CHAPITRE XVII
Après leur départ, François songea à mettre son projet à exécution. Le zèle des Frères et leur empressement à endurer les souffrances et les outrages pour la gloire de Dieu et le salut des âmes avaient encore augmenté en lui le désir de convertir les païens et de gagner la couronne du martyre. Ainsi que nous le savons, son attention s'était portée sur FOrient, qui gémissait et souffrait sous le joug du Croissant. Son cœur saignait à la pensée que les saints lieux sanctifiés par le Sauveur se trouvaient profanés par les pas des Sarrasins infidèles.
Il partageait cette douleur avec tout le moyen âge qui, à plusieurs reprises, s'était soulevé et groupé pour reconquérir la Terre-Sainte. Les croisades, dont le moyen âge plein de foi fut seul capable, sont des points lumineux dans l'histoire des peuples chrétiens de l'Europe, bien que leurs résultats n'aient pas répondu aux efforts et aux sacrifices. Ce fut une lutte vaillante dans laquelle l'enthousiasme religieux des chrétiens se mesura avec le fanatisme des Musulmans. Avec la croix, le symbole de leur
commune action, et au cri : Dieu le veut, les croisés quittèrent leurs patries, et se soumirent aux plus grands sacrifices pour aller combattre et mourir dans la terre lointaine de rOrient.
Godefroy de Bouillon était parti pour la Palestine, menant avec lui des milliers de héros|(i096),à la suite d'efforts inouïs, il avait conquis la ville sainte de Jérusalem, et avait fondé un royaume chrétien, dont il porta la couronne et le sceptre; l'enthousiasme était à son comble, et bien que par la suite les lieux saints fussent retombés aux mains des ennemis de la croix, cet enthousiasme ne subit aucun amoindrissement parmi les peuples chrétiens du moyen âge. Ils s y portèrent constamment, excités et encouragés par un Eugène III, un saint Bernard et d'autres, et conduits par des princes, des rois et des empereurs chrétiens, tels que Louis VII, Conrad III et Frédéric Barberousse, Philippe- Auguste, Richard Cœur de lion et plusieurs autres. Sous Innocent III, l'enthousiasme pour la conquête de la Palestine se réveilla de nouveau et monta à un tel degré qu'on vit des enfants de douze ans se réunir pour aller en Orient et reconquérir la Terre-Sainte (i).
Sans aucun doute, cet enthousiasme agit sur François, il tint à voir la Terre Sainte, à la par-
I. Appelée la croisade des enfants/Frente mille ein iron s'embarquèrent à Marseille; une partie d'entre eux mourut en mer, d'autres furent vendus comme enclaves en Egypte par d'ignobles marchands.
courir, à y prier et à combattre les Turcs, non avec répée, mais avec la parole à deux tranchants de rÉvangile; il voulut surtout répandre son sang, triompher et mériter une couronne éternelle.
Toutefois comme il portait le poids de rOrdre,et qu'il en avait été nommé Général par le Pape, il n osa pas abandonner son poste et ne put s'occuper de l'exécution de son projet qu'après en avoir obtenu l'autorisation du Souverain Pontife. Dans ce but, après la clôture du Chapitre, il partit pour Rome et laissa Pierre de Catane, à Assise, comme son représentant intérimaire (i).
Arrivé à Rome, François se présenta immédiatement chez le Pape, et lui rendit compte de la situation de l'Ordre. Il lui parla de son remarquable développement, de la sainte vie des Frères, de leur zèle pour la prédication et des fruits merveilleux qu'ils recueillaient ; enfin, il lui confia son projet d'aller porter l'Évangile chez les Mahométans. Innocent admira son ardeur et son courage, lui octroya l'autorisation désirée, et lui donna la bénédiction apostolique pour le succès de sa grande et périlleuse entreprise (2).
François paraît avoir séjourné à Rome peu de temps et uniquement pour se préparer à son grand œuvre auprès des tombeaux des Princes des Apôtres. Là aussi Dieu