‹ Vie de Saint François d'AssiseChapitre 111 sur 239 · Wadding, Annal. Minor., ad ann. 1219, n · texte numérisé non relu

Wadding, Annal. Minor., ad ann. 1219, n

sa chère pauvreté et qu'il appréhendait pour elle l'infidélité des novices non habitués aux privations et à ]a détresse. Voici à cet égard un exemple :

En Tannée I2i3, pendant qu'il se rendait en Espagne, il arriva à la ville de Monte-Casale, située dans les Apennins. Un jeune noble du lieu vint le prier de l'admettre. François se prit à douter que ce jeune homme, délicat et mollement élevé, pût supporter les sévérités de la Règle, en particulier la pauvreté et le dénuement de toute chose, aussi lui répondit-il qu'il voulait réfléchir sérieusement à sa demande, car la vie que lui et ses Frères menaient devait paraître fort dure à des gens habitués à la mollesse. Le conseil était prudent, mais la réponse du jeune homme fut digne d'un amant de la pauvreté : « Père, dit-il, est-ce que vous et vos Frères n'avez pas la même nature que moi? N'êtes-vous pas formés du même limon que moi? J'espère, avec la grâce céleste, pouvoir, sans trop de peine, prendre sur moi ce que supportent mes semblables. » Sa requête fut donc agréée (i). François aurait repoussé le riche; mais il ouvrit volontiers les portes de l'Ordre au noble admirateur de la pauvreté et de la mortification.

François voulait aussi qu'on accueillît les hommes instruits, parce que le savoir est utile et nécessaire pour la bonne administration des

I, AVadi)IN(;, Aunal. Afinor., ad ann. r2iM, n. ■2{\.

choses saintes, pour la lutte contre Terreur et pour Tavancement de la vertu, mais il désirait que la science fût accompagnée de piété, de pureté et de sainteté. D'après lui (i), la doctrine et la conduite des personnes instruites devaient montrer le chemin de la vérité et de la vertu aux autres hommes, c'est-à-dire aux ignorants et aux égarés. Car de même que la fortune et la noblesse sans lamour de la pauvreté ne produiraient que des mécontentements, et peu à peu ramollissement de TOrdre, de même la science et l'instruction sans Thumilité et sans Famour de la vertu ne donneraient qu'orgueil et suffifisance, et ne feraient que détruire au lieu d'édifier.

11 était surtout d'avis qu'il est bon d'admettre les jeunes gens à la fleur de 1 âge; ils sont plus aptes à se plier à ce qu'ils devront pratiquer dans la suite, et il est utile qu'ils soient soustraits aux dangers du monde avant qu'ils n'en aient la connaissance. Aussi, rien n'est plus beau que d'offrir les premières et plus belles années de la vie (2) à Celui qui appelle à Lui la jeunesse par ces paroles : « Laissez les petits venir à moi (3) » , et qui félicite ceux qui dès leur jeune âge se soumettent à l'obéissance : « Il est bon à l'homme de porter un joug dès sa jeunesse (4). »

Si François agissait avec prudence pour l'ad-

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