‹ Vie de Saint Bernard, abbé de Clairvaux [microform]Chapitre 21 sur 118 · CRITIQUE DES DOCUMENTS. XXVII · texte numérisé non relu

CRITIQUE DES DOCUMENTS. XXVII

\ ' tout imprégné . Nul doute à leurs yeux que Vabbé de Clair-

■ vaux ne soit un saint. On ne s'étonnera donc pas qu'ils

se soient plu à constater historiquement que leur maître

bien-aimé fut entouré, non seulement de tout le prestige

de la vertu, mais encore de celui des miracles.

Et ce n'est pas là, comme on pourrait être tenté de le penser, un cercle vicieux, fruit d'une aberration d'esprits étroits et de cœurs ardents, qui conspirent à tromper autrui et à se tromper eux-mêmes. Les disciples de saint Bernard n'ont, si je puis m'exprimer ainsi, canonisé leur maître qu'à bon escient. Il y avait longtemps qu'ils étaient témoins de faits d'un caractère surnaturel, quand l'idée leur vint de recueillir pour leur édification mutuelle ces miracles, qu'ils estimaient être des preuves incontestables de sainteté.

Le premier recueil de ce genre est la lettre de Geoffroy, écrite au cours du voyage de Bernard dans le Languedoc et destinée primitivement aux seuls religieux de Clairvaux (1). Le succès de cette œuvre détermina l'apparition de toute une" littérature bernardine. Le Corpus epistolarum et les Fragmenta de Geoffroy la suivirent de très près, comme nous l'avons dit. Mais le plus curieux spécimen qui nous reste de ces contributions à la biographie de saint Bernard est un recueil de notes, rédigées au jour le jour, pendant une période de près de quatre mois, et ' intitulées : Historîa miraculorum in itinere germanico patratorum (2). C'est un récit, en trois livres, des miracles accomplis par l'abbé de Glairvaux sur les bords du Rhin en 1146-1147, à l'occasion de la prédication de la croisade.

(1) Migne, t. CLXXXV, p. 410-415.

■(2) Migne, t. CLXXXV, p. 370-410.

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De Francfort à Constance et de Constance à Spire, Bernard avait été accompagné par l'évêque Hermann de Constance et son chapelain Ébrard, par les abbés Frowin de Salmansweiler et Beaudoin de Châtillon, par lés moines de Clairvaux, Gérard et Geoffroy, par l'archidiacre Philippe de Liège, par les clercs Othon et Françon et enfin par le célèbre chanoine de Cologne, Alexandre. Ces dix témoins de sa vie intime, qui pendant le voyage avaient toujours eu leups tablettes à la main, scjiedula, conçurent l'idée de mettre, avant de se séparer, leurs notes en commun, pour les envoyer an frère de Louis le Jeune, alors moine à Clairvaux. Dès le 3 janvier 1147, un messager quittait Spire, emportant avec lui le précieux manuscrit qui forma plus tard la première partie du Liber Miraculorum [i).

Yers le 18 janvier, le second livre qui comprend le récit du voyage de Spire à Liège fut rédigé à Liège même sur le modèle du premier et adressé non plus aux religieux de Clairvaux, mais au clergé de Cologne, en souvenir des miracles que le saint avait opérés dans cette ville pendant trois jours. Parmi les auteurs du document figurent de nouveaux personnages : Dietrich, abbé de Vieux-Camp, et Évervin, prévôt de Steinfeld, un moine du nom d'Evrard et le prêtre Volkmar, du diocèse de Constance. L'évêque de Constance et son chapelain, aussi bien que les deux abbés Beaudoin et Frowin, ne paraissent plus; l'abbé de Clairvaux les avait probablement quittés à Spire. Alexandre, Othon et Francon, qui l'ont suivi de Spire jusqu'à Liège, ne se retrouvent pas davantage parmi les interlocuteurs du récit. Comme pour la rédaction du

(1) Migne, p. 373-386; cf. p. 387; Martène; Thés. Anecd., ï, 399.

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