LETTRES DE FRANÇOIS A LA CHRÉTIENTÉ
doivent garder les commandements et les conseils du Seigneur, se mépriser eux-mêmes, se mortifier et courber leur volonté sous le joug de l'obéissance en tout ce qui est permis et juste (g 8). Les supérieurs ne peuvent jamais rien ordonner qui soit illicite, ni se servir de leur dignité pour s'élever au-dessus des Frères, et non plus se mettre en colère en corrigeant ceux qui s'égarent ($ 9).
Après avoir ainsi excité tous les hommes sans exception à Thumilité, à la simplicité évangélique et chrétienne, et non à la prudence humaine, François dépeint le bonheur d'une âme pure et chaste, qui a conscience de son intime union avec Dieu, avec Jésus-Christ et avec le Saint-Esprit, son époux (g 10) ; il exhorte à louer Dieu et son Christ, Notre-Seigneur et Sauveur, à qui nous devons ce bonheur, à qui nous sommes redevables de tout, et qui seul est digne de louange et de gloire dans l'éternité (g II); il déplore enfin l'aveuglement et le malheur du pécheur qui suit la pente de sa nature corrompue, qui ne connaît pas Jésus- Christ, la lumière et la vie, qui trouve le péché agréable et l'aime (§ 12), qui rejette la pénitence, et enfin périt misérablement dans le péché (§ i3).
• La lettre se terminait par ces mots : t Moi, Frère François, le moindre de vos serviteurs, tout prêt à vous baiser les pieds, je vous prie et vous conjure, pour l'amour de Dieu, de recevoir volontiers ces paroles de Notre-Sei-
gneur Jésus-Christ (1), et toutes les autres qui sont sorties de sa bouche, et de les mettre humblement en pratique. Que tous ceux entre les mains de qui elles tomberont et qui les comprendront, les communiquent aux autres, et, s'ils persévèrent jusqu'à la fin dans le bon usage qu'ils en doivent faire, qu'ils soient bénis du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il. »
Sans aucun doute, cette missive fut également accueillie avec un saint enthousiasme ; elle fut répandue et produisit des fruits nombreux, car elle contenait des parties d'une pénétration et d'une éloquence auxquelles rien ne pouvait résister.
Aussitôt que François commença à se rétablir, il brûla de nouveau du désir de reprendre ses mortifications, et de s'humilier devant tout le peuple. « Il ne convient pas, pensait-il, que celui-ci croie que je me livre aux austérités tandis que je me soigne en secret. » Son amour de l'humilité lui inspira un acte étonnant, mais qu'on ne saurait recommander à l'imitation. Il se leva de sa couche, et, accompagné d'un grand nombre de Frères, il se rendit sur la place du marché de la ville, y réunit le peuple et le conduisit à la cathédrale. Là, il se dévêtit, ne gardant que le cilice, se fit passer au cou une corde par Pierre de Catane, son vicaire, et mener à la place des exécutions. S'étant
I. Il nomme son écrit « Paroles de Jésus-Christ », parce que tout est tiré des paroles et des enseignements de Jésus-Christ.
LKTTPvKS DE FRANÇOIS A T,A CH PvKTiKNTK 247
assis sur le siège des criminels, grelottant de froid et de fièvre, il assura les assistants, d'une voix forte et émue, qu'il ne méritait nullement d'être honoré comme un homme spirituel, car il était un être charnel et sensuel digne d'être méprisé par tous. Le peuple fut dans l'admiration d'une telle humilité et sa vénération pour le Saint s'en accrut d'autant (i).
Thomas Célano (2), qui paraît avoir eu en vue le même fait, raconte que, dans une maladie (3), François, après s'être accordé un peu de viande de volaille, pour reconstituer ses forces, s'était fait conduire par un Frère, à travers la ville, avec une corde au cou, pendant qu'on criait : « Voici le goulu, qui se régale de volaille en secret, sans que vous le sachiez ! » Thomas ajoute que le Saint n'atteignit pas son but, car le peuple attiré par cet étrange spectacle se tordait les mains et s'écriait avec larmes : « Malheur à nous dont la vie s'écoule dans les luttes sanglantes, dans la volupté et dans les orgies ! »
Nous rencontrerons souvent de pareils faits dans la vie de saint François, il pratiquait l'humilité intérieurement, et cherchait à se rendre méprisable aux yeux des créatures. Il désirait non seulement empêcher que les hommes