‹ Vie de Saint François d'AssiseChapitre 59 sur 239 · S. Bonav., c. II, n · texte numérisé non relu

S. Bonav., c. II, n

Providence, écrit-iJ, qui dirigeait le serviteur du Christ dans toutes ses actions, voulut qu'il édifiât d'abord trois temples matériels avant d'entreprendre la fondation de son Ordre et de prêcher l'Évangile, afin qu'il ne montât pas seulement par degrés, du sensible au spirituel, de choses moindres à des choses plus importantes, mais aussi que, par une œuvre matérielle et extérieure, il indiquât d'une manière mystérieuse ce qu'il devait faire dans l'avenir. Car de même que trois églises sont réparées sous sa direction , suivant aussi la forme qu'il promulgua , suivant la règle et la doctrine qu'il prêcha, l'Église de Jésus-Christ devait obtenir une triple réforme par une triple milice, comme nous le voyons accompli de nos jours. »

Pendant que François réparait ces trois églises, il ne perdait pas de vue le corps mystique de Notre-Seigneur, les pauvres et les lépreux, et ne s'oubliait pas lui-même. Ce fut pendant cette période qu'il fit de rapides progrès dans la mortification, l'abnégation et l'humilité. La nature et la grâce se trouvaient en lutte en lui, et celle-ci n'avait pas encore remporté la pleine victoire. Peu à peu cependant la nature plia sous la grâce et passa au second plan. Le trait suivant en fournit une preuve. François quêtait dans la ville une provision d'huile pour l'entretien de la lampe de Saint-Damien. Au cours de la quête, il arriva auprès d'une maison dont les habitants étaient en fête. Craignant d'être tourné en dérision, il se retira sans avoir

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rien demandé. Ce fut une défaite, mais elle ne dura qu'un instant; il revint aussitôt sur ses pas, fit Faveu de sa faute, et sollicita, en langue française, la charité pour Saint-Damien (i). De semblables chutes, de telles victoires, n'étaient pas rares chez François à cette époque.

Celui qui n'a jamais succombé se néglige visà-vis des ennemis, et court le risque d'être vaincu par eux ; mais celui qui a déjà été terrassé, devient plus vigilant, plus humble, et aussi plus fort; finalement, il reste vainqueur avec la grâce de Dieu. Heureuse faute, peut-on dire de certaines chutes peu graves ; elles ne doivent porter personne au découragement, ni faire douter de soi-même ou de la grâce.

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