CHAPITRE VII
FRANÇOIS RESTAURE LES ÉGLISES DE SAINT-DAMIEN, DE SAINT -PIERRE ET DE SAINTE -MARIE DES ANGES
Saint-Damien! Il ny a pas de lieu qui rappelle aussi vivement que celui-là le souvenir de saint François et de sainte Claire. Tout y parle de la pauvreté, de Faustérité et de la sainteté de la vie qu'y menèrent de faibles femmes. Tout y saisit, tout y impressionne le visiteur.
Saint-Damien se trouve hors de la ville, dans un site solitaire, au milieu d'un bois d'oliviers, comme il y en a partout en Ombrie. De mauvais sentiers conduisaient à l'église et au couvent. Il est aujourd'hui habité par de pauvres Franciscains, et se trouve presque encore dans le même état, surtout pour l'oratoire et le réfectoire, qu'au temps de François et de Claire.
L'église consacrée au saint martyr Damien est petite, vieille et pauvre; elle n'offre de remarquable que quelques fresques d'élèves de Giotto et du Pérugin, ainsi que plusieurs reliques, entre autres l'ostensoir qui renfermait le Saint Sacrement et avec lequel Claire chassa les Sarrasins. On montre encore la fenêtre (actuellement murée) sur le rebord de laquelle François avait jeté l'argent prov^enant de la
vente des étoffes et du cheval, et destiné par lui à la restauration de la petite église.
Saint-Damien n avait point d'histoire avant notre Saint; du moins nous ne la connaissons pas. Son histoire commence avec l'invitation que fit à François le crucifix (i), de restaurer TEglise de Dieu menaçant ruine ; elle se confond , depuis ce moment, avec celle de François et de Claire et de leurs deux familles. Mais revenons à François.
Il serait volontiers resté au service des lépreux, et il aurait peut-être abandonné pour toujours sa ville natale, n'eût été l'église de Saint-Damien. Il voulait la restaurer; il s'y croyait obligé. Après avoir passé très peu de temps à Gubbio, il retourna à Assise (2) et se mit à l'œuvre. Il se montra sans crainte dans les rues de la ville, publiant la louange de Dieu, et sollicitant ses amis à l'aider dans la restauration du petit sanctuaire. Il disait avec une admirable simplicité : « Qui me donnera une pierre aura une récompense ; qui m'en donnera deux, aura deux récompenses, qui m'en donnera trois, aura trois récompenses. » Beaucoup d'habitants se moquèrent de lui, le raillèrent, et le prirent pour un fou. D'autres cependant reconnurent bientôt la pureté de son intention,
1. Ce crucifix, de style byzantin, peint sur toile et collé sur bois, est actuellement vénéré dans le monastère de Sainte-Claire, à l'intérieur de la ville.
2. Ce retour aurait eu lieu en mai 1207. Voir Act S S t. II, p. 575. ■ ■'
admirèrent sa simplicité ainsi que son zèle ardent pour la gloire de Dieu et l'embellissement de sa maison, et se mirent à le seconder. Il passait déjà pour un saint aux yeux dun grand nombre. « Ne vous Tavais-je pas dit, fit observer avec orgueil cet homme du peuple, qui avait un jour étendu son manteau aux pieds de François, que ce jeune homme deviendra grand? Vous ne voyez que les commencements de la sainteté; mais vous serez témoins de plus grands progrès. Jésus-Christ fera des merveilles par lui (i). » François tenait aussi peu de compte des affronts que des louanges; il rendait plutôt grâce à Dieu de ce qu'il Thumiliait par les avanies.
Il voulut cependant faire plus pour Saint-Damien que rassembler seulement des aumônes et supporter des affronts et des railleries. Bien qu'il eût été élevé délicatement et qu'il fût peu habitué aux travaux pénibles, il mit la main à la besogne, et chargea sur ses épaules les plus lourds fardeaux pour la construction de l'église. Le prêtre, témoin de ce travail, eut pitié de lui, et bien qu'il fût lui-même pauvre, il lui prépara une nourriture un peu meilleure, car il savait que François, ainsi que celui-ci l'avoua dans la suite, ne prenait que des aliments recherchés et choisis (2). Un jour qu'il prenait ce repas, il se dit à lui-même : « Trouveras-tu partout un prêtre qui te témoignera autant de charité? Ce