois : ama neseiri, qui sont tirés du Iraisiëme sermon sur la Nativité de Nolre-Seigoeur, nous Lisons : Qui bette se cognosctt, aibi ipsi vilescU, qui rappellent la définition de l'humilité donnée par saint Bernard : humililai est virtas i/ua homo verissima sut agniliûite sibi ipii vitescU. Dans tout te chapitre, l'anteor s'inspire évideramenl des sermons XXXVl et XXWll sur le Cantique des cantiques : notamment des n°' 1-3, 5 , sermon XXXVl; n" 1, 7, sermon XXXVII. Remarquer les mots : tunt qui scire volwU, ti( sctantur ipsi, de «aint Bernard , qui sont devenus dans VlmiCatioH fa pbrase suivante : Scientes libenler volunt vider* el sapientes dici; et encore celle pensée : Noli te comparare majoribus, noli minaribits, noli aliquibits, »oli uni; quid sois tnim, o homo, si unut ille quem forte ■omm»meilissittmmatqiiemiserrimitmrepulas...nonmeliorteftU., qne l'auteur de l'Imitation a traduite ainsi : Si videres alium aperie peceare vel aliqva gravia perpetrare, non deberei te tameti meliorem ^stimare, etc.
GLOIRE POSTUI/ME. o6<t
ration, h un conlroversisle érudit, après la lecture de ces ouvrages : n L'Imitation ne m'a plus semblé être que la reproduction et l'analyse des écrits de saint Bernard {!). »
Ue ce rapprochement inévitable, il résulte au moins que les deux auteurs ont des traits marqués de ressemblance littéraire, nous allions presque dire une caractéristique commune. Cette caractéristique, c'est l'onction; c'est ce je ne sais quoi de doux, de fort et de pieux i la fois, qui trempe le style, le rend suave et le fait pénétrer jusqu'aux profondeurs de l'âme, à la manière de la ^ce divine. Saint Bernard possède au plus haut degré ce merveilleux secret. Tous ses lecteurs en ont fait l'expérience. De là ce titre de Doclor mellifluus qu'on lui donnait couramment au seizième siècle , et qui est resté attaché à son nom (2), comme celui â'Àiigeliciis au nom de saint Thomas d'Aquin, et celui de Seraphims à saint Bonaventure.
Aussi les œuvres de l'abbé de Clairvaux ont-elles fait de tout temps les délices des ftmes pieuses. Une simple statistique de librairie suffirait à le prouver. Si l'on excepte les quatre grands docteurs de l'Église latine , saint Bernard est, de tous les Pères, celui dont les ouvrages ont été le plus souvent transcrits au moyen âge. Avec l'invention de l'imprimerie, une nouvelle fortune commencp pour ses écrits. On en compte plus de quatre-vingts éditions avant le commencement du seizième siècle. Ce travail aboutit à l'édition de Horstius en 1641, revue et corrigée par Mabillon en 1667 et 1690, pour se continuer au dix-huitième siècle , et atteindre de nos jours le chilfre vraiment prodigieux d'environ cinq cents éditions. Toutes les nations de l'Europe, à des degrés divers, ont contri-
(1) Rem« des Quesl. hislorig., janvier Wi.
[2) Cf. Mabillon , Prxfalio gênerai., n" XXIII.
bué au succès de celle œuvre. La France marche en tête avec environ deux cents éditions des œuvres complètes ou partielles de son illustre enfant; TAllemagne la suit de près; puis viennent l'Italie avec plus de qualre-vingls éditions, la Belgique-Hollande avec plus de vingt; le reste se répartit entre l'Espagne, le Portugal, l'Angleterre, la Suède et les peuples slaves (1).
Ce mouvement, qui a toujours porté les esprits vers le dernier des Pères de l'Eglise, doit-il s'arrêter ou seulement se ralentir? Le goiit de ses ouvrages, que nous ont légué les siècles passés, doit-il finir par se perdre? Rien de nos jours ne fait pressentir un pareil déclin. Jamais l'abbé de Clairvaux ne fut plus éLudié, jamais son imposante figure ne fui mise en plus pleine lumière. Puisse le modeste récit que nous achevons en ces pages développer encore le culte du grand docteur! Mieux que de la frêle couronne que nous avons essayé de lui tresser, nous voudrions le voir couronné de ses propres œuvres, qui ne se Aélrissent pas, et loué de sa propre bouche, qui demeure éternellement éloquente : Laude sua ipse se sonet, et lau~ reatus spiritu scriptis coronetur suis (2), C'est dans ses ouvrages qu'on le trouve vraiment représenté au vif; c'est là que l'on saisit toutes les nuances d'une pbysionomie à la fois douce et forte, où, pourtant, malgré les éclats de fougue, la douceur domine : « Doux et tendres écrits, tirés et tissus du Saint-Esprit même , précieux monument
(1) Cf. jBnauaclieli, Bibltograpkia Bernardina. En 1891, à l'occasion du hiiilième centenaire de «aint Bernard, les Cisterciens d'Aa- Iricbe-HoDgrie ont donné une nouvelle édition des Striiions de saint Bernard, d'après les mannscrits de l'Aulricbe. de la Bohême et de la Sljrie ; trois faselcules de xxivi-i7H, 4HI-'3t, 737-1040 pages, Vindobonai, Holder.
(2) Ces mots, cmpruDlés à saint Ambroise, sont ap|>tiqués t saint Bernard par Geoffroy, Bern. Vila. lib. III, cap. Tin , o" 59.
GLOIRE l'OSTUUHË.
dont il a enrichi l'Église, rien ne pourra vous efï: la suite des siècles, loin de vous obscurcir, tirera i la lumière. Vous vivrez à jamais et Bernard vivra s
vous [i). n
(I) Fénelon, Panégyrique de sainl Beiitard.