GLOIRE POSTHUME
lures augustes, Bernard fit valoir exceUemment ce don : la bonté cbez lui domine tous les autres sentiments. Cet homme , si dur à lui-mc^me , ne peut contempler une douleur, une faiblesse, une infirmité, physique ou morale, sans éirc saisi d'une immense compassion. Rien de ce qui est humain ne lui demeure étranger. Aux vivants il donne des conseils, des consolations, des soins et des remèdes; aux morts il donne des prières et des larmes : on a remarqué qu'il n'avait jamais pu assister aux obsèques d'un étranger sans pleurer (1). Son humanité, nous dit son biographe, s'étendait jusqu'aux animaux sans raison et jusqu'aux bêtes sauvages. A la vue d'un lièvre poursuivi par des chiens ou d'un pauvre oiselet menacé par un oiseau de proie, son cœur se serrait; il ne pouvait se tenir de tracer en l'air un signe de croix , afm de sauver les innocentes petites bëtes; et toujours sa bénédiction leur portait bonheur (2).
C'est surtout au sein de sa famille religieuse que la générosité de son caractère éclate. S'il a la fermeté d'un maître et d'un père, il a en même temps toutes les délicatesses d'une mère (3). Chacun des religieux de Clairvaux a sa part des tendresses dont son cœur déborde : ni convers ni novice n'en est privé; les moines coupables eux-mêmes sont sûrs de trouver en lui des trésors d'indulgence. On se rappelle le beau mot qui lui échappa dans une de ses lettres : « Si la miséricorde était un péché, je crois, que je ne pourrais pas m'erapêcher de le
(1) Bern. fila, lib. III, cap. ni, n» ïl.
(ï) rtirf., cap. Tii, n° 28.
(3) Verbera palris habes, ubera matria habt, disait-on courainment au treizième siècle. Cf. Hauréau, Journal des Savants, Jaiilet 1888, p. 419-120, Ce Terâ rcdète une pensée de Bernard {in Canlica , Serm. XXIII, î).
commeUre (1). » De loin comiiic de près, les besoins de ses enfants sont toujours présents à sa pensée inquiète. On raconte que , pendant son séjour en Italie , il visita en esprit la pieuse vallée qui renfermait ce qu'il avait de plus clier au monde. Il semble que son âme ait eu alors le don d'ubiquité (2); t'amour évidemment opérait ce miracle. 11 connut même la pointe aigut; de cette angoisse si bumaine, qu'on appelle le mal du pays : séparé des siens par trois ii quatre cents lieues, il soupirait douloureusement après leur présence et demandait à Dieu la grâce de mourir entre leurs bras (3).
Si l'on écrivait l'ouvrage, rêvé par Monlalembert, de l'amitié dans le cloitre, Clairvaux en pourrait sûrement fournir les plus belles pages. Le nom de Robert, cousin germain du fondateur, y figurerait en première ligne. Combien ce religieux fut chéri de Bernard, une letlre, une phrase, un mot le disent amplement : « Malheureux que je suis de ne plus l'avoir, de ne plus te voir, de vivre sans toi! Mourir pour toi, c'est ma vie; vivre sans toi, c'est mourir (4). » D'autres ont pris place à côté de Robert dans ce cœur pressé du besoin d'aimer : Godefroid de la Roche, futur évêque de Langres, Humbert, futur abbé d'Igny, et, pour sortir de son cloître, tJiiillaume de Saint-Thierry, Nicolas de Montiéramey, le traître, Ogier le chanoine, Pierre le Vénérable, Suger, clc. Avec les années, l'expression de son amitié devient moins vive. 11 semble qu'il craigne de dissiper le parfum et la force de co sentiment si délicat, en l'exposant au grand
{ijBern., cp 70.
(2) Bem. Yila, lib. VII, cap.xi, n° 14; eilrail de VExordiitin magnum; cf. fiern., ep. 143-
(3) Bern., ep. 144, n°' 1-3.
(4) Bcrn., ep. 1, n° I,
GLOIRE rOSTHCME. 537
air de la publicité. Tout ce qui a l'apparence de la fausse sensibilité lui devient suspect. A Ogier, qui lui demandait un léinoigna|;e d'affection, il répondait : « A quoi sert d'exprimer et de faire valoir par de vaines et transitoires petites paroles des amitiés vraies et éternelles (1)? » Guillaume de Saint-Thierry, qui se plaint de n'être pas payé de retour, n'obtient pas une réponse plus satisfaisante (2). Il est sûr, pourtant, que l'abbé de Clairvaun n'était pas homme à h se laisser vaincre dans la contention d'amitié. » Mais il est sobre d'épanchement, et ce qui frappe le plus dans ses effusions, c'est le caractère surnaturel de sa tendresse. Jamais il ne lâcha la bride aux sentiments, même les plus légitimes, de peur qu'il ne s'y mélàt quelque chose de trop humain. Son secrétaire nous cite un exemple de cette réserve courageuse, presque héroïque. Quand son frère Gérard, qu'il aimait tant, vint à mourir, il contint si bien son émotion qu'il put présider aux funérailles sans verser une larme. C'était le triomphe de la foi sur le sentiment. Mais le cœur eut bientôt sa revanche. Le lendemain, sa douleur fut plus forte que sa volonté, et elle fit explosion dans cette éloquente oraison funèbre qui commence par un sanglot étoulTé et fmit dans un flot de larmes (3).
En dehors de son cloître, en dehors de ce groupe d'amis qui forme une élite, avec la grande famille humaine, sa bonté se déclare d'une façon moins sensible sans doute, mais non moins généreuse, sans distinction de races, ni même de religion. Son cœur ne connait pas de lïontières, si ce n'est celles qu'établit l'impiété militante. Les hérétiques, les Juifs, les mahométans eux-mêmes, trouvent
(1) Bern,, cp. 00, n» I.
(:i)Bern., ep. 85.
[S)Bern.Vita, lil». Ilf, cap. tu, noïl.
grâce à ses yeux , pourvu qu'ils ne s'attaquent pas à l'Église , f épouse du Christ qu'il adore. La seule arme dont il veuille vraiment les percer est le glaive de la parole de Dieu. A ceux d'entre ses frères qu'un zèle intempéranl aveugle et qui ne rêvent que massacres, il rappelle que la loi évangélique est une loi de douceur : « Réduisez les hérétiques par des arguments et non par les armes,» répondait-il au prévôt de Steinfeld. Et, dans ce déchatae* ment de fureurs qui faillit, en 1146, faire disparaître des bords du Rhin jusqu'à la trace de la race juive, il est le seul, entre les prédicateurs de la croisade, qui, par sa présence et sa parole, ait offert aux fils d'Israël un rempart assuré ;'l).
On reconnaît , à ces sentiments d'humanité , ta sagesse de l'apôtre, qui distingue entre l'erreur et ses victimes, «t qui, frappant l'une, sait épargner les autres, suivant cette admirable maxime de saint Augustin : Inter/îcile erroreu, diligituhomines. Bernard fut, en effet, un apôtre, le plus grand de son siècle. Gagner des âmes à Dieu fut l'unique loi de sa vie. Son zèle ne souffre pas de limites. A peine converti, il rêve d'entraîner toute la noblesse bourguignonne il sa suite, dans la solitude de CIteaux. Les mères et les épouses s'effraient déjà do son ardeur de prosélytisme, qui menace de leur ravir des fils ou des époux. Plus tard, l'Ordre cistercien, qui étend ses bras jusqu'aux extrémités du monde chrétien , ne parvient pas à contenter son ardeur apostolique. 11 jette, pour employer l'une de ses expressions favorites, la faux danslo champ du voisin, et ne peut s'empêcher d'aider les au-
(1) 1 Hierelic! capJanlur, non armis sed argumenlis, » lu Catd.. Senn. LXIV , n° 0. « Non sudI persequeadi Judeei . disait-il , non sunl trucidandi. sed nec efrugandi quidem. « Ep. 363. Cf. ep. 364; Zi'hr nd niililes Tenipli, cap. \.
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GLOIRE rOSTIlUNE. 53^
très Ordres religieux à faire leur moisson. Il n'est guère d'abbayes, un peu importantes, qui n'aient recueilli le bénéfice de sa collaboration à l'ceuvre de la réforme monastique. L'épiscopat n'échappe pas à sa sollicitude : nombre d'évéques, bon gré mal gré, subissent l'ascendanl de sa vertu et suivent ses inspirations. Enfin, tel eât le caractère entreprenant, j'allais presque dire agressif de son apostolat, qu'il s'attaque jusqu'à la royauté et jusqu'à la papauté; ni la cour de France ni la cour de Rome ne lui paraissent exemptes de la juridiction offlcieuse que Dieu a départie à tout missionnaire de la vtirité dans son Eglise. Dès que la mauvaise herbe croit dans un champ, ce champ, même réservé, appartient de droit commun, pour être défriché, aux ouvriers apostoliques. Tous les champs sont à Dieu et Dieu ne saurait se désintéresser de la culture d'une partie quelconque de son domaine. Or, disait Bernard dès le début de son ministère évangélique : » Les affaires de Dieu sont les miennes ; rien de ce qui le regarde ne m'est étranger (1). » Telle est la devise d'un véritable apôtre, et l'abbé de Clairvaux y fui fidèle jusqu'à son dernier jour.
De son temps, trois graves périls menacent l'Eglise : le schisme, l'hérésie, l'islamisme. A lui seul, il fait tète à ces diverses menaces ; son zèle suffit à tout.
Il ne tint pas à lui que la Palestine , sur le point de deveiiîr la proie de l'Islam, demeurât une colonie française, au service de l'Église. Deux cent mille hommes, dont cent quarante mille en état de porter les armes, se lèvent à sa voix et franchissent les mers pour arrêter le progrès des musulmans et renforcer la garde établie par Godefroid
(1) a Nulla tamen quœ Dci esse consliterit (negolia) a me duco (lieDs. ■ Ep. 30.
5tU VIE DE SAINT BERNARD.
de Bouillon autour du tombeau du Christ. Pourquoi faut- il que les capitaines n'aient pas été à la hauteur de leur tàcbo et n'aient pas rempli leur devoir, comme l'apûlre avait fait le sien?
Dans sa lutte corps à corps contre le schisme , Bernard fui plus heureux; l'effort avait été long et douloureux, mais le triomphe fut complet. En quittant Rome après sept années de labeur, il pouvait s'écrier : * J'emporte avec moi ma récompense , la victoire du Christ et la paix de l'Ëgliae. »
Lorsque Abélard , Amauld de Brescia et Gilbert de la Porrée troublèrent, quelques années plus tard, parleur enseignement téméraire cette paix si chèrement acquise, Bernard se jeta do nouveau dans la mêlée avec toute l'impétuosité de son zèle. Dès la première heure , il entrevit le péril qu'il allait courir, en se mesurant avec un adversaire tel qu'Abélard. Mais rien n'était capable d'arrêter l'élan que lui communiquait sa foi. Il ne s'attarda pas i. considérer la supériorité que l'habitude des joutes dialectiques conférait à son adversaire. Au risque d'être écrasé et foulé aux pieds , il se posa en champion de l'Église menacée.
Ce conflit révéla toute la souplesse de son intelligence. Malgré le dédain qu'il professe pour les subtilités de Platon et les finesses d'Arislole, Bernard manie l'arme de la dialectique avec une adresse merveilleuse. Si les vaines querelles de l'école lui échappent, la vraie métaphysique n'a pas pour lui de secrets. Il n'y entre pas par degrés, après uii long circuit de raisonnements, comme dans un labyrinthe ténébreux , à ta manière des dialecticiens de profession qui trop souvent tâtonnent et s'égarent; il s'y élève d'une envolée, il y pénètre par intuition, grùce à la sûreté de son sens théologique. D'un mol
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GLOIRE rOSTllUHE. 5il
il éclaire les queslioBs , et les plus habiles s'étonnent de le voir résoudre en se jouant des difficullés sur lesquelles ils ont pâli durant de longues années. En un instant l'erreur est démasquée, confondue, et la vérité mise en tout son jour.
Ses adversaires , cependant , ne lui ont pas toujours rendu justice; ils ont lutté désespérément contre ta lumière qui les offusquait. C'est alors que son zèle éclate comme un tonnerre. La résistance opiniâtre, inspirée par l'ignorance ou l'oi^eil , l'exaspère , et l'apôtre , natu- Fellement enclin h la douceur, devient subitement un polémiste terrible. Sa juste colère se répand en véhémentes invectives. Bien qu'il fit profession de prendre pour règle de conduite « la modération, » qu'il appelle excellemment « la guide des vertus, » auriga virtutum (1), il lui arriva plus d'une fois de lâcLer imprudemment les rênes de son indignation. Il ne serait pas impossible de signaler dans ses écrits certains excès de plume, assez semblables à ce qu'on a si bien nommé depuis a les iniquités de la polémique. » Et l'on peut se demander comment cette violence de langage se concilie avec la charité, qui est l'apanage du chrétien. Pour ne rien celer, on a même adressé à l'abbé de Clairvaux le reproche d'orgueil et de haine.
Que Bernard ait été vif, violenl même dans l'expression, il est impossible de le méconnaître; ses amis euxmêmes pourraient en rendre témoignage (2). Mais l'imputation de haine et d'orgueil est une injurieuse méprise : ses écrits respirent de tout autres sentiments, et son âme rend un autre son. Certes, il eut sur Anaclet, sur
(l)in Caniica, Serm. XLI.Y, 5.
(2) Voir, par exemple, la lellre^Sl, adressée à son disciple el ami, l'kbbé Uruno : n Perlurbate loqneris, nescicns quid loquaris, v de.
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Abélard , sur Arnauld de Brescia , des mots à faire trembler. Mais il faut les entendre; ils ne sont pas l'expressioa de vils sentiments qui ne naissent que dans les àmcs égoïstes et vulgaires : ils ne visent que le mal ou l'erreur, incarnés, ce lui semblait, dans telle ou telle personne; ils n'atteignent les personnes elles-mêmes que par concomitance, s'il est permis de s'exprimer ainsi. Le sentiment qui les dicte est aussi pur que vif; c'est encore la charité qui les inspire. Bref, ses baines, si l'on tient à ce terme équivoque, ses haine£ sont une des formes de l'amour. Ce qu'on peut à bon droit lui reprocher, c'est d'avoir été trop porté à taxer de mauvaise foi ceux qu'il croyait dans l'erreur; mais il est clair qu'en cela il était lui-même de bonne foi.
Beaucoup ne connaissent que les éclats de ses éblouissantes colères ; ils ne le voient que dans l'éclair que jette son épée , quand elle s'abat sur les ennemis de l'Ëglise ou sur les violateurs de la morale. Mais cet bonime , si ardent k la bataille et dont les coups portaient si loin, était doux et bon à tous ceux qui l'approchaient. Ses adversaires ont souvent éprouvé les effets de cette infinie douceur qui rendait irrésistible la séduction de sa personne. Il est visible que ses violences étaient toutes i fleur d'àme, toutes dans le geste, dans la voix, dans l'accent, dans le mot; elles n'étaient pas au fond du cœur : ses colères étaient colères de colombe, sans fiel. Ceux qu'il a combattus l'ont senti ; il n'en est guère parmi eux qui lui aient tenu rigueur. II convertit Pierre de Pise; il désarma Pierre Abélard ; Bérenger de Poitiers finit par lui faire une amende honorable. S'il eut des ennemis véritables, le nombre en est restreint (1). La plupart de ceux
[1} u DicilurUmenelinviiloshabui^e, ut hiberel merilum abeis. • Sei-H. Vila, lib. III, cap. tu, n° 27.
GLOIRE rOSTUUMIÎ. 543
qu'il accablait de ses coups se relevaient pour l'embrasser. Tels Suger, abbé de Saint-Denis, Simon, évéque de Noyon, Henri, archevêque de Sens, et jusqu'au roi de France, Louis le Jeune, qu'il avait si rudement traités. Qui oserait dire que ce n'est pas là le triomphe du zèle apostolique?
Bien que son zèle embrassât le genre humain, la tentation de trahir sa vocation monastique pour ag;ir sur un plus vaste théâtre, ne le surprit jamais. H est naturellement défiant de ses forces et de ses lumières. La charge de gouverner les hommes indociles et de démêler les alTaires embrouillées lui cause une invincible peur. Pendant que tout le monde fait appel à sa sagesse, il proclame hautement et sincèrement son inexpérience et son incapacité. « Comment vous adressez-vous i. moi , pauvre moine ? écrit-il au légat Mathieu qui le convoquait au concile de Troyes. Les affaires que vous avez à traiter sont faciles ou difficiles. Faciles, on peut les arranger sans moi ; difficiles, je ne saurais les traiter mieux qu'un autre , à moins qu'on ne m'estime assez habile pour faire des choses qu'un autre ne peut faire. Mais alors. Seigneur mon Dieu , comment avez-vous souffert qu'on mit sous le boisseau une lampe qui pouvait luire sur un candélabre, et fait un moine caché dans un cloitre d'un homme qui est si nécessaire au monde, que les évêques ne peuvent traiter leurs affaires sans lui (1)? »
Cette défiance accompagna Bernard toute sa vie. Aussi l'ostentation est-elle .le moindre de ses défauts. L'amour des grandeurs , qui est l'ordinaire écueil des hommes d'action, n'effleura jamais son àme. Pour atteindre aux dignités ecclésiastiques il n'avait qu'à tendre la main ; que disje? elles s'inchnaient jusqu'à lui; toujours il les écarta avec (1) Ep. 21.
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un cerlaÎQ sentiment de répngaance , mais aussi par prudence et par modestie. « II aimait mieux rendre des services que d'occuper un rang élevé, » nous dit son biographe ' t). Il redoutait le vertige que les sommets causent parfois aux meilleures têtes. Mais « en refusant de s'asseoir sur le trdne des dignités, dit encore Geoffroy, il mérita de s'asseoir sur le trône des vertus. » Ce fut sa récompense.
Par là, du reste, Bernard demeurait fidèle à sa vocation. En effet bien qu'il semblât né uniquement pourlapostolat, il prit toujours soin de garder sa liberté entière et s'occupa de sa conscience comme s'il n'avait eu d'autre office à remplir ici-bas (2). II n'oubliait pas qu'entre toutes les âmes la première qu'il eût à sauver était la sienne. Il la traitait avec un aussi religieux respect que s'il eût •I porté , nous dit-il (3) , une goutte du sang de Jésus-Christ dans un vase fragile, >< que le moindre heurt pouvait mettre en éclats. C'est pour cela qu'à l'aurore de sa vie , il déserte le sjècle et les chemins battus, où la foule tumultueuse menaçait de le jeter dans des transes perpétuelles. C'est pour cela qu'il abrite sa vertu dans le cloître. La vue du monde et de ses embarras lui donne le fïisson.
Dès les premières années de son séjour à Clairvaux, il se plaint d'élre, « pauvre petit oiseau, sans cesse exilé de son nid, bien que sans plumes encore (4). » Plus tard,
(1) u Semper prodesse studuit, nunquam prxesse sustiouil, > etc. Bera. Vita , lib. 111 , uap. m, tf 8.
(3) a lia scse ornai uni feceral dervum, ac si tolus genitusOrbi : ila laineQ liber ex omnibus, coascienltœ sute curam gerens, laaquam si^ dcditus cgriE et custodiie cordis sui. >■ Bern. fila, lib. 111, tap. tjii. n- 30.
(3) In AdPenlK, Scrm. JII, a' 6,
(4) 1 implnmis avicula, pêne omnj tempore nidulo cisulans, trenlb e xposi ta et turbin i. > Ep. lï.
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GLOIRE l'OSTHUME. S45
quand ses ailes devenues grandes lui permettront de prendre un plus vigoureux essor, ses sorties no seront pas moins TD^quentes, et, souvent encore, plus souvent que jamais, malgré ses plainlos incessantes, il lui arrivera de dormir loin du nid, à la belle étoile, témoin les années H33, 1133, U37, 1145, 1146, 1147. Son âge mûr se consumera de la sorte en grande partie à trahir les espérances de vie solitaire que sa jeunesse avait conçues. Il en viendra à se demander s'il ne trahit pas en même temps sa vocation. Il sera à lui-même une énigme dont il ne saurait déchiffrer le sens. Sa vie lui paraîtra une véritable nionstruosité. « Je suis, écrivait-il, la chimère de mon siècle, n'étant ni clerc ni laïque; car, du moine que conservé- je encore? Si j'en ai toujours l'hahit, je n'en ai guère les mœurs (1), *
Ce jugement, bien que signe de lui, le calomnie singulièrement. Il garda toute sa vie, même au milieu du monde, non seulement l'habit, mais les mœurs d'un moine. Il portait avec lui sa solitude : son âme était un asile inviolable où, malgré le bruit des aiîaires, il savait se réfugier à ses heures et à. sa volonté.
Néanmoins il reste très vrai que, vue de loin et en gros, sa vie offre l'aspect de celle d'un homme d'action et de gouvernement. Suger, ministre officieus de Louis le Gros, et ministre officiel de Louis le Jeune, n'a guère été mêlé davantage à la politique de son temps. Des historiens sont partis de ce fait pour établir entre les deux illustres abbés une comparaison, toute au désavantage du fondateur de Clairvaux. On a placé en regard « du bon sens et de l'énergique habileté de Suger, pour qui l'intérêt de la France dominait tout, » le zèle imprudent de saint
(I) Ep. 250.
Bernurd , qui déchaîna la seconde croisade et provoqua le divorce de Louis le Jeune, i sans se soucier des maat qu'une telle politique allait appeler sur la monarebie (1) » : accusation insoutenable, à notre sentiment. Le fatal divorce de Louis le Jeune eut des causes bien autrement profondes que l'influence de saint Bernard , à peine perceptible dans cette affaire. D'autre part, ou a vu plus baul ce que Suger, aussi bien que l'abbé de Glairvaux, pensait de la nécessité d'une croisade , malgré l'état précaire de la dynastie capétienne. Si le rôle de saint Bernard fut prépondiirant dans les préparatifs de cette expédition , cela tient à l'éminence de sa personnalité. Partout où il parati , il éclipse tout le monde de sa seule présence. Mais pour quiconque ne se laisse pas éblouir, il est manifeste quL' Bernard n'a été, dans cette circonstance, comme en beaucoup d'autres , qu^un instrument docile aux mains <Je l'Ëglise et de la royauté. H n'eut pas toujours, on peut l'accorder, la mesure dans le langage et la prudence dans l'action, qui distinguent les minisires de proression, Suger par exemple. Les finesses de la diplomatie lui échappent. H ne considère que le but à atteindre; et, pour y arriver, il ne connaît qu'un chemin : la droiture. Mais, sauf une fois (2), où l'on surprend sa loyauté en défaut, il n'eut jamais en vue que l'honneur de l'Église et la grandeur de la France capétienne, dont les intérêts lui paraissaient étroitement liés ensemble. En général, dans les affaires politico-religieuses, on ne voit pas que sa politique ait été, ni théoriquement, ni pratiquement , différente do
(1) Luchaire, Institut, monarchiiiues , 2' éd.. Il, 277-281.
(2) Cf. I. II, p. 189; cf. TIera., ep. 217. La bonne fbi de sainl Bernord dans celle affaire n'eat pas en cause- Il crut sûrement ponroir doaaer en conscience le conseil qu'il donnait Hais le procédé, an nrte lieludaliir, nélait pas marqué au coin de ta lojaulé.
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GLOIRE POSTUrNE. 647
celle de Soger. L'estime que ces deux grands hommes professèrent toujours l'un pour l'autre marque, au contraire , chez eux une complète unité des vues (1).
Il n'y a donc pas lieu, ce nous semble, de regretter rintervenlion de l'abbé de Clairvaux dans les aiïaires publiques. S'il fût resté confiné entre les murs d'un cloître , son siècle en eût été moins grand. Nous aurions à enregistrer quelques traités de plus à l'usage des mystiqnes ; le commentaire sur le Cantique des cantiques eut été achevé; mais le spectacle de ce génie merveilleux, éga-, lement propre aux affaires et au repos , aussi grand dans l'action que par la pensée, nous eût été refusé, et l'histoire de France aurait une belle page de moins.
A coup sûr, ou peut dire qu'il n'a pas songé A écrire cette page : la vanité n'eut jamais de prise sur lui. Au milieu de l'action, il ne songeait qu'à bien faire et à vaincre; son labeur achevé, il rentrait au plus tôt dans l'ombre du cloitre, d'où il n'aurait jamais voulu sortir. Bien différent en cela de tant d'hommes d'État, qui trouvent un ennui mortel dans le repos après lequel ils soupiraient quand ils étaient aux affaires , Bernard goûtait vraiment les charmes de la solitude et sut les estimer à leur véritable prix. C'est qu'il était un moine d'habitude , aussi bien que de vocation , « moine jusqu'au cou , » comme parle Lacordaire, moine jusqu'à la moelle des os, s'il est permis de s'exprimer ainsi.
La voix du Maître : « Que celui qui veut venir après moi se renonce lui-même, porte sa croix chaque jour et me suive, » n'avait pas été pour lui un vain appel. Entre les monastères qui pouvaient abriter sa vie pénitente, son choix fut vit« fait : le plus sévère obtint ses préférences.
(l)Cf. t. II. p. 505.
i>48 VIE DE SAINT BERNARD.
Il enferma sa liberté dans la Règle cistercienne, qui, outre l'ombre et la paix, lui promettait la plus grande somme de sacrifices à accomplir. Aucune douleur physique on morale, nous l'avons vu, ne fut à l'épreuve de son courage. Durant quarante ans, il tint son àme et son corps te accablés, anéantis, sous la rude loi de souffrir, » comme parle Bossuet. Aux mortifications qu'imposait la Bêgle, il ajoutait, quand il pouvait, des pénitences particulières. C'est ainsi qu'il porta un cilice en secret durant plusieurs années; il ne l'ôla que pour ne pas scandaliser ses frères en se singularisant ^1). Dans son désir d'imiter le Sauveur, il courait k la souffrance avec plus d'ardeur que d'autres ne vont aux délices. Il continuait la lignée de CCS hommes étranges qui, depuis le Calvaire, forment, autour du Christ crucifié, non seulement une cour d'adorateurs fidèles, mais une école d'imitateurs héroïques. Dès sa jeunesse, il avait contracté la pieuse habitude de faire, comme nous dirions aujourd'hui, son chemin de croix , méditant les mystères douloureux avec une dévotion chaque jour plus ardente, et les imprimant dans son cœur à force d'amour. « Mon bienr-aimé est iimoi, disait-il, comme un faisceau de myrrhe. » A quelle hauteur de mysticisme l'éleva cette méthode d'oraison, ses sermons sur le Cantique des cantiques le disent assez. Nous y voyons comment le Verbe le payait de retour, en versant dans son âme altérée les ivresses de l'amour divin. « J'aime, parce que j'aime, disait-il, et j'aime pour aimer. L'amour est à lui-môme sa récompense (2). » On raconte qu'un jour, pendant qu'il adorait en extase le crucifix, le Christ, détachant de la croix ses mains percées, les lui passa autour du cou et, l'attirant à soi, le pressa
GLOIRE rOSTnUME. 349
longuement sur sa poîlrine. 11 est permis de ne voir dans cette anecdote qu'une pieuse légende (1); mais elle exprime sûrement mieux qu'aucun autre symbole l'union mystique de Bernard avec l'Homme-Dieu. Plus tard, on racontera le même miracle au sujet de saint François d'Assise.
Pra Angelico eut l'heureuse idée de grouper au pied du cruciQx, dans une peinture célèbre, les plus illustres amants de la croix que le moyen ftge ait enfantés (2). L'abbé de Clairvaux y figure au premier plan ù cdté de saint François d'Assise. Ce sont peut-être les personnages les plus frappants du groupe. Sur le visage amaigri de François frémit un amour d'une telle intensité, que l'on croit voir la compassion en personne. La main droite que le saint porte à sa tête, comme pour la soutenir, n'ajoute rien à l'expression poignante de ce sentiment. Jamais la peinture n'a mieux rendu la souffrance morale d'un amour à la fois humain et surnaturel. En saint Bernard, qui presse l'Évangile sur son cœur et tend vers le Christ ses yeux ardents, l'angoisse est moins sensible, elle paraît plus concentrée; on sent qu'elle part d'une âme blessée qui veut se taire; le visage n'en a qu'un reflet; elle éclate surtout dans la fixité du regard. Ces diverses attitudes répondaient-elles dans la pensée du peintre à deux états réels, qu'il essayait de traduire parle dessin? On peut le Supposer, Les deux états offraient , au fond , une touchante ressemblance. Les stigmates que l'ange de l'Alverne avait imprimés visiblement sur les membres souffrants de saint François d'Assise revivaient dans la mémoire de Fra An-
H) Bre». Fila, lih. VU, cap. vu, n» 10; eslrnil de VExordium ^lagnuin. L'aulear invoque le lémoignage de Hénard, abbé de Mores, lequel tient le miracle d'un religieux dont il lait le nom.
(2) Fresque de lu salle capitulalre de Saint-Marc Je FlorenM.
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geWco, quand il peinait sa fresque. Saint Bernard n'avait pas connu les âpres joies du ménae cruciliement; la méditation du mystère de la Passion n'avait produit en lui que des plaies invisibles. Mais quiconque eût soulevé le voile de son corps eût sûrement aperçu au fond de sop âme, gravées par un mystérieux séraphin, comme des stigmates sacrés, les douces blessures de l'amour de Jésus, xuaoe vulnus amoris (1).
Aucune image plus vive du Christ souffrant ne parut au douzième siècle. Aussi, je ne sais quoi de céleste et de surnaturel rayonne-t-il sur son front et déborde de tout son être. Déjà ses contemporains, attirés par le parfum de sa piété, saluent en lui « un ange de Dieu, » « un horame de Dieu , » angelm Dei, Homo Dei. Sûrs de sa puissance, ils lui demandent avec une confiante simplicité laguérison de leurs malades, et ils voient sans élonnement la vertu divine découler de sa personne sacrée. Kn mille endroits, nous dit-on, mais surtout en Italie, en Languedoc et sur les bords du Rhin, les miracles naissent sous ses pas, comme des fleurs au printemps; tous les lieux par où il passe en sont embaumés. A sa voix, les boiteux se redressent, les paralytiques se lèvent et les aveugles voient. De la sorte , à l'auréole du saint s'ajoutait par surcroît la gloire du thaumaturge.
Les hommes les plus éminents , aussi bien que le menu peuple , rendent témoignage de ses œuvres (2) et s'inclinent devant sa vertu. Cependant les hommages empressés qu'il reçoit ne portent pas atteinte ù sa modestie. Nous n'oserions affirmer qu'il crut à la réalité de tous les
(Ij In Canlka . Serin. XXIX , 8.
(3) Outre les preuves ci léea (l. I, p. xiv-xL),cf. une épitre de latrhidJacre de Chdlons (inter Bernardinas, ep. 4S2,] et le ténMignage du cardinal évéque d'Albano {Berit. Vila, lib. II, cap. m, n" 18-19).
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miracles qu'on lui attribue; néanmoins il est certain qu'il eut foi à l'authenticité de quelques-uns (1). Celte conviction n'altérait aucunement son habituelle sérénité. S'il ne lui répugnait pas d'admettre qu'il pût être entre les mains de Dieu un instrument utile, l'œuvre sainte achevée, il avait soin d'en reporter la gloire à l'auteur véritable, au Souverain Maître des hommes et des choses, à qui seul la nature entière obéit. Un jour, comme on citait devant lui avec admiration un exorcisme accompli dans l'abbaye de Bellevaux au moyen d'une étole qu'il avait portée, il interrompit cette flatterie indiscrète par un mot de douce et fine ironie : « Eh quoi ! dit-il , nous étions deux contre un ; avec un aide tel que moi , il eût été bien surprenant que Dieu ne fût pas venu à bout de chasser le démon [2) ! » Une autre fois il se confondait intérieurement en actions de grâces, au souvenir des miracles qu'il avait accomplis. Mais un point obscur tourmentait sa pensée : » Comment, dit-il à ses disciples, Dieu s'est-il servi d'un homme tel que moi pour opérer de semblables merveilles? D'ordinaire les vrais miracles sont l'œuvre des saints, les faux miracles l'œuvre des hypocrites. Or, il me semble que je ne suis ni l'un ni l'autre. " Personne n'osait exprimer la réponse qui était au fond de tous les cœurs et qui eût offensé sa modestie. Soudain il crut avoir trouvé le mot de l'énigme, a Je le vois, ces miracles ne sont pas les signes de la sainteté, ils ne sont qu'un moyen de gagner les âmes. Dieu les a faits, non pour me glorifier, mais pour édifier le prochain. Entre ces miracles et moi, il n'y a donc rien de commun (3) ». Sa piété était rassurée. Ce sentiment d'humilité ne l'abandonnait jamais.
(l)Cr. t. l,p. xxxvnc.
(2) Bern. VUa, lit». IV, cap. i, n° 7.
(3} Bern. Vita, lib. III, cap. vu, n" 10.
Plus on voulait l'élever, plus il s'abaissait; « sa propre gloire, nous dit-on, lui causait ua véritable efTroi (I), » En voyant venir l'éloge, it se dérobait en quelque sorte , il disparaissait à ses propres yeux et essayait de se rassurer contre le péril de la vanité , en se Ilgurant que l'hommage rendu à sa vertu s'adressait à un autre que lui (2). Un temps devait venir oii l'Église honorerait tant de mérites, rehaussés par tant d'humilité, en les proposant à l'imitation de ses enfants. Le saint fondateur de Clairvaux avait sa place marquée sur les autels. Au lendemain même de sa mort, ses disciples lui préparèrent cette glorification. Dès 1155, nous l'avons vu, les pièces de sa canonisation étaient prêtas. Il fallut cependant attendre huit années, avant de trouver une occasion favorable pour introduire la cause à la cour de Rome. Alexandre III, de séjour à Paris, écouta d'une oreille complaisante la requête des abbés cisterciens; et il eût sûrement inscrit le fondateur de Clairvaux au catalogue des saints pendant la tenue du concile de Tours, en mai 1163, si d'autres demandes de même nature, auxquelles il ne pouvait faire droit, ne l'eussent contraint d'ajourner sa décision, pour éviter le scandale et faire taire la jalousie. Enfin, le 18 janvier 1174, parut la bulle de canonisation si ardemment désirée. Le souverain Pontife, par une attention délicate, la notiûa en même temps à Gérard, abbé de Clairvaux, à tous les abbés de l'Ordre cistercien, aux archevêques, évêques et abbés de l'Église de France, et enfin au roi Louis le Jeune. Nulle mention n'y est faite des miracles de saint Bernard; mais sa foi, sa religion, la pureté de sa doctrine, les mortiûcations qui font de sa vie un long
(I) «PaTebatilleglarûminaai. u Gsiifiidi Sermo,H\gae, CLXOV, p. 679, n" 9.
{2) Bern. VHa, lib. lU, cap. m, n° 2ï.
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martyre, y sont expressément rappelées et proposées comme exemple. De telles vertus, remarque Alexandre III, honorent tout le royaume de France, en même temps qu'elles contribuent à la gloire de Dieu et à l'exaltation de l'Église (i) 1 C'est une gerbe de lumière qui jette sur le douzième siècle un incomparable éclat.
Coup d'ceil sur le culte de aaint Bernard.
Le monastère dont ces vertus formaient plus particulièrement le patrimoine devint le centre du culte rendu alors à saint Bernard. Lorsque la nouvelle de sa canonisation parvint à Clairvaux, les religieux étaient occupés aux apprêts de la dédicace de leur église, qui venait d'être augmentée d'une abside avec neuf chapelles rayonnantes. La date de la cérémonie fut fixée au 13 octobre de la même année 1174. Il fallut exhumer les restes du saint fondateur. Son corps fut levé de terre, selon les usages liturgiques (2), et, en attendant qu'un tombeau digne de lo recevoir fût édifié, on le déposa dans une cellule, à l'entrée du transept de l'église, près de la porte qui communiquait avec le cloître (3).
Quatre ans plus tard , eut lieu une seconde élévation du corps saint, plus solennelle que la première. On le transporta dans un tombeau construit par les soins de l'abbé
[I) JalTé, Regesla, a" I2328-15ÎÎI-, Migne, t. CLXXXV, p. 622-fia5. . (2) Ckron. Ciaravall., ad aan. 1174. Sur la date, 13 octobre, cf. noie de Mabillon dans Higne, t. CLXXXIIl, p. 513, note 79 bis.
(.1) Sar cette cellule, voir les [ex tes dans Gaignard (Lettre à Montaleinberl, p. 1670, note 11), qui n'en saisit pas le rérilable sens. I.alore [Reliques des trois tombeaux saints, p. 10) est esncl.
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Henri, derrière le maître autel [1). Ce monument, selon les descriptions qui nous en restent, était de pierre couleur de porphyre et surmonté d'un édicule en marbre, reposant sur quatre colonnes i2). En avant se dressait an autel sur lequel, nous dit un visiteur de 1317, on plaça « Vymaige de M*' sainct Bernard, fait sur le vif, incontinent après son irespas; et avoit le visaige, à veoir la dicte ymaige, magre et contemplatif (3), »
Les saintes reliques furent traitées avec un religieux respect. On ne songeait pas encore à les entamer, pour contenter l'avidité de la dévotion populaire. L'abbé Henri <.'n détacha seulement un doigt, qu'il oITrit au roi d'Angleterre, en reconnaissance de ses bienfaits (4). Le corps saint demeura entier jusqu'au quatorzième siècle. Sous le gouvernement de l'abbé Jean d'Aizanville (1330-1348), la tête fut séparée du tronc et déposée au Trésor dans un reliquaire en argent (3). En 1633, t'abbé Claude Largentier ouvrit à son tour le tombeau vénéré et enleva l'os sacrum dont il lit hommage à la République de Gênes (.6). Mais cent soixante ans plus tard, le corps de saint Bernard prit la route de l'exil et finit par perdre son authenticité. Le monastère de Ciairvaux, mis à l'encan le 13 janvier 1792, avait été acheté par un architecte de Bar-sur-i\ube. Une verrerie fut installée dans l'église.
(1) Liber sepukki-orttm , dans Migne, t. CLXXXV, p. lâSÎ.
{!!) Ibid.; DJdvon, Annales arehéol.. lU, 226; MégUnger, lier Cislerc, n° 55.
[3)Didron, Annales arcliéolog., III, 226. Sur l'a ulheolicUê de cette image, voir Appendice au tome premier.
(4) Henrici Ep., dans Migne, t. CLXXXV, p. 627 -618) d. Liber lepulcbTorttm, ibid., p. 1353. Le roi d'Angleterre rournit la somme nécessaire pour coarric l'ëgUse de Ciairvaux en plomb.
(5) Cf. Guigiiard, Lettre à Monlatemberl , p. 1663-160).
(6) Ibid., p. 1678, 1722-1724.