‹ Vie de Saint François d'AssiseChapitre 218 sur 239 · FRANÇOIS ET DOMINIQUE AU IV® CONCILE DE LATRAN · texte numérisé non relu

FRANÇOIS ET DOMINIQUE AU IV® CONCILE DE LATRAN

Innocent, ce puissant esprit, cet ouvrier infatigable dans la vigne du Seigneur, s'était donné pour mission de tenir un concile général pendant son règne ; il voulait, par ce moyen, protéger et défendre FÉglise de Dieu contre les ennemis du dedans et du dehors, et la porter au plus haut degré de puissance et de gloire. Il le promulgua en I2i3 et le convoqua à Rome pour le mois de novembre I2i5. Ce fut la plus brillante assemblée générale que l'Eglise ait eue jusqu'alors. Outre les cardinaux qui entouraient le Pape, elle compta soixante et onze archevêques, quatre cent treize évêques et huit cents abbés. Les patriarches de Constantinople et de Jérusalem y assistèrent en personne ; ceux d'Alexandrie et d'Antioche y envoyèrent des légats. Et tout ce que le monde possédait d'hommes illustres par la noblesse, la piété, la science et l'érudition vint à Rome. L'ouverture du concile eut lieu le II novembre.

Les principales affaires soumises aux délibérations de la haute assemblée furent la préparation d'une croisade pour la reprise des saints Lieux, l'union des Églises grecque et latine, qui

réussit en partie, et la réforme de la discipline ecclésiastique. Parmi les autres questions débattues figurèrent la condamnation de la doctrine de Bérenger, qui attaquait la sainte Eucharistie, et celles des dangereuses erreurs de Fabbé Joachim, d'Amabrie de Bena, des Albigeois et autres, et la conclusion du conflit pour la couronne allemande, qui fut clos en faveur de Frédéric.

Un des plus importants débats roula sur la fondation de nouveaux Ordres religieux. Avec Foulques, évêque de Toulouse, était arrivé a Rome un prêtre espagnol distingué par sa science, sa piété et son zèle pour la foi. Il avait été témoin des dévastations causées par les Albigeois dans le midi de la France, et avait pris la résolution de fonder un nouvel Ordre, avec Tautorisation du Pape. Cet Ordre devait surtout combattre les hérétiques, et, en particulier, les Albigeois, puis défendre les fidèles contre la séduction par la prédication deTEvangile, par l'exposition, la preuve et la défense scientifique de la doctrine chrétienne faites du haut de la chaire. Cet Espagnol chevaleresque, ce prêtre se nommait Dominique Guzman. Son projet plut beaucoup au Pape, qui reconnut en Dominique l'homme capable de le réaliser. Cependant il ne lui accorda pas immédiatement Tautorisation sollicitée; il le renvoya en France, où plusieurs hommes partageant ses idées s'étaient groupés autour de lui, afin de s'entendre avec eux sur l'adoption d'une Règle déjà en usage; après quoi, l'autorisation papale lui était assu-

rée. Dominique obéit. Après la clôture du concile, il retourna en France, choisit la Règle de saint Augustin, y ajouta des prescriptions en rapport avec TOrdre qu'il voulait fonder, et obtint la sanction apostolique en 1216 (i).

L'Église catholique favorisa toujours les Ordres religieux qui furent sa gloire. Et cependant il fut question au concile de Latran d'interdire la fondation de nouveaux Ordres. Pourquoi cette défense ? C'était afin d'empêcher la confusion, par suite de la trop grande diversité des Instituts (2). Jusqu'au xiii'' siècle, l'Eglise ne connut qu'un but principal à la vie religieuse, celui de la contemplation. Si parfois les moines d'Occident prirent fortement part à la vie active, c'est-à-dire devinrent des messagers de la foi, ce fut sous l'influence de certaines circonstances plutôt que par application de leurs Règles. Or, pour s'adonner à la vie contemplative, il y avait, surtout en Occident, au jugement des Pères du Concile, assez d'Ordres et de Règles ; car, en plus des ermites, il y avait les Augustins et les Bénédictins qui se divisaient en Bénédictins proprement dits, en religieux de Cluny, en Camaldules, en Cisterciens, etc.. Ce n'était pas sans motif que le concile redoutait une trop grande diversité dans les Ordres, et il fit preuve d'une grande sagesse en ordonnant qu'à l'avenir on ne pourrait plus en créer de nouveaux. Celui qui voulait se faire religieux devait entrer dans

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