CORRESPONDANCE DE SAINT BERNARD
Au premier rang des documents historiques qui peuvent nous renseigner sur l'abbé de Glairvàux il faut placer sa correspondance. De son. vivant même on se disputait ses lettres, non moins que ses autres écrits. Ce fut vraisemblablement pour répondre au voeu général de ses disciples et de ses amis, dispersés aux quatre coins de l'Occident, que, vers 1115, son secrétaire Geoffroy publia un recueil d'environ deux cent trente-cinq épitres (1). Ce Corpus epistolarum, qui mit les lecteurs en goût des choses bernardines, des Berhardina, comme on eût dit au dix-septième siècle, s'accrut un peu plus tard de soixante à. soixante-dix numéros, on ne sait par quels
(1) Selon M. jaiiffer [Bernard von Clairvaux, I, 186; cf. Brial, Hist. des G„ XV, 542), ce premier recueil comprenait 310 lettres. C'est une erreur. Le Corpus epistolarum de Geoffroy s'arrêtait vraisemblablement à l'épitre ad Romanos, émiQ en 1145, qui porte dans rédition de Mabillon-Migne le n" 243. Pour s'en convaincre, il suffit de comparer les manuscrits 18118 et 17463 de la Bibliothèque nationale à Paris, 242 de Grenoble, 852 de Troyes, 154 de Dijon.
XIV, INTRODUCTION^ . ' vîb;^
soins. Nous sommes loin cependant du chiffre total des ■ • /
œuvres qui composent la correspondance de saint. Ber- i\^y
nard. D'après lés plus récentes publications, le nombre ;/
des épitres connues s'élève à plus de cinq cent trente, y :v-
compris une soixantaine dont l'abbé de Glairvaux lui- [i^
même est le destinataire (1). Et l'on sait par des témoi- . : gnages explicites, non moins que par des conjectures solides, que sa correspondance inédite ou perdue est
fort considérable. Lui-même nous apprend qu'il n'avait ,1 pas l'habitude de laisser une lettre sans réponse (2). Que de lettres à lui adressées ont péri, soit par la faute du
(1) L'édition Migne, qui a pour fonds principairédition de Mabillon de 1690, augmentée par Martène, fournit 495 lettres, parmi lesquelles 37 ne sont pas de Bernard, mais lui sont adressées ou parlent de lui. Des lettres qui portent le nom de Bernard, cinq sont des doublets par suite d'une erreur de Martène; ce sont les épîtres 428, 430, 444, 452, 453 (cf. Migne, t. CLXXXII, col. 626, note 1087). Huit sont apocryphes ou douteuses : épîtres 456, 460, 461, 463-466, 470 Ce déchet est largement compensé par un appoint dé 86 pièces, éditées dans d'autres recueils et ainsi décomposées : 7 lettres de Bernard et 29 de ses correspondants (cf. Kervyn die Leltenhove, Bulletin de V Académie royale de Belgique, 2" série, t. XI, n° 2; t. XII, n** 12; Hiiffer, Der heilige Bernard, I, 187). Ce recueil ainsi grossi comprendrait 508 lettres authentiques, auxquelles il faut ajouter une lettre éditée par les Études religieuses des, VèTQS Jésuites (juin 1894); 24 lettres -r- 20 de Bernard et 4 de ses correspondants— - découvertes et publiées par M. G. Hûffer {Der heil. Bernard, I, 228-237)'. Pour plus de détails sur ce point, cf. Hûffer, ibid., I, 184-237. M. Georg Htiffer nous promet quelques autres lettres encore. Citons, en attendant sa publication, une épître de Bernard ad gentem Anglorum pour la croisade, Biblioth. nation., fonds latin, Ms. 14845, p. 287"- 288'*; une épître à l'archevêque et au clergé de Cologne, môme sujet, bibliothèque de Munich, Ms. 22201, fol. 257; une épître aux abbés de son Ordre réunis à Cîteaux, Neues archiv, V, 1888, p. 459.
(2) « Non fuit meae consuetudinis hactenus nolle respondere hominibus etiam pusillis. » Ep. ad episcop. Wormat,, ap. Kervyn de Leltenhove, loc. cit.; tirage à part, p. 13.