PREMIÈRE VISITE DE LALVERNE
Ainsi qu'il a été dit au chapitre précédent, François revint à la Portioncule au commencement de Tannée I2i5. Nous ignorons la durée de son séjour; probablement il ny resta que le temps nécessaire pour régler les affaires les plus importantes des deux Ordres, et donner rhabit aux novices. Nous admettons aussi qu"il y tint, à la Pentecôte, le chapitre annuel. Puis il la quitta de nouveau et visita le mont Alverne. Avant de le suivre, il est nécessaire de nous reporter quelques années en arrière.
A Monte Feltro, dans le comté d'Urbin, où François, en 1212, avait passé en se rendant en Espagne, il avait appris que le seigneur de la ville, Léopolis ou Saint-Léon, devait être armé chevalier. Parmi les personnages invités à cette solennité, se trouvait le comte Orlando Catanio, seigneur de Chiusi-Nuovo. Les fêtes données à cette occasion furent magnifiques ; beaucoup de nobles y étaient venus, et on entendait de loin les cris joyeux des hôtes. François dit alors à ses compagnons : « Allons au château, et opposons-nous de toutes nos forces à Satan, qui ne manque pas, en de semblables divertissements, de dresser des pièges aux imprudents; car nous
devons travailler partout et autant que possible au salut des âmes. » Ils gravirent donc la montagne et assistèrent pieusement à la sainte messe, puis François monta sur un petit tertre, dans le voisinage de Téglise, et fit aux nobles et aux gens du peuple, que la curiosité avait attirés, une belle allocution sur ces mots : « Tanto è il hene ch'aspetto, ch'ogni pena ?n'è diletto. Si grand est le bien que j'attends, que pour l'obtenir, toute peine m'est un plaisir, d Cette pensée nous révèle l'état de son âme à cette époque, ses désirs et ses aspirations. Il s'appuya, pour justifier sa thèse, sur ces paroles de saint Paul (i) : « Les souffrances du temps présent ne sont pas à comparer avec la gloire future *, puis il rappela la vie des apôtres et des martyrs, qui se réjouissaient de souffrir, pour le nom de Jésus-Christ, les outrages, les cachots, les chaînes et la mort (2). La démonstration de l'orateur fut frappante et sa parole pleine de chaleur ; personne ne put y résister. Le comte Orlando, particulièrement impressionné, se rendit, après la prédication, auprès du Saint, l'embrassa avec effusion et lui demanda conseil et assistance pour les affaires de son 'salut. François, qui unissait au zèle la prudence, les convenances et la courtoisie, lui répondit : « Comte, allez maintenant faire honneur aux amis qui vous ont invité ; nous traiterons ensuite ces questions dans un moment plus favorable. » Le noble comte
i. Rom., 8, 18.