Ibid., n
4. Ihid., n. 36. — Célano, Vita I, 1. I, c. vu, n. 55. — S. Bonav., c. IX, n. 129.
biographes n'ont pas fait connaître le port d'embarquement.
Laissons naviguer notre Saint allant au-devant de la mort par le martyre. A son grand chagrin et à notre joie, il n atteignit pas son but. Ici s'applique le proverbe : a L'homme propose et Dieu dispose. » A la vérité, Dieu inspira à François le désir de chercher une mort glorieuse en Orient ; il approuva ce projet par la bouche de son représentant ; il permit que le plan réussît assez pour que François ne pût douter de sa réussite ; mais il ne voulut pas que le Saint mourût martyr, et il ne lui demanda qu'un amour disposé à souffrir et à mourir, amour qui à ses yeux avait autant de valeur que l'effusion du sang. Comme il trouva en lui cet amour et qu'il avait ses vues sur lui, il mit des obstacles à son plan. Des vents défavorables poussèrent le navire vers les côtes de la Slavonie, où François fut obligé de débarquer. Il ne renonça pourtant pas à son projet ; il espérait qu'un autre bâtiment le conduirait vers la Syrie et la Palestine ; mais lorsqu'il s'aperçut que son attente était vaine, il reconnut et adora la sainte volonté de Dieu et résolut de retourner en Italie (i).
Mais il se vit dans l'embarras lorsqu'il voulut se rembarquer avec ses compagnons pour regagner Ancône. Il n'avait point d'argent pour paj^er le voyage, et on ne voulait point les re-
I. CÉLANO, Vita i, 1. I, c. VII, n. 55. — S. Bon av., c. ix, n. il^).
cevoir à bord pour Tamour de Dieu. Ils purent néanmoins s'embarquer en secret. Alors survint un inconnu, évidemment envoyé par le Ciel, qui remit à un passager les vivres nécessaires pour la traversée, en disant : « C'est pour les Frères cachés dans le navire ; conservez-les pour le temps de la nécessité ! » Ce temps survint, de violentes tempêtes s'élevèrent qui prolongèrent la divrée du voyage; les vivres ne tardèrent pas à manquer, et l'équipage et les passagers ne furent sauvés de la mort que par les provisions apportées pour les Frères; ces provisions se multiplièrent par miracle et l'on reconnut alors qui on avait transporté, et l'on remercia Dieu et le Saint pour le salut opéré (i).
François ne retourna pas immédiatement à Assise. Il traversa, en préchant, les bourgs et les villes, et travailla avec un nouveau zèle à la conversion des pécheurs (2). Ainsi que nous le verrons bientôt, il ne renonça pas à la pensée de prêcher la croix aux païens, ni à l'espoir de gagner la couronne du martyre, mais comme Dieu lui-même l'avait ramené en Italie, il se crut obligé de travailler avec d'autant plus de zèle au salut des âmes.
Nous ne savons pas jusqu'où il alla en instruisant et en prêchant. Probablement peu loin, puisqu'il fut de retour à la Portioncule
1. CÉLANO, Vita I, 1. I, c. VII, n. 55. — S. Bonav., c. ix, n. i3i.
2. CÉLANO, ibid.,n. 56. — S. Bonav., ibid. — Waï)DING, Annal. Minor., i\d ann. 1212, n. 87.
avant la fin d'octobre. Mais, selon ses biographes, Dieu bénit particulièrement ses travaux (i). Parmi les conversions qui signalèrent ses pérégrinations, il en est une qui mérite d'être citée.
A la cour de Frédéric II se trouvait un poète qui, à cause de son extraordinaire talent avait été surnommé le « roi des poètes ». Ayant entendu parler de François, le contempteur de toute gloire humaine, il désira le voir. Lorsque le Saint vint à Saint-Séverin, dans la province de Macerata, notre poète arriva à Féglise sans savoir qu'il y prêchât, et entendit la parole enthousiaste du Pauvre d'Assise. Pendant le sermon. Dieu lui ouvrit les yeux et lui fit voir deux glaives brillants traversant la poitrine du prédicateur sous forme de croix. Ces glaives et la parole du Saint transpercèrent aussi le cœur du poète. Touché, pleinement convaincu de la vanité de sa vie, il se rendit, après le sermon, auprès du prédicateur et le pria de l'admettre dans rOrdre, François lui accorda ce qu'il désirait, et se réjouit de tout cœur d'avoir arraché cet enfant du siècle aux orages de la vie et aux séductions de la cour. L'orgueilleux Guillaume Divini, le roi des poètes, reçut le nom de Frère Pacifique; il fut envoyé par François comme premier Provincial de France. Saint Bonaventure (2) l'appelle un homme dune
I. s. BoNAV., c. IV, n. fx). 52. — Waddinc;, Annal. Minor., ad ann. 1212, n. 37. ^-58.
•2. S. BoNAV., c. IV, n. fnj. 5i.
grande sainteté. Pacifique fut honoré par Dieu de grâces extraordinaires; il vit, entre autres, briller sur le front du saint Fondateur la lettre T (tau), le signe symbolique de la croix, et, par respect pour ce signe sacré, il marqua d'un T, tous ses écrits et ses lettres. Pacifique donna une forme littéraire aux poèmes de son Père, ainsi qu'il a été dit plus haut. Il mourut à Lens, en Artois, en odeur de sainteté et fut honoré de miracles après sa mort (i).
En quittant Saint-Séverin, François accompagné de Fr. Pacifique, visita les couvents fondés en Toscane Tannée précédente, afin d'accroître l'esprit religieux chez les nouveaux disciples, par sa présence et ses instructions. A Florence, la célèbre famille Ubaldini lui fit don d'un monastère qui, situé à quelques lieues de la ville (2), avait été bâti par ses ancêtres, pour les moines de saint Basile. Enfin, dans les derniers jours d'octobre, il revit sa bien-aimée Portioncule, dont il avait pris congé quelques mois auparavant (3) ; autant il avait été heureux de la quitter avec l'espoir de gagner la couronne du martyre, autant il fut heureux d'y rentrer, c'était son lieu préféré, son ciel sur la terre. Il y vécut et y travailla de nouveau pour ses Frères, qui rendirent grâces à Dieu d'avoir retrouvé leur Père.