CÉLANO, Vita I, 1. I, c. II, n
2. Ihid.^ n. 10. — Très socii, c. 11, n. 16. — La niche qu'on voit et honore encore à Saint-Damien, et dans laquelle le Saint se serait dérobé aux regards de ceux qui le cherchaient, n'est donc pas d'origine miraculeuse, ainsi que le prétendent quelques auteurs. Les premiers biographes n'en disent absolument rien.
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selon son intention, à la restauration de Saint- Damien (i).
Pour pénible que fût cette situation, il y fut cependant très heureux, car durant ce temps, il fut inondé de grâces abondantes. Sa volonté s'affermit dans la prière. Il eut honte de sa crainte ou, comme il pensait maintenant, de sa lâcheté. Il se sentit excité intérieurement à supporter Toutrage et la persécution pour le nom de Jésus- Christ. Au bout d'un mois de la plus sévère réclusion, il reprit le chemin d'Assise, prêt à se livrer aux mains et aux coups des ennemis, sans autre arme que la confiance en Dieu. Cependant en quel état les habitants d'Assise ne le revirentils pas! La crainte et la terreur jointes à un dur genre de vie Favaient complètement transformé ; il était amaigri ; son visage était pâle et défait. Au lieu d'attribuer ces changements à leurs causes naturelles, on le prit pour un fou; on le suivit en foule, on se moqua de lui, on lui jeta de la boue et des pierres, et on le pourchassa comme une bête traquée. Il supporta virilement cette épreuve, souffrit en silence, en remerciant Dieu, et se trouva heureux d'être humilié pour le nom de Jésus-Christ dans les mêmes rues où peu auparavant il avait été l'objet de louanges et d'hommages (2).
Cette réapparition publique de son fils et ses
1. CÉLANO, Vita /, 1. 1, c. II, 11. 10. — 7'rt's socii, c. il, n. 16.
2. CÉLANO, Vita l, I. 1. c. II, 11. II. — 7'?-c's socii, c. 11, n. 17.
courses par les rues d'iVssise ne pouvaient plaire à Bernardone. Aussi, dès qu'il en eut connaissance, se mit-il à sa poursuite, non pour le délivrer, mais pour le molester, et perdant tout sentiment paternel, il Taccabla d'injures et d'outrages, le traîna jusqu'à sa maison, et le jeta dans un réduit obscur. Il l'y tint renfermé pendant plusieurs jours, s'efforçant par des prières, par des menaces et même par des coups à le faire renoncer à sa folle conduite. Mais ce fut en vain. La tenace cruauté de son père ne fit que le fortifier davantage dans sa résolution, de tout souffrir joyeusement pour Dieu (i).
Pica dut être particulièrement peinée de ces tristes dissentiments de fainille. Elle ne pouvait contredire son époux; sensée et prudente, elle n'osait attirer inutilement sa colère sur elle, et encore moins se hasarder à adoucir la situation du fils. En femme chrétienne, elle mit sa confiance en Dieu, pria et attendit que le temps luimême apportât conseil et secours. Ce temps arriva.
Bernardone était absent de la maison. Pica en profita pour essayer de rétablir la paix et de réconcilier entre eux le père et le fils. Avec toute l'affection et la tendresse d'une épouse et d'une mère, elle pria et supplia son fils de renoncer à son singulier genre de vie. Mais François resta inébranlable. L'amour de la mère ne parvint pas à briser l'obstacle que n'avaient pu rompre
I. CÉLANO, Vita [, 1. I, c. II, n. 12. — Très socii, c. 11, n. 17. — S. BoNAV., c. Il, n. 17, 18.
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les emportements du père. Le jeune prisonnier ne voulait plus obéir qu'à Dieu ; cest ce dont Pica fut dès lors convaincue. Sachant, en sa qualité de chrétienne qu'on doit l'obéissance à Dieu plutôt qu'aux hommes, et que les parents n'ont point le droit de s'opposer à la vocation bien affirmée de leurs enfants, elle cessa ses instances; puis elle défit les liens du captif, ouvrit la porte de la prison et lui rendit la liberté. Ce fut un acte dont l'amour maternel et la crainte de Dieu étaient seuls capables, et qui pouvait avoir pour elle les suites les plus fâcheuses. François remercia Dieu et sa mère de sa délivrance, et retourna à l'église Saint-Damien, son lieu de refuge et son champ de bataille (i).
A peine Bernardone, revenu de voj^age, eut-il appris ce qui s'était passé, qu'il fit les reproches les plus amers à sa femme et courut, en exhalant de furieuses menaces, vers Saint-Damien, avec l'intention de réintégrer son fils dans son cachot, ou de l'éloigner d'Assise pour toujours. Le jeune homme, moins effrayé que la première
I. 7're.s socii, c. ii, n. i8. — Célano, Vita /, 1. 1, c. ii, n. i3. — On peut admettre presque avec certitude qu'à partir do ce jour, François n'entra plus dans la maison paternelle. Celle-ci fut transformée, en i()ir>, en une église appelée Chiesanuova (église neuve), et desservie par les Franciscains, dont le couvent est attenant. On y montre encore la |^)rte par laquelle Pica, dans les douleurs de l'enfantement, fut transportée dans l'écurie voisine, et le cachot où François fut renfermé par son père. Une statue représentant Je Saint, en jeune homme, à genoux, les mains et les pieds liés, rappelle le souvenir de ces faits.
fois, alla au-devant de son père, et lui déclara sans crainte et avec franchise qu'il était décidé à ne plus servir que Dieu, à n'obéir qu'à Dieu, et qu'il était prêt à tout souffrir pour le nom de Jésus-Christ. Bernardone vit immédiatement qu'il ny avait plus à lutter contre une volonté si affermie ; il réclama l'argent provenant de la vente du cheval et des étoffes ; on le retrouva à l'endroit où François l'avait jeté ; rentré en possession de cette somme, il fut quelque peu apaisé (i).
Cependant il n'était pas entièrement satisfait, il crut que son fils avait encore d'autres sommes pour les pauvres et pour Saint-Damien. Il le traduisit donc en justice. Les consuls de la ville qui voyaient Bernardone très excité, sommèrent François de comparaître devant eux; rnais celui-ci répondit au valet de justice qu'il se sentait libre par la grâce de Dieu, et nullement obligé de se présenter devant la justice séculière, attendu qu'il était devenu un serviteur de Dieu. Les juges savaient bien qu'il n'avait pas encore le droit de réclamer le privilège ecclésiastique, mais ils estimèrent que le différend survenu entre le père et le fils serait mieux réglé par le juge ecclésiastique; en conséquence, ils n'insistèrent pas, et Bernardone s'adressa à Guido Secondi (2), Févêque de la ville. C'est ce que désirait l'accusé. «Je comparaîtrai devant l'évêque,
i. CÉLANO, Vita I, 1. I, c. II, n. 14.
2. Né à Rome, il occupa le siège épiscopal d'Assise de 1204 à 1228.