‹ Vie de Saint Bernard, abbé de Clairvaux [microform]Chapitre 40 sur 118 · CRITIQUE DES DOCUMENTS. I^III · texte numérisé non relu

CRITIQUE DES DOCUMENTS. I^III

santé une figure qui commandait l'admiration, on en aura altéré le caractère. Représentez-vous un tableau de Raphaël placé à portée de la foule et soumis à sa critique; La netteté du dessin, l'unité du plan, la pureté des lignes, la suavité des tons ne sont pas choses qui frappent un spectateur dénué de sens artistique. S'il lui était permis de prendre un pinceau et d'en user à son gré, nul doute qu'il ne s'empressât de rehausser les traits de la physionomie par des couleurs plus éclatantes, sauf à en troubler l'harmonie. Tel a été le travail de la crédulité sur la sublime figure du fondateur de Glairvaux. Le surnaturel étant un signe particulier de la sainteté, des admirateurs imprudents s'en sont servi comme d'une couleur pour plaquer, si je puis m'exprimer ainsi, l'image du saint dont ils étaient épris. Procédé naïf et dangereux à la fois : car ce qui allait charmer le vulgaire devait choquer les connaisseurs, et les détourner de la contemplation d'un réel chef-d'œuvre sorti des mains de Dieu.

En pareil cas, quel est le devoir de la critique? C'est, à ce qu'il nous semble, de ne pas dédaigner et condamner sans examen un tableau chargé de retouches maladroites. La science aujourd'hui, si riche en ressources, ne fournitelle pas un moyen sûr de retrouver sous le badigeon les couleurs primitives de l'œuvre d'un grand maître? Il suffit qu'elle en soupçonne l'authenticité, pour qu'elle la soumette au lavage et lui applique ses réactifs. Ainsi devons-nous procéder quand il s'agit d'histoire, et surtout quand il s'agit de l'histoire d' un homme illustre. Les traits et les couleurs qui ont été ajoutés après coup à son portrait authentique disparaîtront aisément sous l'action d'une critique prudente.

Le danger, en une besogne si délicate, c'est d'enlever,

Page 1