CRITIQUE DES DOCUMENTS. . 'XV
temps, soit par celle des religieux de Glairvaux qui, tout adonnés à la piété, n'attachaient qu'une médiocre importance aux écrits d'un intérêt purement historique! En tenant compte de cette perte, à jamais déplorable, le docteur Georges Hûffer ne craint pas d'évaluer la- correspondance totale à un millier de lettres, tant de Bernard lui-même que de ses correspondants. Après les fouilles opérées en ces derniers temps dans les archives publiques et privées, il n'est guère probable que l'on découvre encore un trésor important d'épi très inédites. Toutefois, telle qu'elle nous a été conservée, la correspondance de l'abbé de Glairvaux est déjà plus volumineuse que celle d'aucun de ses contemporains, moine, évêque ou homme d'État. A part peut-être les Chroniques, c'est la mine la plus riche que nous possédions pour l'histoire du second quart du douzième siècle.
Et d'abord, mieux qu'aucun autre ouvrage, ce recueil' nous fait connaître Bernard lui-même : une lettre, on le sait, est toujours le plus fidèle miroir d'une âme ardente, sincère et spontanée. Bernard dicte ordinairement sa ; correspondance. Dans les premiers temps de son ministère abbatial, c'est Guillaume, futur abbé de Rievaulx, qui tient parfois la plume. De 1140 à 1145 et plus tard encore il eut pour secrétaire, notariusj Geoifroy, disciple converti d'Abélard; et de 114S à 1151, le fameux faussaire Nicolas, conjointement avec quelques autres religieux (1). Il peut se faire que ces collaborateurs trahissent sa pensée et la dénaturent; mais de tels cas sont rares : cela n'arrive qu'en temps de presse, lorsque le thème
{i) Bern. Vita, lib. I, cap. xijn" 50. Bern., epp. 387, 389; Nicolai, ep. 10, ap. Migne, t. CLXXXIII, p. 27, n» 42.