‹ Vie de Saint François d'AssiseChapitre 74 sur 239 · CÉLANO, Vital, ]. I, c. IV, n · texte numérisé non relu

CÉLANO, Vital, ]. I, c. IV, n

LES PREMIÈRES TENTATIVES d'aPOSTOLAT QI

les nations courent depuis des siècles vers François et se pressent dans son Ordre.

Ainsi que nous le savons, François voulait se livrer à la prédication et y consacrer ses disciples (i). Mais cette œuvre accomplie à Texeniple des Apôtres est pleine de fatigues, d'efforts et de sacrifices. Aussi, avant de disséminer ses Frères, il voulut les former à la pratique de la mortification, du renoncement et du sacrifice ; il désirait surtout leur faire aimer la pauvreté, sa très chère souveraine, qui, avec l'humilité, leur devait aplanir la voie pour acquérir les autres vertus. Après qu'il les eut exhortés par la parole à la pratique de ces vertus, il les envoya mendier à la ville, où quelques-uns d'entre eux avaient vécu dans les meilleures relations. Les bons Frères y allèrent, demandèrent l'aumône de porte en porte, et furent reçus avec mépris et raillerie, comme François s'y attendait et le désirait. On les traita de fous, de fainéants, de vauriens, qui, pour vivre dans la paresse, sollicitaient le bien d'autrui après avoir spontanément abandonné le leur. Ils furent même repoussés par leurs proches, qui avaient honte d'eux. Le monde ne comprenait rien au

I. 'l'homas Célano, que nous suivons, n'est pas d'accord avec les Trois Compagnons et Bernard de Besse. D'après lui, François envoya ses disciples prêcher après l'admission de Philippe; d'après les seconds, celui-ci ne fut reçu qu'après cette première prédication. 11 y a encore, dans ce chapitre, quelques autres différences chronologiques, mais insignifiantes. Ncu-is nous en tenons à Célano.

mystère de la pauvreté évangélique. A la vérité, il y eut quelques âmes compatissantes, parmi lesquelles se trouvait Guido, Tévêque d'Assise, qui firent bon accueil aux pauvres volontaires du Christ ; mais ceux-ci même estimèrent que c'était chose inouïe qu'on se fît mendiant par un libre choix. « Je trouve votre vie bien dure, dit Guido à François. N y a-t-il point d'excès à renoncer ainsi à toute possession ? — Seigneur, répondit l'aimable Saint, si nous possédions quelque chose, il nous faudrait des armes pour le défendre ; car les biens de ce monde ne vont pas sans procès et sans dissensions. C'est la ruine de tout amour de Dieu et du prochain. C'est pourquoi nous ne voulons point avoir de temporel en ce monde (i). » Le prélat était bienveillant, il n'eut rien à opposer à cette logique évangélique, il admira et aima davantage François et ses Frères, et envia leur amour de la pauvreté. C'était la première fois que cette vertu lui apparaissait de si près et avec une telle beauté.

D'après les expériences et les observations faites en si peu de temps avec ses disciples, François crut pouvoir compter sur leur vertu. C'est pourquoi il s'ouvrait de plus en plus sur ses projets de mission. Un jour que les Frères étaient réunis autour de lui, il leur parla du royaume de Dieu, du mépris du monde, de la mortification, de l'abnégation de soi-même et

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