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vS8 VIE DE SAINT FRANÇOIS d'ASSISE
des malheureux qui en étaient atteints ; c'étaient l'Ordre de Saint-Lazare et l'Ordre des Sœurs hospitalières de Saint-Jean de Jérusalem. En Occident , FÉglise prit en main cette œuvre de charité. A la vérité, elle sépara les lépreux, suivant les règles de la prudence, du contact des hommes (mais non des femmes). Mais, en retour, elle fonda pour eux des lieux de refuge bien installés et salubres, s'occupa de leur traitement et de leur service et pourvut à tous leurs besoins, soit par ses propres ressources, soit avec le concours charitable des fidèles.
Cette charité et cette sollicitude de FÉglise pour les lépreux nous font comprendre que de grands saints, des rois et des princes, comme Louis IX de France, sainte Elisabeth de Hongrie, Henri III d'Angleterre, et d'autres, se soient dévoués à leur service avec la plus grande abnégation.
A Gubbio donc, François s'occupa du soin des lépreux; il visitait leurs hôpitaux, leur lavait les pieds, pansait leurs plaies, nettoyait et séchait leurs ulcères, et les bai sait avec tendresse et dévotion. Il est à présumer que les pauvres malades ne furent jamais soignés par une main plus douce et par un cœur plus compatissant! Mais François surtout y trouva de la consolation, et même un véritable bonheur, ainsi qu'il le déclara dans son testament : « Lorsque j'étais dans les péchés (avant sa conversion), il me semblait trop amer de voir des lépreux, mais le
LE SERVITEUR DES LEPREUX og
Seigneur me conduisit au milieu d'eux, et j'exerçai la miséricorde à leur égard. Et quand je me retirai de leur présence, ce qui m'avait paru amer fut changé pour moi en douceur de lame et du corps. »
Cette mortification et cet acte de charité héroïque lui valurent bientôt un grand pouvoir sur les maladies corporelles et spirituelles. Saint Bonaventure (i) nous en raconte un trait parmi les nombreux exemples qu'il pouvait citer.
Un homme du comté de Spolète souffrait d'un cancer, qui lui avait rongé les joues et la bouche. Après avoir épuisé tous les moyens de guérison, il était allé à Rome demander sa délivrance aux tombeaux des Princes des Apôtres. Mais il n'obtint pas davantage ce qu'il avait espéré. Dieu, qui avait depuis longtemps déjà honoré les deux apôtres, voulut cette fois glorifier François; à son retour de Rome, le pauvre malade rencontra notre Saint; il se jeta aussitôt à ses pieds et voulut les baiser. François, plein de confusion, attira sur son cœur le malheureux, et baisa ses plaies qui disparurent immédiatement. « Je ne sais, ajoute saint Bonaventure (2), lequel des deux il faut le plus admirer, ou la profonde humilité de ce baiser charitable ou la puissance de la vertu qui opéra un prodige si étonnant. »
Pendant toute sa vie, François demeura fidèle