‹ Vie de saint François d'Assise [microforme]Chapitre 22 sur 32 · EE CS · texte numérisé non relu

EE CS

des poutres

laquellson :

Lux de saint (1) E. Chavin de Malan.

La journée est ordinairement consacrée à visiter la Basilique d'Assise, le Tombeau de sainte Claire, Saint-Damien, tous les sanctuaires v:aérés de ce paradis de l’Apennin; mais les bandes pieuses en chantant des cantiques aiment surtout à aller prier un instant dans l’humble et très ancienne chapelle du Couvent Delle Carceri. Pour arriver à cette solitude chérie de saint François, il faut suivre une petite route qui serpente sur le flanc du Mont Subazio. Le pauvre Couvent occupé par les Pères Réformés esi en partie adossé à un énorme rocher qui fait un des côtés du cloître. Au milieu d'une nature si pittoresque, si grandiose, en face de ce monument des saintes douieurs de la pénitence, l'homme qui aime Dieu verse des larmes bien douces et des prières bien ferventes. (1)

(1) Ce petit Couvent est resté tout embaumé du parfum des vertus de tant d’autres grands Saints, qui, à l’exemple de leur séraphique Père, y ont pratiqué de rudes austérités, et il est tout rempli de merveilles. Ici c’est la peinture murale, représentant Notre-S<‘gneur qui allongea le bras pour réveiller, un soir, un bon Frère qui de retour de la quête et accablé de lassitude s'était endormi dans la petite Chapelle. Là, c’est le rocher qui servait de lit à Saint François, et que les Pèlerins vénèrent à genoux, après avoir ôté leur chaussure. Un peu plus loin c’est le Crucifix miraculeux dont le Saint se servait dans ses courses apostoliques et qui, une nuit, revint se#/ de Rome où l’avait emporté par dévotion, un Cardinal de la sainte Egkse. À côté, on voit un puits immense, creusé dans le roc vif par le démon qui chassé honteusement par Saint François montra ainsi sa rage impuissante, En face, le regard plonge au fond du torrent, véritable abîme, demeuré sec depuis le jour où le saint homme lui commanda

Le soir, après que chacun a pris son repas en famille, car il y a des familles entières, ou avec des compagnons de route, les uns se reposent de leur long voyage, les autres racontent d’édifiantes his-

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Dieuses en aller prier Ar quelques-uns chantent en s’accompagnant e chapelle es instruments de leur pays. Sous ce ciel d'Italie,

v. à "ébtte pendant ces nuits d’été si sereines, si calmes, les ivre ne anges descendent sur la terre et recueillent, pour au Mont 3 les présenter à Dieu, toutes ces joies confiantes et ces douleurs résignées. Les portes de la Basilique restent toujours ouvertes, et des Confesseurs nombreux, assis au Tribunal de la Pénitence sont occupés à panser et à guérir les blessures de l’âme.

L'intérieur du Couvent présente l'aspect d’un

grand caravansérail, où se serait arrêtée une nom-

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de ne plus troubler par le tumulte de ses eaux, la psalmodie des Frères, Au fond de ce torrent, l'œil étonné contemple le petit jardin, de Ce Kb qui jadis s’inondait comme signe avant-coureur a amité publique. De l’autre côté l’yeuse verdoyante, ant de la fente du rocher et surplombant l’abîme, sur laquelle les petits oïseaux de la forêt venaient se grouper pour entendre chaque jour la prédication du séraphique Père. Le‘long du torrent, on re rein ça et là, les grottes silencieuses où autrefois ieu faisaient d’effrayantes pénitences. ..….

Dans l’intérieur de ce petit Couvent des Prisons et qui mérite bien ce titre, les cellules primitives, creusées dans le roc et toujours exis-

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largeur est ee per k S EUR Fnnsiierrares plus restreinte !

154 CITAPITRE VIII

breuse caravane. Tous les bons paysans des environs, qui, plus d’une fois dans l’année, ont accueilli le Frère Quêteur, descendent de leurs montagnes et viennent demander à leur tour une hospitalité qu'ils n’ont jamais refusée, D'ailleurs le Couvent est par excellence la maison du peuple. Il s’y établit comme chez lui; dans la cour, il met son âne, son cheval, et il se couche tranquillement dans les corridors, dans les cloîtres et sur les marches des escaliers. Tout le long de la route, de Pérouse à Spolète, à plusieurs milles, des marchands dressent leurs boutiques ; on y vend des vivres, des étoffes et surtout des chapelets, des médailles et autres petits objets de dévotion ; chacun veut emporter un souvenir, un gage qu doit charmer les embrassements du retour.

Ce Pèlerinage qui nous paraît encore si nombreux, n'est rien en comparaison de ce qu'il était dans les siècles de foi. Barnabi de Sienne, compagnon de saint Bernardin, raconte dans la touchante histoire qu'il nous a laissée, qu'étant venu à la Porszuncula pour gagner l’Indulgence avec son saint ami, ils y trouvèrent fus de deux cent mille Pèlerins !

En 1309, le Bienheureux Jean de l’Alverne se ‘:’ouvant à la Portioncule pour confesser dans le temps de l’indulgence, entendit la confession d’un homme âgé de plus de cent ans, portant l’habit du Tiers-Ordre, qui était venu à pied du lieu de sa demeure, entre Assise et Pérouse. Le Bienheureux: admirant son zèle, lui demanda comment il avait

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pu entreprendre ce voyage dans une si grande vieillesse. “ Mon Père, répondit-il, si je ne pouvais venir à pied, je me ferais amener, et même je me ferais trainer, plutôt que de perdre le fruit de ce saint jour,” Le confesseur ayant voulu savoir d'où lui venait une telle confiance: “ C’est, poursuivit le vieillard, que j'étais présent lorsque saint François, qui logeait souvent chez mon père, y vint un jour en allant à Pérouse, et nous dit qu’il allait demander au pape la confirmation de l’Indulgence qu'il avait obtenue de Notre-Seigneur. Depuis ce temps-là, je: n'ai pas manqué, chaque année, à venir dans ce saint lieu, le jour du Pardon, et je n’y manquerai jamais, tant que j'aurai un souffle de vie sur cette terre.” Que d’âmes, depuis saint François, qui étaient

mortes à la vie de la grâce ; que de pauvres pécheurs qui étaient assis dans les ténèbres du vice et de liniquité ont recouvré la lumière et la vie dans cet auguste Sanctuaire. C’est bien là le sens de l’admirable vision rapportée par saint Bonaventure: “ Un de nos pieux Frères, dit le Docteur Séraphique, eut avant sa conversion une vision qui mérite d’être rapportée. Ce Frère eut donc une vision près de l’église de la Portioncule. Il vit, rangés autour d’ellé, une multitude innombrable d'hommes, tous frappés d'une affreuse cécité; ils se tenaient là le visage tourné vers le ciel et les genoux en terre, élevant les mains et suppliant Dieu avec larmes de leur faire miséricorde et de leur rendre la lumière de leurs yeux. Tout-à-coup, pendant qu'ils se tenaient

dans cette attitude suppliante, une grande lumière, descendant du ciel se répandit sur eux, et leur rendit à l'instant même, l’usage de la vue qu’ils demandaient avec tant de supplications et avec une si grande abondance de larmes.”

Un peu plus tard, un autre prodige vint prouver combien cette petite Eglise était chère à Jésus- Christ et à sa divine Mère. L'an 1309, pendant qu'une foule de Pèlerins se pressaient autour de la sainte Chapelle, le 2 Août, jour du Grand Pardon, on entendit un bruit semblable à celui du tonnerre, et à la vue de tous les assistants, une colombe blanche comme la neige fit cinq fois le tour de la Chapelle et disparut. En même temps, le Bienheureux Conrad d'Offida, qui était aussi présent, vit la ! sainte Vierge assise au sommet de la Chapelle, tenant l'Enfant Jésus dans ses bras. Jésus leva sa | petite main et bénit le peuple.

Bien des peuples manquent aujourd’hui à ce saint rendez-vous d'indulgence et d'amour ; ceux de l'Italie sont restés fidèles. C’est là où il faut les voir avec leurs costumes si gracieux et si variés. Ce sont les paysans de la Toscane, les plus propres, les plus élégants de tous, surtout les femmes avec leur vêtement toujours bleu ou écarlate, leurs cheveux ordi: neirement blonds, nattés en rond derrière la tête, kurs chapeaux de paille, et les longues touffes de rubans de diverses couleurs qui flottent autour d'elles. Ce sont les montagnards de l'Ombrie et des! ÂAbruzzes avec leurs brayes serrées, leurs justaucorps

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gris, leurs larges chapeaux et cette chaussure de grosse toile et de cuir liée avec des cordelettes ; les femmes avec leur coiffure si simple, en toile blanche ou de couleur, leur corset de velours vert ou rouge, bordé de noir, leurs jupes larges à mille plis, et leur mantelette, longue pièce de drap ordinairement rouge ou bleu et dont elles se drapent d’une manière pittoresque,

Cependant la cloche du Sagro-Convento,à Assise, donne le signal solennel que la journée du Grand Pardon s'ouvre dans le ciel et sur la terre, Tous les Religieux de saint François, Observants, Réformés, Capucins, Conventuels, Tertiaires, qui s'étaient réunis dans le Sagro-Convento, défilent en longues processions et descendent dans la plaine ; l'Evêque suit avec son clergé, tous les grands personnages ecclésiastiques et les magistrats. Les portes de la vaste Basilique de Notre-Dame-des-Anges s'ouvrent avec cérémonie. La procession traverse la grande nef, entre dans la petite église de la Portioncule sous l'immense dôme, où elle ne fait qu’une simple salutation à l'autel ; puis sortant par la petite porte pratiquée à droite, elle s2 retire dans le cloître, Alors les Pèlerins, poussant leur cri d'enthousiasme : Evviva Maria, se précipitent vers le Sanctuaire, avec une passion, un délire dont il est difficile de se faire une idée. Ce sont des cris, des invocations, des cantiques. Chacun à sa manière témoigne à Marie, Reine des anges et des hommes, son amour, son respect, sa reconnaissance, Toute cette foule entre

dans la petite église par la porte sur la façade et en sort, sans s'arrêter, par la petite porte latérale, Cette procession en masse compacte dure ainsi depuis l'heure des premières vêpres de la veille, jusqu’au soir du lendemain.

Le chrétien, en contemplant ces choses, bénit Dieu dans son cœur, et rend de sincères actions de grâces à son infinie miséricorde qui remet ainsi aux pécheurs de longues et pénibles satisfactions, et attache cette Indulgence aux exercices du christianisme les plus ordinaires et les plus faciles ; il est impossible de ne pas être ému profondément.

Au milieu du chemin de la vie, quel est celui qui ne soupire pas après la source d’une onde rafrai- -chissante et un doux repos à l'ombre des grands arbres ? Quel est celui qui ne désire briser ses liens, s'affranchir de l'influence des lieux, des habitudes, faire un pèlerinage et orienter son âme à une vie nouvelle ? Où est l’homme qui ne voudrait pas, entre les regrets du passé et les espérances de l'avenir, pencher sa tête endolorie et son cœur malade sur le sein glorieux de la Vierge qui a enfanté au monde le salut et la vie? O sainte Marie des Anges, Refuge des pécheurs, priez pour nous!”

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J. SAINT FRANÇOIS ET LA CRÉATION : Les PETITES BREBIS. — 2. LES OISEAUX, 3. LE LOUP DE GUBBIO.

S AINT François d'Assise s’est distingué entre tous les autres Saints, par son amour pour la À nature. Notre Séraphique Père fut uni avec tout ce qui est innocent et pur. Il était au milieu de la création ce qu'était Adam dans le paradis terrestre. Selon l’ordre donné par Jésus-Christ à ses apôtres et à ses disciples, François parcourut le monde, préchant l'Evangile à toute créature, et toutes les créatures l’écoutèrent avec tendresse. Par un admirable sentiment de piété, il les appelait toutes ses Frères et ses Sœurs. Remontant, dit saint Bonaventure, jusqu’à la premiè-2"origine des choses, son âme se remplissait d'une plus grande onction ; il considérait tous les êtres comme sortis du sein de la divinité et reconnaissait qu'ils avaient tous avec lui le même principe. Cependant il aimait plus tendrement, avec une affection plus sentie, parmi les créatures, celles qui, par la nature, représentent la mansuétude du Sauveur et dont les Saintes Ecritures se servent pour la figurer, C’est ainsi qu'il racheta souvent des agneaux que l’on conduisait à la boucherie, et cela pour honorer le souvenir de l’Agneau, la douceur même, qui voulut être conduit à la mort pour racheter les pauvres pécheurs.

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Cheminant un jour dans les environs de Sienne, le saint homme trouva dans les pâturages un grand troupeau de moutons. Les ayant salués avec douceur selon son habitude, ils laissèrent leur pâture, accoururent tous en levant la tête et fixant sur lui leurs regards. Ils lui firent une telle fête, que les bergers et les Frères étaient dans l’admiration, en voyant non-seulement les agneaux, mais les béliers même donner des signes d’une si merveilleuse allégresse.

Une autre fois,près de Sainte-Marie-de-la-Portioncule, on offrit à l’homme de Dieu, une petite brebis qu’il accepta avec joie, à cause de son amour pour l'innocence et la simplicité dont cette humble créature de Dieu est le symbole. En la confiant à ses Frères, il lui dit: “ Petite brebis, ma Sœur, il faut que tu assistes, toi aussi, aux louanges de Dieu, mais sans incommoder les Frères. Avec eux tu te rendras à l'Office et tu prendras garde de les troubler dans leurs prières.” La brebis obéit ; et lorsque les Religieux allaient au chœur réciter l'Office, elle allait d'elle-même à l’église, se mettait au pied de l'autel de Notre-Dame-des-Anges, pliait ses petites pattes de devant, et faisait des bêlements pleins de

clouceur, comme pour rendre ses hommages à la

‘Très Sainte Vierge. Elle en faisait autant pendant la Messe, au moment de l’Elévation. Et la fidèle petite brebis continua, sa vie durant, en présence de tous, le bel office que lui avait confié le grand serviteur de Dieu.

Quatre ans avant sa mort, saint François étant à

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