‹ Vie de Saint François d'AssiseChapitre 87 sur 239 · APPROBATION DE LA REGLE · texte numérisé non relu

APPROBATION DE LA REGLE

ridëe principale était de remplir le monde avec des mendiants à l'apparence pieuse. » D'autres, et parmi eux surtout des auteurs modernes, cherchent à le relever, en racontant sa- vie avec un grand étalage d'érudition , de science, d'amour et d'enthousiasme; mais ils en font un précurseur de la Réforme. D'après ceux-ci, François voulut fonder un apostolat laïque, sans enseignement, sans science, un apostolat indépendant de l'Eglise. Noble idée ! Des prédicateurs laïques sans Eglise et pourtant de l'Eglise! Car, ainsi qu'ils le disent eux-mêmes, François ne voulut pas se séparer de celle-ci. Malheureusement, s'écrient-ils avec regret, il ne resta pas fidèle à son idéal, ou mieux, il fut détourné de son idéal par l'Eglise. Pressé, contraint par elle, il se livra avec l'Ordre au Pape, se mit dans sa dépendance, et, de ce fait, fut entravé dans sa libre activité de missionnaire. Peu à peu l'Eglise imposa à l'Ordre son dogme et sa science, et son chef devint comme un aigle enchaîné qui soupire après la liberté, qui sent la puissance d'impulsion, mais qui est trop faible pour rompre ses liens.

En est-il ainsi? François a-t-il voulu fonder un apostolat indépendant ? Tout au début, il est vrai, le Saint ne connut pas distinctement sa vocation et ne comprit pas les intentions de Dieu. Pauvre, hbre de toute attache temporelle, il voulut solliciter les hommes à la pénitence, mais non hors de l'Église, ni contre lÉglise et le Pape. Il n'explique pas lui-même le texte de

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TEvangile sur le véritable apostolat, mais il se le fait expliquer par le prêtre de Sainte-Marie des Anges. Il commence sa vie et sa prédication de pénitence avec la bénédiction de Févêque d'Assise, qui fut en tout son conseiller à partir de sa renonciation à Théritage paternel. Dès qu'il voit que les recrues viennent à lui, il leur dit : « Allons vers la sainte Église romaine et vers le Pape, afin de continuer avec sa permission ce que nous avons commencé. » Sans vouloir anticiper sur Thistoire, et afin d'éviter des redites, nous ferons simplement remarquer que la première chose que lui et ses Frères louent dans la Règle, c'est l'obéissance et la vénération dues au Pape; nous ferons encore remarquer que le Saint ne permet pas à ses enfants de prêcher quand Févêque du lieu s'y oppose, et que lui-même renonça à la prédication partout où l'évêque refusait son autorisation. Et cet homme, on veut en faire le précurseur du libre examen et de la libre prédication ! C'est lui qu'on veut placer sur le même rang que les prêcheurs hérétiques et laïques des Albigeois et des Vaudois ! La sainteté de sa vie — en dehors de l'Eglise, il n'y a pas de saints — la permanence de son Ordre et de son activité apostolique divinement bénie depuis des siècles sont les meilleures preuves de sa fidélité à l'Église et de sa catholicité. S'il, avait fondé un apostolat laïque, celui-ci aurait péri avant le temps, ainsi qu'il est arrivé pour les Albigeois et les Vaudois. — Mais revenons à François et à ses Frères.

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A cette époque, le trône pontifical était occupé par Innocent III. Il suffit de prononcer ce nom pour que le souvenir se reporte sur deux autres successeurs de Pierre, sur Grégoire VII et sur Alexandre III. Grégoire fut le vaillant athlète qui commença la grande lutte pour Fémancipation de FÉglise, de la puissance temporelle; Alexandre la continua avec énergie, Innocent la termina victorieusement.

... Innocent le Grand! Oui, il fut véritablement un grand homme, la vraie signatura temporis, le puissant soutien d'une glorieuse époque. Le comte Lothaire Conti avait à peine trente-sept ans lorsque, le 8 janvier 1198, il fut élu pape à Funanimité, de sorte qu'un poète allemand a pu s'écrier : « Oh, malheur, le Pape est trop jeune. Venez, Seigneur, au secours dé la chrétienté! » Jeune il Fêtait, c'est vrai, mais non trop jeune, et, s'il y a humainement quelque chose à regretter, c'est qu'il descendit trop tôt dans la tombe, à V'èigc de cinquante-cinq ans. Jamais le peuple chrétien et l'héritage de saint Pierre ne se trouvèrent sous la garde d'un plus grand esprit, d'un cœur plus généreux et d'une main plus habile. Les contemporains le représentent comme un homme d'une beauté physique peu commune, gracieux et bienveillant dans ses manières, plein de confiance et de tendresse dans ses amitiés, généreux à l'excès dans ses aumônes et ses fondations, orateur éloquent et fécand. Nous savons en outre qu'il fut excellent prédicateur, savant théologien et même

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poète, grand et profond jurisconsulte, protecteur zélé des sciences et des arts, veillant avec sévérité au maintien des lois de FÉglise et de sa discipline. De tout temps il eût été un pape remarquable, mais son souvenir apparaît d'autant plus grand et plus inoubliable qu'il dut accomplir sa mission à une époque particulièrement difficile. Avec quelle sûreté, son regard embrassait à la fois ce qui était proche et ce qui était éloigné! Comme sa mémoire était fidèle à se rappeler les faits les plus petits et les plus insignifiants, quand il s'agissait de sa grande lutte pour la liberté de FÉglise (i).

Tel fut Innocent III, Fhomme et le grand Pape auquel Thumble François d'Assise voulait demander l'approbation de la Règle de son Ordre.

François partit pour Rome plein de confiance, avec la conviction que sa requête serait agréée, etquesa Règle et son Ordre seraient confirmés. Déjà, avant son départ, il en avait reçu un avis mystérieux. Il lui sembla, en songe, qu'il mar- -chait le long d'un chemin où se trouvait un arbre d'une grandeur extrordinaire. Lorsqu'il s'en approcha et qu'il en admira la beauté, il fut soulevé par une vertu secrète qui le porta jusqu'à la cime, alors il put incliner facilement les branches jusqu'à terre. Cette vision lui apprenait que la plus haute autorité de

I. Docteur François Hulskamp, Brochures actuelles, tome VII, 5*^ livraison, sur Innocent III. — Voir aussi Frédéric de Hurter, Innocent III, et Montalembert, Vie de sainte Elisabeth de Hongrie.

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