‹ Vie de Saint François d'AssiseChapitre 152 sur 239 · I. Wadding, Annal. Minor., ad ann. 1212, n · texte numérisé non relu

I. Wadding, Annal. Minor., ad ann. 1212, n

PREDICATIONS EN TOSCANE IQQ

reconnut aussitôt le malin et en sentit le voisinage, car il fut pris d'une violente tentation. Quelle réponse fit-il au démon et à son propre corps, le frère âne, comme il se plaisait à le nommer? Il se flagella avec une corde jusqu'au sang, puis se roula dans la neige jusqu'à ce qu'il fut tout glacé. La défaite de l'ennemi ainsi que la joie du Saint furent complètes (i).

Au commencement du Carême de 1212, François revint à Assise. Ses concitoyens avaient appris les grandes choses que Dieu avait faites par lui en Toscane. Lors donc que son arrivée fut annoncée, ils allèrent en foule au-devant de lui, et le conduisirent en triomphe dans la ville. On s'estimait heureux de pouvoir toucher ses vêtements, et, chose singulière, François se laissait faire. Fut-ce par orgueil ou par une sorte de dédommagement des humiliations reçues autrefois dans Assise ? Son compagnon paraît avoir eu ces idées ; du moins il ne put s'expliquer la chose. « Père, lui dit-il, ne voyezvous pas ce qui se passe autour de vous ? Ne vous rendez-vous pas compte de ces témoignages de vénération ? Au lieu de les repousser avec une chrétienne humilité, vous paraissez vous y complaire. Cette satisfaction vaniteuse ne devrait pas se trouver chez les serviteurs de Dieu. — Mon Frère, répondit François, voyez et sachez que je rapporte à Dieu toutes ces marques de vénération ; je ne m'attribue rien et

I. \V^\I)DIN(;, Annal. Minor., ad aim. 1212, n. 3. — S. BONAV., c. V, II. (k). (il. G'2.

je ne retiens rien pour moi. Au contraire, je me garde et me fortifie dans le sentiment de mon néant et de mon indignité, de même que les statues de pierre ou les images en bois sculpté ne tirent point vanité et ne s'enorgueillissent pas des honneurs qu'on leur rend, mais restent du bois et de la pierre, tandis que la vénération dont elles sont l'objet revient à ceux qu'elles représentent. Les hommes ne profitent pas peu par ces témoignages, car ils rendent hommage à Dieu et le reconnaissent dans ses créatures, même en moi, la plus misérable d'entre elles (i).» Qu'il est grand, l'homme qui, au sein des honneurs, devient de plus en plus humble ! Au surplus, ce ne fut ni la première ni la seule fois que François accepta sans protestation des témoignages de vénération, et demeura cependant humble. Très souvent, quand il arrivait près des villes et des bourgades, le clergé et le peuple allaient processionnellèment au-devant de lui, les cloches sonnaient, les hommes, les femmes, les enfants et les vieillards le recevaient avec des cris de joie, et en tenant des rameaux à la main ; il lui fallait bénir les malades et les enfants, ainsi que les pains qu'on lui présentait, et qui devaient servir de remèdes contre les maladies les plus diverses. On coupait même des morceaux de son vêtement, afin d'avoir un souvenir de lui ; et il laissait faire tout cela, car il restait aveugle, sourd et muet,

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