‹ Vie de Saint François d'AssiseChapitre 223 sur 239 · Wadding, Annal. Minor., ad ann. 1216, n. i · texte numérisé non relu

Wadding, Annal. Minor., ad ann. 1216, n. i

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réunies à la glorification du Christ et de son Eglise et à la lutte contre le Croissant. Lors donc que Pise et Gênes, entraînées par leur vieille rivalité, se combattaient de nouveau, il accourut lui-même pour réconcilier les deux puissants partis, et les gagner à la cause de la croisade décidée au concile de Latran. Mais il ne devait pas atteindre Pise ni conclure Fœuvre de paix. Arrivé à Pérouse, il fut pris d'une fièvre tierce d'une telle violence qu'il succomba en peu de jours. Ce fut le 16 juillet 1216. Innocent était dans sa cinquante-sixième année. Depuis des siècles, ses cendres reposaient dans une urne avec celles d'Urbain IV et de Martin IV, lorsque, dans ces derniers temps, Léon XIII les fit transporter au Latran, où elles auront sans doute trouvé leur définitif et très digne lieu de repos.

Sa mort fut pour l'Église une perte presque irréparable, ainsi que pour l'Ordre des Frères- Mineurs, dont il avait été le plus grand bienfaiteur. François dut en être vivement affligé. Devait-il et pouvait-il compter sur une égale affection et sur une égale faveur de ]a part du successeur d'Innocent?

Innocent fut inhumé le 17 juillet, c'est-à-dire le lendemain de son décès, et, le surlendemain, les cardinaux assemblés élurent à l'unanimité, comme pape, un Romain, Cencio Savelli. Il était d'une famille distinguée et avait rempli, sous Innocent, les fonctions ecclésiastiques les plus variées; il était doué de vertu, de science et d'expérience; c'est pourquoi il avait été choisi à

runanimitë. Il prit le nom d'Honorius III. Son pontificat se fit remarquer par la douceur et Famour; toutefois, cet amour n'exclua pas la fermeté, ainsi qu'en fit Texpérience Henri III, roi d'Angleterre, qui voulut enlever à Bërengère, veuve du roi Richard, son légitime héritage. De Pérouse, le nouveau Pape engagea les princes et les peuples chrétiens à la croisade projetée; il les exhorta, selon Tesprit de son prédécesseur, à renoncer à leurs querelles, et régla les affaires ecclésiastiques les plus urgentes. Le 4 septembre suivant, il fit son entrée au Latran. Tout le peuple courut au-devant de lui avec des cris de joie.

Après cette apparente digression, qui cependant était nécessaire pour faire mieux comprendre ce qui déjà a été dit, comme aussi ce qui reste à rapporter de la vie de notre Saint, arrivons au sujet de ce chapitre.

L'indulgence de la Portioncule ne diffère point en elle-même des autres; elle est, comme toute indulgence plénière, une remise totale des peines temporelles dues au péché, accordée par TÉglise sous certaines conditions, en dehors du sacrement de pénitence. Mais elle se distingue des autres indulgences par son extraordinaire origine et par ses conditions. La visite de Féglise de la Portioncule et la confession des péchés suffisaient, tandis que jusqu'alors, pour gagner une indulgence plénière il fallait, outre la réception des sacrements, faire une offrande ou une aumône destinée aux églises, aux pauvres, aux

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croisades ou à des buts d'une utilité générale. On peut le dire, depuis Findulg-ence de la Portioncule, FÉglise s'est montrée plus facile dans la concession de ses trésors spirituels.

Au cours des siècles, cette indulgence a été Tobjet de louanges et de vénération, mais aussi dès son apparition elle rencontra des adversaires; déclarés. Chose remarquable, on ne trouve rien à son sujet chez les premiers biographes, pas même la plus légère allusion. Quel peut être le motif de ce silence? On pense que les biographes, n'en ont pas fait mention pour ne pas nuire aux. pèlerinages de Rome et de Compostelle, et surtout à celui de Terre- Sainte, vers lequel les croisades entraînaient alors beaucoup de monde; peut-être aussi parce qu'ils savaient que plusieurs cardinaux n'étaient pas favorables à la concession de ce privilège. On cherche encore à expliquer ce silence en prétendant que les historiens ne voulurent pas écrire une relation complète de la vie de François, et, par conséquent, ne mentionnèrent pas tout ce qui s'y rapportait. C est possible. Toujours est-il que ce silence est singulier. Une autre circonstance est plus singulière encore.

En effet, nous ne possédons aucun acte pontifical de cette époque relatif à cette indulgence. Des auteurs moins anciens expliquent cette énigme en assurant que François refusa d'accepter un acte officiel du pape ïïonorius III. Dieu' lui-même, aurait répondu le Saint, prendrait soin de son (euvre, la ferait connaître et la pro-

tégerait. En réalité, François ne tenait pas aux lettres de recommandation ou de protection. Dans son testament, il engage même ses disciples à n'en pas réclamer à la curie romaine pour les églises, les couvents ou la prédication. Il craignait que des adoucissements ne vinssent par là s'introduire avec le temps dans leur genre de vie.

La première moitié du xiii'^ siècle est donc complètement dépourvue de toute preuve écrite de l'authenticité de Findulgence de 1 a Portioncule.

Le premier document écrit est du 3i octobre 1279; il est certifié (i) par un notaire public qui signe Johannes olira filius Conclasiastes. Le Fr. Benoît d'Arezzo, qui fut reçu dans FOrdre par François lui-même et qui mourut vers 1280, et le Fr. René d'Arezzo (mort vers 1804) (2) y déclarent avoir souvent entendu le Fr. Massée dire qu il était à Pérou se avec François lorsque celui-ci sollicita et obtint Findulgence de la Portioncule du pape Honorius. Pour la gagner^ il fallait, après s'être confessé, visiter Féglise de la Portioncule, le 2 août, c'est-à-dire depuis les vêpres du i^'' août jusqu'aux vêpres du jour suivant. Le Souverain Pontife, en cédant à l'humble requête de François, fit la remarque que l'Église n'avait pas coutume d'accorder de pareilles indulgences.

1. Cfr. Acta SS., Oct., t. II, p. 888. — PaPini, Storia del Perdono d'Assisi, Firenze, 1824, p. 87.

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