S. Bonav., c. I, n
Les railleries et les risées ne furent sans doute pas épargnées à notre guerrier, au retour de sa campagne d'un jour. Mais bientôt luimême et ses concitoyens oublièrent l'incident ; les camarades et les amis se groupèrent de nouveau autour de lui et le remirent à leur tète, afin qu'il payât les frais de leurs folies (i). Très bon, jeune et léger, François accepta de nouveau cette charge, et fit immédiatement préparer un grand festin, comme il avait coutume de faire précédemment. Après le repas, les convives formèrent un cortège à travers la ville ; François le suivit comme roi, portant à la main un bâton en guise de sceptre. Pauvre roi et pauvre héros ! Cependant, ne lui envions pas cette joie. C'est son dernier triomphe dans le monde, c'est un adieu inconscient et solennel.
Il figura comme roi, mais il ne mêla pas sa voix aux chants de ses compagnons, et il resta en arrière, plongé dans de sérieuses réflexions. Tout à coup, il tomba en extase ; il n'entendit, ne vit et ne sentit rien ; il ne put ni parler ni se mouvoir. Il fut enivré de la douceur céleste qui inonda son coeur, et qui domina les sens de telle sorte qu'il n'aurait pu, ainsi qu'il l'avoua plus tard, se déplacer, lors même qu'on l'eût coupé en morceaux. Lorsque les camarades remarquèrent son immobilité, ils se rapprochèrent de lui et virent avec efî'roi le changement qui s'était opéré en lui. L'un deux lui demanda: « A quoi
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avez-vous songé pour ne pas nous suivre? Peutêtre pensiez- vous à prendre femme ? — Vous avez deviné juste, répondit-il ; la pensée m'est venue de choisir une fiancée dont la noblesse, la richesse et la beauté surpassent tout ce que vous avez jamais vu. Elle est sans égale en beauté et en sagesse (i). »
Cette fiancée très pure, dont parle ici François, était, selon la remarque de Thomas Célano (2), la religion; et les Trois Compagnons ajoutent qu'elle est plus noble, plus riche et plus belle que la pauvreté (3). Les camarades se prirent à rire ; toutefois, François n'avait pas parlé de lui-même, mais il s'était exprimé selon l'inspiration de Dieu (4).
Dans cette vision, le jeune homme contempla deux beautés inconnues de lui jusqu'alors : la religion et la pauvreté. Il voulait et devait s'unir avec les deux. La fiancée véritable, épouse et patronne de notre Saint, fut, selon son propre témoignage, la pauvreté, c'est-à-dire le total renoncement et l'absolue privation de tout ce qui est terrestre et passager. Il la trouvait belle, il s'unit à elle pour la vie, il l'aima et lui fut fidèle jusqu'à la mort.
L'autre fiancée, la religion, était plus belle, plus parfaite que la pauvreté. Mais il lui était déjà uni par le saint baptême et par son éduca-