LU INTRODUCTION
fer. Par amour du surnaturel, on matérialisera les faits les plus immatériels de sa vie intérieure; Les statues de Spire et d'Afiligliem, devant lesquelles il récite l'Ave Mana, se pencheront affectueusement vers lui pour lui dire à leur tour \ Am, Bernarde.JidXiS, l'excès de sa tendresse materneïlie, Marie ne se bornera pas à le remplir d'amour divin : elle descendra de son trône, et, s'approchant de lui, le nourrira de son lait. Pendant l'affaire du schisme d'Anaclet II, le diable prendra, pour lutter contre l'infatigable apôtre, une forme herculéenne, et brisera, d'un coup d'épaule, au passage des Alpes, la roue du char qui le porte. Mais Bernard parle en maître. Il condamne le brigand d'espèce nouvelle à servir lui-même de roue. Et le malin esprit, victime de sa propre ruse et de l'attentat qu'il vient de commettre, égayé par ses culbutes la foule témoin de sa mésaventure. Toutes ces légendes (1) et tant d'autres du même genre séduiront par leur originalité les esprits crédules. Et, quand l'art qui donne aux choses purement imaginaires une sorte de corps et de réalité, les aura consacrées, comme il fait de: tout ce qu'il touche, il deviendra difflcile de dissiper l'équivoque qu'elles auront créée dans l'opinion du vulgaire. LeP.Pien discutera sérieusement au dix^huitième siècle leur authenticité, et devra démontrer, à grand renfort d'arguments, qu'elles ne sont que des symboles (2),
L'histoire de saint Bernard aura subi, de la sorte, un véritable travestissement. En voulant rendre plus impo-
(1) Migae, t. CLXXXV, p. 894 et suiv.-, cf. col. 1800. Hyacinthe Langlois, dans son Essai sur la Peinture sur verre (Rouen, 1832), signale un vitrail de l'église de Cpnches (Eure) qui représente le diable traînant sous forme de roue un char qui porte saint Bernard.
(2) Migne, col, 874 et suiv.