I. Waduing, Appar. ad Annal. Minor., ;', 4. n
été rapporté à son heureuse mère et déposé dans ses mains, un nouvel étranger se présenta qui sollicita vivement la faveur de le voir et de Fembrasser; lorsqu'il l'eut obtenue, il le prit doucement, le baisa et fit le signe de la croix sur son épaule droite; puis, levant les yeux au ciel, il dit d'un ton solennel : « Sachez que cet enfant sera grand devant Dieu et qu'il atteindra un tel degré de sainteté qu'il méritera d'être placé au rang des hommes les plus parfaits. Les démons le poursuivront; ayez donc soin qu'il ne devienne pas leur proie par votre faute. » Et pendant qu'il remettait l'enfant à sa place, il ajouta : « Aujourd'hui sont nés dans cette ville deux enfants, l'un, celui que je tenais, sera un grand saint, et l'autre deviendra un grand pécheur (i). » Puis il disparut.
Quels tressaillements de joie aura suscités cette prophétie dans le cœur de Pica et de quelles espérances son âme aura-t-elle été inondée ! Au surplus, toutes les mères, alors même qu'aucune prophétie ne leur présage de grandes choses pour leurs enfants, se livrent aux plus joyeuses espérances (2).
1. Très socii, ci, édit. Pisaur. i83i. — Le Codex Vaticanus porte : « Hodie in isto vico duo pueri nati sunt, quorum unus, scilicet iste, de melioribus, alter vero de peioribus mundi erit. » Les adversaires du Fr. Elie, que nous apprendrons à connaître plus tard, pressentent déjà dans cet enfant le futur novateur, bien qu'Elie ne soit pas né à Assise.
2. Les plus anciens biographes de François ne disent rien des deux premiers étrangers qui auraient apparu à sa naissance et à son baptême. Notre garant pour cette
ORIGINE, NAISSANCE ET BAPTEME
Le lecteur peu familiarisé avec la vie de notre Saint, serait porté à croire que Tenfant reçut au baptême le nom de François. Il n'en fut rien. Aucun saint n'avait encore porté ce nom, et, par conséquent, il ne pouvait lui être imposé. Comment donc lui fut-il donné, et quel est celui qu'il reçut au baptême ? Quant au nom de François, quelques biographes prétendent qu'il l'aurait reçu plus tard, à cause de la facilité avec laquelle il maniait le français. Cette allégation est à peine fondée, les Trois Compagnons le remarquent expressément : le Saint aimait à parler le français, toutefois il ne le parlait point avec perfection, facilité et pureté (i). D'où vint donc le nom de François? Les mêmes Compagnons rapportent qu'à son retour de France, Bernardone avait éprouvé une joie inexprimable lorsque 'Pica lui avait présenté et mis dans les bras l'enfant, gage de leur affection et de leur
circonstance est Wadding, il mérite toute notre confiance comme annaliste consciencieux; cependant il n'a écrit que d'après la tradition et d'après les auteurs postérieurs à cette tradition. Nous ajoutons foi à la tradition locale passée tout entière dans les croyances du peuple catholique, ainsi qu'aux apparitions, mais sans leur attribuer une valeur historique autre que celle de la légende. En revanche, le récit de l'apparition de l'étranger après le baptême mérite toute créance, car il provient d'un contemporain de François, Nicolas d'Assise, gardien à Spolète, qui l'apprit de sa mère Marguerite, parente et amie intime de Pica. — \'oir là-dessus xict. S. S., Oct., t. II, p. ,^x58.
I. « r.ibenter lingua gallica loquebatur, licet ea recte loqui nesciret. » (VVe.s socù". c. i. n. lo.) A cette épdljue la langue française était très usitée dans les jeux et les tournois.
fidélité conjugales. En souvenir de l'heureux événement, qui avait eu lieu durant son voyage en France, il aurait donné à son fils le surnom de Francesco ou François.
Le nom véritable du baptême fut celui de Jean-Baptiste (i). Ainsi l'avait voulu Pica, par vénération pour ce Saint, que François, durant sa vie, honora lui-même beaucoup.
Jean! combien ce nom convenait à François qui, ainsi que le précurseur, s'efforça d'attirer les âmes à Jésus-Christ, en prêchant de parole et d'exemple la pénitence. Combien, à cause de cela, nous aimerions à lui donner ce nom ! Cependant combien par ailleurs nous regretterions que le nom de François ne figurât pas au catalogue des saints, puisque le héros du Christ Fa sanctifié et que l'Eglise Ta approuvé ; sous ce nom, de grands saints ont marché dans le chemin de la perfection, des princes et des rois s'en sont parés : aussi François reste et restera le nom de notre Saint.
I. Très socii, c. i, n. i. « loannes prius vocatus est a matre, a pâtre vero tune redeunte a Francia, in cuius absentia natus erat. Franciscus est postmodum nominatus. ■> Il ressort de Thomas Célano {Vita II, p. I, c. i) que Jean- Baptiste fut le nom complet de François. Il dit expressément que Pica ressemble à sainte Elisabeth, « tam impositione nominis ad filium, quam et spiritu prophatali », et de François lui-même, il raconte que pour la fête de saint Jean-Baptiste, « super omnium sanctorum festum ducebat, cuius dignitatis nominis mysticœ virtutis impressit sibi vestigium ». Cf. etiam Bernard a Bessa. de Laudihus S. F., c. i.