CHAPITRE XII
principes et méthode du saint pour l'admission et l'Éducation des frères
Sous ce titre, nous introduisons dans la « Vie de saint François » un chapitre qui ne peut trouver qu'ici sa vraie place.
Les novices et les jeunes religieux sont dans un Ordre ce qu'est l'enfant dans une famille. Pour que la famille soit, il est nécessaire que les parents élèvent leurs enfants pour Dieu et la religion ; il en est de même dans les instituts monastiques.
Considérons donc François comme éducateur; et de plus examinons les principes suivant lesquels il recevait les jeunes Frères, et la mé-. thode qu'il appliquait pour leur formation.
Il savait combien le choix des novices est d'une grande importance. C'est pourquoi il se réserva pendant longtemps le droit de prononcer leur admission. Ce ne fut que peu à peu qu'il délégua ce pouvoir aux provinciaux, en leur donnant, à ce sujet, d'admirables instructions dans les divers chapitres. La première condition exigée d'un candidat était la vocation. Sans vocation surnaturelle, il ne peut y avoir de vrai religieux. Aussi redoutait-il la multitude des candidats, et avertissait-il qu'il ne fallait pas se fier à tout esprit ni admettre
tous ceux qui se présenteraient comme appelés.
Parlant à ses disciples de la circonspection et de la prudence qu'il faut apporter dans le choix des novices, il leur dit ces belles paroles : « Afin que nous soyons reconnaissants envers Dieu de toutes ses grâces , et que vous sachiez comment vous devez vous comporter avec vos Frères aujourd'hui etplus tard, comprenez bien la vérité des choses futures. Actuellement, au début de rOrdre, nous recevons des pommes exquises qui sont douces et agréables au goût ; mais, plus tard, on nous en oiïrira d'autres moins savoureuses et même d'amères ; finalement, on nous en proposera qui ne pourront être acceptées par personne, quoique leur aspect extérieur et leur parfum soient pleins d'attrait. Le Seigneur, ainsi que je Tai prédit, permettra que vous deveniez nombreux ; mais, à la fin, il nous arrivera comme à un pêcheur qui jette son filet dans Teau et prend une grande quantité de poissons ; il les met dans sa barque, mais comme il ne peut les garder tous, il choisit les plus gros et les meilleurs, et rejette les autres dans l'eau (i). »
Le Saint voulait qu'on usât de toute prudence pour le choix des novices, et il en donnait luimême l'exemple; en certains cas même, il recourait à un don qui n'est pas à la disposition de tous ; nous voulons parler du discernement des esprits. Un jour, un jeune noble de Lucques