CÉLANO, ibid
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à la fois chef et soldat. Il fut chef, car il apprit à des milliers de combattants à remporter la victoire; il fut soldat, car il fut le plus vaillant et le plus courageux à vaincre ses propres ennemis. Il rendit la paix et le bonheur au monde qui avait perdu ces biens par le péché et l'abandon de Dieu.
Ce fut ainsi que François répondit au vœu du Pape et de la Règle, qui lui imposaient le devoir de prêcher ; il prêcha la pénitence : c'était une condition essentielle de son Ordre, et ce fut par cette particularité — de même que par un absolu dénuement — que FOrdre se distingua des anciens instituts. Tandis, en effet, que ceux-ci vivaient davantage pour eux-mêmes, dans une vie contemplative, en s'occupant du service divin et de travaux scientifiques, les fils de François devaient, parleur activité apostolique, se rendre utiles à TEglise et aux fidèles; ils devaient encore, à Texemple du Christ et des apôtres^ unir la vie active à la vie contemplative. Ce qui ne veut pas dire que les anciens Ordres n'ont rien fait pour l'enseignement de la parole divine. Au contraire, l'Ordre de Saint-Benoît, rOrdre de Saint-Bernard et d'autres, mais particulièrement le premier, par leur zèle apostolique, ont rendu et rendent encore des services signalés à TEglise catholique. Toutefois cela ne résulte pas de leurs Règles, mais plutôt de leur zèle pour la gloire de Dieu et le bien des âmes, et aussi de certaines circonstances particulières.
l84 VIE DE SAINT FRANÇOIS D'aSSISE
François cependant ne fit de si grandes choses qu'avec le concours de ses disciples. Conformément aux prescriptions du Pape, il choisit les plus capables pour la prédication et leur enseigna avec soin la manière d'annoncer la parole de Dieu. Ainsi, il ordonna à Fr. Bernard de parler devant les Frères assemblés. Bernard obéit et prêcha avec tant de force et d'onction que ses paroles semblaient dictées par le Saint-Esprit. François fit de même avec Pierre de Catane et avec d'autres; et le résultat fut toujours favorable. Par là, il reconnut les disciples doués par Dieu du don de la parole et appelés par lui au ministère de la prédication (i).
Mais l'apparition suivante lui enleva toute espèce de doute. Un jour qu'il exerçait ses disciples à prêcher, Jésus-Christ se montra au milieu d'eux sous la forme d'un beau jeune homme, les regarda avec une tendresse inexprimable et bénit chacun d'eux, ce qui les jeta dans le ravissement. Quand ils furent revenus à eux, François leur dit : « Mes chers enfants! remerciez Dieu le Père et son Fils Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui il plaît de répandre les trésors des grâces célestes par la bouche des hommes les plus simples. C'est lui qui ouvre les lèvres des petits, qui délie la langue des muets
I. Wadding, Annal. Minor., ad ann. 1211, n. 2. — Dans tout ce chapitre nous suivons Tannaliste, sans lequel la liaison chronologique entre ce qui précède et ce qui suit ferait défaut.
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et donne Téloquence aux ignorants. Il a pitié du monde qui s'est abandonné aux péchés et aux vices, et il a résolu, dans sa bonté, de Farracher de Tantique corruption dans laquelle il s'est précipité. Pour détruire Fœuvre de Satan, il nous a choisis, nous chétifs et méprisables prédicateurs, afin que personne ne puisse se glorifier devant lui, et qu'il apparaisse clairement que tout bien vient de lui. Encore qu'il y en ait peu parmi vous qui soient puissants, savants et de haute naissance selon la chair, il vous a pourtant choisis pour ce grand œuvre d'aller partout, afin de le glorifier en paroles et' en actions et de ramener à sa crainte et à son amour ceux qui se sont éloignés de lui par le péché. Ceignez donc vos reins, soyez vaillants, munissez-vous des armes de la foi, demeurez constamment attachés au service de l'Évangile, toujours prêts à vous laisser pousser, comme une nuée, partout où l'Esprit de Dieu et l'obéissance vous conduiront, afin de répandre la rosée de la divine parole sur le sol desséché des cœurs endurcis. Notre-Seigneur ne vous a pas attirés dans cet Ordre pour ne travailler qu'à votre propre salut, dans le calme et le loisir, au milieu de vos parents et dans votre patrie, mais pour que vous portiez son nom et sa foi devant les peuples et les rois. Ainsi donc, pour ne pas retarder l'exécution de sa volonté, nous partagerons demain Tltalie entre nous et, plus tard, nous entreprendrons des missions dans des pays éloignés. > Et, en
effet, le lendemain, il fit la répartition de Fltalie entre ses missionnaires (i).
Il choisit l'Italie comme le premier théâtre de son activité, par amour et par gratitude pour son pays. Mais il avait en cela un autre motif : il voulait pouvoir mieux surveiller ses disciples et se rendre compte, d'après les résultats de leurs prédications, des services qu ils seraient capables de procurer au milieu de nations étrangères (2). C était assurément une manière d'agir très prudente.
Il paraît vraisemblable que tous les Frères quittèrent la Portioncule. Celui qui n'était pas apte à la prédication devait seconder le zèle apostolique de son confrère par le bon exemple et l'union fraternelle, et pourvoir à ses modestes besoins selon les exigences des temps et des lieux. François s'attribua la Toscane pour lui-même et pour le Fr. Sylvestre (3). Grand fut le zèle des Frères dans leurs voyages apostoliques, et la bénédiction de Dieu reposa d'une manière visible sur leurs travaux. Nous ne pouvons résister au plaisir de relater ici quelquesuns des faits consignés par l'histoire.
François arriva à Pérouse et prêcha sur la place publique devant une grande foule. Pendant qu'il parlait, quelques jeunes nobles de la ville prirent le singulier plaisir de s'exercer, tout près de lui, au jeu des lances. Invités par le